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Full text of "Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie"

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VBSFRANCIS A. CO*" ' 



>MC70PllED]CaNB 



^*^ ww%/AC/illl 



THE FRANCIS A. COU? RARY OF MEDICINB 

Harvard médical LiBRARY-liOSTON MEDICALllBBABr 




GAZETTE HEBDOMADAIRE 

DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



2« SÉRIE — TOME XXVI 



21573. ~ MoTTEnoz.— Imprimbriks réunies, A, rue Mignon, 2, Paris. 



GAZETTE HEBDOMADAIRE 



DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



COMITÉ DE REDACTION 

L. LEREBOULLET, Rédacteur en chef 

P. BLACHEZ — E. BRISSAUD — G. DIEULAFOY 
DREYFUS-BRISAC — FRANÇOIS-FRANCK — A. HÉNOCQUE — A.-J. MARTIN 

A. PETIT — P. RECLUS 




DEUXIÈME SÉRIE — TOME XXVI — 1889 



PARIS 
G. MASSON, ÉDITEUR 

LIBRAIRE l>E L'AGAUÉNIE DE MÉDECINE 

120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN 
H OCCC LXXXIX 



CATALOfiUEtt. 

E.H:B. , 



Trente*sixiêmb année 



N-'l 



4 Janvier 1889 



GAZETTE HEBDOMADAI 



'.y 



PAR 



\ 3 




ECINE ET DE CHIRURGIE 



NDREDIS 



iCTION 

M. LK D' L. LEREBOUUiET, Rédacteur en chef 
MM. P. BUCHEZ, E. BRISSAUD, 6. DIEUUFOT, DREYFUS-BRISAC, FRAHCOIS-FRARCK, A. HËBOCQUE, k.4. MARTIR, A. PETIT, P. RECLUS 

Adresser tout ce qui concerne la rédaeticn à M. Liebboullkt, 44, me de Lille (avant le mardi de préférence) 



SOMMAIRE. — Bulletin. Ecole du service de saotc mililairc de Lyon. — Le 

imttemcnl du choléra parles injectioos trachéales. —THERAPEUTIQUE. Les indi- 

cation.s el la ^lear thérapeutique du Slrophantus. — Revue des cours. Hospice 

éi^ la SttJi'étrière : profcMour M. Cbarcot. Travaux originaux. Clinique inédt« 

i-«{e: Des rapports de l'iitaxic locomotrice progressive et du goitre exophtlial- 

iav\a« — Cliiii4|oe chirurgicale : Es^si sur la'rccherchc, risolement et l'emploi 

varcîa^\ è«s escréta sofaddes de certains microbes poUiogènes. •« SociiTÉs sa- 

% iSTEi- Académie des sciences. — Société médicale des hôpitaux. — Société 

•Je tàaiogic. — BIBLIOGRAPHIE. Arcliivcs de physiologie normale et patholo- 

-ii»ne. — VARlérÊS. 



BULLETIN 

Paris, 31 décembre 1888. 

Ér«le diat service de santé miltUilre de Lyon. — 
1^ triUtemeiit du choléra par len tnjeetione Ira- 
cbéalca. 

Le Journal officiel des 26 el 27 décembre 1888 publie 
le décret qui institue une Ecole du service de santé mili- 
taire près la Faculté de médecine de Lyon et les décisions 
relatives aux élèves et aux répétiteurs de la nouvelle Ecole. 
L'éteodae de ces documents ne nous permet pas de les 
publier in exttnso. Nous ne voulons donc qu'indiquer très 
rapidement quels sont les motifs qui ont fait préférer Lyon 
A Nancy, Bordeaux ou Montpellier et en quoi TEcole du 
service de santé militaire de Lyon différera de celle qui a 
si utilement fonctionné à Strasbourg. 

Le rapport qui précède le décret du 25 décembre explique 
les hé^italions qu'ont dû faire naître les compétitions des 
quatre £icuUés de médecine qui sollicitaient la charge et 
/7ir>f]oeur de donner Tinstruction scientifique aux nou- 
veaux élèves de Tarmée. Nancy était le centre de Tune des 
relions qui fournit le plus grand nombre de médecins de 
l'année; plusieurs de ses professeurs avaient été les maîtres 
i»u les collègues des chefs actuels de la médecine militaire, 
tfonfpellier avait recueilli les débris de Tancienne Ecole 
tir Strasbourg et, pendant deux années, largement ouvert 
KS amphithéâtres et ses laboratoires aux répétiteurs et 
in\ élèves du service de santé militaire. Elle venait de 
pr'jiiver son libéralisme et son désir d'assurer dans les 
intrtileures conditions possibles renseignement de la mé- 
iecine d'armée en appelant à Thonneur du professorat 
^ux médecins militaires dont Tun avait été professeur du 
ITalKle-Grâce et l'autre répétiteur de l'Ecole de Strasbourg. 
Ikrdeaux faisait valoir les sacrifices considérables qu'elle 
^311 consentis depuis 1883 pour étendre et agrandir ses 
Ltiments universitaires, ouvrir de vastes laboratoires et 
ïilre des ressources matérielles suffisantes aux mains de 
ife^seurs distingués dont plusieurs aussi appartenaient 
S* Siaix, T. XXVI. 



à l'armée ou y avaient occupé des situations éminentes* 
A diverses reprises on avait pu croire, on avait même 
annoncé que Tune de ces villes pourrait devenir le siège 
de la nouvelle Ecole. Et cependant, malgré les espérances 
que ranimaient si souvent des promesses officieuses peut- 
être imprudentes, malgré les droits acquis par la promul- 
gation du décret du 1'' octobre 1883 qui instituait deux 
écoles du service de santé militaire l'une à Nancy, l'autre à 
Bordeaux, il n'était point douteux que, le jour où l'on 
prendrait une décision définitive, l'administration de la 
guerre ne se décidât pour Lyon. En répondant officielle- 
ment que cLyon l'emporte non seulement par l'installation 
matérielle de sa Faculté, la richesse de ses collections 
scientifiques, mais surtout et avant tout par l'immensité de 
ses ressources hospitalières et anatomiques », le Comité 
technique de santé ne faisait que répéter publiquement ce qui 
se disait un peu partout depuis que la question se trouvait 
posée. Au point de vue des traditions chirurgicales et des 
ressources hospitalières, Lyon est certainement la pre- 
mière des Facultés de province. Si la municipalité de 
cetle ville a consenti, en faveur de rétablissement d'une 
Ecole du service de santé militaire, des avantages matériels 
suffisants, le choix de la ville de Lyon devait s'imposer. 

Le décret qui institue la nouvelle Ecole déclare que, à 
dater de 1891, c'est-à-dire lorsque les mesures transitoires 
nécessités par la situation actuelle auront pris fin, les 
élèves du service de santé militaire seront choisis parmi 
les étudiants en médecine pourvus de quatre inscriptions 
et ayant subi avec succès le premier examen de doctorat. 
C'est là une mesure qui nous parait excellente. Déjà à 
l'Ecole de Strasbourg où la présence d'élèves pharmaciens 
motivait celle des répétiteurs de chimie, de physique et 
d'histoire naturelle, on avait dû, contrairement à ce qui se 
passait alors dans les Facultés de médecine, autoriser les 
élèves militaires à subir à la fin de leur première année 
d'étude l'examen de doctorat afférent aux sciences dites 
accessoires. En n'admettant à l'Ecole du service de santé 
de Lyon que les étudiants qui n'auront plus à s'occuper que 
de médecine et de chirurgie, le nouveau décret réalise une 
économie notable et évite de grands embarras aux chefs de 
la nouvelle Ecole. Par suite de cette mesure, la limite 
d'âge se trouve reculée à vingt-deux ans pour les élèves qui 
n'ont pas encore servi dans l'armée et à vingt-cinq ans pour 
ceux qui auront accompli au moins six mois de service 
militaire effectif. 

Une innovation plus contestable est celle qui consiste 
dans l'adjonction au- personnel enseignant de professeurs 



NM — 



GAZETTE HEBDOMAMmE DE HÉfiECINE ET DE CHIRURGIE 



4 Janvier 1889 



civils attachés à l'Ecole ponrYenseignemeniàesbelles-'lettreSy 
arts et langues YÎyaiites. L'i^rCicleSO qui iitstiiue ce(te nou- 
velle catégorie de professeurs externes est copié sur le rè- 
glement de TEcole spéciale militaire de Saint-Cyr. On a 
voulu, sans aucun doute, imiter pour icâ jeunes médecins 
ce que Ton Tait pour ceux qui se destinent à devenir offi- 
ciers. On a oublié cependant que les conditions ne sont 
point les mêmes et surtout que trois ou quatre années suf- 
fisent à peine à parfaire des études médicales un peu sé- 
rieuses. N'en faut-il pas conclure que les élèves du service 
de santé militaire trouveront bien peu de temps pour s'oc- 
cuper d*aris ou de bel I es-lettres? Passe encore pour Télude 
des langues vivantes qui deviennent de plus en plus néces- 
saires! Il appartiendra d'ailleurs au directeur de TEcole de 
Lyon d'éclairer à ce point de vue les auteurs du décret. 

On pourrait critiquer aussi la distribution des matières 
de l'enseignement complémentaire donné par les répéti- 
teurs. Comment a-t-on pu joindre l'anatomie pathologique 
à l'anatomie normale et distraire de celle-ci Thistologie? 
Un répétiteur d'anatomie normale Qt d'histologie aurait été 
mieux à même de bien remplir sa tâche qu'un répétiteur 
d'anatomie normale et pathologique, i'examen d*anatomie 
pathologique est subi par les élèves de cinquième année, 
en même temps que les examens de clinique interne. C'est 
au répétiteur de médecine et non au répétiteur d'anatomie 
normale qu'il convenait de confier renseignement de l'ana- 
tomie pathologique. Quant au malheureux qui sera chargé 
d'enseigner tout à fois la matière médicale, l'hygiène, la thé- 
rapeutique et la médecine légale, nous le plaignons sincère* 
ment. Ces attributions diverses devront être, nous le répé- 
tons, modifiées dès que la nouvelle école sera appelée à 
fonctionner. Nous espérons aussi que l'on autorisera les aides- 
majors de première classe à concourir pour les fonctions 
de répétiteur. 

Mais nous ne voulons point insister sur des critiques de 
détails. Nous ne voulons pas non plus rechercher aujourd'hui 
pourquoi dans ce nouveau décret il n'est point question des 
pharmaciens militaires. Nous préférons applaudir sans 
réserves à la réorganisation d'une école du service de santé 
militaire. Depuis près de vingt années nous n'avons cessé, 
dans les colonues de ce journal (1), de faire des vœux pour 
que l'on arrive ainsi à assurer le recrutement des médecins 
de l'armée, à réveiller, par de nombreux et fréquents con- 
cours, l'activité scientifique des jeunes aides-majors, à pré- 
parer à l'enseignement du Val-dc-Grâce et à celui de nos 
Facultés une pépinière nouvelle de médecins savants et 
laborieux. L'armée tout entière y gagiiera. 

— Nous n'avons point à revenir sur l'analyse qui a été laite 
dans notre dernier numéro (p. 831) du long mémoire lu 
par H. le docteur Duboué(de Pau)* Les considérations théo- 
riques qu'a fait valoir notre confrère diffèrent de celles qui 
guidaient, il y a trente ans, le professeur Kûss ; mais le pro- 
cédé thérapeutique imaginé à Strasbourg — et, malheureu- 
sement, aussi inefficace que peu pratique — est bien celui 
que recommande aujourd'hui M. Duboué. Voici comment 
s'exprimait Kûss : c La nature du choléra réside dans la 
perte rapide de l'eau du sang. Tous les symptômes patho- 
gnomoniques : cyanose, algidité, anurie, crampes, etc., 
dérivent de cette anhydrémie. Pourguérir le choléra, il faut 
faire pénétrer de l'eau dans le sang. Le 29 août 1855, à l'hO- 

(1) V(^es ea parUcuUer. Gaz. hebd*, iS7i, p. 419k 



pital civil de Strasbourg, en présence du docteur Aubenas, 
de M, Gustave Levy et de Quelques élèves, je ponctionnai la 
trachée-artère d'un cholérique in extremi$ avec un trocart 
fin et j'y laissai couler, à l'aide d*un appareil à irrigation, 
unq certaine quantité d'eau tiède. Ce malade était aiïeclé 
d'un goitre volumineux, de sorte que l'expérience dut être 
interrompue. Elle fut très bien supportée par le poumon et 
l'eau promptement résorbée parut avoir prolongé la vie du 
malade. Je suis bien décidé à recommencr cette tentative à 
la première occasion. » 

L^occasion sVst offerte de nouveau en 1865, mais les 
idées théoriques de Kâss s'étaient modifiées, et ce mode 
de traitement du choléra dont il parlait encore parfois dans 
ses cours n'a plus dès lors été appliqué. 



THERAPEUTIQUE 

Le» taél«»U«as «« la valear thérapcvU^ve 
da «tropbantaa. 

Si l'on pouvait juger d'un médicament par le nombre dos 
publications dont il a fait le sujet, celui-ci occuperait, à bon 
droit, un rang élevé dans la matière médicale contempo- 
raine. 

Entrevue comme un poison du cœur par Pélikan et 
Vulpian, en 1865, Finée ou onage des Pahouins fut oubliée 
pendant quatre années, puis étudiée en partie, de 18G9 à 
1886, par Fraser, Legros, Hardy et Gallois, sous son nom 
botanique de Strophantus. Voici qu'en dix-huit mois, de 
juillet 1887 à janvier 1889, je compte dans mes notes 
bibliographiques, assurément incomplètes, soixante com- 
munications, discussions, thèses, minces brochures ou gro^ 
mémoires, relatifs à ce remède. Il a été expérimenté sur les 
animaux ou essayé sur les malades en France, par MM. Lé- 
pine, Gley, Lapicque, H. Huchard, Mairet, Combemale, 
Bucquoy, Diigardin-Beaumetz, Poulet, G. Lemoine et pafj 
moi-même. En Belgique, M. Snyers en a étudié les pro^ 
priétés; en Autriche, ce sont les travaux de MM. Pins cl 
Langgard, Lœw et Zerner, liaas et Paschkis; en Italie] 
ceux de MM. Uummo et Rovighi ; en Angleterre, de Sucklinf 
et Uutcbison, venant après ceux de Fraser; en AllemagueJ 
ceux de Hans Graetz, Eichborst, Fraenkel, Lewin, Draseh^ 
Hochhaus, Rosenbusch; en Suisse, les recherches de Buttif 
et Prévost; en Amérique, celles de Bodtwich et Oliver, puii 
les thèses de Cazeaux, à Paris, Grognier, à Montpellier, 
Mayeur, à Lille. Enfin ces jours derniers MM. Bucquoy, 
G. Sée, Dujardiu-Beaumeta; et Laborde en parlaient à l'Aca- 
démie. En vérité, c'est toute une bibliothèque! 

Et cependant, malgré cette richesse documentaire, mal-i 
gré tous ces efforts, avouons-le en toute humilité, les phyn 
siologistes et les cliniciens n'ont pu jusqu'à présent si 
mettre d'accord pour décider si ce remède mérite équitaJ 
blement les noms de médicament cardiaque, de diurétiqucJ 
d'eupnéique, de nervin ou bien d'irritant des voies digesJ 
tives. Attribuer au strophantus cet ensemjble de vertus e^i 
peut-être beaucoup ; les lui contester toutes, ce serait tro 
assurément. Bref, l'on discute toujours, au grand embarra 
du praticien désireux de se faire une opinion impartiale su 
l'action physiologique, les indications thérapeutiques et 
posologie du nouveau remède. 



\ Janvier 4889 GAZETTE HEBbOMADÂlRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



N» 1 



3 



I 

Du signalement botanique et de ia provenance commer- 
ciale da strophantus, il y a Tort peu à dire. Interrogeons de 
Caiidolle : il en décrit deux variétés, toutes deux venant 
dWfriqae. Les botanistes plus modernes en mentionnent 
une vingtaine d'espèces d'origine sénégalaise, javanaise ou 
indienne, et, tout récemment, M. Blonde! a déterminé la 
morphologie dé la graine de quelques-unes de ces espèces. 
Cen'élait pas d'ailleurs œuvre inutile. Fraser, en effet, 
t^ipériraentait en 1869, avec le Strophantus iowWiMM, Po- 
laiilon et Carvllle, Gallois et Hardy avaient mis à Tessai le 
Sirophanttis glabre du Gshon'y d'où, en partie du moins, 
les différences expérimentales qu'ils observèrent. Depuis, 
ks espèces commerciales se sont multipliées : telles les 
graines du Strophantus glabre du Gabon, du Strophantus 
sfirmenttux du Niger, du Strophantus dichotome de Sou- 
rabaya, du Strophantus laineux du Zambèze et du Stro- 
phantus de Madagascar que, dans la nomenclature latine, 
iHWer (de Kew) qualifie de Aurantianus. 

Puis, autre cause d'erreur : à cette confusion botanique, 
il fâuUjouter les fraudes commerciales dont cette graine est 
Vubjet. On substitue les espèces indiennes aux espèces afri- 
uiiies; on mélange les graines du strophantus vrai avec 
allés du strophantus faux, et même, ajoute M. Blondel, 
les graines actives avec les graines qui ont été antérieure- 
ment épuisées par l'alcool. 

On le voit, les lacunes sont nombreuses dans l'histoire 
botanique du strophantus, comme dans sa matière médicale, 
i/est la, sans doute, une cause de la différence des effets 
[ihysiolûgiques enregistrés par les expérimentateurs. 

Mêmes lacunes, ou plutôt grande confusion dans l'étude 
chinnique du strophantus. On emploie des extraits ou des 
teiniures alcooliques de titre et de concentration variables, 
t^u a isolé une strophantine des graines des strophantus; 
mais la strophantine du strophantus kombé, comme 
M. Calilloa l'a montré, est tantôt amorphe, tantôt cristal- 
Usée, et ses cristaux — autre variation — sont tantôt lamel- 
laires, tantôt en aiguilles. 

Ce n'est pas tout encore ; voici qu'aux réactifs, la stro- 
^ihantioe des strophantus kombé et hispidus répond autre- 
ment que la strophantine du strophantus glabre du Gabon. 
<*r, eDl877, MM. Hardy et Gallois expérimentaient avec 
/♦'S semences de celui-ci ; Fraser, en 1869, avec celles de 
reJai-iîK et, comme il fallait bien s'y attendre, ils obtenaient 
tous des résultats discordants. 

De plus — aulre cause d*erreur dans l'appréciation des 
T*rrtus du strophantus — les graines contiennent un gluco- 
îi k* jiial déterminé et probablement identique à la sub- 
stance désignée sous le nom d'inéine par MM. Gallois et 
Hardy. Enfin, voici que M. Arnaud vient, en juillet dernier, 
-> <'ommuniquer à l'Académie des sciences une note d'après 
l-'|uelle la strophantine serait l'homologue de l'ouabaïne, 
^•rincipe actif d'une Apocynée, Touabaïs, dont les Somalis 
f-.«l usage pour empoisonner leurs flèches. Jusqu'ici, par 
«'insèquent, il est prudent, à l'exemple de M. Dujardin- 
teaametz, de déclarer que la pharmacologie des strophan- 
j: les et du strophantus est seulement à peine ébauchée. 

II 

. La Jélennination de ses propriétés physiologiques est-elle 
^*a^ précise? Pélikan, Vulpian, Legros, P. Bert, Carville, 
■^M, l'olaillon, Gley et Lépine, et d'autres encore, M. H. 



Huchard et moi nous sommes de ce nombre, ont mis lé 
strophantus à l'essai sur les animaux : chiens, chats, mam- 
mifères, oiseaux, tortues, grenouilles, petits crustacés, 
animaux à sang chaud et animaux à sang froid. En fait, 
depuis quelque temps, on l'a beaucoup expérimenté dans 
les laboratoires. D'autres observateurs, MM. Mairet, Com- 
bemale, Grognier et G. Lemoine ont voulu de plus — pru- 
dente sagesse physiologique — en rechercher les effets sur 
l'homme sain avant de les utiliser chez l'homme malade. 
Et cependant, malgré leur multiplicité, ces recherches ne 
sont pas très concordantes par leurs résultats. 

On a noté que l'extrait des graines du strophantus 
tuait les animaux de toutes espèces, après un temps dont 
la durée variait suivant qu'on l'administrait par la voie 
sous-cutanée ou bien par la voie stomacale. On a vu, sur* 
tout dans les ingénieuses expériences de M. Lemoine, que,^. 
par la répétition des doses, on provoquait une intoxication 
chronique et on a ainsi démontré que son administration 
répétée ne présente pas moins de dangers que son adminis- 
tration à doses excessives. Il existe done un empoisonne- 
ment aigu et un empoisonnement chronique par le stro- 
phantus, l'un et l'autre redoutables quand on prescrit cette 
substance. 

A doses mortelles, d'après les divers expérimentateurs, 
les extraits aqueux ou alcooliques du strophantus modi- 
fient toutes les grandes fonctions de l'organisme : circula- 
tion, respiration, digestion, sécrétion, thermogénèse, inner- 
vation. 

Quels sont les pA^nomènes cardio-vasculairescon^écMWh 
à l'administration de l'extrait aqueux du strophantus? Dans 
les premiers moments qui suivent l'ingestion, j'ai constaté, 
comme la plupart des autres expérimentateurs, l'augmen- 
tation de la pression artérielle, et, suivant la remarque de 
MM. Gley et Lapicque, une amplification de la i^ystole; 
mais ces phénomènes sont passagers, et, après quelques 
courts instants, les battements de cœur s'accélèrent et se 
multiplient, bien que la colonne mercurielle du sphygmo- 
manomètre continue de s'élever: l'hypertension persiste 
donc, malgré l'augmentation numérique des battements 
cardiaques. MM. Lapicque et Gley, qui notent aussi ce phé- 
nomène, l'attribuent à l'exagération de la tonicité artérielle. 
C'est en placer la cause dans la circulation périphérique. 

Puis — autres phénomènes constituant la seconde phase 
de l'expérience — le cœur se ralentit, la pression artérielle 
diminue : à la phase d'hypertension succède celle d*hypo- 
tension. Le nombre et Tamplitude des battements car- 
diaques s'atténuent; finalement, la colonne manométrique 
et le cœur s'arrêtent. 

Comment interpréter ces faits expérimentaux? Pélikan et 
Yulpian ont dit les premiers : c L'inée est un poison du 
cœur. » Polaillon et Carville déclarèrent, eux aussi, que le 
strophantus abolissait la motricité de la fibre myocardique, 
MM. Gley et Lapicque ont admis qu'il modifie l'activité du 
système nerveux. Ici, théorie musculaire^ là, théorie ner- 
veuse de la toxicité du strophantus ; enfin — troisième inter- 
prétation — MM. Mairet, Combemale et Grognier le font 
agir directement sur l'épithélium rénal, qu'il irrite : c'est 
la théorie rénale de l'action du strophantus. 

Ces interprétations sont de nature à satisfaire la curiosité 
des expérimentateurs, mais, il faut Tavouer, ont été impuis* 
santés jusqu'ici à les mettre d'accord. Les uns, avec 
MM. Lépine et G. Lemoine, notent l'arrêt du cœur en dia- 
stole par l'autopsie des animaux au moment même de la 



4 — NM — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



4 Janvier 



mort. D'autres, Paschkis, Langgaard, Prévost et peut-être 
aussi Fraser, admettent, ou du moins semblent admettre, la 
constance de l'état systolique de cet organe, de sorte que 
Ton éprouve un certain embarras en présence de ces opi- 
nions, et que l'on ne sait si l'on doit conclure à l'abais- 
sement ou à l'élévation de la pression artérielle par le 
strophantus. 

J'insiste moins sur les troubles des mouvements respira- 
toires : gène dyspnéique avec accélération initiale, puis 
ralentissement terminal de leur rythme, et sur les modifia 
cations thermiques se traduisant par un abaissement de 
quelques dixièmes de degré, phénomènes qui ne suffisent 
pas pour mettre le strophantus au rang des antithermiques. 

Inutile encore de s'arrêter longuement à ces changements 
dans la motilité qui, au début, se traduisent par de l'agita- 
tion, et, plus tard, par de la paresse musculaire, ou bien 
à ces perturbations digestives fort variables, signalées dans 
quelques cas : ici, vomissements; là, efforts de défécation, 
et, comme je l'ai constaté chez les cobayes, expulsions de 
selles semi-liquides. 

Son action sUr le système nerveux est loin d'être bien 
déterminée. La plupart des expérimentateurs notaient la 
prostration avec conservation de l'intelligence, mais 
M. Lemoine a observé des symptômes qui, par leur vio- 
lence, se rapprochaient des tremblements et de la parésie 
du strychnisme. 

Môme variabilité de son action sur les sécrétions. On a 
vu les doses toxiques de strophantus raréfier les urines, 
conséquemment, les rendre plus colorées et troubler leur 
limpidité. L'addition du perchlorure de fer et de l'acido 
sulfurique y développait la réaction de la strophantine de 
Helbing. Par contre, administrées à l'homme sain, les doses 
modérées augmentaient la diurèse dans le rapport de i à 2. 
Après cela, on s'explique le désaccord entre les observa- 
teurs; les uns considèrent le slrophanlus seulement comme 
un diurétique par élévation de la tension artérielle avec 
Czalary Zerner, A. Lœw {Wien. med. Woch.^ 1888) et 
G. Sée; les autros comme un médicament rénal. 

Inconstance et variabililé des effets physiologiques, tel 
est donc le caractère de Yintoxication aiguë par le stro- 
phantus. Observe-t-on ces mêmes irrégularités symptoma- 
tiques dans Yintoxication lente par celte substance? 

Non, et, à ce point de vue, on ne saurait trop invoquer le 
témoignage et les expéri)nces si méthodiques de M. G. Le- 
moine sur les cobayes et les chiens. Il leur administrait 
quotidiennement une dose de teinture de strophantus qui, 
isolée, eût été insuffisante pour provoquer aucun phénomène 
physioIogique.Aprèsquelquesjours, cependant, ces animaux 
perdaient rapidement de leur poids, de leur appétit et de 
leur embonpoint, et ceux de l'espèce canine étaient atteints 
de diarrhée séreuse, de polyurie et d'albuminurie. 

Du côté du système nerveux, c'étaient des tremblements, 
des convulsions des muscles de la mâchoire et des grince- 
ments de dents, et môme, dans une expérience, des convul- 
sions épileptiformes. L'inertie, la lenteur des mouvements, 
la paresse musculaire, s'observèrent à une période plus 
avancée. 

Puis, du côté des voies respiratoires, M. Lemoine notait 
la lenteur et l'irrégularité des battements cardiaques, le 
ralentissement des mouvements respiratoires, la prolonga- 
tion de l'expiration et la profondeur de l'inspiration. Enfin 
—fait démonstratif — on pouvait suspendre ces phénomènes 
et « assister à une véritable résurrection de l'animal », en 



cessant, pendant quelques jours, radministration du siro- 
phantus. 

Vraiment il y aurait naïveté de s'attarder à justifier I iiJ 
portance thérapeutique de cette intoxication chroniquo. Nt 
prouve-t-elle pas, d'une part, l'accumulation du strophantus 
dans l'organisme; d'autre part, le danger d'eu cootinuer, 
pendant longtemps, l'administration? I 

III 

L'auatomie pathologique donne-t-elle une notion }>lu! 
nette de l'action exercée par le strophantus sur les tissuj 
de l'organisme? Oui, sans doute; les altérations obsenâj 
sont constantes : dès taches hémorrhagiques maculenHVn^ 
docarde et la muqueuse gastro-intestinale; des suiïusioni 
sanguines sillonnent la surface du foie et ponctuent la cap- 
sule et le tissu spléniques.Oui, encore, le parenchyme puli 
monaire et la masse encéphalique sont congestionnés; m 
semblable congestion envahit la totalité du tissu rônal| 
mais avec une intensité plus grande dans la zone corlicali 
que dans la zone médullaire. 

On observe ces altérations anatomiques dans l'inlc^dia 
tion aiguë; on les observe encore dans l'intoxication cbJ 
nique, et on a pu décrire les lésions d'une néphrite siro^ 
phantinienne comparable, dans ses stades divers, à li 
néphrite infectieuse. Il est vrai que, chez l'homme, on o't 
point noté ces lésions; cependant, à leur défaut, M.Cazcau 
a constaté l'augmentation de l'albuminurie des brightiqiuH 
et d'autres observateurs ont noté des hématuries strophaii 
tiniennes. N'est-ce pas là encore un motif pour pre^crir 
avec réserve un médicament qui, selon l'expression d 
MM. Combemale et Mairet, agit à la manière d'un irrilai 
sur tous les systèmes de l'économie? 

IV 

Inspirés par ces données de la physiologie expérimenlali' 
les thérapeutistes s'efforcent, depuis bientôt vingt ^mki 
de fixer les indications de cette substance. En 18C9,Fras( 
lui donnait rang parmi les médicaments cardiaques. Depoi: 
avec Langgaard et Pins, ce même observateur en a faitu 
médicament diurétique. Tout récemment, enfin, on Ta pro 
posé et même essayé à titre d'eupnéique, de stimulant dt 
fonctions digestives, d'agent nervin et même d'anlihypei 
thermique et d'anesthésique local. Voilà tout un ensembi 
de vertus fort nombreuses, et, en vérité, très conlestée>. 

En le proposant comme médicament cardiaque, Fras< 
attribuait au strophantus une puissante efficacité cont 
l'asystolie, les ruptures de compensation de l'hypertroph 
venlriculaire, l'arythmie cardiaque, la dyspnée, les liydr 
pisies, tous phénomènes sous la dépendance plus ou muii 
immédiate d'un abaissement de la pression sanguine. J 
fait; d'enthousiasme, il le comparait à la digitale! 

M. Pins a, lui aussi, proclamé ses mérites dans la M\ 
générale de clinique et de thérapeutique de l'année 188 
en même temps que ses compatriotes Drasche, Zerner, Lff 
l'Américain Bowdich (de Boston), et que MM. Dujardi 
Beaumetz et Bucquoy, dans les discussions de novembre 
cette^ même année à la Société de thérapeutique. Ce demi 
lui aUribuait une supériorité sur la digitale : celle do pr 
longer son action, d'agir avec une énergie moins bruts 
mais plus durable et de restaurer la contraclilité myoca 
dique quand le cœur était fatigué. De l'avis de ces div( 
observateurs, le strophantus devrait passer pour un nai^dii 



4 Janyikr 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE Et DE CHIRURGIE 



— NM — 5 



ment de lasystolie, pour le succédané de la digitale, et 
même pour un agent cardiaque supérieur à cette dernière. 

Voici cependant une autre opinion^ celle de M. Haas: c Le 
strophantus (Praj.Jm^d. Wochens,,iSSl) n'agit pas^commé 
ia digitale. Ce n'est pas l'énergie cardiaque qu'il augmente, 
c'est plutôt la tonicité vasculaire qu'il diminue, soulageant 
aiûsi TefTort myocardique en amoindrissant ia résistance de 
la circulation périphérique. » Ce n'est pas sa seule action 
ti pour prouver que le strophantus n'est pas un tonique du 
cœur, il ajoute que, sous son influence, le choc précor- 
dial diminue, que le deuxième bruit pulmonaire s'affaiblit, 
H que le pouls perd de sa fréquence. En d'autres termes, 
si le strophantus atténue l'effort myocardique, c'est en 
diminuant l'encorobrement de la circulation périphérique 
fU s'il possède une efficacité dans le traitement des cardio- 
pathies non compensées, ce serait à titre de médicament 
vasculaire plutôt que de médicament cardiaque. 

Le radicalisme de cette conclusion ne satisfait pas, sans 
doute, MM, Fraenkel, Furbinger (Société de médecine de 
Berlin, 1888), Hochhaus et Suckling. A leur avis, le stro- 
pbantosest bien un tonique du cœur, mais son inconstance 
et h faible intensité de ses effets lui donnent un rang infé- 
rieure celui de la digitale. 

loe autre opinion, défendue par MM. Rovighi et Rummo 
(itiforma medicay 1888), et surtout par MM. Mairet et Corn- 
bemale, condamne cet engouement en faveur du. stro- 
phantus, et — considération en rapport avec la théorie phy- 
siologique de son action rénale — le considère comme 
m médicament irritant. Il agit directement sur le rein et 
par le rein sur le cœur; bref, c'est un médicament rénal 
plutôt qu'un médicament vasculaire. 

M. Lerooine a, lui aussi, dans ces derniers temps {Revue 
ijhiérale de clinique et thérapeutique ^ octobre 1888) revisé 
CfS divers travaux cliniques, et, au moyen d'observations 
nouvelles et de nombreux tracés sphygmographiques, for- 
mulé des conclusions plus décisives. 

Qu'a-t-il constaté? Le renforcement de l'énergie du cœur 
et une régularité plus grande du rythme de ses battements. 
Par contre, il n'a jamais observé ni ces améliorations con- 
sidérables proclamées par certains oJ}servateurs, ni enfin 
cette souveraine puissance thérapeutique du strophantus, 
dViprès laquelle, au témoignage de Fraser, on assistait à 
h métamorphose, vraiment bien étonnante, d'une « insuf- 
fis^nce niitrale en une insuffisance aortique! » 



Médicament cardiaque, vasculaire ou rénal, le strophantus 
p4i<^sêde donc des vertus contestées, et, après tant de 
recherches physiologiques ou cliniques, le praticien dési- 
reu! de le prescrire éprouve le plus grand embarras. Il se 
demande donc: quand faut-il l'administrer aux cardiaques? 
IBand doit-on en éviter l'emploi? 

Les effets les plus heureux ont été obtenus contre l'asy- 
!K>lie, et surtout dans les cas où Tasystolie s'accompagnait 
•rpdème et d'hydropisie. 

ici, il faut bien l'admettre, l'action favorable est consé- 
fneate de Taugmentation de la diurèse. On peut donc, à bon 
àmi. en essayer l'administration chez les asystoliques re- 
lies à la digitale ou à la caféine. Médicament de nécessité 
plutôt que de choix, le strophantus devient chez eux une 
p>$ource suprême alors que les autres remèd g font défaut. 
kept:ndant voici que tout récemment un médecin améri- 
prt, M. Dewine, a publié une série de succès qui témoi- 



gneraient en faveur du strophantus. Il a vu, écrit-il {The 
Boston rned. and Surg. journal^ 25 novembre 1888), les 
accidents s'améliorer dans vingt-quatre cas de cardiopathies 
organiques ou fonctionnelles (affections mitrales, myoc^ir- 
dites graisseuses, palpitations sans lésions définies)! Il n'a 
constaté aurun effet cumulatif, aucun trouble digestif, lu 
diminution de la faiblesse cardiaque, en un mot tous, les 
bénéfices d'un médicament à la fois nervin, eupnéique et 
artério-tenseur. Rien ne manque à ces succès, sauf, ce 
semble, une expérience clinique assez étendue. 

Il y a, en effet, dès contre-indications à son emploi : 
tel l'état de dégénérescence du myocarde, selon la remarque 
de Zerner et Lœw; telle l'existence d'une néphrite, et sur- 
tout celle de l'albuminurie, cas où, dans les premiers jours 
après le début de son administration, le strophantus aug- 
mente temporairement la diurèse. Cette augmentation est 
seulement temporaire, et, comme M. Lemoine le fait 
observer, bientôt suivie d'une diminution quantitative des 
urines. Les améliorations signalées sont donc incontestables, 
mais éphémères, et il ne faut pas, par excès d'engouement, 
demander au strophantus plus qu'il ne peut donner. 

Néanmoins, quand ces contre-indications font défaut, ou 
que la digitale a échoué, on peut en essayer l'emploi, sans 
toutefois fonder des espérances trop grandes sur un médi- 
cament dont la constance, la fidélité et la régularité no 
sont pas les vertus. 

VI 

Quelle est la valeur du strophantus comme agent diuré- 
tique? MM. Fraser et Pins l'ont recommandé dans le trai- 
tement des néphrites, attribuant ses effets diurétiques h 
l'irritation du parenchyme rénal. MM. Hochhauâ et Dujar- 
din-Beaumetz contestent son utilité dans ces affections. 
Puis, autre opinion, défendue par MM. Zerner et Lœw; 
dans une série de onze cas, ils ont vu, écrivent-ils, la diu- 
rèse augmenter sept fois, après l'administration du stro- 
phantus cdont les effets diurétiques, ajoutent-ils, sont cor- 
rélatifs de l'action cardio-vasculaire du médicament >. Ici, 
opinion divergente, ce serait pa.' le cœur et les vaisseaux 
que le strophantus agirait sur le rein. 

MM. Lemoine et Mayeur n'ont pas été moins satisfaits de 
l'augmentation des urines ainsi provoquée. Par contre, ils 
avouent avec sincérité que, dans la néphrite brightique, le 
bénéfice obtenu est compensé par le danger d'augmenter 
en étendue et en profondeur des lésions rénales. Tous deux, 
on le sait, défendent la théorie, si vraisemblable d'ailleurs, 
de la néphrite strophantinîenne. 

De plus, autre fait non moins préjudiciable, l'albuminurie 
augmente, toujours sous l'influence du médicament, que 
cette albuminurie soit durable comme chez les brightîques 
ou passagère comme chez les fébricitants. En bonne raison, 
on doit donc redouter l'administration du strophantus 
comme diurétique et aussi comme médicament cardiaque 
à tout cardiopathe ou rénal en puissance d'albuminurie. 
On doit encore le redouter s'il existe des hématuries, car 
il les aggrave et parfois il les provoque. En voici la preuve. 

Je l'emprunte à un fait que j'observe. M. B... est atteint 
depuis longtemps de lésions aortiqucs avec myocardite et 
néphrite. Un thérapeute éminent lui prescrit le strophantus à 
titre de diurétique et de tonique cardiaque; l'albuminurie 
se manifeste, quand jusque-là on l'avait en vain cherchée. 
Je cesse le strophantus, ia quantité d'albumine descend de 
2 grammes à 50 centigrammes par jour. Chaque fois que 



6 _ N- 1 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



4 jAKVlEn 



j*essaye à nouveau le médicament, mêmes phénomènes. 
Auparavant, des analyses précises ne décelaient jamais 
Texistence de Talbumine; faut-^ii, dans Tespèce, mettre en 
doute l'action irritanle du strophantus sur le rein et, inter- 
prétation abusive, admettre une simple coexistence entre 
l'administration du médicament et les progrès de la mala* 
die? Non! Mieux vaut mettre toutes les théories hors 
de cause et constater qu'ici le témoignage de l'observation 
clinique est conforme à celui de l'expérimentation, le danger 
venant, dans la néphrite des artério^scléreux, tout à la fois 
de l'hypertension artérielle et de Tii'ritation de l'épithélium 
rénal. Inutile, par conséquent, d'insister sur cette contre- 
indication. 

Il faut noter que ces propriétés diurétiques ont été utili- 
sées par Hutchinson sur un malade en puissance de coliques 
néphrétiques. En provoquant une diurèse abondante, il sol- 
licita, parait-il, l'évacuation des calculs et la guérison de la 
crise. C'était un succès à l'actif du strophantus. Reste à 
savoir si des observateurs moins heureux, employant la 
même médication, n'auraient pas à mettre à son passif une 
irritation intempestive du parenchyme rénal. 

Comme médicament nervin, le strophantus n'a guère 
fait ses preuves; car on ne saurait, je pense, compter au 
nombre de ses victoires, l'amélioration d'un cas de maladie 
de Basedow enregistré par MM. Zenner et Lœw. On ne sau* 
rait non plus oublier son impuissance contre l'épilepsie, 
insuccès signalé par M. Lemoine. 

Enfin, jusqu'àvérification expérimentale, on doit soumettre 
au contrôle les effets anesthésiques que, tout récemment, 
dans les n"21 et 22 du Wiener klinische Wochenschrift^ 
M. Steinach aurait observés par les instillations sur la 
cornée de la solution au dixième de l'extrait de strophantus. 
Faut-il attribuer cette action à un principe actif, encore — 
€ mystérieux » — contenu dans le strophantus? M. Steinach 
le pense. Ou bien ne faudrait-il pas plutôt le considérer 
comme un de ces phénomènes beaucoup moins mystérieux 
dus à l'inhibition de la sensibilité, dont M, Brown-Séquard 
a démontré la production après les irritations les plus 
diverses des muqueuses et de la peau? 

VII 

Faut-il, en raison des modifications de la respiration 
qu'il provoque, placer le strophantus au rang des agents 
eupnéiques? MM. Hochhaus et Fuerbinger lui attribuent 
le soulagement de dyspnées nerveuses. M. Lemoine l'a 
employé avec quelques avantages pour diminuer la gène 
respiratoire du catarrhe pulmonaire et de l'emphysème 
pulmonaire. Il y a loin de tels faits à une conclusion ferme, 
d'après laquelle le strophantus mériterait le nom de 
médicament respiratoire. Mieux vaut admettre, à l'instar 
de M. Fraenkel et d'autres, que s'il atténue les dyspnées 
cardiaques, c'est en raison de ses propriétés cardio-vascu- 
laires. 

Enfin, peut-on espérer quelque profit thérapeutique de 
son action sur les voies digestives? La diarrhée strophanli- 
nienne est un phénomène vulgaire, d'après M. Lemoine, 
chez les malades qui ingèrent ce médicament, et aussi un 
phénomène d'intolérance, selon la remarque de M. Buc- 
quoy. Il peut avoir son utilité dans les œdèmes ou les 
hydropisies, au même titre que les agents de révulsion 
intestinale, mais on ne saurait, ce me semble, en recom- 
mander l'emploi prémédité, quand ses avantages ne com- 
pensent guère ses inconvénients. 



Ce n'est pas tout, le strophantus possède un goût amci 
qui stimule Tappélit des malades, ingérant sou extraii 
ou sa teinture. Yoilà une vertu stomachique, modeste sao^ 
doute, mais qui, nonobstant cette modestie, rappelle ]{ 
loin la stimulation de l'appétit produite par la strychnii» 
et la noix vomique. 

Je passe sur les propriétés antithermiques que M. Rovigh 
a tout récemment attribuées au strophantus, et j'en arni< 
à la posologie de ce médicament. Elle est simple, puifr 
qu^elIe consiste à l'administrer, sous la forme de teinture, 
la dose quotidienne de dix à quinze gouttes véhiculées (Iau 
une potion à l'eau sucrée. Jusqu'à présent ce mode d'ad 
ministration a été le plus habituellement employé. On j 
essayé, mais sans grand succès, il est vrai, de pratiquer il(>a 
injections hypodermiques contenant 1 demi-mîlligramini 
à 2 milligrammes d'extrait dans i gramme d'eau. Enfin, oi 
a proposé la strophantine à la dose d'un dixième de milli 
gramme; mais l'extrême toxicité de cette substance esl ui 
obstacle à son emploi. La pharmacologie du strophanta 
est donc encore à étudier. ^ 

En résumé, et jusqu^à plus ample informé, les umnh 
de ce médicament se compensent avec ses triomphes. i)i 
doit le prescrire avec réserve, redouter, commeMM.Dujardm 
Beaumetz et Bucquoy, la substitution des strophanlioe 
encore si mal définies aux préparations simples de slt» 
phantus ; enfin après avoir analysé les travaux dont il a et 
l'objet, on peut dire, après l'un des thérapeutistes les pi» 
distingués de la province : c Le strophantus appartienl 
cette catégorie des remèdes mal connus, que l'on se faligs 
d'étudier; — plus on l'étudié, moins on semble le m 
naître. » 

Ch. Élo^. 



REVUE DES COURS 

HOSPICE DE LA SALPÊTRIÊRE : PROFESSEUR M, CHARCOT. 

Hystérie des enfants. — Parmi les symptômes les pla 
fréquents de l'hystérie infantile, il faut noter des trouble 
psvchiques associés à des crises de violence d'un aspect toi 
à fait spécial. 

M. le professeur Charcot présente à son cours un eufii 
de sept à huit ans, sans hérédité nerveuse nettemci 
constatée, oui ressentant brusquement une sorte de (dou 
leur-aura) aans les genoux, éprouve bientôt la même seii^a 
tion dans la cuisse, l'aine et le ventre, sans perle de coi 
naissance, avec hypéresthésie cutanée sur le trajet de Taun 
puis agitation qu'une course folle (manège autour d'un 
table) calme un peu. 

Cette crise d'hystérie revient à la moindre contrariélti 
l'enfant est devenu pour sa famille un véritable lyrai 
H. Charcot fait remarquer l'horaire de ces attaques, <|i 
reviennent périodiquement de neuf heures à onze heures 
soir. 

Cette réglementation appartient bien à l'hystérie ;rêp 
lepsie, elle, est plus souvent nocturne ou bien se produit 
la fin du sommeil vers le matin. 

Le professeur constate une migration imparfaite d 
testicules, dont l'un est encore dans l'anneau, tandis ai 
l'autre est resté dans le ventre; mais il n'attache pas pn 
d'importance à ce fait qu'à l'existence dé vers intest 
naux chez certains épileptiques. 

Crises d'épilepsie. — M. Charcot oppose à l'enf* 
hystérique un jeune homme atteint d'épilepsie classioue.i 
malade a ses crises presque toutes les nuits de cinq heur 



( JAinriEiî 1889 



GAZETTE HÈBDOMÀDAiRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



1 ~ 1 



à six ou sept heures du malin. Les convulsions prédominent 
dans le côté droit du corps. Le professeur fait remarquer la 
différence qui existe entre le morbus sacer, à forme unila- 
térale, et l^épilepsie Jacksoiiienne, n'atteignant qu'un côté du 
corps. Dans cette dernière maladie, la perle de connais- 
>ance prévient de sotl arrivée par une série de phénomènes 
(auras diverses, douleurs, fourmillements, etc.); enfm la 
maladie reconnaît des causes tout à fait différentes. C'est 
surtout dans les épilepsies syphilitiques qu'il importe de se 
bâter et de faire promplement le diagnostic. L'artérîte 
^ommeuse qui cause les phénomènes convulsifs va vite, il 
ïautlrèsTite aussi instituer le traitement anlisyphilitique 
pil d'attaque. On comprend lé tort if réparable causé au 
jalient quand on croit à Tépilepsie classique et quand on se 
contente de donner le bromure de potassium. 

Quand on a bien affaire à l'épilepsie spécifique, on voit 
bientôt répîlepsie s'amender, la connaissance ne se perd 
plus, les pnénoraènes cônvulsifs se localisent. Malheureu- 
scmenl louiez les épilepsies partielles né sont pas syphi- 
litiques. Il font alors, quand on le peut, Recourir à la trépa- 
nation. M. Horsley a déclaré à M. Charcot que l'opération 
çr^Viquée sur un malade encore sous l'influence du bromure, 
pris pour calmer les crises, se faisait dans de mauvaises 
condffions et compromettait le succès. 

Conclusianê : L'épilepsie vraie qu'on tie peut encore rap- 
}>orter à aucune lésion organique démontrable, doit être 
fniilée par le bromure. Au contraire, l'épilepsie partielle 
est syphilitique, alors elle doit être attaquée vigoureusement 
par le traitement spécifique ou bien elle doit être rapportée 
:> un néoplasme et devient alors justiciable (autant que pos- 
sible loin de la dernière administration du bromure) de la 
chirurgie crânienne. 

Tremblement de la tête dans la maladie de Pab- 
KiNso!c. — On sait que la maladie de Parkinson, môme 
dans les cas où le tremblement est très accusé, a coutume 
de respecter la tête qui n'est jamais atteinte que par le 
mouvement communiqué par le reste du corps. Quand oïl 
hesl attaché an début des études sur cette affection à la 
différencier de la sclérose en plaques, les auteurs et parmi 
eux M. Charcot se sont efforcés de mettre en lumière cette 
intégrité de la tète devant le tremblement. Or, te qui avait 
pam de prime abord Un caractère absolu semble aujour- 
d'hui moins certain. Le professeur, à l'appui de son dire, 
montre un homme de trente-neuf ans atteint de la maladie 
fie Parkinson et présentant dahs tout son côté gauche un 
tremblement violent. Or la tête elle-même tremble très 
fort, les secousses du tremblement se font surtout du côté 
p:auche, côté le plus atteint. C'est là un de ces cas cotnme 
Westphall en a signalé un dans les Annales de la Charité. 
Tout ce qu'on peut dire en pareille circonstance c'est que, 
dans la majorité des cas, la tête ne tremble pas. L'excep- 
ti^n confirme la règle. (Leçon du 30 novembre 1888.) 

Chorêe grave. -— Il se présente bon an mal an soixante 
eu quatre-vingt malades atteints de chorée à la Salpctrière. 
Sorce nombre asse2 considérable on a rarement à Constater 
âes décès dtt fait de la chorée elle-même : la chorée grave est 
donc peu fréquente. M. Charcot présente un homtnè encore 
jeune atteint de la chorée grave de l'adulte. Après une 
première phase caractérisée surtout par des troublés 
ffientaax il a été pris d'une agitation incessante. Aujour- 
d'hui il a une température aux environs de 40 degrés, 
làl pulsations, un ventre ballonné, la langue sèche; il n'| 
1 aucune complication visèéràle. C'est la chômée seule qui 
cjuse tout cela. 

il ne s'agit plus de la chorée de Sydenham, de cette 
éorée dès emants qiïi guérit très bien, maiâ de la chorée 
ft*rtelle, tellement rare, qu'à Saint-Ceorges Hospilal èh 
^«-Qte et un ans on en a vu 16 câS; aut Enfants malades 



6 cas en quinze ans; ei^lin à la Salpétrière 3 cas sur 
160 chorées. 

On peut rapprocher la chorée gravé de Padullé de Pétat 
de mal épileptique. Dans l'un et l'autre cas là mort vient 
sans complications viscérales et Paulopsie a toujours donné 
des résultats négatifs. 

Vraisemblablement ce malade mourra et û sa chorée 
a revêtu un caractère aussi grave c'est non bas parcfe qu'il 
est rhumatisant, mai^ parce qu'il est issu ue névropathes 
(le père et la mère se sont suicidés). Sur un tel lel'raih la 
chorée a montré tout ce qu'elle pouvait donner. 

Le malade a succombé comme on pouvait s'y attendre et 
Paulopsie n'a révélé que quelques végétations sur la face 
auriculaire de la valvule mitrale. Auchrle lésion du sys- 
tème nerveux. 

Paralysie iNFANtiLS. — A propos de deux cas de 

[paralysie infantile H. Chafcot rappelle l'historique de 
a question, établit au tableau le schéma habituel des 
lésions des cornes antérieures et signale un çoint de 
diagnostic délicat avec une paralysie particulière de 
Penfance qu'il appelle la paralysie de Kennedy. Cette 
affection peu connue amène cfes paraplégies, des monoplé- 
gies complètes, qui ont [iour caractère de guérir tout a'un 
coup ou du jour au lendemain. Le professeur rappelle éga- 
lement un fait des plus curieux signalé ces temps derniers 
à Lyon. C'est le développement d'apparence épidémiquede 
treize cas de paralysie à Sainte-Foiz l'Argentière, petit pavs 
de 1500 âmes. Ces faits, rappelant du reste absolument la 
paralysie infantile, doivent-ils faire admettre l'existence 
d'une maladie infectieuse... voilà l'intérêt... Y a-t-il un 
microbe ayant une sympathie spéciale pour les cellules 
des cornes antérieures? Le fait serait assez curieux. Avant 
d'admettre cette conclusion, il est bon d'attendre, de voir si 
des cas nouveaux viennent à se produire, de s'assurer qu'il 
s^agit bien dé la paralysie infantile et de ne se prononcer 
qu'à coup sûr. (Leçon du 4 décembre 1888.) B. 



TRAVAUX ORIOIMÙX 

Cllalqae méélMile, 

Des rapports de l'ataxie logomotrige progressive et 
DU GOITRE EXOPHTHALMIQUE. Communication faite à la 
Société des hôpitaux dans la séance du jÀ décembre 1888, 
par M. Alix Joffroy, médecin de la Salpétrière. 

La question soulevée par la communication de rïion 
savant collègue me préoccupe depuis plusieurs années. 
J'aurais cependant préféré en retafder encore la discussion; 
mais, puisque le déhat est ouvert,je l'accepte d'autant plus 
volontiers que je crois nécessaire de combattre sans retard 
les conclusions que M. Barié vous a présentées d'une 
manière trop séduisante. 

Oi] peut trouver réunischezun ataxique tous les symptômes 
capitaux de la maladie de Baseclow : la tachycardie, 
l'exophlhalmie, le goitre, le trembletnertt des mains, etc. ; 
mais plus fréquemment on n'en trouve que quelques-uns. 
Parmi eux, la tachycardie est le plus commun. Il n'est pas 
très rare de voir, en même temps que la tachycardie, un 
certain degré de protrusion des yeux ; chez d'autres malades, 
on trouvera la tacnycardie associée àla tumeur thyroïdienne ; 
chez d'autres, on trouvera une ôxophlhalmie très accusée, 
avec une grande fréquence des battements du cofeur. 

La question qui se pose naturellement dans ces cas est de 
savoir si l'on se trouve en présence de malades atteints 
simultanément de l'ataxie loèomôtrice et dé la maladie de 
Basedow, ou bien si l'on doit regarder la tachycardie, 
réxophthalmîe, le goitre, le tremblement des mains, etc., 
comme devant être rapportés à l'ataxie locomotrice;' ' ^"" ' 



8 — NM - 



GAZETTE HEBDOMADAiRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



4 Janvier 1889 



Avant d'aborder cette discussion,, nous relaterons d*abord 
dans leur ordre d'observation les faits qu'il nous u été 
donné d'observer depuis plusieurs années que nous étudions 
cette question. 

J'ai conservé le souvenir de malades tabétiques oui 
étaient, en 188i, dans mon service de Bicétre, et dont les 

Î eux présentaient de laprotrusion à un degré très frappant, 
e pourrais citer plus particulièrement le nommé Al..., pré- 
senté à cette Société en 1883 par M. Debove, après l'élon- 
gation du sciatique. Toutefois, ce n'est que l'année suivante 
que j'ai commencé à consigner le fait dans mes notes. 

Voici la photographie de la première malade atteinte 
d'ataxie locomotrice, et chez laquelle j'ai relevé inten- 
tionnellement le symptôme exophthalmie. Cette malade, 
nommée B..., âgée de quarante-neuf ans, est entrée dans 
mon service à la Salpètrière au mois de mars 1885. L'ataxie 
et l'exophthalmie paraissent dans ce cas avoir débuté à peu 
près simultanément. 

Le 21 novembre 1879, la malade fut vivement contrariée 
pendant la période menstruelle; elle tomba sans connais- 
sance, eut une épistaxis très abondant^, et fut obligée de 
garder le lit, en proie à une grande surexcitation, et d'autre 
part ressentant de violentes douleurs dans la région lom- 
naire. 

Vers la (în de la première semaine, pendant la nuit, la 
malade voulut se lever dans l'obscurité, mais elle ne put se 
tenir debout et tomba. Elle dut demander du secours pour 
remonter dans son lit. A partir de ce moment, elle ne put 
marcher que de jour ou avec le secours de la lumière. 

C'est à cette époque qu'elle remarqua que ses yeux 
faisaient une saillie très accusée, qui se serait développée 
tout de suite après la perte de connaissance mentionnée 
plus haut, d'après le dire d'une de ses amies présente à 
l'accident. 

Ce n'est que deux ou trois mois plus tard qu'elle ressentit 
des crises de douleurs fulgurantes. 

A la même époque, on constata un strabisme externe de 
l'œil droit, avec affaiblissement de la vue de ce côté. 

En 1884 se développa une arthrouatbie tabétique du 
genou gauche. Dans le courant de la même année se 
montrent les crises gastriques, qui reviennent irrégulière- 
ment à des intervalles de quatre à huit semaines environ, 
et qui sont parfois excessivement violentes. 

Le cœur ne présente aucun bruit morbide, n'est pas 
notablement hypertrophié, mais bat un peu plus fréquem- 
ment que la normale. La malade étant au repos dans son 
lit, qu elle ne quitte guère que pour se mettre sur une 
chaise, a de 84 à 90 pulsations par minute. Le choc du cœur 
n'est pas violent, si ce n'est quand la malade est impres- 
sionnée. 

Au cou, on ne constate pas de battements exagérés des 
artères, et il n'y a pas trace de tumeur du corps thyroïde. 

On observe parfois un peu de tremblement des mains. 

Le caractère chez cette malade est excessivement impres- 
sionnable; elle est difficile à contenter et très prompte à se 
mettre en colère. Elle est hystériq^ue et a présenté à 

[plusieurs reprises sous nos yeux des crises nerveuses rappe- 
ant la petite allague d'hystérie, avec menace de syncope. 

Depuis 1885, il ne s'est présenté aucune modification 
importante. 

En résumé, on trouve chez cette malade les signes clas- 
siques de l'ataxie locomotrice et de l'hystérie, et on observe 
un certain degré de tachycardie et une exophthalmie assez 
prononcée pour qu'à première vue on songe à la maladie de 
Basedow. 

Je mets encore sous vos yeux la photographie de la 
seconde malade dont je vous parlerai. L'exophthalmie, 
thlfjffs^ marquée que dans le premier cas, est encore 
fifianiféste. 



C'est une femme nommée A..., âgée de soixante ans, 
entrée dans mon service en mai 1885. 

Le début de l'ataxie locomotrice remonte à 1869 (elle 
avait alors quarante-qîiatre ans), et consista en douleurs 
lancinantes dans les membres inférieurs. Depuis celle 
époque, les crises douloureuses se sont montrées avec une 
une grande intensité. 

Ce n'est que treize ans plus tard, en 188â, qu'elle éprouva 
les premiers troubles de la marche, qui devint irrégulière 
et même impossible dans l'obscurité. En janvier 1883, 
l'incoordination diurne était manifeste, et en 1885, la malade 
ne pouvait faire quelques pas qu'avec l'aide du bras d'uue 
personne ou en s'appuyant sur les barreaux des lits. 

Depuis trois ans, il y a incontinence d'urine, troubles de 
la sensibilité, perte des réflexes patellaires, etc. 

Les yeux présentent un degré notable d'exophthahnie, 
mais la malade affirme qu'elle a toujours eu ce volume 
anormal des yeux, et qu'en cela elle ressemble à sa mère. 

Pendant toute une période de sa vie, de vingt-cin(}à 
trente-cinq ans, elle a eu des palpitations, qui ont ensuite 
disparu. 

Aujourd'hui, on constate^que le cœur bat énergiquemenl 
en soulevant la mamelle à chaaue pulsation. 11 n y a pas 
de souffle, pas ou peu d'hypertrophie; mais parfois, pendant 
l'auscultation du cœur, on perçoit une sorte de turoulle 
pendant lequel on ne peut compter exactement le nombre 
de battements. 

Le pouls, généralement régulier, bat de 110 à 130 fois 
par minute, la malade étant alitée. A l'arlère radiale, il est 
plutôt petit, efl'acé; mais au niveau du cou, on voit les caro- 
tides battre assez fortement. 

On ne trouve chez la nommée A... ni tumeur thyroldieoae 
ni tremblement des mains. 

Dans ce second exemple, on trouve donc chez une femme 
ataxique, de rexophthalmie, de la tachycardie, une impul- 
sion énergique du cœur ; mais on ne trouve ni développe- 
ment anormal du corps thyroïde, ni tremblement des 
mains. 

Notons aussi que dans ce cas l'exophthalmie parait avoir 
précédé l'ataxie. 

Au mois de juillet 1887, j'ai observé un troisième fait, 
que je résume en quelques mots. 

Il s'agit d'une femme de vingt-neuf ans, ayant depuis 
l'âge de quinze ans des attaques d'hystérie convulsive avec 
perte de connaissance, délire, etc. 

L'ataxie locomotrice est caractérisée par des crises de 
douleurs fulgurantes, l'incoordination motrice des membres 
inférieurs rendant la marche presque impossible, le si^'ue 
de Romberg, des troubles vésicaux, la perte complète des 
réflexes patellaires, l'anesthésie en plaques, etc. 

Chez cette malade, les yeux sont un peu saillants, et le 
pouls bat 80 fois à la minute. Il n'y a pas à noter dans ce 
cas d'autres phénomènes imputables à la maladie de 
Basedow. 

Le quatrième cas diff'ére des précédents par cette double 

(particularité qu'il y a un goitre et qu'on l'a remarqué 
ongtemps avant les premiers symptômes tabétiques. Du 
reste, je vous présente la malade, qui a bien voulu m'ac- 
compagner. 

La nommée C..., âgée de quarante-huit ans, est entrée 
dans mon service à la Salpètrière le 15 juin 1887. 

En 1873, à l'âge de trente-quatre ans, l'ataxie débuta par 
des crises gastriques et des douleurs fulgurantes d'une | 
grande violence» siégeant d'abord dans les membres infé- 
rieurs, et plus tard dans les membres supérieurs et la tête. 
Il y avait aussi quelques troubles de la marche. 

Après un traitement de plusieurs mois survint une 
rémission de sept années, pendant laquelle la malade put 
reprendre sa profession de blanchisseuse. 
En 1882, la maladie fit de rapides progrès. Des troubles 



4 Janvier 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



NM — 9 



résicaux se montrèrent, les douleurs reparurent, et la 
.larche devint d*abord difficile, puis impossible dans 
l'obscurité. 

Actuellement la malade ne peut marcher que soulenue 
lies deux côtés; le signe de Romberg existe à un haut degré; 
les réflexes patellaires ont disparu; il y a des troubles de la 
sensibilité, des troubles de la vue, de l'inégalité pupil- 
laire, etc. 

En outre, on note de la protrusion des yeux, de la 
tachycardie (124 pulsations à l'état de repos, avec choc assez 
violent de la pointe contre la paroi thoracique), du tremble- 
ment des mains et une augmentation notable du volume du 
corps thyroïde, surtout du côté gauche. 

La tumeur thyroïdienne fut remarquée dès l'âge de cinq 
ans, et pendtnt tout le temps qu'elle était fillette, elle pré- 
senta un certain degré de goitre qui fut alors considéré 
romme étant de nature endémique, mais oui vraisembla- 
blement traduisait déjà l'existence de la maladie. 

En résumé, chez cette quatrième malade on trouve les 
quatre symptômes cardinaux de la maladie de Basedow, et 
en opposition avec ce qui est noté dans la majorité de mes 
observsrUons, il y a un goitre, et de plus il est probable que 
si la maladie de Basedow n'a pris un développement 
complet qu\iprès le début de Tataxie, du moins, son 
existence est antérieure à celle de l'ataxie. 

Le cinquième cas que j'ai observé cette année présente 
ane particularité intéressante. 

Il s'agit d'une femme d^ cinquante-huit ans présentant 
aujourd'hui de l'incoordination motrice^ des troubles de la 
me (amblyopie et diplopie), des douleurs fulgurantes, des 
troubles de la sensibilité, le signe de Romberg, la perte des 
réflexes patellaires. Le début de l'ataxie ne parait remonter 
qu a quatre ou cinq ans. 

Peu de temps après, ses yeux sont devenus saillants; on 
retrouve ce symptôme aujourd'hui, et en outre on note 
124 pulsations à l'état de repos, et parfois un peu de trem- 
blement des membres supérieurs. 

Cette malade nous apprend aussi qu'il y a deux ans, alors 
qu'elle était à THôtel-Dieu, elle était glycosurique et poly- 
urique. L'examen de l'urine, que nous avons souvent répété, 
nous a montré que ces symptômes ont presque disparu; 
cependant il nous est arrivé de trouver encore de petites 
quantités de glycose dans son urine. 

La sixième malade dont je vous parlerai est entrée dans 
mon service le 12 octobre dernier. 

C'est une femme de quarante-deux ans chez laquelle 
l'ataxie locomotrice a eu une évolution particulièrement 
rapide. Il y a deux ans et demi, les douleurs fulgurantes et 
l'incoordination des membres inférieurs se sont montrés 
simultanément. Un an après la vue diminua, et en quatre 
mois il se développa une amaurose presque complète. 
Aujourd'hui, la malade est complètement alitée, et les 
symptômes tabétiques s'observent aux membres inférieurs 
et aux membres supérieurs. 

Chez elle on trouve une saillie des globes oculaires, plus 
prononcée du côté droit. On compte 106 pulsations à la 
minute. Il n'y a pas de tumeur thyroïdienne. 

La dernière malade dont je résumerai l'observation est 
une femme âgée de quarante-neuf ans^ ataxique depuis 
douze ans environ. 

L'ataxie a débuté par des crises gastriques, et pendant 
toute la durée de la maladie jusqu'à ce jour, ces crises 
constituent le symptôme le plus accusé de l'affection. Depuis 
plusieurs années, il y a une certaine difficulté de la marche, 
le signe de Romberg est très marqué ; il y a des troubles 
très prononcés de la sensibilité, les réflexes patellai-res sont 
abolis, etc. 

Chez cette malade, les yeux sont plutôt excavés, il n'y a 
pas de tremblement des mains, et c'est seulement dans ces 
<ierniers jours, en examinant en vue de cette communication 



les atàxiques de mon service, que je me suis aperçu qu'elle 
portait une tumeur assez développée, formée par le corps 
thyroïde hypertrophié surtout à droite. La malade n'avait 
pas encore remarqué cette particularité, et j'ignore la date 
d'apparition de ce symptôme, qui est sans doute assez récent. 
Le pouls, à l'état de repos, bat 80 fois par minute, mais la 
malade est facilement émotionnable, et alors on compte 
100 pulsations ou plus. 11 n'y a pas de tremblement des 
mains. 

En résumé, voilà sept malades ataxiques, dont six pré- 
sentent de la protrusion des yeux à un degré plus ou moins 
marqué. 

Chez toutes on observe de la tachycardie variant depuis 
80 jusqu'à 130 pulsations à l'état de repos. 

La tumeur thyroïdienne et le tremblement des mains 
n'ont été relevés que dans deux cas. 

Revenons à la Question des relations qui existent entre 
l'ataxie locomotrice et les symptômes de la maladie de 
Basedow complète ou fruste. 

Deux hypothèses peuvent être faites : ou bien il ne s'agit 
que de la coexistence de deux maladies distinctes, l'ataxie 
locomotrice d'une part et la maladie de Basedow de l'autre; 
ou bien l'on doit rattacher aux développements de la lésion 
tabétique ces symptômes qui représentent plus ou moins 
complètement le tableau du goitre exophthalmique. 

Examinons ces deux hypothèses. 

S'agit-il d'une simple coïncidence (je ne dis pas d'une 
coïncidence fortuite, car l'association des maladies ner- 
veuses chez le même sujet n'est pas fortuite), c'est-à-dire de 
la réunion chez un même malade de deux maladies dis- 
tinctes, l'ataxie locomotrice et la maladie de Basedow? Je 
ne vois pas pour quel motif on n'accepterait pas cette combi- 
naison. Ne voyons-nous pas déjà l'hystérie (et on en trouve 
deux exemples dans ce travail) se combiner avec le tabès, 
sans qu'il vienne à l'idée de personne de rapportera une 
seule affection les symptômes de l'hystérie et de l'ataxie 
locomotrice? Le tabès se combine également avec la para- 
lysie générale, avec beaucoup d'autres formes d'aliénation 
mentale. Pourquoi ne se comoinerait-il pas avec la maladie 
de Basedow ? 

D'autre part, nous savons que le goitre exophthalmique 
se combine avec l'hystérie, avec la chorée, avec l'aliénation 
mentale, etc. Pourquoi ne pourrait-il pas ou bien se com- 
pliouer d'ataxie locomotrice, ou se développer chez des 
malades ataxiques ? 

Les associations de ce genre ne sont-elles pas en quelque 
sorte la règle dans la grande famille névropathique? 

J'avoue que pour ma part cette association ne me parait 
pas douteuse, dans l'une au moins des observations que je 
viens de rapporter. 

Hais, si la question me semble facile à résoudre quand la 
maladie de Basedow se montre avec la totalité de ses 
symptômes, il n'en est plus de même quand son tableau est 
incomplet. 

Depuis longtemps, en effet, on sait qu'il n'est pas rare de 
trouver de la tachycardie chez des ataxiques à une période 

[dus ou moins avancée de leur maladie. H. Charcot a signalé 
e fait depuis longtemps dans ses leçons, et déjà en 1807, 
étant interne dans mon service, j'étais préoccupé d'en 
trouver l'explication. Voici ce que j'écrivais alors : 

€ Nous ne pensons pas que dans l'alaxie locomotrice on 
puisse expliquer la fréquence des battements cardiaques par 
une altération des noyaux d'origine des pneumogastriques, 
analogue à celle que Ion trouve dans la paralysie labio- 
glosso-laryngée, ou à celle qui existe dans la sclérose en 
plaques, lorsque les plaques de sclérose ont envahi ces 
noyaux. » (Jofîroy, Note sur un cas de sclérose en plaques. 
Soc. de biologie, 1869.) 

Hais depuis cette époque, on a décrit la névrite périphé- 
rique des ataxiques, et celle-ci peut sans doute siéger dans 



10 — NM 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



4 Janvier 4889 



le pneumogastrique. Je n'oserais cependant pas, jusqu'à 
plus ample informé, expliquer par cette lésion la tachycardie 

3ue Ton observe si fréquemment dans Tataxie, parfois bien 
es années avant la mort. 

Mais que la tachycardie des ataxiques relève d'une alté- 
ration centrale. d*une altération des nerfs périphériques, ou 
bien ne soit qu un trouble fonctionnel, je n'en persiste pas 
moins, comme par le passé, à la regarder comme un 
symptôme tabélique, et jamais il ne me viendrait à l'idée 
de parler d'une forme fruste de maladie de Basedow par 
cela seul que j'observerais de la tachycardie chez un 
tabétique. 

J'en dirai autant d'un léger degré de protrusion des yeux, 
qui ne me parait pas très exceptionnel chez les ataxiques, 
surtout à une période avancée de la maladie. 
Mais quand, comme chez la malade (obs. VI) que je vous 

Présente, je trouve réunis tous les signes de la maladie de 
asedow, alors le doute ne me parait plus permis; ici ce ne 
sont plus des symptômes labétiques que nous observons, 
mais bien la réunion de deux maladies distinctes, le goitre 
exophthalmique et Tataxie locomotrice. 

Et si le doute existait encore dans vos esprits, je vous 
rappellerais certains détails de l'observation, et vous verriez 
qu'il est absolument impossible de mettre sur le compte de 
l'ataxie les symptômes de la maladie de Basedow, puisane 
celle-ci existait certainement bien longtemps avant le début 
de l'ataxie, se traduisant pendant l'enfance de la malade 

Sar des palpitations et par une tumeur thyroïdienne qui 
onna lieu alors à une erreur évidente de diagnostic. 

Je regarderai aussi comme atteinte de maladie de 
Basedow, de même qu'elle est atteinte d'hystérie, la malade 
de l'observation I, chez lauuelle l'exophthalmie a des pro- 
portions très marquées. Malgré l'absence de goitre, ce 
diagnostic ne me paratt pas contestable. 

Dans l'observation II, il semble que, comme dans l'obser-^ 
vation IV, l'ataxie se développe chez une malade déjà atteinte 
d'une forme fruste de maladie de Basedow. 

Par contre, je serais assez disposé à regarder comme 
symptômes tabétiques la tachycardie et le léger degré de 
protrusion des yeux, relevés dans les observations III, 
V et VI. 

L'analyse des faits que j'ai observés me conduit donc à 
cette double conclusion : 

i"" Que chez le même sujet on peut voir réunies la maladie 
de Basedow et la maladie de Duchenne. 11 paraîtrait môme, 
si j'en juge par les quelques faits que j'ai relevés, que c'est 
l'ataxie locomotrice qui se développe généralement en 
dernier lieu ; 

S"* Que l'ataxie locomotrice peut donner lieu à de la 
tachycardie et peut-être aussi à un léger degré de protrusion 
des yeux, rappelant ainsi certaines formes frustes de la 
maladie de Basedow. 

En terminant, je ferai remarquer que si toutes mes 
observations se rapportent à des femmes, cela tient à ce 
que, à la Salpêtrière, je n'observe oue des femmes, mais 
sans doute aussi à ce que la maladie de Basedow est surtout 
l'apanage du sexe féminin. Du reste, j'ai indiqué en com- 
mençant cette communication que l'exophthalmie pouvait 
s'observer aussi chez les tabétiques. 



Cllalqae chirtirgleale. 

Essai sur la recherche , l'isolement et l'emploi 
vaccinal des excréta soludles de certains microbes 
PATHOGÊNES, par M. le docteur Ricochon (de Ghampde- 

• niers). 

La question de savoir comment s'acquiert l'immunité 
dans certaines maladies infectieuses n'a jamais cessé d'être 



à l'ordre du jour depuis les premiers travaux de M. Pasteur 
sur les virus-vaccins. Elle est plus que jamais actaelie. 
Dans ces derniers temps un travail de MM. Roux et Cham- 
berland, inséré dans les Annahs de Flnstitut Pasteur 

S décembre 1887), une étude publiée depuis par M. Chauveau 
lans la Revue scientifique (3 mars 1888) ont plus particu- 
lièrement fixé l'attention sur le rôle, déjà soupçonné, que 
joueraient dans 'l'immunité non plus les microbes eux- 
mêmes, mais leurs produits solubles d'etcrétion (1). 

Cela laisse supposer déjà que les microbes partage- 
raient cette propriété des êtres, d'excréter des produits 
qui sont souvent pour eux de véritables poisons, et qu'en les 
mettant aux prises avec une quantité sufYlsante de ces 
poisons au sein des milieux organiques, on les placerait 
dans l'impossibilité de s'y développer et d'y vivre. 

Le problème de l'imm^unité à conférer consisterait donc 
à préparer ces produits dans des milieux de culture artifi- 
ciels, à les isoler de leurs microbes générateurs, et à les 
introduire dans l'organisme en i>roportion telle qu'ils y 
fussent inoiïensifs et y rendissent inoffensive aussi Tintro^ 
duction ultérieure de ces mêmes microbes. Ces produits 
deviendraient ainsi de véritables vaccins. On peut, si l'on 
veut, les appeler des leucomaines vaccinales. 

Une autre forme du problème à résoudre consisterait à 
prendre l'organisme lui-môme comme milieu de culture 
des microbes, et à les y introduire dans des conditions de 
bénignité telles qu'ils y créeraient une maladie atténuée, 
tout en fournissant une quantité de matière vaccinale suffi- 
sante pour assurer l'immunité contre la maladie elle- 
même. 

C'est à rechercher ce qui a déjà été tenté et ce qu'on peut 
espérer dans cette direction que nous voudrions consacrer 
cette étude. Chemin faisant, nous apporterions un ou deux 
faits nouveaux, et nous envisagerions d'un certain point de 
vue des faits déjà connus. 

I 

Et d'abord, la foimation de cette matière vaccinale est- 
elle un fait général dans les maladies microbiennes? 

On comprend combien il importerait que cette quest ion 
recâtdanstouslescasuneréponse positive. Un jour ou l'autre 
on pourrait espérer recueillir seule cette matière vaccinale, 
et (lès lors la méthode des vaccinations offrirait, aux yeux 
du public et des médecins, un caractère d'innocuité qui 
désarmerait les préventions les plus tenaces. 

M. Pasteur, q^ui a présidé à^ l'origine de toutes les 
questions microbiennes, s'était fait cette demande dès ses 
premières études sur le choléra des poules. H. Chauveau a 
rappelé, dans la Revue scientifique^ par quelle élégante 
expérience in vitro l'illustre savant avait cherché à y 
répondre. Mais il avait fait plus encore. Il avait injecté à des 
poules les résidus des bouillons de culture et n'avait pu par 
ce procédé leur procurer l'immunité morbide. 

bst-ce à dire que la matière vaccinale n'existe pas dans le 
san|; que le microbe, impuissant à la créer dans un bouilloa 
artificiel, ne puisse la produire dans son milieu naturel, dans 
le milieu organique, avec des substances protéiques plus 
riches et incessamment renouvelées? On ne saurait l'affiriner. 
On n'est pas arrivé à la déceler, il est vrai, par les procédés 
ordinaires d'isolement (destruction des microbes par la 
chaleur, filtration de l'humeur virulente); mais on n'y est 
pas arrivé davantage pour la matière vaccinale de la fièvre 
charbonneuse, alors pourtant que par une autre voie, la voie 

(1) Nous Jgnorivns le nouveau travail de M. Roux sur la matière vaccinale da 
charbon symploma tique (AnnaUi de Vinstitut Pasteur, février 1886} quand c«t 
essai a ëlé écrit (!«' avril 1888). 

Depuis cette note, d'importants travaux et de nouvelles découvertes ont été 
faiU sur là matière par MM. Houti Chaoïberland, Malvoa, Nocard, Bouchard» 
Gamaléia... Nous les ti(fnaIorons en note à la place que nous leur avions résorvéti 
par prévlsioû dans notre classification. 



4 Janvier 188$ 



6AZBTTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET bË CHIRURGIE 



— N« 4 — Û 



da filtrage placentaire, son existence â été mise à peu près 
hors de doate (1). 

A ce propos, on se demandera peut-être pourquoi pareil 
procédé n*a pas été appliqué au choléra des poules, inoculé 
au lapin. C'est qu'en réalité il est inapplicable ; la barrière 
placentaire, qui reste souvent impénétrable aux bactéridies 
charbonneuses, du moins dans certaines espèces animales, 
telles que la brebis (Chauveau), se laisse rompre à peu près 
toujours par les microcoques du choléra des poules (Cham^ 
brelent) et l'isolement de la matière vaccinale devient ainsi 
impossible. 

Le doute sur l'existence de cette matière dans le sang des 
animaux infectés reste donc encore permis, tout au moins 
âu point de vue expérimental. 

Il Test bien davantage encore dans une autre maladie 
>irnlente, dans un cas de variole, dont nous avons publié 
ailleurs l'observation {Gaz.hebd, de méd. et de chir,, 1887, 
n' 30) et que nous demandons à rappeler sommairement : 

i M"*^ B..., de F..., multipare, enceinte dans son septième 
mois, contracta une variole confluente, qui se compliqua de 
symptômes ataziques graves et mit en danger les jours delà 
m\ade. Les médecins appelés allehtlaienl chaque jour la mort 
du fœtus et son expulsion prématurée. 11 n'en fut rien. La malade 
eriiérit et accoucha à terme d'une grosse fille, pesant 5itir,500, qui 
ne portait sur elle la trace d'aucune cicatrice variolique et qui, 
bien mieux, fut vaccinée six mois après et prit trois boutons à 
chaque foras. » 

Ce qu'il faut retenir ici, c'est que l'enfant a été vaccinée 
avec succès. C'est donc qu'elle n'avait pas acquis Timmunilé 
dans le sein maternel et qu'à travers le placenta aucun 
microbe variolique, ni aucune matière vaccinale soluble 
n'étaient arrivés jusqu'à elle. C'est donc que cette matière 
n existait pas dans le sang de la mère, car autrement il est 
diflicile de comprendre Qu'elle n'eût pas, obéissant aux lois 
de Tosmose, franchi le filtre placentaire, perméable à toutes 
les substances organiaues diuusibles. 

Ou peut objecter, il est vrai, que cette matière existait 
peut-être quand même dans le sang, mais qu'en franchissant 
le placenta, elle a dû subir quelques modifications chimi- 
ques, telles qu'en éprouvent les peplones du tube digestif, 
qui se désbyaratent en traversant la paroi intestinale pour 
repasser à l'état d'albumine. Hais cette objection ne doit 
pas valoir, car elle s'appliquerait tout aussi bien à la fièvre 
charbonneuse des brebis pleines, et M. Chauveau en a 
démontré en pareil cas l'inanité, en prouvant que parfois 
la matière vaccinale arrivait intacte au fœtus, sans microbes 
concomitanls et leur donnait pourtant l'immunité. 

II 2<emble donc bien que dans la variole, sinon dans le 
choléra des poules, l'immunité acquise par une première 
atteinte de ces maladies ne Test pas par l'intervention d'une 
matière vaccinale, d'une matière soluble et libre tout au 
moins. Mais cette conclusion ne saurait être ferme, car le 
sujet est encore bien neuf, bien obscur et il peut être telle 
randition fondamentale du problème qui nous échappe abso- 
lument (2). 

IL — FiLTRATION DE l'HUMEUR VIRULENTE. 

Les conditions de gestation dans lesquelles notre cas de 

ifi Elle vient d'être prouTée sûrement par MM. Roux et Chamberland (Afin. 
i^ rinâtitut Past€itr,M(il 1888) & Taido de procédés délicats de chaufRigo du sang 
'SarbonneaX. 

i} Nous avons depuis recueilli un second cas de variole, analogue au premier, 
u.isoù Tcnfant n'a pris, lors de sa Taeclnation jennérienne, qu'un bouton de 
<i-ctQp. La mère affirne pourtant que son enfant a dû recevoir au moins deux 

«ares à chaque bras; avait-il donc ou commencement de vaccination intra- 
.Krioe ? O qui en ferait douter, c*est que la cicatrice vaccinale est flranche, 
1 r^e, profonde, aujourd'lioi encore, après vingt-cinq ans. Après tout, réflexion 
'r.*, il se penl que la matl&re vaccinale soluble ait passé au fœtus, mais en ne 
' < donnant qu'une immunité très courte, comme il arrive souvent dans ce mode 

' \jcpinatif>n, dès lors, on comprendrait comment la vaccination Jennérienne 

u->rTcaue huit oo dix mois aprô5 la naissance, ait pu réussir. 



variole s'est présenté, méritent d'être retenues. Il semble, 
en effet, qu'elles puissent devenir chez les animaux le point 
de départ d'un procédé de recherche et d'isolement de la 
matière vaccinale dans la plupart des maladies virulentes. 
Mais si Tidée parait juste, elle se bute dans la pratique à de 
grandes difficultés. 

1* Filtrage placentaire. — Déjà l'observation nous 
apprend que ces conditions cliniques se réalisent rarement 
dans leur plénitude. Le plus souvent le fœtus succombe 
avant terme. Les causes de la mort sont multiples. Il faut 
incriminer tantôt Thyperthermie, tantôt l'asphyxie placen- 
taire, tantôt l'intoxication ou l'infection microbienne du 
fœtus. Dans ce dernier cas il est probable que le filtre pla- 
centaire, qui à l'état normal est un filtre parfait, a subi des 
modifications de texture. Le revêtement épithélial continu 
des villosités fœtales, plongeant dans un sang plus ou moins 
altéré, a pu s'altérer à son tour et par la barrière ainsi 
ouverte le microbe passer au fœtus, lui apportant la maladie 
et souvent la mort (1). 

Cette transmission de la maladie de la mère au produit 
de la conception a été constatée pour la variole même 
(Charcot, Ghantreutl), pour les maladies éruptives 
en général (Gauthier, Legendre), pour la fièvre typhoïde 
(Neuhaus, Chantemesse et Wldal). En pareil cas, il est 
évident que toute recherche, toute constatation d'une 
matière vaccinale est impossible. 

Il n'en serait du reste pas autrement quand même le fœtus 
survivrait à la maladie de la mère et à la sienne propre et 
arriverait à terme^ car nous n'avons aucun moyen, aucun 
vaccin d'épreuve inoffensif, excepté dans la variole, qui 
puisse nous permettre de constater si oui ou non l'immu- 
nité est acquise; et, bien entendu, nous ne chercherons pas 
à nous en assurer par un essai d'inoculation des maladies 
elles-mêmes. Mais la preuve de l'immunité fût-elle faite., 
que nous n'en resterions pas moins à nous demander si elle 
est due soit à une matière vaccinale, soit à une première 
atteinte de la maladie, car cette maladie, toujours exception 
faite pour la variole, n'aurait laissé aucune trace ide son 
passage. 

Mêmes difficultés chez les animaux. La plupart des 
maladies virulentes passent de la mère au fœtus. C'est le 
cas de la septicémie gangreneuse (Chauveau), du choléra 
des poules inoculé au lapin (Chambrelent), du charbon 
symptomatique (Arloing), du rouget des norcs... Mais la 
fièvre charbonneuse fait souvent exception. M. Chauveau a, 
en effet, démontré qu'en faisant des injections graduées à 
des brebis pleines indigènes ou en injectant un virus fort à 
des brebis algériennes, à peu près réfractaires au mal, on 
ne retrouvait que rarement la bactéridie dans le sang de 
leurs fœtus. 

Il se servait pour cette constatation d'un réactif fort sen- 
sible. Il injectait le sang, puisé dans le cœur d'un fœtus, à 
un animal tel que le cobaye, qui est un excellent terrain de 
culture bactéridienne et pourtant n'arriva qu'une fois sur 
dix à une inoculation positive. Il put même faire tourner, au 
profit de sa démonstration, les cas où la bactéridie avait été 
trouvée dans le sang fœtal (Straus et Chamberland) (2), en 
montrant qu*elle y était rare et inoffensive, et n'y provo- 
quait pas ses désordres habituels, comme si son action avai 

(i) A ce sujet aous avions suggéré l'idée {Gù%. Hebd. de mid. et de chir., 
39 Juillet 1887) qiM ta péttétmtlon bacillaire devait être comparée Ji* celle que 
U. Pasteur réalisait dans l'intestin eu décliirant préalablement la muqueuse par 
l'introduction d'aliments piquants. M. E. Malvoz a repris depuis cette idée [Ann. 
de llnitilta PoMteur, mars i8S8) et montre qu'en ^eATet, en cas de pénétration 
transplacentaire, le placenta était altéré. 

(2) Depuis on a critiqué l'expérience de M. Chauveau et ces critiques ont 
trouvé asile dans le dernier travail defMM. Roux et Chamberland sur l'immunité 
charbonneuse {Ann, de l'tnslitut Patteur, août 1888). Elles reposent sur ce fait 
que, même en l'absence de bactéridies dans le sang du cœur du fœtus, on les trouve 
dans le foie. Encore ne les y Irouve-t-on pas toujours et même qu'exceptionnel- 
lement (Malvoz, Wolff), de telle sorte que l'expérience do M. Chauveau, tout en 
I perdant son caractère^ trop absolu, garde une grande partie de sa valeur. 



42 — NM — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DS MÉDECINE ETâDE CHIRURGIE 



i Janvier 1889 



déjà été réfrénée par une matière vaccinale {Ac. des 
se, 18 octobre 1882). 

Avant d'aller plus loin, on peut se demander comment le 
Bflc. awfftracts, qui vit à peu près exclusivement dans le 
sang, qui y grandit et s'y multiplie, ne force pas plus souvent 
ou plus largement la oarrière placentaire, chez la brebis 
tout au moins, et ne passe pas au fœtus, alors que c'est la 
règle à peu près invariable pour les bacilles de la septicémie, 
du charoon emphysémateux..., qui pourtant n*apparaissent 
et ne vivent qu'à peine dans le sang maternel si ce n'est au 
moment de la mort. C'est l'inverse, semble-t-il, qui devrait 
se produire. Il y a là une contradiction sur laquelle, osons- 
nous penser, on n'a peut-être pas suffisamment attiré l'at- 
tention. 

Me tiendrait-elle point précisément à la difTérence de 
mœurs et d'habitat des microbes? Le Bac, anthracis, saLn- 
gnicole par excellence, ne se répand pas à travers les tissus 
et respecte ainsi plus souvent la barrière placentaire restée 
intacte devant lui. Les autres bacilles, au contraire, se pro- 
pagent à travers les tissus conjonctif et musculaire, à travers 
le tissu utérin en particulier; de là, gagnent les membranes, 
prennent à revers la barrière placentaire, et arrivent au 
fœtus par les trames celluleuses du cordon. Il n'y aurait 
donc pas transport bacillaire d'une circulation dans l'autre, 
mais propagation par contiguïté de tissus de la mère au 
fœtus (l).Ce qui semble d'ailleurs bien prouver qu'il en est 
ainsi, c'est que dans le charbon symptomatique, la septicémie 
gangreneuse, les bacilles foisonnent dans les eaux de 
Tamnios, ce qui n'arrive point pour la bactéridie et que 
les tissus fœtaux qui paraissent les plus envahis sont, 
autour de l'ombilic, les muscles de l'abdomen {Charbon 
sijmpt. d'Arl., Corn, et Th., 2» édit., p. 193). 

Quoiqu'il en soit, M. Chauveau a montré que souvent mal- 
gré l'absencede toute bacléridiecharbonneuse dans le sang, le 
fœtus survivant d'une brebis infectée n'en avait pas moins 
acquis l'immunité. La conclusion qu'il en a tirée est qu'une 
matière vaccinale soluble avait dû passer de la mère au 
fœtus {Ac. des se, C. R. du 5 juillet 1880). 

L'expérience peut être variée de maintes façons. On peut 
inoculer à une brebis pleine un premier virus atténué, 
attendre la parturilion et inoculer sans danger au produit 
un virus fort, qui l'eût sûrement tué s'il n'eût pas recueilli 
le bénéfice de la première inoculation de la mère (Rossi- 
gnol, de Melun) {Ac. des se, C. R. du 21 novembre 1881). 

Il est plus encore. L'immunité peut être acquise au fœtus 
du fait seul que sa mère a subi les inoculations préventives, 
deux, trois mois avant la conception, ainsi que l'ont prouvé 
M. Toussaint pour la fièvre charbonneuse {Ac. des se, 
20 juillet 1880), MM. Arloing, Cornevin et Thomas oour le 
charbon symptomatique {Charbon symptom., 2* éaition)., 
Et, en pareil cas, s'il était prouvé péremptoirement que 
l'organisme maternel ne contient plus aucun microbe d'in- 
oculation, l'existence de la matière vaccinale et son passage 
intraplacentaire acquerraient un grand caractère d'évidence, 
il nous semble (2). 

Ne pourrait-on recourir également au filtrage placentaire 
dans la rage? En dehors du système nerveux, le virus 
rabique ne produit aucune désorganisation de tissus. Le 
microbe par surcroit semble se détruire dans le sang. Son 
passage à travers le placenta, resté sain, doit donc être très 
rare. Seuls, MM. Galtier et Perroncito en ont cité des 
exemptes. Mais aucune transmission, que nous sachions, n'a 
été jusqu'ici signalée au laboratoire de M. Pasteur, et, il y a 
quelques années, l'illustre savant en parlait encore comme 

(1) Il y aura sur ce sujet tonte une étude bactériologique nouvelle âi fniro sur 
les mdtrites infectieuses et sur le cordon placentaire. LebcdcIT suppose déjà que le 
niicrocoquc de Pehleisen passe par les lymphatiques du cordon. 

(â) Mais, selon Ja remarque faite par M. Vcrneuil au Congrès d'Oran, une con> 
tusion survenue cliez un taureau vacciné contre le charbon quelques mois 
auparavant, pouvait faire apparaître le charbon, ce qui prouve que les microbes 
n'ont pas disparu. 



d'une chose prétendue. Dès lors, pourquoi ne profiterait-on 
pas du fait pour mettre en évidence l'eiistcnce d'une 
matière vaccinale rabique? Pourquoi ne fait-on pas, à une 
série de chiennes, près de mettre bas, une série d injections 
de moelles rabiques graduées? Elles acquerraient ainsi 
l'immunité, et si réellement cette immunité était le fait 
d'une matière soluble introduite dans le sang, nul doute que 
celle-ci n'allât à travers le placenta assurer le même bénélire 
au fœtus. 

2° Filtre rénal. — 11 est à l'état normal un autre filtre i 
organique non moins parfait que le placenta: c'est le| 
rein (1). Il y aurait donc lieu de rechercher la matièn» 
vaccinale dans l urine. On peut pour cette recherche choisir 
de préférence les maladies virulentes, dont les microbes 
pullulent dans le sang, parce que la matière vaccinale a plu<^ 
de chances de s'y trouver accumulée et de filtrer à travers 
les glomérules (2). 

Prenons par exemple le sang de rate. Admettons ^ue la 
bactéridie charbonneuse se développe bien dans l'urine 
neutre d'un animal indemne. Essayons alors sa culture dans 
l'urine d'un animal infecté. Si cette culture échoue ou se 
développe difficilement, il y aura quelques rai.sons de croire 
que le poison vaccinal est en présence. Assurons-nous-en 
mieux encore en injectant cette urine dans le péritoine d'un 
troisième animal. Nous procéderons par doses répétées et 
minimes pour éviter toute intoxication. Puis vérifions, par 
une inoculation de contre-épreuve avec un virus fort, si 
l'immunité est acquise, auquil cas nous conclurons à 
l'existence d'une matière vaccinale. 

L'échec de l'expérience ne suffirait pas pour établir 
l'absence de cette matière, tout au moins dans le sang, car 
elle est de nature si instable, ainsi que le prouve l'inn 
possibilité de la retrouver par les procédés ordinaires 
de recherche, le filtrage placentaire excepté, qu'elle 
aurait bien pu se détruire à travers les voies iiri- 
naires, dès même sa sortie dans le sang. Peut-être réussi^ 
rait-on mieux avec le charbon symptomatique, la septicémie 
gangreneuse..., dont les produits vaccinaux paraissent |>lus 
stables. Nous ignorons si des expériences ont été entreprise:^ 
à ce sujet. MM. Arloing, Cornevin et Thomas ont bien injecté 
à des animaux sains de l urine provenant d'animaux atteints 
de charbon symptomatiaue; mais ces injections, faites eu 
vue de révéler dans l'urine la présence des bacilles^ 
portaient sur des quantités trop minimes de liquide pour 
conférer l'immunité, qui du reste n'a pas été recherchée, e( 
permettre de rien conclure sur l'existence d'une matièrd 
vaccinale (3). 

3* Filtrage sur appareils. — Au lieu des filtres orgaiii^ 
ques nui se trouvent sur le vivant, nous pouvons recouri^ 
aux filtres ordinaires. Le procédé lut incertain tant qu'or 
n'eut pas de filtres parfaits. Les filtres en plâtre dont s'élni' 
servi M. Pasteur au début de ses expériences, lui inspiraieti 
une certaine défiance. C'était l'épogue où on lui obiectal 
que c'étaient, non les microbes, mais des matières soluble 
qui étaient les agents des maladies. Il répondait en montran 
l'innocuité des matières virulentes filtrées. Mais il craignai 
qu'on ne lui objectât de nouveau que les produits solublesj 
soi-disant pathogènes, ne fussent restés dans les interslic4*^ 
du plâtre (4). Aujourd'hui cette crainte n'existe plus ave^ 



(1) Faisons observer ici que la migration microbienne transrénale se protluil 
dans les mcnics conditions quo pour le placenta, c'est-^-dire qu'il faut des losiotx 
préalables du tissu rénal (loi de VVyiisokowitsch). 

(2) Cette échappée par le rein doit même être assez rapide, ce qui cxpliquj 
pourquoi l'injection intraveineuse de la matière vaccinale du charbon ne conforj 
pas l'immunité (Roux et Chamberland, Ann. de VInstitiU Patleur, août 18<^8). 

(3) Celte expérience a été réalisée depuis avec succès par M. Bouchard ilani 
les mémos conditions oxpérimontales, pour la maladie pyocyanique. 

(i) C'est alors que M. Pasteur suspendit une culture de bactéridics charbouj 
neuses, en tout repos, dans les caves de l'Observatoire, laissa déposer les micnilx] 
au fond du vase et montra que les couches supérieuros, parfaitement azoïque^. u 
donnaient jamais le charbon. (UHtrc à /!• Koch.) 



i Janvier 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— NM — 13 



les filtres en porcelaine, surtout depuis les ingénieuses 
iii>positions que leur a données M. Chamberland. 

On peut filtrer Thumeur virulente sous toutes ses 
formes : 

a. Le sérum. — Nous ne savons au juste dans quelles 
maladies Texpérience a été tentée sur le sérum défibriné et 
qaels résultats elle a pu donner. Elle devrait réussir plutôt 
dans les maladies à microbes sanguicoles où la matière 
vircinale doit s'accumuler dans le sang (1). 

b. La sérosité inter cellulaire. — Certaines maladies 
virulentes, telles que le charbon symptomatique, la septi- 
cémie gangreneuse... donnent Heu à des déterminations 
locales. II était à prévoir que ces localisations, riches en 
fflirrobes, se prêteraient à la constatation d'une abondante 
matière vaccinale concomitante. C'est ce qu'a mis en évi- 
ti<'iice le travail de MM. Roux et Chamberland sur la septi- 
cmie ; c'est ce qu'ils prouveront certainement pour le 
charbon symptomatique (2). 

c. Les liquides de culture. — Ceux-ci se prêtent égale- 
Dienl bien k l'expérience, d'abord parce que la matière vacci- 
nale peut s'y accumuler en grande quantité, et puis que 
I arrêt subit de la puliulation des microbes à un moment 
donné est une présomption de s'a présence. M. Vooidrige 
serait arrivé à la déceler dans une culture spéciale de 
badéridies, dont il a donné la formule. Mais ce serait à 
vérifier, car le fait cadre mal avec ce que nous savons de 
l'instabilité habituelle de la plomaîne vaccinale charbon- 
neuse. MM. Roux et Chamberland Font trouvée également 
dans la culture du vibrion septique; ils la trouveront demain 
pour le charbon symptomatique (3). 

{A suivre.) 



SOCIÉTÉS SAVANTES 

Académie des sciences. 

SÉA3ÎCE PUBLIQUE ANNUELLE DU 24 DÉCEMBRE 1888. — 
PRÉSIDENCE DE M. JÂNSSEN. 

(Fin. — Voyez le n» 52.) 

PRIX PROPOSÉS POUR l' ANNÉE 1889. 

MÉDECINE ET CHIRURGIE. — Prlx Monttjon : Destinés aux 
auteurs des ouvrages ou des décou vertes jugés les plus utiles 
à lart de guérir, et à ceux qui auront trouvé le moyen de 
rendre oo art ou un milieu moins insalubre. — Prix Bréant 
<\i}()000 fr.) : Guérison du choléra asiatique ou découverte des 
causes de cette affection. — Prix Godard (1000 fr.) : Mémoire 
5ar ]'analom'iCy la physiologie et la pathologie de organes géni- 
taa\. — Prix Lallcmana (1800 fr.) : Travaux relatifs au sys- 
l«'riie nerveux. — Prix Bellion (1400 fr.) : Ouvrages ou décou- 
f^Ties surtout proûtables à la santé de l'iiomme ou à raméliora- 
Uuu de Tespèce humaine. — Prix Mège (10000 fr.) : Continuer 
ft compléter Fessai du fondateur du prix sur les causes oui ont 
retardé ou favorisé les progrès de la médecine depuis la plus 
huie antiquité jusqu'à nos joiirs. 

Physiologie. — Prix Montyon (750 fr.): Ouvrage imprimé ou 
tmii^crit sur la physiologie expérimentale. — Prix Pourat 

i^.^0 fr.) : Recherches expérimentales sur les contractions mus- 
Chaires. — Prix Martin-Damourette (UOO fr.) : Physiologie 
'.b<^rapeutiqae. — Prix Lacaze (iOOOO fr.) : Ouvrage devant le 
(Iq> contribuer aux progrès de la physiologie. 

Statistique. — Prix Montyon (500 fr.) : Toutes questions 
î kttves à la statistique de la France. 

. Elle u'a pa« ivQssi «ux mains de MM. Ghamborlund ot Roux pour le sang 
*>'<> (.tHit. de VlntlUut Pasteur, août 188B}, sans doulo en raison des inani- 
**i- 6n« protoni^ées ao contact do l'air. 

î C'*-4t aujourd'hui chose faite {Ann. de l'Institut Pasteur, février 1888). 

' ï'.me abscrtation que procédoroniont. 



Botanique. — Prix Barbier (2000 fr.) : Découverte précieuse 
dans les sciences chirurgicales, médicales, pharmaceutiques et 
dans la botanique ayant rapport à Fart de guérir. 

Sciences naturelles. — Prix Petit d'Ormoy (10000 fr.) i 
Application des sciences naturelles à la pratique médicale. 

Grand prix des sciences physiques (3000 fr.) : Etude com- 
plète de Tembryologie et de révolution d'un animal (an choix 
du candidat). 

^ Anatomie. -- Prix Bordin (3000 fr.) : Etude comparative de 
Tappareil auditif chez les animaux vertébrés à sang chaud 
(mammifères et oiseaux). 



Société médicale des hôpitaux. 

SÉANCE DU 29 DÉCEMBRE 1888. — PRÉSIDENCE 
DE M. SIREDEY. 

Du pronosUo de la pleorësie hèmorrhaglqiie : M. Lereboullet. — 
Traitement de la fièvre typhoïde par la méthode de Brand : 
M. Juhel-Rènoy (DiscuMion : MM. Fèréoi, £. Labbé. OéHn-RoEe. 
Hallopeau, Hayem). — Mutations dans les hôpitaux.— BenouTel- 
lement du Bureau. 

M. H. Barth fait hommage d'un travail, déjà publié dans 
la Gazette hebdomadaire^ sur le Traitement du lymphome 
malin par les injections interstitielles d'arsenic. 

— M. Lereboullet donne lecture d'un mémoire intitulé : 
Du pronostic delà pleurésie hémorrhagique. (Sera publié.) 

— M. /u/iel-it^noy fait une nouvelle communication sur 
le traitement delà fièvre typhoïde par la méthode de Brand. 
Depuis l'époque de sa première note, c'est-à-dire pendant 
Tannée 1888, il a baigné avec toute la rigueur de cette mé- 
thode 8 malades à Thôpital et 2 en ville ; ces 10 cas, qui 
se décomposent en : 1 cas bénin, 4 d'intensité moyenne, 
4 graves et 1 très grave, n'ont fourni aucune mortalité. Le 
dernier de ces cas, relatif à une jeune fille albuminurique 
depuis cinq ans du fait d'une scarlatine, a nécessité 177 bains 
et 43 jours de traitement. Les bains, chez tous les malades, 
ont été appliqués dès le début de la fièvre typhoïde, ou du 
moins aussitôt que le secours médical a été demandé. En 
réunissant à sa statistique personnelle intégrale celles du 
docteur Richard et du docteur Josias, qui ontemployé aussi 
la méthode de Brand rigoureuse, H. Juhel-Rénoy montre que, 
sur 105 malades baignés, il y a eu 5 décès seulement, soit 
une mortalité de 4,76 pour 100. Il ajoute que jamais le bain 
froid n'a eu aucun inconvénient, et que toujours, au con- 
traire, il a merveilleusement agi contre les complications 
pulmonaires de la maladie. Il exhorte tous ses collègues à 
employer cette méthode et à publier les résultats obtenus. 
En appliquant le bain froid dès le début de la maladie, on 
abaissera comme en Allemagne, et comme Vogl, à Munich, 
la mortalité au taux de 2 pour 100. 

M. Féréol^ partisan en principe de ce mode de traite- 
ment, rapporte avoir échoué chez un jeune homme auquel 
il a donné un bain froid au quinzième jour de la maladie: 
le patient a manqué mourir dans la prostration après le 
bain, et on dut renoncer à renouveler pareille tentative. 
D'ailleurs le malade a fini par succomber. En présence des 
excellents résultats publiés par H. Juhel-Rénoy, il engage 
à généraliser cette méthode dans les hôpitaux. 

M. Hallopeau rapporte un cas de mort par congestion 
pulmonaire au cours de la balnéation. 

M. E. Labbéy tout en affirmant l'innocuité du bain fioiil, 
ne se montre pas partisan de celle méthode employée d'une 
façon systématique. En alimentant les malades avec du 
lait, en leur donnant des toni(|ues, et en satisfaisant aux 
diverses indications thérapeutiques, il a obtenu des résul- 
tats aussi satisfaisants que ceux d<i la méthode de Brand. 



U — NM ~ 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE ttÉDBGINE ET DE 0HIRUR6IE 



4 Janyier 1889 



M. Gérin-Roze insiste sur rinsurfisance numérique du 
personnel d'infirmiers pour la mise en œuvre de la méthode 
de Brand dans les hôpitaux. Il objecte, en outre, que le 
diagnostic de la lièvre typhoïde restant souvent incertain 
dans les premiers jours, si l'on baign^. à ce moment tous 
les malades, on doit évidemment compter dans les statis- 
tiques nombre d'embarras gastriques aosolument bénins. 

M. Hayem n'est pas partisan de la balnéation froide érigée 
en système; elle peut rendre de grands services dans certains 
cas, mais les autres médications trouvent leur emploi efficace 
dans d'autres. Il ajoute aue l'examen du sang peut aider au 
diagnostic précoce : si 1 on constate l'absence du reticulum 
fibrineux de coagulation chez un fébricitant, on doit admet- 
tre une fièvre typhoïde ; le fait est vrai même pour le typhus 
abortif. L'existence du reticulum a moins de valeur, car il 
peut se rencontrer dans quelques cas de dothiénentérie 
avec détermination inflammatoire intense sur le tube intes- 
tinal. 

M. Juhel'Rénoy. répond qu'on ne peut invoquer contre 
la méthode de Brand les résultats de la balnéation faite en 
dehors des règles rigaureuses de celte méthode. D'autre 
part, la statistique sur laquelle il s'appuie ne comprend que 
des cas de fièvre typhoïde avec taches rosées ; le diagnostic 
a été fait et la balnéation instituée dès que les malades ont 
été soumis à Tobservalion. L'ensemble des signes classiques 
permet le plus souvent d'éviter l'erreur. D'ailleurs, si l'on 
a parfois baigné des embarras gastriques, ils n'eu ont pas 
moins bien guéri ; il en a été de même pour un cas de pneu- 
monie à forme typhoïde. Il est essentiel de baigner les 
malades le plus tôt possible. 

— Mutaiion^ians lesMpitau(V.-—}llîi. Barth et Chauffard 
passent à rhôpital Broussais; M.Oulmont,à l'hôpital Tenon ; 
M. de Beurmann, à Lourcine; M. Muselier, à Saiûte-P«rine; 
M. Ëd. Brissaud, à La Rochefoucauld. 

— Elections, — Sont nommés : Président, M. Cadet de 
Gassicourt; Vice-président, M. Dumontpallier ; Secrétaire 
général, M. Desnos ; Secrétaires annuels, MM. Comby et 
LetuUe ; Trésorier, M. R. Moutard-Martin. 

— La séance est levée à cinq heures et quart. 

André Petit. 



Soelété de btoloigrte. 

SÉANCE DU 22 DÉCtIMBRE 1888. — PRÉSIDENCE 
DE M. BROWN-SÉQUARD. 

Présentation d'ouvrage : M. Gley. — Un voltamètre enregistreur : 
M. Regnard. — De la respiration chez les animaux hibernants : 
M. R. Dubois.— Sur le procédé employé pour désarticuler les os du 
crâne : M. Oréhant. — Siphon pour l'usage thérapeutique du 
chlorure de mëthyle : M. Brasse. — Action toxique de l'aniline : 
MBS. Meyer et 'Werthelmer. — Éloge de Vulpian : M. Déjerine. — 
Élections. 

M. Gley présente la thèse de M. jB. Legrain (de Nancy) 
sur les microbes dans les écoulements de l'urèthre, travail 
qui comprend en particulier une description très étudiée 
des différentes espèces de micro -organismes qu'on trouve 
dans les cas d'écoulements uréthraux. 

— M. Dastre dépose une note de M. Regnard sur un 
voltamètre enregistreur (description de cet appareil et 
discussion des résultats qu'il fournit). 

— M. Gley présente une note de M. B. Dubois, concer- 
nant le mécanisme respiratoire des marmottes pendant le 
sommeil hibernal et pendant le sommeil aneslhésique. 
M. Dubois, distinguant ces deux sortes de sommeil, montre 
qu'ils sont dus à des causes absolument différentes. Pendant 
le sommeil hibernal, la respiration n'est entretenue que par 
le jeu automatique du diaphragme ; il n'y a plus de respi-* 



ration thoracioue, de telle sorte que toute gène apportée aul 
constractions aiaphragmatiques tend h faire cesser Thiberl 
nation: ainsi agit, par exemple, la section d'un des iierfl 
phréniques; ainsi agit encore le chloroforme. 

— M. Gréhant a cherché à évaluer quelle force est inis^ 
en jeu dans le procédé, bien connu des anatoraistes, qui esl 
employé pour désarticuler les os du crâne; on sait en efTel 
que la force d'expansion des haricots imbibés d'eau, dont o^ 
remplit le crâne pour le faire éclater, est considérable. 

— M. Brasse présente un siphon employé pour la pulvê^ 
risation de chlorure de méthyle et qu il a modifié de tell< 
sorte quç. ce siphon puisse aussi servir à pratiquer 1^ 
stypage. 

— M, Balzer dépose une note de MM. Meyer et HVH 
theimer (de Lille) sur l'action physiologique et toxique d^ 
l'aniline ;'les effets observés ont trait à des modincatioii^ 
qualitatives du sang et à des troubles de la nutritioil 
générale. 

— M. Déjerine prononce l'éloge de Vulpian. {Applaudis-^ 
sements.) 

— La Société procède au renouvellement annuel de soii 
bureau: MM. Duclaux et Marey sont élus vice-président^ 
pour l'année 1889; MM. Balzer, Capxtan, Charrin el 
Réitérer, secrétaires. 



BIBLIOGRAPHIE 

Archives de phyfliologte nonnale el pathologl<|ae. 5^ série^ 

1. 1, fascicules 1 et f avec 2 planches et 58 figures dans Itj 
texte. — Paris, G. Masson, 1889. 

Les Archives de physiologie normale et pathologiq\u 
rentrent, à partir de cette année, sous la direction unique 
du fondateur du Journal de la Physiologie, journal auquel 
faisaient suite, depuis 1868, les Archives dirigées pa^ 
Brown-Séquard, Charcot et Vulpian; la mort prématurée dâ 
Vulpian avait privé la direction de l'un de ses membres le:^ 
plus actifs; l'évolution forcée des sciences médicales, enri- 
chies d'une branche nouvelle, la Microbiologie, et le déve-i 
loppement considérable de l'Analomie pathologique, ont 
engagé les deux directeurs des Archives à prendre chacun 
l'initiative d'une publication indépendante: M. Charcot, ave(^ 
la collaboration de MM. Grancher, Lépine, Slraus el Joffioy, 
fonde les Archives d'anatomie pathologique et de médecin^ 
expérimentale; M. Brown-Séauard, assisté de MM. Dastrii 
et François-Franck, conserve la direction des Archives <k 
physiologie normale et pathologique. Ces deux recueil^ 
sont donc en quelque sorte complémentaires l'un de l'autre t 
la physiologie normale appliquée à la médecine et Id 
physiologie pathologique constituent les principaux objectif^ 
des Archives qui, en outre, se proposent de publier, cuniuit^ 
elles l'ont fait jusqu'ici, tous les travaux ayant un caractèai 
scientifique et susceptibles d applications à la pratique inédit 
cale. 

Dès aujourd'hui les Archives réalisent leur programmé 
par la publication de dix-huit mémoires signés, pour 1:^ 
plupart, de savants bien connus, qui se sont empressés 
d'apporter au journal l'appui de leur autorité j dans l'analyse 
sommaire de ces travaux on retrouve, en effet, les norasde 
Richet, Morat, Chauveau, Marey, Beaunis, Ollier, Clu 
Bouchard, Arloing, pour ne citer que les principaux. Mais 
les Archives n'ouvrent point leurs colonnes qu'aux céh'- 
brilés officielles; elles ne comptent point être l'organe do la 
science physiologique française toute seule : on y verra 
figurer tout travail de valeur, quel qu'en soit le signataire 
français ou étranger. 



4 JiNYin i889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE GHIRUROIE 



— N» 1 



15 



U direction n'entend pas non plus constituer uniquement 
an recueil de travaux originaux : elle s'engage, en outre, à 
t^nir les lecteurs au courant des découvertes récentes dans 
OM compte rendu critique et dans un recueil de faits som- 
maires, mais suffisants; elle donnera dans l'avenir, comme 
elle le fait dans le présent volume, et avec de plus grands 
développements encore, l'indication souvent analytique des 
travaux publiés dans les recueils périodiques français et 
étrangers ; elle résumera enfin les ouvrages qui lui auront 
M adressés pour l'analyse. 

La meilleure manière de donner une idée de la publioa- 
lioQ actuelle, nous a paru consister, malgré sa sécheresse 
el ses longueurs inévit«ibles, dans Tanalyse des mémoires 
publiés dans le volume qui ouvre la nouvelle ^érie : nous 
2Tons classé ces travaux en deux groupes : travaux de phy- 
5iul(^ie normale et travaux 4e physiologie pathologique ou 
de médecine expérimentale; dans c« second groupe rentre 
une étude d'histologie pathologique. 

I. TrA'VXVX de PHTSIOLOGIG NORMALE GÉNÉRALE 
ET SPÉCIALE, 

l^ De< loiê de la morphoyénie chez les animaux. — 
M. Mare; expose les résultats et développe les déductions 
philosophiques de ses études sur la variabilité du système 
musculaire et sur son adaptation aux conditions mécaniques, 
accidentellement ou expérimentalement créées. 11 rappro- 
che, daos cet intéressant plaidoyer en faveur du transfor- 
misme, les modifications imprimées au squelette par les 
formes musculaires qui modèlent la matière osseuse, des 
changements produits daos les surfaces articulaires par les 
mouvements insolites et les allures anormales. Cet en- 
semble de documents, tout imposant qu'il soit, ne parait 
point encore suffisant à Tauteur et il appelle l'attention des 
chercheurs sur une branche nouvelle de la science qu'il 
désigne sous le nom de morphogénie expérimentale : ici, 
comme dans toutes ses œuvres, H. Marey se révèle comme 
un initiateur, ouvrant des voies nouvelles et fournissant par 
son admirable technique les moyens de fouiller les ques- 
tions qu'il soulève. 

2* De rénervation partielle des muscles; modifications 
gu'elie apporte dans les caractères de la contraction totale. 
~- M. Chauveau aborde et résout dans un travail sur l'énei^ 
vatioD partielle des muscles, le problème si délicat de la 
transmission au muscle de l'excitation du nerf et de la çropa- 
galion de cette dernière dans toute la longueur du faisceau 
musculaire primitif. II démontre, à l'aide de procédés 
d'inscription rigoureux, qu'un long muscle, comme le 
sterno-maxillaire du cheval, présenta <les plaques termi- 
nales multiples, étalées sur différents points du trajet des 
faisceaux primitifs ; il établit en outre que ces plaques mo- 
trices sont assez rapprochées les unes des autres et que le 
rhamp de leur activité (c'est-à-dire les limites dans la pro- 
pagation des ondes musculaires dont ces plaques sont le 
point de départ) est certainement peu étendu. Reste à dé- 
i^rminer, comme il le dit, si les faisceaux primitifs ne se 
décomposeraient pas en segments distincts, étroitement 
ajustés bout à bout et pourvus chacun de leur terminaison 
teneuse- 

:i' Recherches sur la contraction simultanée des mus- 
'in antagonistes. — M. Beaunis développe, dans une étude 
apérimentale des plus intéressantes, ce fait déjà énoncé 
par lui que pour un mpuvement donné, dan;s la plupart des 
: 'ss, les muscles antagonistes se contractent simultanément 
nque le mouvement produit est le résultat de ces conlrac- 
tu'Ds opposées l'une à l'autre. Cette conclusion, iuslifiée 
î-ir des expériences précises, est l'inverse de la doctrine 
^'■.assique d^près laquelle un muscle se contractant ne ren- 
cr.Qire pas d autre résistance active de la part de son anta- 
: oiste que la tonicité de ce dernier. 



4"" Relations entre la forme de rexcitatiou électrique i 
la réaction névro-musculaire. — M. d'Àrsonval propose u 
nouveau procédé pour définir scientifiquement et réalise 
matériellement une unité d*excitation électrique; préoccup 
de déterminer les rapports entre Ténergie d une excitalio 
électrique (induite) et la contraction musculaire qui e 
résulte, il arrive à inscrire la courbe qu'il appelle « I 
caractéristiçiue de l'excitation électrique :» en fonction d 
la contraction produite. C'est un premier pas dans I 
dissociation des lois qui relient la réaction musculaire au 
différentes qualités de l'excitation électrique. 

5"" Recherches sur les nerfs vaso-moteurs de la tête. - 
M. Morat, dans un remarquable travail critique et expéri 
mental, sur les nerfs vaso*moteur$ de la tète, précise c 
complète les résultats de ses recherches antérieures exécu 
tées en collaboration avec M. Dastre. U montre, en particu 
lier, que les vaso-dilatateurs bucco-labiaux, découvert 
par M. DasIre et par lui dans le cordon cervical du sympa 
thique, suivent le trajet de l'anastomose qui existe entre 1 
ganglion cervical supérieur et le ganglion de Casser; i 
rappelle (||ue j'avais établi le passage dans le même file 
anastomotique des filets irido-dilatateurs cervicaux (187^ 
et rapproche, très justement à mon avis, les nerfs qui dila 
tent les vaisseaux de ceux qui dilatent la pupille : ce son 
de part et d'autre des nerfs inhibitores^ ne réclaman 

Sour manifester leur action aucun dispositif musculair 
ilatateur, et intervenant comme des agents suspensifs d 
l'action tonique musculaire, soit vasculaire, soit irienne, 

6* Note sur les rapports de la pression à la vitesse d\ 
sang dans les artèreSy pour servir à Vétude des phéno 
mènes vaso-moteurs. — M. Arloing démontre par l'analyse 
comparative des résultats graphiques de l'exploration de I. 
pression et de la vitesse du sang, que les effets circulatoire 
des excitations vaso-motrices ne sont qu'incouiplètemen 
définis par Texamen manométrique : celui-ci ne perme 

f^as, en effet, de déterminer avec la même rigueur qu 
'examen hémodromographique les phases et la durée de 
réactions vaso-motrices. 

7** Les variations respiratoires du rythme du cœur et d 
la forme du ^ouls. — MM. Wertheimer et E. Meyer on 
cherchera établir les relations fonctionnelles des centres bul 
baires respiratoires et cardiaques : ils pensent que le cœur 
s'accélérant au moment de l'inspiration, ne subit une tell 
modification que parce que le centre régulateur respiratoir 
bulbaire est associé au centre modérateur cardiaque, d( 
façon à diminuer l'activité tonique de ce dernier quand i 
entre lui-même en action. Tout en émettant sur le fom 
même de la question des réserves que nous justifieron 
quelque jour, nous devons reconnaître le réel mérite de c 
travail. 

8"* Innervation de la glande sous-maxillaire; sur la sus 
pension d'actions nerveuses excito-sécrétoires. — M. Ole 
discute le mécanisme des suspensions de Factivité sécré 
toire réflexe des glandes salivaires ; il admet qu'ici, comm 
dans beaucoup d'autres cas, l'effet inhibitoire ne résuit 

f»as nécessairement de la mise en jeu de nerfs distincts 
réno-secrétoires, mais peut tenir à l'état actuel de I 
glande subissant l'incitation réflexe dans des condition 
fonctionnelles spéciales. 

9" Recherche sur l'influence exercée par les muscles d 
fœil sur la forme de la cornée humaine. — M. Leroj 
reprenant avec le nouvel ophthalmomètre qu*il a imagio 
avec M. R. Dubois, l'étude de la forme de la cornée, montr 
que cette cornée porte l'empreinte des muscles moteurs d 
globe oculairç. Pour lui, la forme type.de la cornée nor 
mâle est celle d'une sphère élastique aplatie à 1 equateui 
très peu du côté temporal, deux fois plus verticalement e 
haut et en bas, el quatre fois plus du côté nasal ; tout e. 



45 — NM — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE' MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



4 Janvier 1889 



tenant compte de l'influence des variations d*épaisseur ou 
de résistance de la coque sclérale, fauteur attribue le prin- 
cipal r6Ic aux muscles droits dans l'asymétrie cornéenne 
normale. 

(A suivre). François-Franck. 
• • ♦ — 

VARIÉTÉS 

Nécrologie. — Le corps de santé militaire vient d'être dou- 
loureusement frappé, en perdant un de ses membres les plus 
distingués. 

Alfred Poulet, professeur abrégé du Val-de-Grâce, médecin- 
major de 1" classe au S*» régiment de zouaves, est décédé, le 
2fi décembre dernier, à Thôpital du Val-de-Grâce. Il était âgé 
de treute-neuf ans. 

Cette mort est une perte non seulement pour la médecine 
militaire, qui était, à juste titre, lière de le posséder, mais 
encore pour la chirurgie française, dont Poulet était un des plus 
brillants interprètes. 

Intelligence d'élite, travailleur obstiné, chercheur infatigable, 
il avait su se créer rapidement, dans le milieu chirurgical, une 
réputation justement méritée. Dans une période de dix années, 
il a déployé une activité intellectuelle véritablement surpre- 
nante. Il suffit, pour s'en convaincre, de se rappeler son Traité 
de pathologie externe^ de consulter la longue liste de ses tra- 
vaux originaux et de ses communications à la Société de chirur- 
gie. 

11 a abordé Tétude d'une foule de questions chirurgicales, à la 
lumière de Tanatomie pathologique, il était de ceux qui pensent 



5' 



que tout chirurgien doit ôtre doublé d'un micro^raphè, et il 
avait donné l'exemple, en faisant un stage de plusieurs années 
dans le laboratoire du Val-de-Grâce. 

Mais il est une partie de la pathologie qu'il avait étudiée à 
fond, pour laquelle il avait une véritable prédilection, c'est la 
athologie du tissu osseux. Ses recherches n'ont pas été stériles. 
Ion nom restera attaché, à côté de celui de Kiener, à la décou- 
verte de la nature tuberculeuse de la carie. C'est grâce à leurs 
études que ce chapitre, jadis si obscur, de la pathologie est 
complètement élucidé. 

La tuberculose, que Ton rencontre à chaque pas dans les 
hôpitaux militaires, était l'objet de ses préoccupations constantes. 
Il . cherchait à la surprendre, à la dépister sous ses manifesta- 
tions les plus inattendues. C'est ainsi qu'il découvrait, avec 
Nicaise et vaillard, la nature tuberculeuse des synovites tendi- 
neuses à grains riziformes. 

Après avoir terminé sa période d'agrégation. Poulet, qui trou- 
vait à Paris, dans le mouvement et l'agitation scientifiques, un 
aliment à son activité intellectuelle, fut envoyé en Algérie, en 
novembre 1886, non dans les hôpitaux, mais en vertu du roule- 
ment prescrit par les règlements militaires, pour y étudier le 
service médical régimentaire. C'est là qu'il devait finir, c'est là 
que devait sombrer cette belle intelligence, sous les ardeurs du 
soleil d'Afrique, après les fatigues des manœuvres d'automne. 

Il serait trop long de faire ici l'énumération de tous ses tra- 
vaux; nous mentionnerons seulement, par ordre chronologique : 

187:2. Sa thèse sur Vostéo-myèlite des amputés. — 1871). Son 
Traité des corps étrangers en chirurgie. — 1885. Son Traité 
de pathologie externe, en trois volumes, en collaboration avec 
Bousquet. 

Ses principales monographies ont trait à ses sujets de prédi- 
lection : la tuberculose et la pathologie du tissu osseux. 

1883. Avec Kiener, Mémoire sur ïoUéo-périostite chronique 
ou carie des os. — 1884. Du traitement de Vadénite tubercu- 
leuse du soldat par l'extirpation et le raclage; — Communica- 
tion à la Société de chirurgie sur Vhydarihvose tuberculeuse, 
les ostéites tubercnleuses et syphilitiques du crâne. — Avec 
Vaillard, Sur les corps étrangers articulaires; — Avec Nicaise 
et Vaillard, Sur la nature tuberculeuse des hygromas et des 
synovites tendineuses à grains riziformes. 

A celte liste déjà longue, il convient d'ajouter l'article Tré- 
pan du dictionnaire de Jaccoud, des mémoires sur les kystes 
hydatiques du foie, de la rate, etc., etc., et de nombreuses 
communications à la Société de chirurgie, qui l'avait nommé 
membre correspondant en 1885, et qui perd aussi en lui un de 
ses membres les plus actifs. 

C. Vauïuin. 



— Nous avons aussi le vif regret d'annoncer la mort de dem 
confrères estimés : le docteur Léon Dumas, professeur à ïi 
Faculté de médecine et à la Maternité de Montpellier, elM.i' 
docteur Lonis-Victor-Octave Saint-Vel, ancien président de !i 
Société médicale du I\' arrondissement, est mort subitemco!. 
le 26 décembre dernier. 

Légion d'honneur. — Ont été promus ou nommés : 

Officiers: MM. les docteurs Féréol, membre de l'Académie ik 
médecine; Chipault, chirurgien en chef des hôpitaux d'0^lé:>D^ 
Talairach, médecin en chef de la marine; Albert, Kruj-Baviir, 
Pernod, Robert, médecins principaux de l'armée ; ChaQ\iii, 
médecin-major ae 1'* classe. 

Chevaliers: MM. les docteurs Albert Hénocque, Ralloptaî. 
Gasne, Guiet-Dessus, Combe^ Armaingaud, Vedel, DepauUir:f. 
Hardy, chef des travaux chimiques de l'Académie de mêàcm, 
et Monin, tous deux membres du jury de TExposition de Barrr> 
lone; Boeuf, Gazes, Bastian, Néis, Bourat, Nicomède, Cogman:, 
Drago, médecins de 1^ classe de la marine; Ménard (Saint-Vve^-. 
directeur adjoint du Jardin d'acclimatation; Roch, CharropiL 
Ferrandi, Baudouin, Bourgois, Lachapelle, Donion, bndoN 
Belleau, Vaillard, médecins-majors de 1^ classe ; Martin, IM . 
Darré, Toussaint, médecins-majors de t' classe ; Frooi i 
(d'Espalion) et Duchâteau (de Bessines), médecins de laeeWs:- 
merie ; Courssières, médecin-major de 1" classe de urv-^ 
territoriale; Olivier (de Lilfé); Calmettes, médecin auristed* > 
maison de Saint-Denis. 

Hôpital des Enfants malades. — M. le docteur Jules Sici." 
commencera ses conférences de thérapeutique infantile, à 11." 
pital des Enfants malades, le mercredi 9 janvier 18N9, à nt"i 
heures, et les continuera les mercredis suivants à la nm^f 
heure. — Consultation clinique tous les samedis. 

Société médicale des hôpitaux de Paris (séance du vemM* 
H janvier 1889). — Ordre du jour: Injtallation du Bureau -! 
M. Troisier: Sur la pleurésie consécutive à la pneuniouif. - 
M. Netter: La pleurésie purulente consécutive à la pneumon'i 
et la pleurésie purulente a pneumocoque primitive.— )l.Bri<:>ail 
Tuberculose cutanée. — M. Seveslre : L'hôpital des Ëufau^* 
Assistés en 1888. -— M. Edgar Hirtz: Du pouls capillaire dan^ ' 
plaque d'urticaire. — M. de Beurmann: Un cas de mort |4' 
tétanie dans le cours d'une dilatation de Testomac. 

Mortalité a Paris (51« semaine, du 16 au 22 dêcemî". 
1888. — Population : 2260945 habitants). — Fièvre typhoidf.i: 

— Variole, 3. — Rougeole, 32. — Scarlatine, 2. - Co.r>f 
luche, 3. — Diphthérie, croup, 38. — Choléra, 0. — Phib!^ 
pulmonaire, 19i. — Autres tuberculoses, 22. — Tumcr 
cancéreuses, 40 ; autres, 6. — Méningite, 23. — Oongr* 
tion et hémorrhagies cérébrales, 37. — Paralvsie, S 
Ramollissement cérébral, 7. — Maladies organiques iu cœur,'* 

— Bronchite aiguë, 40. — Bronchique chronique, 51 .— Bropiî» 
pneumonie, 36. — Pneumonie, 66. — Gastro-entérite: sein.' 
biberon, 32. — Autres diarrhées, 8. — Fièvre et péritonilo p«' 
pérales, 0. — Autres afTections puerpérales, 1. — Déhililt^^^ 
génitale, 26. — Sénilité, 42. — Suicides, 10. — Autres n:irt 
violentes, 6» — Autres, causes» de mort, 156. — Cauii 
inconnues, 5. — Total : 982. 



AVIS 

MM. les Abonnés de la France à la Gaxette hekio«*' 
daire qui n'auraient pas renouvelé leur abonnement avit»! 
le 10 janvier prochain sont prévenus que, à moins d'»rii'< 
contraire, une quittance leur sera présentée à partir ^< 
10 février, augmentée de 1 franc pour frais de recoQ>"| 
ment. I 

Un mandat collectif, sans frais de présentation fj 
la somme atteindra 50 francs, sera présenté à la ni j 
date à ceux de nos clients qui reçoivent en même M 
plusieurs des recueils édités par la maison. ' 

G. Masson, Propriétaire-Gérant 

177^. — MOTTKKOZ. — lui)>rtuiuric8 rduuici, A, nio Mi^suou, i, l'''- 



Trente-sixièmb année 



N« 2 



11 Janvier 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 

PARAISSANT TOUS LES VENDREDIS 



COMITÉ DE RÉDACTION 

M. LE D' L. LEREBOÏÏLLET, Rédacteur en chef 

XM. P. BUCHEZ, E. BRISSAUD, 6. DIEULAFOT. DREYFUS-BRISAC, F8AIIC0IS.FRANCK, A. HENOCgUE, A..J. MARTIN, A. PETIT, P. RECLUS 

Adresser tout ce qui concerne la rédaction à M. Le&eboullet, 44, rue de Lille (avant le mardi de préférence) 



SuMMAlRB. ~ Bulletin. Les indications thërapcttUquos du 8lru|ihanttts. — 
Opération dcgarirotomie. — Ln Direclion de h santé publique. — Nkdro pa- 
TUOLOcrs. Les migraines.— Revu; Des cours et dbs cliniqubs. Hôpital Neckcr. 
Scrrrcr de M. i« prof<Mscur DieuUfbj ~ THAVAUX ORICIHAUX. PaUioIo^io gcné- 
ra\r : Essai sur la rerlierche, l'isolenioot et l'emploi vaccinal des cxcrcl;* 
^'>Wti«9 <ie certains microbes pathogènes. — Pathologie mcdicalr : Du tétanos 
lies BimvpaB-iiés. — SocilTis 8AVANTI8. Académie des sctonces. ~- Acaddniio 
4*" fdocîne. — Société de chirurgie. — Société de biologie. — Sociéiû de 
lilirappuliqnc. — Soctcté aaatoinique. — REVUE DES JOURNAUX. — BlliLlOGRA- 
PHI8. Archives de physiologie normale et pathologique. — VAHléTÊS. 



BULLETIN 

Paris, y janvier 1888. 

Académie de médecine: Les indications thérnpontlqnes 
ém stropbanlas : 91. Bncquoy. — Opération de gao- 
trotomle : 91. Le Dentn. — La Direction de la santé 
poMIque. 

La revue critiqae, consacrée dans notre dernier numéro 
(p, 2) à l'analyse de tous les travaux qui nous ont fait con- 
naître le strophantus, nous dispense d'insister longuement 
sur rintérét que présente l'importante communication 
faite à l'Académie par H. Bucquoy. Ceux qui auront lu 
Télude si consciencieuse de notre collaborateur M. Ëloy 
devront *: j trouver d'accord avec, lui pour demander que 
des observations cliniques, continuées pendant un temps 
suffisant pour être probantes, et entreprises par des méde- 
cins autorisés parleur expérience et leur savoir, nous met- 
lent à même d'apprendre dans quelles circonstances le 
strophantus peut être utile et quels sont les cas où il faut 
lui préférer d'autres agents thérapeutiques. C'est ce que 
M. Bucquoy vient d'établir en s'appuyant sur les recherches 
qu'il poursuit depuis plusieurs années. 

Notre savant confrère considère le strophantus comme 
ua médicament cardiaque de premier ordre qui, dans les 
lésions mitrales surtout, devrait être préféré à la digitale. 
El, en effet» il ne s'accumule pas dans l'organisme ; il peut 
être administré sans inconvénients pendant assez long- 
leoips ; son action persiste quelque temps encore après la 
cessation du médicament. 

L'indication principale du strophantus se tire de l'état 
de fatigue du muscle cardiaque. C'est dans les asystolies 
dépendantes du rétrécissement mitral que M. Bucquoy a 
TU la dyspnée et l'oppression disparaître presque subite- 
ment après son administration. Le strophantus est donc un 
médicament de soutien pour l'action cardiaque. 

M. Bucquoy ne trouve guère de contre-indications à Tu- 
^age de ce médicament. Ses conclusions, on le voit, se rap- 
S* SiaiE, T. XXVi. 



prêchent de celles de Fraser et diffèrent de la plupart de 
celles qui ont été résumées dans l'article de M. Kloy. Nous 
«rarji9iis pouvoir expliquer ces contradictions apparentes en 
faisant remarquer que tous les médecins qui ont étudié 
ce médicament n'ont pas fait usage des mêmes préparations. 
Les uns ont employé la strophantine, qui est au strophantus 
ce que la digitaline est à la digitale. Les autres ont fait 
usage de diverses teintures souvent aussi infidèles qu'inef- 
ficaces ou même dangereuses. M. Bucquoy s'est servi de 
l'extrait de strophantus et c'est grâce à ce médicament qu'il 
a pu obtenir les résultats favorables qu'il résume aujour- 
d'hui. 

S'il nous était permis de parler ici de notre expérience 
personnelle, nous affirmerions à notre tour la supériorité de 
l'extrait de strophantus sur les diverses teintures de ce 
médicament. Nous reconnaîtrions aussi l'influence favo- 
rable du strophantus dans les affections mîlrales. Nous 
ferions cependant une réserve au sujet de l'action diuré- 
tique de ce produit. On peut obtenir au début une diu- 
rèse assez rapide et assez abondante; mais nous avons cru 
remarquer que celle-ci ne se maintient guère et que, dans 
les cas assez nombreux ou l'on échoue avec le strophantus, 
on est souvent surpris de la rapidité et de la facilité avec 
laquelle, chez les hydropiques (quelle que soit d'ailleurs 
la cause de l'œdème), l'infusion de digitale provoque la 
diurèse que le strophantus n'arrive plus à produire. 

La discussion qui va s'ouvrir devant l'Académie mettra 
sans doute, en relief quelques divergences d'opinion entre 
les différents médecins qui s'occupent de thérapeutique 
expérimentale, mais nous espérons qu'elle fixera désormais 
sur les points encore en litige l'opinion des praticiens. 
Ceux-ci devront tenir grand compte des conclusions si auto- 
risées que vient de faire connaître M. Bucquoy. 

— La remarquableobservalion lue parM.LeDentu n'est pas 
seulement l'exposé d'un brillant succès chirurgical à ajouter 
à tous ceux qui doivent être comptés à l'actif de la chirurgie 
française. Elle montre que les lésions internes les plus 
irrémédiables en apparence peuvent guérir assez rapide- 
ment. Elle autorise les chirurgiens à intervenir dans des 
cas jusqu'alors réputés comme absolument incurables. Elle 
prouve enfin que les perforations de l'estomac peuvent se 
cicatriser spontanément. Tous ces faits ont été bien mis en 
relief par notre savant et habile confrère. 

— Un décret du Président de la République, en date du 
5 janvier, vient de distraire du ministère du commerce et 



18 - N' 2 



GAZETTE HEBbOMAbAlRE DE MÉDECINE Et 1)E CÎIIRUhGlÈ ii Janvier 1889 



de l'industrie le service de l'hygiène publique et de le 
transférer au ministère de l'intérieur, pour le joindre à la 
Direction de l'assistance publique. C'est là une réforme 
dont l'importance n'échappera pas au corps médical et en 
particulier à tous les médecins qui s'occupent d'hygiène. 
En effet, la Direction de la santé publique, comprenant à 
la fois les services d'hygiène et ceux de l'assistance, se 
trouve ainsi constituée, et les vœux émis dans ce sens, 
avec une grande insistance et depuis si longtemps, par une 
grande partie du corps médical se trouvent réalisés. 

Le rapport adressé au Président de la République par les 
trois ministres intéressés fait toul d'abord observer qu'il 
existe entre le service de l'hygiène publique et ceux de 
Tassistance, récemment centralisés dans une direction nou- 
velle, une conncxité évidente. Cependant ce qui concerne 
la sauvegarde de la santé publique dépendait du ministère 
du commerce el de l'industrie, et ce qui concerne les hôpi- 
taux, les asiles d'aliénés, la protection des enfants du pre- 
mier îlge, la médecine gratuite dans les campagnes, ressor- 
tissait au ministère de l'intérieur. 

Le rapport ajoute que, c grâce aux progrès de la science, 
le point de vue de l'hygiène publique s'est modifié depuis 
quelques années. On ne concevait autrefois la police sani- 
taire que comme la défense du territoire contre les mala- 
dies exotiques, et ce sont sans doute les intérêts commer- 
ciaux engagés dans cette défense qui l'avaient fait confier 
au ministre du commerce. On sait aujourd'hui que Ton peut 
défendre les populations contre des maladies qui font 
bien plus de victimes que le choléra : ce sont les maladies 
transmissibles. On sait aussi que, même contre les ma- 
ladies pestilentielles, la meilleure sauvegarde est l'assai- 
nissement des villes et des habitations. Or, les mesures 
d'assainissement rentrent par leur nature même dans la 
police municipale, sur laquelle le ministère de l'intérieur 
peut agir plus efficacement que le ministère du commerce. 
A maintes reprises, la Chambre des députés s'est occupée 
de la question. Tout récemment, la commission nommée 
par la Chambre pour étudier la proposition de loi, signée 
de cinquante députés, « concernant l'organisation de l'ad- 
ministration de la santé publique », se prononçait à l'una- 
nimité dans le sens de la réunion du service de l'hygiène 
publique à ceux de l'assistance. Des conseils d'hygiène 
départementaux qui ont délibéré sur la question, la presque 
unanimité s'est prononcée en faveur du rattachement du 
service de l'hygiène publique au ministère de l'intérieur >. 

Enfin^ il est ajouté « à titre de renseignement, que les 
services sanitaires dépendent du ministère de l'intérieur 
en Autriche, en Hongrie, en Russie, en Italie, en Hollande, 
en Espagne, en Portugal, en Grèce, en Norvège. Ils en 
dépendent également en Suisse pour les mesures d'un 
caractère fédéral, en Allemagne pour les mesures géné- 
rales, et dans presque tous les États d'Amérique pour les 
mesures particulières à ces j^.tats. En Angleterre, la direc- 
tion des services d'assistance et d'hygiène réunis constitue 
un pouvoir à part, le Local Government Board ». 

Dans ce dernier pays, on a pu constater qu'à mesure que 
l'administration sanitaire s'est développée, la mortalité 
générale a diminué, ainsi que la mortalité par les mala- 
dies transmissibles et corrélativement les dépenses pour 
l'assistance publique. Il est de fait que la lutte contre les 
épidémies et contre l'insalubrité nécessite une organisation 
administrative suffisamment autonome, compétente et res- • 
pensable. S'il convient, d'autre part, qu'une certaine latitude | 



soit laissée à cet égard aux pouvoirs locaux et aux individuv 
c'est au pouvoir central qu'il appartient de défendre le; 
intérêts généraux, et même les intérêts particuliers, cooli' 
la négligence, l'incurie et le mauvais vouloir. 

Si Ton veut être promptement informé des variations qiie 
subit la santé publique, c'est dans le mouvement hospitalier, 
dans la fréquentation des bureaux de bienfaisance., dans [a 
renseignements du service des secours à domicile quK 
puise le plus sûrement des éléments d'informations. Il w 
tout avantage à ce que ce soit le même personnel qui ^m^ 
prescrire le traitement d'un malade, reconnaître les cau^ 
de l'affection et qu'il soit à même d'empêcher celle-ci de<c 
propager à l'entourage plus ou moins immédiat. La prophy- 
laxie a tout à gagner à être rapidement ordonnée et ezécule< ; 
l'assistance, à être prompte et précise. Les moyens de Tuix 
sont le plus souvent indispensables à l'autre. D'où la uécesn:* 
de ne pas confier une telle œuvre à desadministrations «'pi- 
rées, trop souvent isolées, comme on a dû le constaicft^ 
France au cours de la plupart des épidémies observées «i<i>; 
ces dernières années. Avec quelle peine l'on voyait les per- 
sonnalités éminentesqui conseillaient el dirigeaient lado;- 
nistration sanitaire, arrêtées dans leurs efforts par l^J 
lenteurs et les difficultés forcément inhérentes à la dissém- 
nation des services administratifs ! Un indigent venait-il àêir 
atteint d'une maladie transmissible, les secours à lui donHt:r 
pour obtenir sa guérison devaient venir d'une adminisln- 
lion, différente de celle auprès de laquelle il pouvait trouver 
les moyens prophylactiques propres à prémunir contre tout' 
transmission la famille et les voisins, etc., etc. Un enfant >i« 
service de la protection venait-il à tomber malade, if 
médecin-inspecteur ne pouvait le plus souvent s'occuper li^ 
mesures propres à prévenir pour les nourrissons voisins i 
tension même de la maladie. 

Tout en laissant aux administrations départementales (* 
locales une grande liberté dans leur organisation des senio 
de la santé publique sur leur propre territoire, il y a Ii» 
de les engager à centraliser également ces services, afiu-i 
leur donner assez de cohésion pour obtenir le maxim<.- 
d'effets utiles ; il faut leur montrer, par des exemples tels q« 
ceux du département des Vosges, de Saint-Étienne, d'Amies^ 
du Havre, de Reims, etc., tout l'intérêt et les avantagp>''l 
l'extension de la réforme qui vient d'être commencée a 
près du pouvoir central. Sans doute la tâche sera longnt d 
difficile; c'est pourquoi elle sera d'autant plus rapidenici^ 
accomplie que chacun s'y prêtera plus facilement. 

Ce n'est pas non plus sans une vive satisfaction que les mé- 
decins accueilleront la création d'une direction admini<(r< 
tive puissante, confiée à un homme dont Tautorité, le n 
et la compétence s'affirment chaque jour de plus en plu? 
les conseils qui l'entourent sont prêts à s'associer av 
confiance à l'œuvre qu'il a courageusement entrepri 
depuis deux ans. Les légitimes revendications des niédeci:n 
ne peuvent que gagner à s'adresser à un service auprès dui|u*'| 
ils sont tout au moins assurés de trouver un accueil enn 
pressé et bienveillant. Jamais l'administration ne leur << ^li' 
plus favorable; nous aimons à croire qu'ils apporteront à 
nouvelle direction de la santé publique le concours s.:î. 
lequel ses efforts comme les leurs resteraient forcénir 
stériles. 



M Janvier 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N» 2 — 19 



NEUROPATHOLOGIE 

Les migraines. 

Parmi les maladies fonctionnelles du système nerveux, il 
en est peu qui soient moins connues de la généralité des mé- 
decins que le groupe des migraines. Si on ouvre les traités 
classiques, on voit décrits avec beaucoup de soins quelques 
phénomènes prodromiques, la douleur de tète ou les vomis- 
sements qui souvent viennent clore la scène. On parle bien 
un peu de troubles bizarres du mouvement et de la sensi- 
bilité, de phénomènes psychiques..., mais ces symptômes 
sont rélégués au seéond plan. Si on veut se faire une idée 
de ce qu*est ce phénomène complexe qu'on appelle la mi- 
graine, il faut recourir aux monographies, aux articles de 
journaux, rechercher ce qu'ont écrit les neuropathologistes 
assez courageux pour étudier ces faits absolument subjec- 
tifs et difficiles à catégoriser. Nous avons été surpris en 
lisant la littérature médicale anglaise de trouver un si grand 
nombre de documents ayant trait aux migraines et aux 
symptômes qui les accompagnent parfois. 

Malheureusement tous ces documents, tous ces faits sont 
apportés sans ordre et nous dirions volontiers au hasard. 
Le livre de Liveing, plein de faits bien observés, de déduc- 
tions logiques, n'est qu'un catalogue des symptômes du 
groupe migraine. L'auteur anglais considère la migraine 
comme ridentification d'un groupe naturel de désordres 
désignés sous ce nom. Cette manière de considérer les 
choses nous semble fausse; la migraine ainsi entendue 
n'est qu'un magma de faits disparates allant de la simple 
migraine àl'épilepsie confirmée. Tout migraineux, en lisant 
ce livre et en s'en tenant au pied de la lettre, peut se croire 
un candidat à l'épilepsie, et rien ne vient le détromper, car 
Fauteur étudiant tous ces troubles en bloc semble avoir fait 
du symptôme le plus grave une sorte de conséquence natu- 
relle du symptôme atténué. 

Les choses sont-elles arrangées de telle façon que toute 
classification, toute ligne de démarcation soit impossible à 
établir entre tous les désordres qui peuvent accompagner la 
migraine? Nous ne le pensons pas. 5lM. le professeur Char- 
cot, Ch. Féré, Galezowski, etc., ont séparé de ce grand caput 
mortuum un type particulier à caractères bien tranchés : 
la migraine ophthalmiqne. Ces auteurs ont remarqué que 
dans une forme particulière de migraine les troubles ocu- 
laires jouaient le rôle capital, pouvaient à eux seuls con- 
stituer la maladie ou bien s'unira d'autres troubles sur les- 
quels nous reviendrons. 

Cette constance dans la nature des troubles, la manière 
de se comporter des désordres oculaires, la localisation pro- 
bable du processus à un territoire, toujours le même, légi- 
timaient suffisamment la création du type : migraine 
ophthalmique. c Cette migraine, dit Féré, constitue un 
syndrome dont quelques traits caractéristiques suffisent 
pour la différencier des autres migraines et en faire une 
aflection véritablement autonome. > Cette autonomie ne nous 
paraît pas avoir été suffisamment reconnue par les auteurs 
qui ont considéré les troubles oculaires et les phénomènes 
cérébraux et périphériques qui peuvent les accompagner 
comme des épisodes pouvant appartenir à l'histoire de 
toutes les migraines, tandis qu'en réalité ils ne se ren- 
contrent toujours les mêmes et à chaque accès que chez 
un petit nombre de migraineux. Désirant, non pas écrire 
ici une monographie détaillée de l'affection, mais donner un 



aperçu général des migraines, nous reconnaitrons dans le 
groupe migraine : 1'' la migraine simple, vulgaire; 3* la 
migraine ophthalmique, divisible elle-même en: migraine 
ophthalmique simple ou fruste, associée, dissociée. 

Nous aurons peu^ de chose à dire de la migraine simple^ 
chacun la connaît. Il est difficile de ne pas reconnaître une 
grande parenté entre cette migraine simple et les migraines 
complexes, maisilestaussiirapossible de les identifier comme 
le fait Liveing et de ne voir dans la seconde qulun degré 
plus accusé de la première. 

La migraine simple consiste essentiellement en accès 
plus ou moins fréquents, revenant souvent à l'occasion des 
mêmes causes et se caractérise par un ensemble de 
symptômes très simples: quelques légers troubles sensoriels 
prodromiques, une hémicranie spéciale, un peu de gêne 
dans l'émission des idées; enfin, des nausées ou des vomis- 
sements qui terminent la scène. 

La seconde espèce de migraine revient aussi par accès. 
Mais ces accès n'ont pas la régularité des premiers; ils sont 
la plupart du temps beaucoup plus espacés — des mois^des 
années même les séparent — ils alternent ou coïncident 
parfois avec des affections nerveuses déterminées: lachorée, 
la neurasthénie, l'asthme, l'épilepsie surtout; les symptômes 
qui les constituent ont moins de régularité dans leur succes- 
sion, plus d'imprévu, plus de tendance à se remplacer 
les uns par les autres; plus de gravité apparente ou réelle. 
Ces symptômes, portant sur tous les modes de l'activité 
cérébrale, atteignent le mouvement, la sensibilité générale 
et spéciale, l'intelligence. Ils consistent du côté des yeux 
(migraine ophthalmique proprement dite) en scotome scin- 
tillant, amblyopie, hémiopie périodiques, rétrécissement 
passager du champ visuel, amaurose temporaire ou défini- 
tive ; du côté des autres sens ce sont les migraines olfac- 
tives, gustatives, auditives; du côté de la sensibilité géné- 
rale nous trouvons les engourdissements en forme d'aura, 
auxquels se joignent les sensations subjectives, les anesthé- 
sies, les hypéresthésies. 

Dans les sphères psychique et motrice, c'est l'aphasie 
dans tous ses modes, l'amnésie, la confusion des idées, la 
confusion du présent et du passé, la dépression mentale ou 
l'excitation. Ce sont les vertiges. 

Viennent ensuite les vibrations musculaires, les tremble- 
ments et les convulsions, les parésies et les paralysies 
vraies. 

Résumons-nous donc en disant que la migraine simple 
mise à part, nous allons nous trouver en présence d'un 
grand syndrome, la migraine ophthalmique, tantôt seule^ 
tantôt au service d'un appareil symptomatique plus étendu 
et d'un pronostic plus grave. 



Historique. — L'historique de la question ainsi com- 
prise a été fait d'une façon très complète par Sarda dans sa 
thèse d'agrégation sur les € migraines 9; nous ne voulons 
pas le recommencer et nous nous contenterons de rappeler 
les noms et les travaux qui ont fait époque dans l'histoire 
de la migraine ophthalmique simple ou associée. 

Vater parait être le premier auteur qui ait cité des cas 
d'amaurose partielle temporaire; il rapporte ce phénomène 
à une lésion cérébrale au sujet de laquelle il émet l'hypo- 
thèse de l'enlre-croisement des nerfs optiques. 

Lazerme (1748) aurait noté un cas semblable, ainsi que 
Plenk (1783), Sloll (1795). Demours rapporte dans son 



20 



N« 2 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRDRGIE H Janvier 1889 



Traité des maladies des yeux (1818) un fait analogue 
observé chez M'"* de Pompadour. 

Wollaston (1824) rapporte sa propre observation. Dans 
cette observation, traduite dans les Annales de chimie par 
Arago, Tauteur décrit son scolome scintillant et en fait un 
des signes prodromiques de la migraine. 

Le médecin français établit une comparaison et un rapport 
entre le scotome et les frémissements musculaires. 

Piorry décrit magistralement le scotome scintillant, 
coloré chez les uns, pâle chez les autres, disposé en zigzag 
et agité par une sorte d'oscillation continuelle. Pour lui, la 
migraine est une misalgie twrtigineuse (1831). 

Tyrrel, en 1841, observe l'hémiopie et la rattache à la 
migraine comme Tentend Piorry. 

Brewster et Airy décrivent également leur hémiopie 
migraineuse. 

Testelin (cité dans le Traité des maladies des yeux, de 
Makenzie, 1860), publie plusieurs observations nouvelles et 
décrit le « scotome noir >. 

Enfin nous arrivons à la belle monographie (soixante-sept 
observations) de Liveing, qui résume tout ce qui a été écrit 
sur ie sujet, y ajoute un grand nombre d'observations, 
réunit une quinzaine de cas d'aphasie, d'hémiplégies, de 
coïncidences, d'attaques épileptiques et ne considère, comme 
ses devanciers du reste, les symptômes oculaires (hémiopie, 
amblyopie, scotome, amaurose) que comme des modalités 
plus accentuées de la migraine ordinaire. 

Ce livre est plein de faits curieux et intéressants. 

En 1875, Dianoux étudie le scotome scintillant, et, un 
des premiers, distrait cette forme de la migraine vulgaire. 

En 1878, dans les Archives générales de médecine ^ 
Galezowski décrit quatre variétés de troubles oculaires: 

1" L'hémiopie périodique (un ou deux yeux) ; 
. â"" Le stocome scintillant ; 

3" L'amaurose migraineuse ; 

4° La photophobie migraineuse. 

Galezowski ajoute que ces différentes variétés peuvent se 
compliquer d'amblyopie hystérique. Il signale également 
l'aphasie et l'amnésie temporaires. 

Barrait (1880) reprend Télude du scotome scintillant et 
cherche à démontrer que l'amaurose partielle temporaire 
est quelquefois indépendante de la migraine. Il conclut à 
l'existence de troubles vaso-moteurs de l'appareil optique 
et de la rétine. 

En 1881 {Revue mensuelle de médecine)^ Féré fait de la 
migraine ophthalmique une affection distincte, parfaitement 
autonome, s'accompagnant de troubles cérébraux, notam- 
ment de troubles localisés de la sensibilité et de la motilité, 
d'aphasie, etc. 

On peut voir que cette idée de la migraine ophthalmique, 
considérée comme affection distincte, était prépcirée de 
longue main. Mais c'est Féré, défendant les idées de notre 
maître M. Charcot, qui le premier met de l'ordre dans le 
fatras des observations éparses et classe les migraines en 
simples^ frustes^ dissociées et associées. 

Le plus souvent les phénomènes sont transitoires, mais il 
est indispensable de savoir que chacun d'eux peut devenir 
permanent, et, par conséquent, assombrir singulièrement le 
pronostic. 

A l'appui de cette vérité, signalons une leçon du profes* 
seur Charcot, publiée en 1882 dans le Progrès médical. Il 
s'agissait d'un pauvre étudiant en droit, dont nous avons 
nous-mêmes pris l'observation, et qui présenta à différentes 



reprises, au début d'une paralysie générale, des accès de 
migraine ophthalmique. Ce malade eut en même temps des 
engourdissements des membres, signalés pour la première 
fois par Piorry; des paralysies temporaires et des attaques 
épileptiformes plus ou moins localisées. 

Dans sa thèse (1882), Féré rapproche l'hémiopie de la 
migraine ophthalmique de la même lésion, produite par 
lésion cérébrale et cherche par ce rapprochement à en 
expliquer la pathogénie. 

Galezowski, en 1883, publie dans le Recueil d'ophthal- 
iifioloyie une revue sur la migraine oculaire. 

MM. Parinaud et Charcot {Arch. de neurologie, 1883, 
t. Y, p. 57) publient deux cas de migraine ophthalmique au 
au début de la paralysie générale. 

Féré, dans la Revue de médecine, cite un cas, suivi de 
mort. 

Dreyfus-Brisac {Gazette hebdomadaire, 1 883) proteste dans 
une revue critique contre le terme migraine ophthalmique 
trop étroit. 

Les classiques (Grasset, Axenfeld et Huchard) ne s'éten- 
dent pas longuement sur les symptômes qui pivotent autour 
de i'hémicrânie. Axenfeld et Huchard tentent une classi- 
fication des troubles oculaires. 

Nous ne devons pas oublier un mémoire intéressant de 
Blanchi dans Lo sperimentale (février 1884) sur la céphalée 
ophthalmique. 

La thèse de Robiolis (Montpellier, 1884) sur la migraine 
ophthalmique est remplie de faits intéressants au point de 
vue des symptômes gustatifs, olfactifs, etc. 

Dans la Gazette des hôpitaux (17 mai 188 i), nous voyons 
encore deux observations de M. Charcot; Tune est celle 
d'un aphasique simple; l'autre a trait à un bel exemple de 
migraine ophthalmique avec phases ou étapes : 

l"* Hémiopie latérale droite; â"" scotome; 3^" céphalée; 
4° engourdissement du bras ; 

Enfin la thèse déjà signalée de Sarda et plusieurs leçons 
faites au hasard de la consultation externe du mardi à la 
Salpêtrière, leçons qu'on trouvera dans la publication de 
MM. Charcot fils, Blin et Collin {Les leçons du mardi). 



{A suivre). 



P. Berbez. 



P. S. — Le néologisme astasie-abasie que j'ai donné 
comme titre à ma dernière revue générale {Gazette hebdo- 
madaire du 30 novembre 1888) est dû au docteur Blocq. 
Après avoir obtenu d'un éminent helléniste l'assurance que 
le mot qu'il employait était bien formé, M. Blocq en a 
justifié l'opportunité par le soin avec lequel il a recherché 
dans les auteurs médicaux et même dans les traités philo- 
sophiques tous les caractères qui lui permettaient de consi- 
dérer le syndrome astasie-abasie comme un type à part 
dans les grandes manifestations nerveuses. 

P. B. 



REVUE DES COURS ET DES CLINIQUES 

HÔPITAL NECKER. — - SERVICE DE M. LE PROFESSEUR 
DIEULAFOY. 

Hydarthrose blennorrhaglqae i Traitement, pathogénie. 

L'hydarthrose blennorrhagique se caractérise, on le sait, 
par la brusquerie de son apparition, l'acuité des dou- 



H Janvier 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



N- 2 ~ 21 



lears qu*elle occasionne, la lenteur de son évolution. Quel 
est le meilleur traitement à opposer à cette arthrite déses- 
pérante par sa tendance à la chronicité? Quelle est la pa- 
tbogénie de ce rhumatisme dont la nature a été si vive- 
ment discutée? Questions à la fois pratiques et capitales 
que M. Dieulafov a traitées devant les élèves à propos 
d'un malade couché dans son service. 

Au vingt-neuvième jour d'une blennorrhagie un homme 
fat pris brusquement pendant son travail d'une douleur 
violente dans le genou du côté droit, la marche devint 
immédiatement impossible, le genou se timéfia rapide- 
ment : en quelques minutes Thydarthrose s'était installée. 
L'artirulation fut maintenue pendant huit jours au repos 
absolu dans un enveloppement ouaté. Au bout de ce temps 
et malgré cette thérapeutiqne la jointure continuait à 
augmenter de volume et la douleur était si aiguë qu'elle 
empêchait tout sommeil. M. Dieulafoy se mit en mesure 
d'intervenir suivant les règles formulées par lui dans son 
Traité de Vaspiration et dans un article publié dans 
la Gazette hebdomadaire en 1878. Avec son aspirateur il 
ponctionna trois fois l'articulation malade à trois et quatre 
jours d'intervalle. Il retira la première fois 67 grammes, 
la seconde MO grammes, la troisième 30 grammes d'un 
li^juide d'aspect puriforrae. Immédiatement après la pre- 
mière ponction la douleur s'apaisa et le malade put dormir 
durant toute la nuit qui suivit l'opération ; après la troi- 
sième ponction le liquide fut tan pour ne plus revenir. 
Ainsi sept Jours avaient suffi pour faire disparaître douleur 
et épancbement. Restaient la raideur et une légère tumé- 
faction de la jointure. Contre elles, M. Dieulafoy fit appli- 
Îuer le cataplasme de Trousseau trop tombé dans l'ouoli. 
u bout de cinq jours il enleva ce cataplasme composé, on 
le sait, de mie de pain et d'alcool camphré, le tout arrosé 
avec une mixture faite de camphre et d'extrait d'opium. 
II montra tout d'abord que l'appareil était aussi frais, 
aussi humecté que si on venait de l'appliquer; qu'il avait 
conservé sa bonne odeur camphrée et ne portait pas trace 
de moisissure, que la peau restée si longtemps en contact 
avec le cataplasme était absolument saine. En séjournant 
dans cette atmosphère tiède et émoUiente, la jointure avait 
repris un peu de sa souplesse, les mouvements commen- 
çaient à revenir; il ne restait plus qu'à traiter par l'élec- 
Iricité l'atrophie des muscles entourant l'articulation. 

MM. Dieulafoy et Widal ayant ensemencé sur tous les 
milieux nourriciers usités en microbiologie les liauides 
retirés par les trois ponctions successives n'ont ontenu 
aucune culture; tous les tubes ou ballons inoculés restè- 
rent stériles. L'examen de ces mêmes liquides étalés sur 
Jamelles et colorés par les substances d'aniline ne permit 
de déceler aucun micro-organisme. Ces résultats ne 
concordent pas avec ceux obtenus par quelques expéri- 
mentateurs a^ant étudié le liquide retiré d'arthrites olen- 
norrhagiques. Les uns ont trouvé les microbes vulgaires 
de la suppuration, les autres ont rencontré à l'état de 
pureté le gonococcus de Neisser, agent pathogène de la 
blennorrhagie. Ces auteurs admettent donc deux théories 
différentes : les premiers considèrent l'arthrite blennorrha- 
gique comme le résultat d'une affection secondaire dont le 
porte d'entrée siégerait au niveau de l'urèlhre dépouillé 
de son épithélium par le gonocoque ; les seconds voient 
dans cette arthrite une lésion spécifique déterminée par 
l'agent même de la blennorrhagie : le gonocoque. Sans 
contester l'une ou l'autre de ces opinions s'appuyant toutes 
deux sur des faits, M. Dieulafoy montre qu'il existe cepen- 
dant des cas où aucun micro-organisme ne peut être re- 
trouvé. Dans l'observation présente, faut-il penser que 
lors de la première ponction les micro-organismes élaient 
déjà morts au sein du liquide dont ils avaient provoqué 
la sécrétion? Faut-il admettre que l'inflammation de la 
synoviale avait été produite non par l'action des microbes 



mais par celle des substances solubles sécrétées par eux 
dans l'économie? Le professeur se borne pour le moment 
à constater le fait rigoureusement observé au point de vue 
expérimental, sans prendre parti pour l'une ou l'autre 
hypothèse. 

Au point de vue pratique, l'histoire de ce malade suivi 
jour par jour, enseigne comment, dans l'hydarthrose blen- 
norrhagique, les ponctions aspiratrices aidées du cataplasme 
de Trousseau peuvent supprimer immédiatement la dou- 
leur, tarir rapidement i'épanchement et ramener à bref 
délai les mouvements de la jointure. 

F. W. 



TRAVAUX ORIGINAUX 

Pathologie générale. 

Essai sur la recherche , l'isolement et l'emploi 

VACCINAL des EXCRETA SOLUBLES DE CERTAINS MICROBES 

PATHOGÈNES, par M. le docteur Ricochon (de Cbampde- 
niers). 

(Suile. — Voy. le numéro 1.) 

m. — Destruction des microbes dans les humeurs 

VIRULENTES. 

Le but étant d'utiliser la matière vaccinale sans l'inter- 
vention parallèle des microbes, on peut y arriver, autrement 
que par la filtration, en détruisant ceux-ci dans l'humeur 
virulente. Cette destruction peut se comprendre de deux 
façons: ou bien on opérerait en vases clos avant l'injection 
vaccinale, ou bien on introduirait l'humeur virulente telle 
quelle dans l'organisme, en la faisant passer par certains 
milieux qu'on sait d'avance être destructeurs des microbes. 

1"* Destruction en vases clos: a. par les agents cUimiques. 
— Plusieurs procédés peuvent être employés. Le premier 
qui se présente à l'esprit est de recourir aux substances 
antinarasitaires, au sublimé, au nitrate d'argent, à 
rioae,etc. Hais toutes ne peuvent être employées indifférem- 
ment. Chaque espèce de microbe a son microbicide spécial, 
qui agit sur elle à la moindre dose, alors qu'il en faut 
beaucoup pour une autre espèce et qu'il est sans effet sur 
une troisième. On préférera naturellement le produit qui, 
toutes choses égales d'ailleurs, agit sous la plus petite quan* 
tité. C'est d'autant plus indiqué que le plus souvent la 
matière vaccinale doit être injectée en quantité notable, que 
le microbicide employé ne peut en être isolé et qu'il doit 
rester en deçà des limites toxiques pour l'économie; 

La première expérience est une à Toussaint, qui se servit 
de l'acide phénique au tiers pour détruire la bactéridie 
charbonneuse. 

b. Par Voxygène comprimé. — L'emploi des gaz, même 
les plus délétères, n'offre p^s le même inconvénient, 
puisqu'on peut les faire disparaître dans le vide. Celui qui 
est d'un usage général, et auquel bien peu de microbes 
résistent, tant aérobies qu'anaérobies, est l'oxygène sous 
pression. On en doit le premier usage à M. P. Bert {Société 
de biologie^ 13 janvier 1887^, qui s'en servit pour détruire 
la bactéridie charbonneuse, sans arriver à détruire, il est 
vrai, les spores, dont il ne soupçonnait pas alors la résis- 
tance. 

Ueau 9uroxygénée peut être utilisée de la même 
manière. 

Voxygène à la pression ordinaire agit avec une égale 
promptitude sur les microbes franchement anaérobies. Il 
détruit aussi à la longue les microbes aérobies, tels que le 
microcoque du choléra des poules, la bactéridie charbon- 
neuse (Pasteur)... 

c. Par la chaleur. — Mais les moyens physiques et 
parmi eux la chaleur deviennent d'un emploi général. C'est 



^22 



IJ. 2 -- 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 11 Janvier 1889 



Toussaint qui, le premier, a traité le sang charbonneux par 
la chaleur. Il n'arriva, il est vrai, contrairement à son 
dessein, et ainsi que Pasteur le lui prouva, qu'aune atté- 
nuation du virus; il n'en a pas moins créé le procédé. 

Il reste à déterminer le degré de température auquel on 
doit arriver pour détruire chaque microbe. Il faut 60 degrés 
pour la bactérie charbonneuse (Toussaint); 100 degrés pour 
la bactérie de la septicémie gangreneuse; 110 deerés pour 
celle du charbon symptomalique; 110 degrés pour le bacille 
de la fièvre typhoïde. C'est ainsi que la matière vaccinale a 
pu être décelée dans le sang des animaux atteints de septi- 
cémie (Ghamberland et Roux), dans les bouillons de culture 
du bacille de la fièvre thyphoîde (Chantemesse et Widal) 
{Société de biologie, 7 mars 1888). 

Mais le procédé est sujet à des erreurs. On comprend que 
les matières vaccinales solubles ne résistent pas toujours à 
d'aussi hautes températures et il ne faudrait pas forcément 
conclure de leur non-constatation à leur absence. C'est ainsi 
qu'on n'est pas encore arrivé, à la retrouver dans le sang 
charbonneux (1). 

S"" Destruction dans les milieux organiques, — Là le 
procédé consiste à utiliser certaines particularités bien 
connues de la vie des microbes. On sait, en effet, qu'ils 
vivent chacun dans tels ou tels tissus organiques, délaissent 
les autres et succombent même en (prenant le contact de 
ceux-ci. Dès lors, si dans les inoculations nous choisissons 
pour porte d'entrée un milieu qui soit antipathique à un 
microbe déterminé, nous le verrons s'y détruire, tandis 
que seule la matière vaccinale ira de là se diffuser dans 
toute l'économie. 

Prenons, par exemple, les maladies dont les microbes 
ne vivent pas dans le sang. Prenons la septicémie gangre- 
neuse, le choléra morbus(r), la rage même.... Leur inocula- 
tion directe, à la plus petite dose, dans leurs milieux d'é- 
lection, selon le cas, dans les tissus cellulaire, musculaire, 
nerveux, ou dans le canal cholédoque, amènera presque 
infailHblement la maladie. L'injection intraveineuse des 
mêmes microbes donnera une puUulation incertaine et 
même nulle, et si une quantité suffisante de matière vac- 
cinale s'^ trouve associée, il y aura quelque chance pour que 
l'immunité soit acquise, 

MM. Chauveau et Ârloing ont démontré l'innocuité des 
injections intraveineuses de l'humeur virulente de la sep- 
ticémie, du charbon symptomatique. Un pas de plus, ils 
trouvaient qu'elles donnaient en même temps l'immunité, 
'honneur en restera à MM. Roux et Chamoerland. Il en 
est probablement de même pour tous les microbes franche- 
ment anaérobies qui s'accommodent mal d'un milieu aussi 
oxvgéné que le sang. 

Nous pourrions dire déjà ^ue les choses ne se passent 
peut-être pas toujours aussi simplement, et que la destruc- 
tion des microbes dans le sang n'y est peut-être pas aussi 
immédiate ni aussi complète que nous semblons le dire; et 
qu'avant de disparaître ils contribuent pour une part, grande 
parfois, à la production intra-organiquede la matière vacci- 
nale qui s'ajoute ainsi à celle déjà introduite. Cela s'appli- 
auerait surtout aux microbes du charbon emphysémateux, 
ont les mœurs cosmopolites sont tout à la fois anaérobies 
et quelque peu aérobies, et s'accommodent assez bien d'un 
milieu aussi oxygéné que le sang. Mais c'est un point de 
vue que nous délaissons ici pour le reprendre au chapitre 
de l'atténuation des virus. 

M. Ferran (de Barcelone) a procédé le premier, comme 
on sait, selon les vues précédentes, aux inoculations sous- 
cutanées, intraconjonclives des bouillons de culture du 

(1) C'est aujourd'hui chose faite. Mlf. Roux et Chaniberiand sont arrivés sAre- 
ment à détruire la bacléridie sans altérer la matière taccinalc. en enfermant le 
sang charbonneux dans des tubes hermétiquement scelles et privés d'air, qu'ils 
plongeaient ensuile dans de l'eau à 58 degrés à plusieurs reprises, une heure 
chaque reprise. 



bacille virgule. Mais les essais de ce médecin distingué 
méritent confirmation (1). 

Quant aux premières injections intraveineuses du virus 
rabique, on les doit à M. Galtier, qui les pratiqua sur le 
mouton, et non seulement il ne donna pas la rage à cet 
animal, mais il lui procura l'immunité (2). Si le fait eût 
pu se généraliser, M. Pasteur se fût vu ravir l'honneur 
d'une de ses plus belles découvertes. Il n'en a rien 
été. M. Pasteur prouva, avec un grand luxe de précautions, 
que les injections intraveineuses, loin de donner l'immu- 
nité au chien, au lapin, lui donnaient bel et bien la rage (3). 

IV. — Répétition des injections virulentes pour 

AMENER LA SATURATION VACCINALE PRÉCOCE DES MILIEUX 
ORGANIQUES ET L'IMPUISSANCE DES MICROBES. 

Les injections multipliées s'imposent comme corollaire 
de la méthode i)i'écédente pour introduire une quantité 
suffisante de matière vaccinale. Encore faut-il les espacer 
assez dans le dernier procédé pour donner chaque fois aux 
microbes le temps de se détruire, et ne pas en accumuler 
une trop grande Quantité dans l'organisme, ce qui constitue- 
rait un véritable danger, en dépit de la présence de la matière 
vaccinale et de la résistance des milieux organiques. Quelque 
grande, en effet, que puisse être cette résistance, elle est 
à peu près fixe pour chaque organisme, et si on lui oppose 
une quantité toujours croissante d'éléments hostiles, il 
viendra forcément un moment où elle sera vaincue. C'est 
M. Chauveau qui a le premier mis en évidence cette notion 
de l'action nocive d'une trop grande quantité de microbes. 

1* Injections répétées de virus frais. — Il faut cepen- 
dant, semble-t-il bien, faire exception pour le virus 
rabique, en raison d'un élément nouveau qui lui est propre, 
et qui est la lenteur de son développement. Cette lenteur 

(i) On sait que depuis, M. Gamalcia a injecté à des logeons la matière vacci- 
nale anli-choléri]ue obtenue dans le bouillon de culture du bacille vir(;ule, cl t'e>t 
assure qu'elle donnait rimmunitc en faisant des injections de contrôle avec le rsnc 
des pigeons cholériques, rendu extrômement viraient par des pasuges successifs 
ches le cobaye d'abord, puis chez les pigeons. 

Nous ne savons pas encore si cotte expérience peut être applicable à l'homme. 
M. Gamalcia commence par cr«ier chez le pigeon, à l'aide de son tirus panixys- 
tique, une maladie essentiellement diflerente du choléra humain, puisque dans rpUt" 
maladie, le bacille virgule évolue dans le sang. Quand donc M. Gamaléia intro- 
duit dans le sang du pigeon une matière vaccinale, qui cropdche cette évolution, 
il fait œuvre utile pour le pigeon sans doute, mais superflue, semble-t-il. p^^iir 
l'homme, dans le sang duquel le bacille ne vit pas naturellement. Celui-ci ii'j pas 
besoin de cet habitat pour empoisonner Thomme de ses produits toxiques. CVst 
en dehors de l'oi^anisme pour ainsi dire, dans les résidus intestinaux qu'il vit, ci 
c'est lit qu'il faudrait l'atteindre. Or nous doutons que la voie sou»-cutano« soil 
la plus courte et la plus sûre pour conduire la maticro vaccinale dans rinte.^tin. 
Celle-ci y transsudera sans doute, mais l'élimination en sera prompte, etdè» lors la 
tUriJAMiion intra-inUttinaU (la seule qui intéresse l'homme, puisque c'est p«^lo^ 
voies digestivcs qu'il s'infecte), incertaine et fugace. Nous trouvons dc'j^ un appui 
à ces vues dans des expériences de M. Wilhem Lœwenthal (de Lausanno), qui 
établissent qu'une souris inoculée avec de la matière vaccinale cholérique résiste, 
et encore très peu do temps, à une injection intra-oi^anique du virus cholvri4|uo 
intensif, mais ne résiste pas à une ingetiion intrastomacale de ce même virus 
{Sem. méd., 29 aoilt 1888). Et la confirmation de ces expériencci serait donc la 
non-immunité, même à bref délai, après une première atteinte de choléra morbus, 
alors pourtant que l'organisme doit être saturé de matière taccinale. 

Après cela il est bien entendu que notre modeste opinion est sujette ù 
erreur et nous faisons des vœux pour qu'elle soit infirmée par de nouvelles com- 
munications de M. Gamaléia. 

Depuis que ces lignes ont été écrites, M. Gamaléia a montré dans un nntiv(>.iii 
travail qu'une maladie naturelle aux poules, et dont le bacUle ressemble U'Auroup 
au bacille-virgule, leur était donnée sûrement par injection expérimentale (lan* 
le poumon {Ann. de l'Institut Patteur, octobre 1888) et il laisse entrevoir q"o 
l'homme prendrait le choléra par la même voie. Mais la preuve reste à faire en 
contradiction avec èe qu'on avait pensé jusqu'à ce jour. Et, comme dans rrltc 
maladie nouvelle des volailles le bacUle pullule dans lo sang et que la {;a>lro- 
cntérite n'est que secondaire, l'objection signalée plus haut tient encore. 

(2) Acad. det se, 1" août 1881. MM. Roux et Nocard ont donné depuis à ce^ 
expériences de M. Galtier la précision rigoureuse qui leur faisait défaut {Ann. 
Intt, Patteur, juillet 1888). 

(3) M. ProtopopofT, en face de cette résistance insuffisante du sang dn chien 
devant le virus rabique frais, a tourné la difficulté en injectant méthodiqueniont 
dans les veines, d'aboril un virus affaibli, puis deux plus forts, de six,. do trois ol 
d'un jour. Il a ainsi réus.M k donner l'immunité. (CenfroiM. fUr Bakt.» t. IV. 
i88.S.) 



M Janvier 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N« 2 — 23 



|)ermet de faire des inoculations répétées et coup sur coup, 
^i uQe matière vaccinale coexiste avec le microbe rabique 
dans les moelles d'inoculation, on doit arriver ainsi promp* 
tement à saturer l'organisme et à le rendre réfractaire. 
Qu'importe dès lors qu'on ait accumulé en même temps 
une quantité prodigieuse de microbes, puisque au moment 
où ceux-ci deviendraient redoutables, le plus grand nombre 
d entre eux est détruit dans le sang, et que le terrain de 
culture (système nerveux) s'est dérobé pour ainsi dire pour 
le reste. Ainsi, loin de devenir dangereuse, la rapidité des 
inoculations est ici facteur du succès. 

Et il n'y a pas là une simple vue de l'esprit ainsi qu'on 
peut s'en assurer en consultant la lettre magistrale qui 
ligure en tête des Annales de VInstitut Pasteur, L'illustre 
savant, en effet y cite un certain nombre d'exemples d'ino- 
culations répétées coup sur coup avec du virus frais, qui, 
sans autre forme, ont donné l'immunité ; et il ajoute : c Je 
pourrais multiplier à l'infini ces cas d'immunité à la suite 
d^înoculations sous la peau par des quantités assez nota- 
bles de vîrus rabiques quelconques. » 

Il est bien difficile de comprendre de pareils résultats 
en dehors de l'existence d'une matière vaccinale soluble. 
Il y a des échecs, il est vrai. Mais peut-être ces insuccès 
tiennent-ils précisément à certaines particularités de la 
matière vaccinale et au moment de son apparition dans les 
moelles rabiques. Il n'est pas impossible, en effet, qu'elle 
ne commence à se former que dans les derniers instants 
de la vie ; qu'elle ne soit qu'une espèce de deliquium 
cadavérique (Metscbnikofl) des cellules rabiques, et que, 
comme telle, elle n'existe dans les moelles fraîches qu'en 
quantité assez faible-, variable du reste de l'une à l'autre, 
suffisante parfois pour procurer d'emblée l'immunité, et 
quelquefois à peu près nulle. Et ainsi s'expliquerait com- 
ment les injections de moelles fraîches donnent des ré- 
sultats différents, et combien peu de sécurité donnerait 
une telle méthode de vaccination, pourtant rationnelle en 
principe. 

Il est cependant quelques moyens de l'améliorer, qui 
tous tendent à donner soit moins d'activité au virus, soit 
plus de force à la matière vaccinale. Ainsi, parmi les 
premiers, on peut choisir comme vaccinifère une espèce 
différente de l'espèce à vacciner. L'expérience aidant, on 
peut tomber sur une espèce, dont le virus n'ait plus qu'une 
aflinité médiocre pour respèce vaccinée, tout en lui appor- 
tant la même quantité de matière vaccinale. C'est une 
chance de plus acquise à la méthode. 

Le succès en sera encore plus sûr si le virus a été cultivé 
sur une longue série d'animaux de cette espèce vaccini- 
iere. Car en pareil cas, il s'y spécialise, il s'y naturalise 
pour ainsi dire, et perd quelquefois, tout au moins en 
partie, son droit de cité chez les autres espèces. 

Et il n'y aurait pas toujours contre-indication de son 
emploi vaccinal, alors même que du fait de ses passages 
successifs à travers une espèce il serait devenu plus 
virulent pour elle. Cela ne préjugerait en rien son effet 
éventuel sur l'espèce vaccinée, qui pourrait n'en être pas 
davantage impressionnée. C'est un fait d'ordre général 
dont nous pourrions citer maints exemples. Un des plus 
curieux est celui d'un virus, qui lentement mortel pour 
une espèce, et transporté sur une autre, où il arrive bientôt 
à donner très promptement la mort, ne produit plus aucun 
effet morbide appréciable sur la première, tout en lui pro- 
curant l'immunité. C'est le cas du microbe du rouget 
des porcs, qui cultivé en séries sur le lapin, devient 4e plus 
en plus virulent pour cet animal, mais ne peut plus dès 
lors tuer les porcs {Acad. des sciences^ séance du 
iO novembre i^SS. Pasteur et Thuilier). Et qui pourra 
jamais dire si le virus rabique, de virulence paroxystiaue 
pour le lapia après une série de passages, n*est générale- 
ment pas inoffensif pour l'homme, tout en lui apportant 



peut-être une quantité de matière vaccinale corrélative du 
deeré de virulence acquise chez le lapin? 

Mais, d'une manière générale, la méthode des injec- 
tions antirabiques, répétées avec des moelles fraîches, n'en 
reste pas moins avec ses incertitudes et ses dangers : 
incertitudes sur la quantité variable et probablement trop 
faible de matière vaccinale, opposée à la quantité sûrement 
considérable de microbes inoculés, et dangers de transmis- 
sion de la maladie. 

2* Injections répétées de vii-us gradués, — Dans cette 
situation, M. Pasteur ne pouvant détruire sûrement la 
virulence de la matière rabique inoculée en la faisant 
passer par des milieux organiques hostiles aux microbes, 
tels que le sang, ni isoler ni cultiver ces microbes restés 
jusqu'ici inconnus, a tourné la difficulté. L'artifice expéri- 
mental, auquel il a recours, est une des plus belles décou- 
vertes de son fertile génie. 

Prenons une série de moelles rabiques de lapins de dif- 
férents âges et vieilles d'un à dix jours. De la première ù 
la dernière les microbes, en se détruisant, seront de moins 
en moins nombreux jusqu'à leur disparition à peu près 
complète. Mais il est à croire qu'une substance chimique 
vaccinale, si elle existe, ne suivra pas dans sa destruction 
une marche parallèle. Il est à croire même que cette sub- 
stance, qui, comme nous l'avons dit, semble être le deli- 
quium cadavérique des microbes, s'accroît pendant quelques 
jours plus vite qu'elle ne se détruit, suit ainsi une marche 
ascendante pour décroître ensuite plus lentement. De telle 
sorte qu'il y aurait dans cette série de moelles un groupe 
intermédiaire qui é(]uivaudrait, tout compensé, à un mini- 
mum de matière virulente et à un maximum de matière 
vaccinale. 

Nous ne savons au juste à quels jours correspond ce 
groupe intermédiaire, et l'on comprend qu'il puisse y avoir 
à ce sujet des variations tenant à des causes multiples, 
mais plus particulièrement à l'évolution du virus pendant 
la vie et, après la mort, au milieu dans lequel les moelles 
se dessèchent. Cette incertitude commande notre attitude. 
Nous devons nous tenir en deçà des limites probables de 
ce groupe, et ne recourir d'abord qu'aux injections des 
moelles les plus vieilles. Nous ne courrons d'autre risque 
que d'injecter successivement une certaine quantité de 
matière vaccinale sans microbes ou avec des microbes raré- 
fiés et vieillis. 

Nous sommes déjà dans des conditions infiniment supé- 
rieures aux conditions précédentes, nous imprégnons peu 
à peu l'organisme de matière vaccinale et bientôt nous 
l'en saturerons tout à fait en arrivant aux moelles qui sont 
à leur maximum de puissance vaccinale, et nous le ren- 
drons ainsi absolument réfractaire. Dès lors il importera 
peu que nous ayons injecté en même temps des vîrus 
toujours plus nombreux et toujours plus jeunes. Ils sont 
promptement frappés d'inertie et comme cadavérisés par 
leur poison vaccinal, avant qu'ils aient pu prendre le 
contact de la substance nerveuse. 

Ainsi la méthode de M. Pasteur, qu'il a créée, en devan- 
çant même l'explication des faits, consistait à se couvrir 
de tout danger, en utilisant dans ce but la diffusion prompte 
dune quantité surabondante de matière vaccinale, d'opno- 
ser cette matière, d'abord à la moindre quantité possinle 
de microbes vieillis et affaiblis, puis, quand l'organisme est 
saturé, aux microbes même les plus virulents. L'expérience 
a prouvé que dans ces conditions on agit à coup sûr. 

On voit ici que le facteur c Temps > est tout à fait éli- 
miné, et qu'il n'y a aucun empêchement dans le principe 
de la méthode, pour que les injections ne se fassent pas 
sans délai, coup sur coup. On peut également pressentir que 
l'utilisation de toute la série des moelles n'est pas absolu- 
ment nécessaire, et <}ue celles des deuxième, troisième, 
quatrième... jours doivent correspondre à la plus grande 



U — N» 2 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



i i Janvier 18811 



somme de matière vaccinale et suffire à tous les besoins (1). 
Les plus vieilles à ce point de vue laissent à désirer ^t ne 
sont qu'une amorce pour celles qui suivent. Celles du 
premier jour ne répondraient pas non plus au but proposé 
puisqu'elles développeraient, selon nous, peu de substance 
vaccinale, tout en gardant la plénitude de leur puissance 
virulente, et présenteraient ainsi des inconvénients sans 
compensation. Leur emploi n'en est pas moins la justiCca- 
tion hardie de la méthode, et un triomphant défi jeté à 
ses détracteurs (2). 

Quant à l'application qui peut en être faite fi la préserva- 
tion de la rage après morsure, il ne nous appartient pas 
de la juger. Du reste les faits parlent asseye haut, il semble. 
Qu'il nous soit permis pourtant de faire une distinction 
parmi les morsures rabiques. Au moins 80 fois sur 100, le 
virus reste sûrement sans effet, pour maintes raisons, dont 
la principale est sans doute que les sujets sont absolument 
réfractaires à la rage dans les conditions ordinaires des 
morsures. Quant aux vingt cas restants, il en est dix- 
huit, je suppose, dont les sujets sont encore réfractaires 
dans les conditions dynamiques habituelles de leur 
système nerveux; mais ils sont plus ou moins près de 
la limite, au delà de laquelle la réceptivité commence. 
Tant qu'il ne surviendra chez eux aucune cause dépressive, 
subile ou prolongée, telle que la fatigue, la crainte, le 
refroidissement..., le microbe rabique restera latent et 
comme en simple rapport de contiguïté avec le système 
nerveux, jusqu'à sa destruction complète. On peut admettre 
qu'il en sera ainsi pour la moitié environ de nos dix-huit 
cas, même en dehors de toute action vaccinale. 

Quant aux neuf autres, une prédisposition un peu plus 
grande (alcoolisme, épilepsie, nystérie...) ou l'interven- 
tion fortuite de secousses nerveuses, pendant la période de 
latence créera uH jour ou l'autre un défaut de résistance, 
et donnera prise à l'envahissement du microbe rabique, 
s'il n'y est pas d'avance porté remède. 

Il y a aonc pour ces dix-huit cas une possibilité 
ou une certitude de rage dans les premiers mois qui 

(1) M. Pastonr a montra dopiiU qu'une moelle de lapin do deux jours, qui a ct6 
rliauiTée h 35 do^és. ne coulioot plus de microbes rabiques et confère l'imniunilé. 
(Ac. des te. 13 août 1888.) 

[i) Nous le répétoDs. nous raisonnons ici, pour plus do simplicité, comme si 
les microbes injectés étaient aussitôt et complètement annihilés et comme si la 
matière vaccinale préexistante agissait seule. 

C'est à peu près sûrement ce qui arrive dans la méthode ù coups répétés do 
H. Pasteur, uù l'introduction vaccinale surabondante domine tout et (garantit 
contre tous les risques de prolifération virulente dans le s.ing et dans les filets 
nerveux du siège des inoculations. 

Mais quand on voit l'immunité assurée toujours ehei la brebis (Galtier) et 
parfois chez le chien (Pasteur) par une seule injection intraveineincux, on 
peut se demander si la petite quantité do lu.itière vaccinale injectée (i>i même il 
en est) a suffi, et si le complément n'en est pas fourni par la vie ralentie et hiof- 
fensivo, mais persistante encore, des microbes rabiques aux prises avec un milieu 
sanguin hostile. 

Si parfois une injection intraveineuse de virus frais échoue chez le chien, c'est 
qu'alors il y a dans le sang des chiens dos difTérences individuelles, qui, comme 
milieu d'atténuation, tantôt le rapprochent, tantôt i'éloignent, h son pri'Judice, du 
sang des ruminants. 

Et si une seule Injection sous-cutanée est souvent virulente chez le chien et 
même chez la brnbis, c'est qu'alors intervient un clément nouveau, la contamination 
sur place des filets nerveux périphériques, dont la vulnérabilité est à puu près 
pareille dans les deux espèces. Cette contamination n'est pas forcée soit du fait de 
la forme, du siège, de la profondeur de U piqûre ou de la morsure, soit pour toute 
autre cause. Quand cite n'a pas lieu, la brebis est ù l'abri do tout danger, tandis 
que le chien court encore un risque de s'infecter par le virus introduit dans sa 
circulation. 

Quand celte contamination nerveuse a lieu, il est intéressant de rechercher co 
qu'il peut advenir pratiquement, par exemple en cas de morsures. 

Il pourra arriver ceci : c'est que ses effets seront peat-ctre conjurés par la 
portion, si minime soit-elle, du virus qai aura passé simultanément dans le sang et 
qui aura produit à tempi une quantité suffisante de matière vaccinale. Cette neu- 
tralisation curieuse n'a rion d'hupossible; peut-être est-elle fréquente et explique- 
l-clle en partie la grande proportion de cas qui échappent aux morsures virulentes. 
M. Galtier en a fait, par une voie détournée, il est vrai, le point de départ d'une 
singulière méthode de vaccination, chez la brebis mordue, qui rappelle l'histoire 
de la lance d'Achille ou do la queue et de la tête du scorpion. U recommande do 
prendre le bulbe du chien mordeur et de l'inoculer dans une veine de U victime. 



suivent la morsure, et c'est pour eux que la vaccination 
rabique, appliquée de bonne heure, quelquefois même 
avec délai, sera vraiment indiquée sinon toujours néces* 
saire; de même que ce sont les neuf derniers qui lui font 
sa belle part. 

Restent un ou deux cas, où l'idiosyncrasie du sujet est 
telle que le seul contact du microbe avec le système ner- 
veux équivaut à sa pénétration et à son adaptation immé* 
diates. Là, la vaccination rabique arrivera à peu près tou- 
jours trop tard ; car, si la matière vaccinale peut beaucoup 
et tout pour empêcher le développement d'un microbe 
désemparé, qui n'est pas en possession de son milieu, 
autant elle lui est peu redoutable quand il est en pleine 
voie de développement dans son terrain de choix (1). A ce 
sujet MH. Chamberland et Roux devraient nous dire dans 
une prochaine étude ce qu'il advient du développement de 
la septicémie fraîchement inoculée, mais en voie de déve- 
loppement, quand on la fait suivre peu après d'une injec- 
tion vaccinale intrapéritonéale (2). 

Il n'y a pas, il faut le dire, qu'une affaire d'idiosyncrasie 
individuelle dans cette promptitude d'action du microbe 
rabique. Le point du système nerveux où il est serti n'est 
pas, en effet, indifférent. On dirait même au'au fur et à 
mesure au'on remonte de la périphérie vers 1 axe cérébro- 
spinal, I aptitude réceptrice augmente. La quantité depulpe 
nerveuse accumulée, c'est-à-dire de substance nutritive du 
microbe, semble aussi avoir son importance ; car la moelle 
rabique est plus virulente que les nerfs, le cerveau 

Elus que la moelle, et dans la moelle les renflements bul- 
aires et lombaires plus que la portion dorsale. Tout cela 
expliquerait suffisamment pourquoi les morsures profondes, 
toutes choses égales d'ailleurs, sont plus graves que les 
morsures superficielles; pourquoi les inoculations intra- 
cràniennes réussissent infailliolement; et pourquoi la vac- 
cination échoue assez souvent même faite aussitôt après ces 
inoculations. 

Un dernier mot sur la matière vaccinale antirabique. 
En somme la vaccination pastorienne est un magnifique 
procédé empirique, oui a permis à M. Pasteur de s'affran- 
chir de l'ignorance dans laquelle nous étions des rapports 
mutuels du microbe rabique et de sa matière vaccinale. 
Elle ne saurait être le dernier mot de la science. Y a-t*il 
un obstacle réel à isoler cette matière, en décortiquant 
sous la meule les cellules médullaires rabiques, en les 
délayant dans de l'eau stérilisée et alcoolisée, en filtrant, 
en condensant dans le vide la liqueur filtrée ou en la sou- 
mettant à l'action de la chaleur? Si tant est qu'elle existe^ 
elle devrait se trouver là à l'état isolé (3). En agissant ainsi 
avec les moelles de chaque jour, on pourrait aussi savoir 
celles qui sont les plus vaccinales. 

{A suivre.) 



Pathologie médicale. 

Du TÉTANOS DES NOUVEAU-NÉS. — Nolcs de voyago dans 
le Nord, par M. le docteur H. Labonnk, explorateur. 

Durant mes deux missions en Islande, aux Fœroeretaux 
Hébrides j'eus l'occasion de prendre des observations el 
des notes sur diverses maladies qui sévissent particulièrc- 

(1) Ce qui prouve bien qu'il en est ainsi, c'est : 1^ qu'au cours des maladies 
vinilenlcs l'énorme quantité de roatiôre vaccinale accumulée n'empêche pas la 
pulliilation des microbes, ainsi qu'on peut s'en rendre compte dans les tumeurs 
du charbon emphysémateux, par exemple; 2^ combien minime est la fraction 
de matière vaccinale, qui, inoculée i un animal sain, suffit pour lui donner l'im- 
munité. ' 

(2) Us devront en faire autant pour le cliarbun symplomatique, le sang do 
rate, etc. 

(3) Depuis que ces lignes ont été écrites, M. Poyraud (de Libourne) a indique 
un mode de préparation do la matière vaccinale raiiique, se rapprochant sensi- 
blement de ces iudicationi 



M Janvier 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N« 2 — 



25 



luoul dans les îles de rAllautique du Nord. Aujourd'hui 
que l'hypothèse de la nature infectieuse, bactérienne du 
létanos est à Tordre du jour, je crois utile de communi- 
quer à la presse médicale les renseignements que j'ai 
obtenus sur le trismus nascentium, mal qui détruit litlé- 
raiement la population des Yestmaneyar, et plus encore 
celle de Saint-Kilda. 

C'est la situation médicale de cette dernière île que 
j'établirai la première, parce que, en dehors des données 

Iui m'ont été fournies par les habitants, j'ai pu trouver 
ans les bibliothèques d Ecosse des statistiques aussi inté- 
ressantes que sérieusement faites. 

Saint-Kilda, géographiquement rattachée aux Hébrides, 
est située à 60 milles à l'ouest de l'ile Lewis. Sa circonfé- 
rence est de 7 milles; son étendue, de 3 milles de l'est à 
Touesl, et de 2 milles du sud au nord. Elle est entourée de 
rochers escarpés avec un seul point, situé au sud-est, où 
il soit possible de débarquer. Sa population se composait, 
au dernier recensement, de 82 hanitants. La température, 
comme aux Faeroer, est une des plus égales que l'on 
puisse trouver sur le globe. Le climat, pluvieux et bru- 
meux. 

Sur 125 enfants issus de 14 mariages, résidant en l'ile 
l'année 1880, 84 moururent dans les 14 jours oui suivirent 
leur naissance, soit 67,2 pour 100, du mal appelé Lock-jaw 
infantil ou Eight-day sickness. 

Le premier explorateur qui appelle l'attention sur cette 
effroyable mortalité est Macaulay; il établit que les enfants 
de Saint-Kilda sont particulièrement sujets à une maladie 
extraordinaire. Le (Quatrième ou le cinquième jour après 
leur naissance, mentionne- t-il, beaucoup cessent de teler; 
le septième iour, leurs gencives sont tellement serrées qu'il 
est impossible de faire parvenir quoi (jue ce soit dans la 
bouche. Peu de temps après ces premiers symptômes, ils 
sont en proie aux convulsions, et quand ils ont lutté jusau'à 
épuisement de vigueur et de force, ils meurent, et c est 
généralement le huitième jour. 

En Islande, où j'ai assisté à l'agonie d'un pauvre petit, 
j'ai vu que les accès de contracture allaient se rapprochant 
de plus en plus jusqu'à la fin. Je remarquai aussi qu'après 
la période de contraction, les muscles masticateurs sem- 
blaient {paralysés et que les deux mâchoires s'écartaient 
involontairement, signe impliquant un pronostic absolument 
fatal, c Jamais, me dit la sage-femme des Yestmaneyar, je 
n'ai vu un seul enfant survivre si la bouche venait à s'ou- 
vrir, après avoir été quelques heures convulsivement 
serrée. > Sauf ce fait, je n'ai rien observé qui différât sen- 
siblement de la symptomatologie ordinaire, et je veux sur- 
tout m appesantir sur la question étiologique. 

Aux Antilles et à la Guyane, on est généralement 
d'accord pour reconnaître que ce sont les brusques transi- 
tions de température qui paraissent entraîner une prédis- 
position au trismus; ici, rien de semblable, grâce au Gulf 
stream, nous sommes sous un climat remarquablement 
doux et égal (la différence de moyenne entre l'hiver et 
Tété n'est nue de 9 degrés). Nous pouvons donc rejeter 
Tinfluence de l'alternative du chaud et du froid. Hais nous 
sommes dans une lie, dans une petite ile, et surtout dans 
une lie, j'appuie beaucoup sur ceci, où les habitants font 
des oiseaux de mer leur principale nourriture, tirent de 
ces mêmes oiseaux leur lit, leur chauffage et leur éclai- 
rage. 

Pendant les trois années 1871, 1872 et 1873, le chiffre 
total des décès d'enfants par tétanos a été, en Ecosse, de 
4^, dont 11 pour les seuls districts insulaires (non com- 
pris Saînt-Kilda), et ces districts insulaires ne renferment 
r]ue 131418 habitants. Si la mortalité avait atteint une 
pareille progression dans le reste de l'Ecosse, qui compte 
3^67807 habitants, on aurait eu 273 cas au lieu de 37 qui 
restent à retrancher des 48 cas observés. 



Il est donc démontré une les morts par trismus sont 
beaucoup plus fréquentes dans les îles que sur les grandes 
terres. 

De même aux Yestmaneyar, îlots ou roches situées à une 
portée de canon au sud-ouest de l'Islande, le trismus 
enleva, pendant vingt années, 64 pour 100 de la population, 
tandis que la même maladie ne tuait sur Tlslande que 
30 pour 100 des enfants. Dans le voyage en Islande de 
sir G. Mackenzie, il est établi que, pour lleimaey, la plus 
importante des îles, la population, s'élevant alors à 200, 
n'était maintenue que par l'émigration de la « Maîniand ». 
A peine si, dans les vingt années précédant son exploration, 
connaissait-on un seul cas de survie d'enfant venu à terme. 
Dans un tableau récapitulatif, il montre que sur 131 morts : 

76 arrivèrent le septième jour. 

22 — le sixième — 

iS — le neuvième — 

16 — les cinquième et huitième — 

Les médecins indigènes m'ont rapporté que les deuxième 
et vingt et unième jours après la naissance étaient les 
extrêmes limites du trépas en cas d'attaque. 

Quelle est donc la cause de ce véritable massacre des 
innocents? Avouons-le tout de suite, de même que pour le 
tétanos spontané de l'adulte, nous en sommes réduits à 
bien peu de chose de précis en fait de notions étiologiques. 
On a incriminé le pansement défectueux du cordon ombi- 
lical après la naissance; mais les pansements antiseptiques 
s'emploient aujourd'hui jusqu'en Islande, sans ^ue pour 
cela la mortalité diminue. On a accusé les maisons qui 
jadis n'avaient aucune ouverture, le paysan tenait à récolter 
la suie qui se déposait sur les murailles pour s'en servir en 
guise d'engrais, le nouveau-né y respirait donc un air vicié et 
fort peu renouvelé. Hais un propriétaire charitable a fait 
élever des cottages modernes â Saint-Kilda, cottages con- 
struits de manière à permettre une aération très conve- 
nable, et cependant les enfants meurent toujours ! 

Schleisner affirme que Tusage du guano d'oiseau comme 
combustible et de graisse d'oiseau comme nourriture et 
éclairage a une certaine influence sur le développement 
de la maladie. J'ose me rapprocher un peu de son opinion, 
et je ne suis pas éloigné de penser que les oiseaux peuvent 
communiquer à l'enfant, terrain sans résistance, une bac- 
térie spéciale liée à l'apparition du trismus. On sait du 
reste que le choléra des poules est transmissible à cer- 
tains mammifères. 

En tout état de cause, deux faits corroborent l'idée que 
je soumets pour ce qu'elle peut valoir. 

M°" l'amiral Otter n'attribuant pas le mal à une bactérie, 
il est vrai, mais à l'âcreté que communiquerait au lait des 
nourrices l'usage exclusif, comme nourriture, de chair et 
d'huile d'oiseaux de mer, isola deux femmes enceintes de 
leur logement ordinaire, leur interdit de manger des 
oiseaux et surtout de boire de l'huile de pétrel, les ayant 
suffisamment approvisionnées de chocolat, de thé et de 
conserves du continent. 

Chose remarquable, ces deux femmes eurent deux beaux 
enfants que respecta le terrible fléau. 

Enfin, dans mes longues pérégrinations au travers de 
rislande, j'eus moi-même occasion de me livrer à une 
enquête qui m'apprit que le centre de l'île, plateau élevé à 
la vérité, mais d'où sont exclus, comme nourriture et 
comme combustible, les oiseaux de mer, n'est jamais visité 
par le trismus. 

Hommes ou femmes qui, dans les îles du nord de l'At- 
lantique, peuvent échapper au tétanos des nouveau-nés 
sont robustes et fort bien constitués, malgré les mariages 
consanguins. Ce qui incidemment permet aussi de disculper 
la consanguinéité parfois accusée de jouer un rôle étiolo- 
gique pour le trismus. 



m — N* 2 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



« Janvier 1880 



Il est utile de faire observer qu'il n'y a jamais eu de 
chevaux à Saint-Kilda. 

Existe-l-il dans la terre végétale des spores de bacille? 
Il me serait facile de remettre de Fhumus que j'ai rap- 
porté à M. Nicolaier. Cet expérimentateur pourrait alors 
nous éclairer sur le plus ou moins de virulence du terreau 
suivant que la place où je l'ai enlevé est plus ou moins fré- 
quentée par les oiseaux de mer, pétrels ou autres... 

Les hanitauts se soumettent avec résignation à ce qu'ils 
considèrent comme un décret de la Providence. 

If ifs God's will that babie should die, nothing y ou 
can do will save them. « Si Dieu veut que les enfants con- 
tinuent à mourir, rien de ce que vous ferez ne les sauvera, b 
vous répond le Saint-Kildien. 

Beaucoup de pieux gentlemen écossais ou hébridiens 
émettent également l'hypothèse que c'est un mal néces- 
saire pour limiter un excès de population qui ne trouve- 
rait plus à vivre sur ces sauvages rochers. 

Avec une logique remarquable, les femmes se contentent 
d'offrir une louaole fécondité que les Françaises devraient 
bien copier. II est commun de voir dans l'ile une femme 
de trente ans ayant déjà eu huit enfants. Celle du pêcheur 
qui nous servait de pilote, en avait déjà mis neuf au monde, 
bien qu'elle ne fut âgée que de trente-deux ans! Mais hélas! 
une fille et un garçon seulement avaient échappé au 
trismus. 



SOCIÉTÉS SAVANTES 

Aeadémlo de« aelenAes. 

séance do 3i décembre 1888. -— présidence 
de m. jans9en. 

Contribution a l'étude de la résistance de l'orga- 
nisme AUX microbes pathogènes, notamment des rapports 
de la nécrobiose avec les effets de certains micro- 
bes. Note de M. Arloing. — De ses nouvelles recherches 
l'auteur croit pouvoir conclure : 

1" Que pour certains microbes les effets dépendent de 
l'état des tissus qu'ils rencontrent ; 

ï2° Que l'on est exposé à déclarer inoffensifs des microbes 
que l'on ne sait pas placer dans les conditions requises pour 
qu'ils produisent leur action pathogène ; 

3"" Enfin qu'on ne saurait être trop prudent lorsque l'on 
doit se prononcer sur les propriétés d'un microbe donné. 

REcnERCHES expérimentales sur le bacille du cho- 
léra. Note de M. Lcewenthal (de Lausanne). — Si tout le 
monde sait aujourd'hui que le microbe auquel on attribue 
la genèse du choléra, le bacille virgule, est lacile à cultiver 
dans la plupart des bouillons de culture, on sait aussi, par 
contre, que ce microbe, en se propageant, perd, en grande 
partie, ses propriétés pathogènes ; de là la difficulté de 
déterminer expérimentalement, en l'inoculant, des accidents 
graves; de là, par suite aussi, de nombreuses recherches 
dans les laboratoires ayant pour but de lui rendre toute son 
activité. C'est à ces recherches également que M. Lœwenihal 
s'est livré, recherches qui l'ont conduit à trouver et à 
employer, dans ce but, un milieu cultivable dans lequel le 
suc pancréatique joue le rôle essentiel. En effet, il a vu le 
bacille du choléra se développer rapidement dans ce nouveau 
milieu de culture et y former des produits toxiques, de façon 
à tuer facilement et en quelques heures les animaux ino- 
culés. Ces derniers meurent en présentant des phénomènes 
analogues à ceux du choléra. Ce premier point acquis, 
M. Lowenthal a cherché à rendre stérile la pâte pancréatique 
renfermant le bacille cholérique et y est parvenu à l'aide du 
salol. 



Emploi du sublimé dans la fièvre jaune. Lettre de 
M. Paul Gibie7\ — A propos de la communication faite Je 
22 octobre dernier par M. Yvert, touchant l'emploi au 
Tonkin du deutochlorure de mercure dans le choléra, 
M. Paul Gibier annonce qu'il a fait lui-même, à l'Académie 
des sciences de la Havane, une communication sur l'emploi 
de cet agent thérapeutique dans la fièvre jaune. 



séance du 7 JANVIER 4889. — PRÉSIDENCE DE 
M. DESCLOISEAUX. 

De l'inhibition. — M. Brown-Séauard fvésenie une noie 
de M.CA. Henry, bibliothécaire à la Sorbonne, sur la dynamo- 
génie et l'inhibition. Les travaux de l'illustre physiologiste 
ont démontré le grand rôle que jouent dans le fonctionnement 
normal de la vie et dans la pathogénèse, ces deux modes de 
l'action nerveuse. Les excitations dynamogènes sont celles 
qui plus ou moins instantanément, dans des parties ner- 
veuses ou contractiles plus ou moins distantes du lieu de 
l'irritation, exagèrent plus ou moins une puissance ou une 
fonction; les excitations inhibitoires sont celles qui dans 
des conditions analogues font plus ou moins disparaître une 
puissance ou une fonction. En quoi consiste le mécanisme 
de ces réactions? Le problème est impossible à préciser 
généralement, car on ignore le plus souvent les quantités 
d'excitation et toujours les quantités correspondantes de 
réaction physiologique. M. Charles Henry a réussi à tourner 
la difficulté et est parvenu à résoudre le problème dans un 
certain nombre de cas particuliers, qui se multiplieront 
d'ailleurs indéfiniment avec les progrès de l'expérimen- 
tation. Choisissant d'une part des excitants bien défi- 
nis : mesures linéaires, vibrations sonores, longueurs 
d'ondes lumineuses, etc., complétant d'autre ptirt l'insuP- 
fisance des données physiologiques par la connaissance de 
la nature agréable ou désagréable des réactions mentales 
correspondantes, lesquelles sont toujours accompagnées: le 
plaisir de dynamogénie, la peine plus ou moins rapidement 
d'inhibition, M. Henry se demande quelle est la forme des 
mouvements expressifs qui peuvent être décrits continû- 
ment, c'est-à-dire avec production de travail, quelle est la 
forme de ceux qui ne peuvent être décrits que discontinu- 
ment, c'est-à-dire avec empêchement à chaque instant. 
L'auteur note q\i*au point de vue de la conscience, la forme 
des mouvements d'expression est circulaire; il remarque 
que l'élément vivant est à ce point de vue comme un 
compas, qui ne pouvant décrire continûment que des petits 
cycles et plus ou moins discontinûment des grands cycles, 
doit exprimer par des changements plus ou moins réels de 
direction de la force, les variations d'excitation et du travail 
physiologique correspondant. M. Heni7 s'applique à étudier 
tes trois fonctions subiectives qui ressortetit de cetfe hypo- 
thèse et qu'il appelle le contraste, le rythme et la mesure. 
Il rattache à des opérations mathématiques les modes de 
représentation successifs et simultanés de l'être vivant afin 
de déterminer nos unités naturelles de mesure. Il obtient 
ainsi des schèmes de relations numériques objectives, 
schèmes dont les propriétés mathématiques entraînent pour 
le mécanisme de l'être vivant la nécessité, suivant les cas, 
de réactions idéo-motrices irréductibles comme la dynamo- 
génie et l'inhibition. Ce point de vue a permis non seule- 
ment de constituer une théorie nouvelle de la sensation 
auditive, mais de réaliser à volonté des harmonies de formes 
et de couleurs. La théorie est générale. Parmi les nom- 
breuses vérifications expérimentales, M. Henry cite la courbe 
I»ar laquelle M. Marey a représenté ses expériences touchant 
'influence du rythme sur la vitesse de progression, courbe 
qui marque des accroissements de vitesse précisément pour 
les nombres de pas à la minute, que la théorie indique 
comme dynamogènes. 



M Janvier 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N^ 2 — 27 



'Aeadénie de médecine. 

SÉANCE DU 8 JANVIER 1889. — PUÉSIDENCES SUCCESSIVES 
DE MM. HÉRARD ET MAURICE PËRRIN. 

MM. les d«(cteurs Marpaud, médecin principal de i'* classe, chef du service 
io santé de la place do Verdun, et Ducloê (de Tours) se portent candidats au 
tiirt* de correspondant national dan* la division de médecine. 

M. le docteur H. Vincent, médecin stagiaire au Val-de-Grâcc, envoie, pour le 
mncours du Prix Alvar n^, en i8^, un mémoire sons PU cacheté et un ouvr.ii;^o 
iDtitulé : Recherches expérimentalet tur l'hyper thermie et le* eautet de la mort 
Jah* eellt-^i. 

M. le docteur F. Garrigou transmet l'ensemble de ses travaux sur Vhydrologie 
mééicale. 

MM. les docteurs Cohin, Robillard et Cadoret adressent des mémoires sur le 
traitement de la phthieie pulmonaire, 

M. Gariel dépose le compte rendu de la dix-septième soiisioii tenue à Omn 
en 18SS par l'Associaiion française pour l'avancement des sciences. 

M. Le- Roy de Mirieourt présente un mémoire manuscrit de M. le docteur 
Poupinel de YeUeneé (de l'île Maurice), ayant pour titre : Recherches iur la 
lèpre- 

Installation du Bureau pour 1889. — Avant de des- 
cendre du fauteuil présidentiel, M. Hérard énuraëre les 
principales communications faites pendant Tannée écoulée 
el apprécie les diverses discussions auxquelles l'Académie 
s'est livrée. M. Maurice Perrin prend possession de la 
présidence pour 1889; il remercie les membres du Bureau 
sortant et installe leurs successeurs: M. Moutard-Martiriy 
pour la viee-présidènce ; M. Féréol, comme secrétaire 
annuel ; HM. Planchon et Laboulbène^ en qualité de 
membres du Conseil d*administration. 

Extraction d'une cuillère tombée dans la cavité 
pÉarroNÉALE après perforation de l'estomac. — M. le 
docteur Le Dentu communique, avec présentation de 
Topéré, une très remarquable observation de gastroslomie 
au lieu d'élection, suivie immédiatement d'une laparotomie 
médiane pour l'extraction d'une cuillère en bois, longue de 
il centimètres, tombée dans la cavité péritonéale après 
perforation de l'estomac; suture et réduction de l'estomac, 
drainage du péritoine, j^uérison. Les détails très nombreux 
qu'il donne sur cette orillante opération se résument dans 
les termes qui précèdent. Il termine son observation par les 
remarques suivantes: c La perforation de l'estomac et la chute 
de la cuillère dans le péritoine ont eu lieu entre la douzième 
et la quinzième heure a^rès qu'elle eut été avalée; la per- 
foration s'est faite au niveau de la grande courbure et le 
corps étranger a cheminé entre les deux feuillets antérieurs 
de répiploon. On s'explique ainsi comment la perforation 
s est cicatrisée assez vite et assez solidement pour que le 
passage des matières alimentaires devint impossible par la 
suite; l'évidence force à admettre que l'arrivée de la cuillère 
dans la séreuse n'a pas provoqué la péritonite qui semble 
inévitable après pareil accident. Ou l'estomac ne contenait 
pas de germes pathogènes ou le corps étranger s'est dépouillé 
pendant son passage entre les feuillets de l'épiploon de 
ceux qu'il transportait avec lui ; ce que l'on sait du sort des 
corps étrangers de l'estomac et des divers modes d'expulsion 
observés jusqu'à ce jour, explique pourquoi j'ai commencé 
par ouvrir l'estomac. Je ne crois pas qu'il existe un seul 
fait prouvant que la perforation de ce viscère peut avoir Heu 
en quelques heures. A défaut de signes indiquant que la 
fuillère n'y était plus, il était logique de l'y chercher tout 
d'abord; enfin, la gastrostomie, suivie de réduction immé- 
diate, a donné un excellent résultat. Elle n'a provoqué ni 
Tomissements, ni douleurs, ni troubles dyspeptiques consé- 
cutifs. » — (Le mémoire de M. Le Dentu est renvoyé à 
l'examen d'une Commission composée de HM. Léon Le 
Fort, Larmelongue et Vemeuil.) 

Strophantus. — Après avoir exposé l'histoire naturelle 

«les strophantus, lianes des forêts du Gabon, dont l'espèce 

^ dite S. Aombé est la sorte commerciale la plus en usage, 

M. Bticquoy rend compte des résultats thérapeutiques qu'il 



a^ obtenus en se servant de granules d'un milligramme 
d'extrait de ce médicament. Chaque granule correspond à 
cinq gouttes de la teinture de Fraser au vinçtième; la dose 
quotidienne est en général de 4 granules, pris à intervalles 
égaux, en commençant par 2 granules le premier jour, puis 
3 et 4 les jours suivants. 

Le strophantus est un médicament cardiaque de premier 
ordre, dont l'introduction dans la thérapeutique des maladies 
du cœur est une acquisition précieuse; il mérite en raison 
de ses eiïets thérapeutiques la place que Fraser lui a assignée, 
à côté de la digitale, dont il remplit à peu près les indica- 
tions. Dans les lésions mitrales, il relève l'énergie des 
contractions cardiaques lorsque la compensation devient 
insuffisante et il atténue ainsi, quand il ne les fait pas dis- 
paraître complètement, lessymptùmesdeTasystolie. L'œdème 
des extrémités s'efface, la dyspnée et les palpitations dimi- 
nuent et le malade retrouve bientôt un bien-être qu'il ne 
connaissait plus. 

C'est à tort que M. Germain Sée prétend que le strophantus 
agit sur les cœurs fatigués et non asystoliques et qu'il ne 
produit pas de diurèse; car il est, au contraire, très souvent 
d'une souveraine efficacité dans l'asystolie et, s'il donne 
rarement lieu aux grandes débâcles urinaires de la digitale, 
il détermine le plus souvent une diurèse pouvant aller 
jusqu'à 4 litres et demi et même 5 litres d'urine par jour. 

Il se montre supérieur à tout autre médicament cardiaque 
chez les sujets atteints de rétrécissement mitral, dont le 
cœur commence à se fatiguer ; il fait souvent disparaître 
comme par enchantement la dyspnée et l'oppression, ainsi 
que les autres symptômes, qui sont la conséquence de cette 
fatigue du cœur. Il est encore d'un effet remarquable dans 
les lésions cardiaco-aortiques, également au moment où le 
cœur commence à faiblir et là où la digitale n'est pas sans 
inconvénient. Dans trois cas d'angine de poitrine et dans un 
cas de maladie de Basedow, il a donné à M. Bucquoy 
d'excellents résultats; il se montre alors un médicament de 
soutien pour l'action cardiaque et la facilité avec laquelle il 
est toléré permet d'en continuer longtemps l'emploi. L'ac- 
coutumance n'en détruit pas les effets ; de plus, ceux-ci per- 
sistent quelquefois assez longtemps après qu'on a cessé le 
médicament. 

Enfin, il ne s'accumule pas dans l'économie comme la 
digitale ; il n'exerce pas non plus sur l'estomac l'action 
nauséeuse qui oblige souvent à abandonner celle-ci ; le seul 
symptôme d'intolérance observé est la diarrhée, sans 
coliques, dont les malades se plaignent peu et qui cède avec 
la suspension de la médication. 

Est-il des contre-indications à son emploi? M. Bucquoy 
ne saurait les formuler; ses effets étant ordinairement nuls 
dans les périodes avancées des maladies du cœur, surtout 
({uand elles s'accompagnent d'arlério-scléroses et de néphrite 
interstitielle; il évite alors de le prescrire. Quoiqu'on ait dit 
qu'il réussit mieux que la digitale dans les dégénérescences 
cardiaques, avec un cœur dégénéré il ne faut compter ni 
sur l'un ni sur l'autre ; toutefois le strophantus peut être 
considéré comme une excellente pierre de touche de l'état 
du cœur. En tout cas, M. Bucquoy dit n'avoir observé aucun 
accident consécutif à son administration, même intempes- 
tive; c'est un médicament facile à manier et nullement dan- 
gereux. Il y a lieu de ne pas négliger une ressource théra- 
peutique aussi précieuse. 

Quant à la strophantine. M. Bucquoy ne l'a pas encore 
assez fréquemment employée pour émettre une opinion 
motivée; il croit qu'elle est au strophantus ce que la (ligita- 
line est à la digitale. 



— N- 2 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 11 Janvier 1889 



Soel^ié de ehlrargle. 

SÉANCE DU 26 DÉCEMBRE 1888. — PRÉSIDENCE DE 
M. POLAILLON. 

Kyste à grains rhlzlf ormes : M. Jalaguier. — AnéTrsrsme de l'artère 
humérale : M. Kirmlsson. — Salpingite : MM. TerriUon et Trélat. 
—Amputation de Blms :M. Jalaguier. 

M. Jalaguier communique l'observation d'une malade 
qui portait des grains rhiziformes dans la gaine synoviale du 
pouce et des fongosités tuberculeuses dans la gaine interne 
de la main. Les bacilles n'ont pu être découverts dans les 
grains, mais l'inoculation a rendu un cobaye tuberculeux. 
La malade, revue tout dernièrement, était en parfaite santé 
environ six mois après Topéralion. 

— M. Kirmisson dépose une observation d'anévrysme diffus 
de l^artère humérale guéri par la ligature des deux bouts. 

—M. TerriUon a opéré 32 salpingites, dont 5 hématosal- 
ningites, 19 pyosalpingites, 6 salpingites catarrhales et 
2 hydrosalpingites. 

Hématosalpingites. Trois fois les trompes et les ovaires 
ont été enlevés des deux côtés; chez une malade, il 
s'est produit à intervalles réguliers des pertes sanguines, et 
les règles persistent encore actuellement malgré l'ablation 
des deux ovaires et des deux trompes. Chez une autre 
malade, la trompe, trop adhérente i)our être détachée, fut 
ouverte et suturée à la plaie abdominale ; une fistule per- 
sista et donnait passage, au moment des règles, à un écou- 
lement sanguin assez abondant ; il s'est déjà produit quinze 
ou seize fois, et l'opérée est en voie de guérison. Enfin chez 
une dernière malade, les règles se faisaient dans la trompe 
droite dilatée; douze ponctions furent pratiquées en quatre 
ans et évacuèrent chaque fois de 2 à 400 grammes de sang 
noir. — Pyosalpingites. Quatorze fois les annexesfurentenle-^ 
véesen totalité, cinq fois des adhérences obligèrent à faire le 
drainage par la voie abdominale. Dans le premier groupe, 
cinq étaient d'origine blennorrhagique ; les autres, suites 
de couches ou de fausses couches ; un seul cas s'est ter- 
miné par la mort; la décortication avait été des plus 
pénibles, la poche s'était rompue et la malade avait été 
emportée par la péritonite au huitième jour. — Salpingites 
catarrhales. Dans les six cas, les trompes étaient adhé- 
rentes aux parties voisines, la muqueuse étaient hyper- 
trophiée, il y avait peu ou pas de liquide. Les organes furent 
enlevés des deux côtés, sauf chez une femme jeune, âgée 
de ^ingt-huit ans et chez laquelle, d'un côté, les adhérences 
furent simplement déchirées. — Hydrosalpingites. Chez les 
deux malades l'affection remontait à plusieurs années et 
délermînaitde vives douleurs. Les trompes oblitérées étaient 
transformées en kystes séreux. — Salpingites avec pelvipé- 
tonite. Dans tous les cas qui précèdent, l'opération fut faite 

tendant une période calme de l'évolution de la maladie, 
'intervention est plus rare au stade aigu d'inflammation 
[léritonéale, et cependant il semble logique de tenter de 
'arrêter dès le début et d'en éviter les conséquences. Instruit 
par un cas où il put constater les désordres d'une poussée 
péritonéale toute récente, M. TerriUon opéra une malade 
au cours d'une péritonite généralisée; la patiente avait déjà 
subi quatre attaques de pelvipéritonite grave, et, depuis huit 
jours, avait des douleurs vives, le pouls filiforme, le faciès 
caractéristique. La trompe gauche adhérente fut enlevée; la 
droite, retenue partout par des adhérences, fut impossible à 
extraire; après l'opération la température baissa et la gué- 
rison fut rapide. Dans un second cas, la malade mourut, il 
est vrai, mais l'opération avait été réfusée par elle, et, faite 
plus hâtivement, elle aurait pu la guérir. 

En ce qui concerne la pathogénie des salpingites, M. Ter- 
riUon admet la théorie de la propagation sans aucune réserve. 
Il est rare que les lésions ne débordent pas la trompe et ne 
gagnent pas le péritoine ; l'ovaire ne participe que secondai- 



rement par voisinase et sa surface seule est atteinte. Lu 
propagation par les lymphatiques doit être abandonnée. Les 
lésions existent dans toute l'étendue de la trompe. C'est 
cette théorie qui a contribué à faire croire à l'adéno- 

f phlegmon du petit bassin qui n'existe pas et à ce ganglion 
ymphatique que les analomistes n'ont pu trouver. Si le 
tissu cellulaire du ligament large s'œdématie, s'indure et 
augmente de volume, c'est le résultat de l'inflammation 
primitive de la trompe. Toujours on trouve le pus dans la 
trompe ou dans des cavités faites par des adhérences péri- 
tonéales ; c'est là la règle. D'une manière tout à fait 
exceptionnelle, on le rencontre dans le tissu cellulaire du 
ligament large. 

Au sujet de la thérapeutique M. TerriUon pense que cer- 
taines malades peuvent être améliorées et même guéries 
sans intervention chirurgicale par les soins médicaux. Il ne 
propose l'opération que lorsque les malades souffrent de- 
puis deux ou trois ans et surtout quand il y a eu plusieurs 
poussées de péritonite grave. Après la ligature de la corne 
utérine, il fait la section au thermocautère et prend sur- 
tout le soin de cautériser la lumière de la cavité de la trompe 
malade, qui, jestant dans l'abdomen, serait une cause d'in- 
fection certaine. Dans tous les cas la ligature double ou en 
chaîne est consolidée par une ligature simple et superpo- 
sée ; le drainage est précédé du lavage de la cavité du petit 
bassin. Les résultats éloignés de l'opération sont difficiles 
à donner encore ; la guérison parait être moins rapide dans 
les salpingites purulentes. 

H. Trélat. Les phlegmons du ligament large sont des 
foyers inflammatoires très rares. Il n'en connaît que deux 
cas, où, consécutivement à l'infection puerpérale, des 
foyers purulents furent trouvés sur les côtés et en avant du 
col de l'utérus et abordés par une incision abdominale im- 
médiatement au-dessus de l'arcade de Fallope. Ces foyers 
de paramétrite suppurée, comme les dénomme M. Trélat, 
sont explicables parla théorie de M. Lucas-Championnière. 
Mais ce sont des cas tout à fait exceptionnels qui guérissent 
très rapidement comme un abcès phlegmoneux ordinaire. 
Il existe d'autres foyers pelviens qui échappent à l'étiologie 
générale des salpingites ; on les observe sur des malades à 
fistules rectales, ombilicales, rarement inguinales, succé- 
dant à d'anciens accidents graves. Tous ces clapiers, fis- 
tules, galeries purulentes autour du rectum, derrière 
l'ovaire, que l'on appelle du nom vague de cellulite pel- 
vienne et dont on ne peut déterminer l'origine, ne seraient- 
ils pas en rapport avec des salpingites anciennes? Salpin- 
gites dites ainsi par pure abréviation, car ce sont des 
métro-salpingo-trompo-ovaro-péritonites, comme le prouve 
la série des lésions successives. Le diagnostic en est d'ail- 
leurs très difficile, surtout lorsqu'il s'agit de déterminer le 
moment où l'on doit intervenir. M. Trélat cite le cas d'une 
malade qui présentait il y a un mois des tumeurs manifestes 
des trompes, lesquelles ont disparu par le traitement de ia 
métrite seule. 

— M. Jalaguier présente un malade guéri en dix jours 
d'une amputation du pied par le procédé de Sims. 

— Sont nommés pour l'année 1889: président : M. Le 
Dentu, vice-président: M. Nicaise, premier secrétaire 
annuel : M. Pozzi; second secrétaire: M. Marchand. 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. POLAILLON. 

Persistance des règles après ablation des ovaires: X. Mascarlo 
(M. Monod, rapporteur). — Salpingites: MM. Lucas-Champlonnière. 
Le Dentu. Trélat. ^ arosaesse extra-utérine : M. Lebeo. 

M. Monod rapporte un cas de persistance des règles après 
ablation des deux ovaires chez une malade opérée par 
Lawson Tait et observée par M. Mascario (de Nice). 



H Janvier 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N*» 2 — 29 



— M. LucaS'Championnière n'a pas élé convaincu par 
les arguments que Ton a opposés à sa théorie pathogénique 
des salpingites par propagation lymphatique; contrairement 
à M. Terrillon, il a trouvé la partie de Ja trompe voisine de 
Tutérus indemne dans presque tous les cas, et contraire- 
ment à M. Quénu, il affirme que les lymphatiques du col de 
Tuténis se rendent du côté de la trompe et forment autour 
lie l'ovaire des réseaux que leur hypertrophie pathologique 
rend tout à fait évidents. M. Lucas-Championnière ne pense 
pas quMl y ait une septicité si grande dans les lésions de la 
salpingite, et, s'il cautérise le petit moignon de la trompe 
après l'ablation de celle-ci, il ne fait aucun drainage. Ce 
sont les phénomènes douloureux qui commandent les indi- 
cations opératoires. Au sujet de la persistance de la 
menstruation après exérèse des annexes, M. Lucas-Chara- 
pionnière prétend qu'une très petite portion d'ovaire suffit 
pour faire subsister les règles et qu'on ne peut jamais 
afûrmer a^oir tout enlevé quand l'organe est un tant soit 
peu malade. 

M. Le Dentu communique l'observation d'une malade 
opérée par lui il y a six jours pour une salpingo-ovarile. La 
patiente souffrait depuis vingt ans; l'intensité des douleurs, 
leur siège précis du côté des annexes, une certaine rénitonce 
du côté droit, une vive sensibilité du côté gauche où le palper 
ne révélait d'ailleurs rien, tels furent les éléments du 
diagnostic. La trompe droite était du volume du pouce, 
ridée à sa surface, présentant des adhérences multiples 
arec les parois du petit bassin; à gauche, lésions sembla- 
bles, mais à un degré moins avancé. II fut impossible de 
reconnaître les ovaires qui ne furent point enlevés. La gué- 
rison est en bonne voie, malgré les accidents de péritonisme 
qui survinrent le lendemain de l'opération; il n'y eut jamais 
d*élévation de la température. Il y a dix-huit mois M. Le 
Dentu fit nne première laparotomie chez une autre femme 
qui souffrait de crises douloureuses très violentes et enleva 
Tovaire et la trompe très adhérents, ratatinés, sclérosés. La 
longueur de l'opératiob empêcha d'extraire les organes du 
coté opposé ; un an après, par une nouvelle laparotomie, 
ceux-ci furent extirpés dans les mêmes conditions. La 
malade guérit parfaitement. 

H. Trêlat. Il ne faut opérer ni trop tôt, ni trop tard : ni 
trop tôt, c'est-à-dire des cas curables sans opération, par 
des roovens médicaux; ni trop tard, comme dans les cas de 
M. Le l3entu, pour des vieux reliquats de lésions propagées 
de salpingite; les malades ont souffert de longues années 
inniilement, et, de plus, on tombe dans des foyers d'adhé- 
rences et on laisse une partie de la cause morbide dans le 
ycnlre. 

M. Le Dentu* A quel moment cette organisation des 
adhérences est-elle assez solide pour qu'on ait à craindre 
de ne pouvoir faire qu'une opération incomplète?La question 
o^est pas encore élucidée. Il est probable qu'au bout d'un 
an, dix-huit mois après le début des accidents, on est 
autorisé à intervenir. 

— M. Lehec lit une observation de grossesse extra- 
utérine; menace de rupture, laparotomie au huitième mois, 
mort de la mère au bout de deux heures. 

— Sont nommés membres correspondants nationaux : 
MM. Auffret, Charvot, Desfontaines, Dubar, Hache, Nepveu, 
Qvion, Tripier, et correspondants étrangers : MM. Assaki et 
Chinne. 

P. VlLLEMlN. 



Soelélé de biologie. 

SÉANCE DU 29 DÉCEMBRE 1888. — PRÉSIDENCE 
DE M. BROWN-SÉQUARD. 

Présentation d'ouvrage : M. Bro^va>8^aard. — ÉTolation èplder- 
nil(iue spéciale : M. Broivn-Bèquard. — Phénomènes électriques de 
la oontraotlon cardiaque: M. "Waller. — Sur les glandes gastri- 
ques : M. Montanet. — De la procréation des sexes : M. Dnpuy. ~ 
Diflusion des courants électriques dans les tissus : M. Dupuy. — 
Rapport sur le prix Godard: M. Dastre. 

M. Broion-Séquard fait hommage à la Société du premier 
mémoire de la nouvelle série des Archives de physiologie 
qu'il dirige. 

— M. Brown-Séquard observe depuis fort longtem^sur 
lui-même une évolution épidermique spéciale qui se^ve- 
loppe sur le lit de Tongle de l'un de ses doigts et qui paraît 
constituée par un tissu tenant le milieu entre le tissu de 
Tongle ou tissu corné et Tépidcrme. 

— M. Waller a observé que la contraction cardiaque 
commence à la pointe et qu'il se produit une onde de con- 
traction qui s'étend jusqu'à la base. Au moment où cette 
onde commence, l'état électrique du cœur change, la pointe 
devient négative et la base positive. En même temps on 
constate que les membres inférieurs et le membre supérieur 
gauche deviennent également négatifs. Dans deux cas de 
transposition du cœur, M. Waller a vu qu'il y avait aussi 
transposition de ces modifications électriques. C'est sur 
l'homme que ces observations ont été faites. 

— M. CAawrcatt présente une note de M. Montanet (de 
Toulouse) sur la dualité anatomique et fonctionnelle des 
glandes gastriques. Il résulterait des recherches de M. Mon- 
tanet au'il existe bien réellement deux sortes de cellules 
glandulaires stomacales et qu'il n'y a pas transformation 
d'une forme cellulaire en une autre, comme on l'a soutenu. 

— M. Dupuy a observé de nouveaux faits à l'appui de la 
loi qu'il a posée relativement à la procréation des sexes, à 
savoir que l'enfant à naître est du même sexe que le premier 
enfant, s'il a élé conçu dans le mois (période menstruelle) 
correspondant, et du sexe opposé, s'il a été conçu dans un 
mois impair. 

— M. Dupuy a constaté dans de nouvelles expériences 
que, quand on excite électriquement l'écorce du cerveau, 
les courants diffusent jusau'à la base par les vaisseaux; il 
ne croit donc pas devoir abandonner l'opinion qu'il soutient 
sur la non-existence des centres dits psycho-moteurs. 

— M. Dastre donne lecture de son rapport sur les 
méinpires envoyés pour le prix Godard. 



^oelété de thérapentlqne. 

SÉANCE DU 12 DÉCEMBRE 1888. — PRÉSIDENCE DEM. CRÉQUY. 

Du strophanttts et de la strophantine : MM. Buoquoy, C. Paul. 
Catillon. Blondel. 

M. Bucquoyy à l'occasion de l'envoi d'un mémoire de 
M. Poulet (de Piancher-les-Mines) sur le traitement de 
la fièvre typhoïde par le strophantus, fait remarquer 
qu'il serait intéressant de savoir où cet observateur a 
pu se procurer pour ses expériences thérapeutiçiues du 
strophantus glabre du Gabon, car il n'en existe pas 
dans le commerce. D'antre part, les doses indiquées 
(quatre à cinq pilules de 0,05 de poudre de semence) 
sont plus élevées que celles employées par les autres 
expérimentateurs : ce sont des doses toxiques, surtout 
si Ton tient compte de l'activité plus grande du stro- 



; 30 — N» 2 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE il Janvieiv 1889 



Shantus du Gabon ; et cependant les effets obtenus par 
I. Poulet ne sont pas plus marqués. Ne serait-ce pas le 
strophantus Kombé qu aurait employé M. Poulet, car c'est 
le seul répandu dans le commerce. 

M. \e Secrétaire général écrira à M. Poulet pour lui de- 
mander des renseignements et le prier d'envoyer un 
échantillon de son strophantus. 

M. Catillon a reçu, sur sa demande, deux semences du 
strophantus employé par M. Poulet : il s'agit bien du 
strophantus glabre du Gabon. La dose prescrite par 
M. Poulet correspond àOi'%015 de strophantine, alors que 
Ton n'administre d'ordinaire qu'un demi-miiligramme à 
1 milligramme de strophantine. Il fait observer que, dans 
une communication è l'Académie, à propos d'un mémoire 
de If. Arnaud, M. Laboriie a dit que la strophantine obte- 
nue par M. Catillon n'est (ju'un extrait plus ou moins 
purifié de strophantus. C'est inexact : les échantillons cris- 
tallisés présentés à la Société sont démonstratifs; d'ailleurs, 
le pouvoir toxique indiqué par M. Arnaud chez le lapin (4/10 
de milligramme) est bien le même précédemment déterminé 
par M. Catillon (5/10 de milligramme en chiffre rond; 
exactement 4/10 et demi). Avec le strophantus Kombé on 
n'obtient pas plusieurs sortes de strophantines : il est 
vrai qu'en se servant du tanin, de l'acétate de plomb et 
de l'alcool, on recueille par évaporation une strophan- 
tine amorphe jaunâtre, toxique à 8/10 de milligramme; 
mais, si on la purifie, on obtient la strophantine cristallisée, 
blanche, toujours identique, toxique à 4 ou 5/10 de milli- 
gramme. Avec le strophantus du Gabon on obtient au con- 
traire une autre strophantine, fournissant des réactions 
différentes, et beaucoup plus active. 

M. Bucquoy rappelle que M. Labordc a dit que l'état 
cristallin et les effets physiologiques du produit ne suffi- 
sent pas à le caractériser : l'analyse chimitjue élémentaire 
est indispensable. M. Catillon ne signale-t-il pas lui-même 
deux strophantines cristallisées, et cependant différentes? 

M. Caft7/on fait remarquer que ces deux strophantines 
cristallisées différentes proviennent de deux espèces diffé- 
rentes de strophantus, tandis que la strophantine extraite 
du Kombé par lui, puis par M. Arnaud, doit présenter ton- 
jours les mêmes caractères et les mêmes réactions, puisque 
c'est un produit défini cristallisé: il ne peut y avoir de 
doutes sur l'identité des deux produits. 

M. C. Paul demande si, en dehors de la forme cristalline, 
la strophantine préparée par M. Catillon et celle de M. Ar- 
naud offrent les mômes caractères de solubilité, de réac- 
tions chimiques, etc. 

M. Catillon. Il n'y a à cet égard aucune différence. 

M. Blondel fait savoir que Ton pourra bientôt être fixé, 
car M. Arnaud a réussi à se procurer environ 300 grammes 
de semences de strophantus du Gabon et il a commencé ses 
expériences avec ce produit. 

— La séance est levée à cinq heures et demie. 

André Petit. 



Sc»clélé anatomlque. 

SÉANCE DU 14 DÉCEMBRE 1888. — PRÉSIDENCE DE 
M. POIRIER. 

M. /. L. Faure présente des pièces de tuberculose 
g énito-ur inaire. Le sujet est mort sans avoir les poumons 
atteints. L'examen minutieux des lésions fait penser que 
le début a eu lieu par le rein et qu'il y a eu ensuite infec- 
tion descendante. Mais la néphrite a été longtemps latente, 



et le sujet se plaignait surtout d'une cystite douloureuse* 
il a été fort soulagé par la taille hypogastrique. 

— M. Souques fait voir des pièces de laryngo-typhus. 
Il y a une nécrose limitée aux deux aryténoldes, mobilisés 
tous deux en totalité. Les troubles vocaux ont été très 
marqués, et la dyspnée à peu près nulle. 

— M. H. Legrand communique une observation d'aror- 
tement à Quatre mois où le fœtus a été expulsé encore 
entouré Je l'amnios. La caduque est tombée trois jours 
après. 



REVUE DES JOURNAUX 

Contriteation à l'étade de rérylhème infeelleui , par 

MM. P. Simon et E. Legrâin. — On tend aujourd'hui à admettre, 
à la suite de Trousseau, Hardy et Besnier, Spilmann, quv 
l'érythèmc polymorphe n'est pas une simple dermatose, mais 
une véritable pyrexie infectieuse dont rexanthèrae ne repré- 
sente qu'une des manifestations ; raiïcction pouvant, comme la 
plupart des maladies infectieuses, présenter des localisations 
viscérales, pulmonaires, cardiaques ou rénales. Les recherches 
de iMolènes-MahoD, Marquet, Hauslialter, de Langenbageu ont 
confirmé cette manière de voir; et même Haushalter a réussi ù 
isoler, dans deux cas, un microcoque mobile qu'il reganir 
comme pathogène. MM. P. Simon et Ë. Legrain ont observé un 
cas d'érythcrae marginé, avec albuminurie transitoire, qui leur 
a permis de trouver, dans le saug recueilli au niveau d'une 
plaque, deux microbes : un microcoque blanc identique à celui 
dllaushaiter et un microbe jaune encore indéterminé. Le pre- 
mier, injecté à des souris, détermine la mort des animaux en 
cinq à huit jours, par une sorte de septicémie sans lésions 
locales ; le second ne donne aucun accident aux souris ou aux 
cobayes. Tout en faisant les réserves qu'impose un fait isolé, les 
auteurs pensent que leurs expériences servent à confirmer lu 
nature infectieuse de l'érythèrae polymorphe, et sont portés à 
croire que, si le microcoque blanc est Tagent pathogène de 
l'affection, peut-être cependant celle-ci ne reconnaît-elle pas 
comme origine un parasite unique, mais résulte d'une infec- 
tion par association microbienne. L'apparition d'érythçmes 
symptomatiquej, au cours de la lièvre typhoïde, du rhumatisme 
aigu, du choléra de l'impaludismc, etc., autorisent à supposer 
que cette détermination cutanée peut relever d'infections diffL- 
rentes. {Ann, de dennat, tt de syphitig,, i. IX, n" 11, -5 no- 
vembre 1888.) 

Des indleatloiifl et ûen contre-lndlcalloiiii do la «réoAOi« e* 
de riodare de polnsslam dan« In plillilflie, par M. G. StLëCKICR. 
— La créosote, écrit l'auteur, est utile dans la pneumonie 
caséeuse, et l'iodure de potassium dans les formes fibreuses ou 
contre les exsudats pleurétiques. Par contre, il condamne ce 
dernier médicament et recommande les balsamiques avec ou 
sans addition de créosote dans les cas d'expectoration muqueuse 
ou mucoso-purulente. 

Enfin, dans des cas où il existe de l'emphysème, il préfère 
l'administration de l'iodure de potassium. Les ulcérations tuber- 
culeuses de l'intestin, la dégénérescence amyloïdcet une période 
avancée de laphthisie, contre-indiquent l'emploi de la créosote. 
Les hémoptysies, les lésions profondes du larynx, en raison du 
danger de l'œdème glottique, les ulcérations trachéales, l'insuf- 
fisance rénale ou l'iodisme, sont les motifs que M. Sluecker 
fait valoir pour proscrire l'usage de l'iodure. (Therap. Monat., 
p. 385, 1888.) 



il Janvier 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N" 2 — 31 



BIBLIOGRAPHIE 

JUre hivesde physiologie normale et pathologique. 5* série. 
1. 1, fascicule 1 et !2 avec 2 planches et 58 figures dans le 
texte. — Paris, G. Masson, 1889. 

(Fin. — Voyez le numéro 1 .) 

II. — Travaux de physiologie pathologique et de 

PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE. 

l'' Champ d'action de rinhibition en physiologiCy en 
pathogénie et en thérapeutique. — M. Brown-Sé(juard 
définit par de nombreux exemples le champ de rinhibition, 
tel qu'on peut actuellement le concevoir; son étude n'est 
qu'un résumé des plus condensés de cette vaste question ; 
on pourrait dire qu elle représente un sommaire des innom- 
brables conditions dans lesquelles se manifeste reffetinhi- 
biloîre d*nne irritation, c'est-à-dire la disparition i^omplète 
ou partielle, temporaire ou permanente, localisée ou géné- 
rale, d'une propriété de tissu, et secondairement de la 
foiiction qui résulte de la mise en jeu de cette propriété. 
In tel travail n'est donc pas réductible et ne se prête en 
aucune façon à l'analyse : c'est un ensemble de conclusions 
qu1i faut savoir à l'auteur le plus grand gré d'avoir enfin 
posées et méthodiquement classées. 

f* Recherches cliniques et expérimentales sur les en- 
tre-croisements des conducteurs servant aux mouvements 
volontaires. — M. Brown-Séquard tire de l'examen d'un 
grand nombre de faits cliniques et expérimentaux cette 
conclusion (qui nous parait aujourd'hui moins élrange, 
habitués que nous sommes à compter avec les phénomènes 
d'inhibition centrale), à savoir que les fibres entre-croisées 
des pjramides antérieures ne sont pas les seules ou les 
principales voies de la transmission motrice volontaire et 
quedesdécussations motrices (volontaires ou réflexes) exis- 
tent dans toute la longueur du centre cérébro-rachidien. 

3" De la greffe osseuse chez T homme. — U. Oilier, pour- 
suivant les études auxquelles il s'est adonné depuis tant 
d'années, élucide dans un nouveau travail la question de 
la survie des greffes osseuses. Il montre que la conser- 
vation du périoste autour du transplant osseux est l'une 
des premières conditions du succès de la greffe, et que les 
portions osseuses sans périoste disparaissent par résorption 
progressive; les élément» médullaires intra-osseux sont 
iQsufâi^nts pour assurer la persistance du transplant. 

*• De Vinfluence de la température interne sur les 
convulsions. — MM. Langlois et Ch. Richet établissent 
J influence de la température organique sur la marche 
des accidents produits par les substances convulsivantes, 
ou, pour mieux dire, sur l'activité des combinaisons chi- 
miques qui se produisent à la suite de l'absorption des 
poisons et se manifestent par les réactions anormales, 
coovulsives ou autres : ils concluent que plus la tempé- 
rature est élevée, plus la dose de poison qui détermine les 
convulsions est faible. 

S"* Empoisonnement par V acide chlorhydrique (Notes 
anatomo-pathologiques et expérimentales). — Mm. M. Le- 
tuile et H. Vaquez ont poursuivi l'analyse expérimentale 
et l'étude histologique de l'empoisonnement par l'acide 
chlorhydrique : ils montrent que les lésions de l'estomac 
consistent dans une gastrite suraigue avec prolifération 
embryonnaire et nécrobioses cellulaires étendues; ils éta- 
blissent, sur les faits cliniques et expérimentaux, la fré- 
quence et le danger de la pénétration du liquide caustique 
liaus les voies aériennes ; ils concluent enfin, au point de 
^ue pratique, àl'impoiiance du lavage de l'estomac avec des 
a'jlutions appropriées. 

0» Nouvelles recherches sur un cas d'ectopie cardiaqne 



(ectocardie) pour servir à V étude du pouls. jugulaire et 
aune variété du bruit de galop. — H. François-Franck a 
tiré du nouvel examen pratioué par lui sur une malade 
atteinte d'ectopie (ectocardie) congénitale du cœur, des 
conclusions précises relatives au bruit de galop le moins 
connu (le bruit méso-diastolique) et au mode de produc- 
tion de l'affaissement brus(]ue des veines du cou au 
moment de la systole ventriculaire ; la même étude l'a 
conduit aussi à la critique des conditions productrices du 
bruit de soufllle dit anémiaue et à la détermination des 
rapports (}ui existent entre les changements de volume et 
les pulsations du cœur. 

7^ De la quantité doxyhémoglobine et de l'activité de 
la réduction de cette substance chez les diabétiques. — 
M. Hénoccjue, appliquant à l'étude de Toxyhémoglobine 
chez les diabétiques ses procédés d'hématospectroscopie, 
montre par de nombreuses observations que, si la glyco- 
surie avait une action notable sur la quantité d'oxyhémo- 
globine, elle tendrait plutôt à l'augmenter; il ne se pro- 
nonce pas sur la question de l'activité de la réduction qu'il 
a trouvée exagérée dans le plus grand nombre des cas, mais 
sujette aussi à variations. 

H"" Nouvelles recherches sur Vinjection dé Veau salée 
dans les vaisseau^x. — MM. Dastre et P. Loye ont obtenu 
des résultats précis et d'une grande portée physiologique 
(peut-être aussi thérapeutique) dans leurs recherches sur 
1 injection d'eau salée dans le sang. Ils ont montré, par 
exemple, qu'en réalisant des conditions expérimentales 
très simples, on peut faire subir à l'animal un véritable 
lavage du sang et des tissus. Le liquide en excès étant 
rejeté à mesure par les reins, les glandes salivaires, l'in- 
testin, le poumon, s'emmagasine d'une façon temporaire 
dans les tissus qui le restituent ensuite aux vaisseaux : 
l'animal, nullement incommodé par cette introduction de 
quantités souvent considérables d'eau salée dans les veines, 
se comporte comme un trop-plein et met en jeu des méca- 
nismes régulateurs de la quantité d'eau tolérable. Il y a là 
une base scientifique au traitement par lavage de maladies 
dans lesquelles des produits toxiques solubles s'accumule- 
raient dans les tissus. 

Q** Action des injections intraveineuses durine sur la 
calorification. — M. Ch. Bouchard, dans un travail (ju'il y 
a grand intérêt à rapprocher du précédent, établit, au 
moyen d'une dissociation expérimentale rigoureuse, que 
les injections intraveineuses d'urine normale produisent la 
mort en amenant presque toujours une diminution de la 
calorification, contrairement à ce qui s'observe avec les 
injections d'eau pure. L'action hypothermisante de l'urine 
ne résulte ni de l'action de substances minérales, ni de 
celle de l'urée, mais bien de l'effet d'une substance qui se 
fixe en partie sur le charbon à la façon des matières colo- 
rantes et des alcaloïdes, et qui s'altère ou disparait par 
l'ébullition prolongée au contact de l'air. 

François-Franck. 



VARIÉTÉS 

Société de protection des victimes du devoir phofes- 
SiONNEL. — Sous ce nom et grâce à Tinitiative de M. le docteur 
Cézilly, directeur du Concours médical^ vient de se fonder à 
Paris une Société dont le but est de venir en aide moralement 
et parfois matériellement aux familles des médecins et de ceux 

3U1, à la suite d'un acte exceptionnel de dévouement accompli 
aus Texercice de la médecine, sont morts ou sont devenus inca- 
pables de continuer à exercer leur profession. 

Celte Société, qui a son siège à Paris, 23, rue de Dunkerquc, 
fait appel au concours de tous les médecins. 
Le premier comité de patronage est composé comme suit : 



32 



No 2 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 11 Janvier 1880 



Président : M. Th. Roussel, sénateur ; vice-présidents : 
MM. Fraock-Chauvcau, sénateur, et H. Monod, directeur de la 
Santé et derAssislance publiques; secrétaire : M. le docteur 
Gézilly; membres : MM. Brouardel, L. Colin, Dujardin-Beaumetz, 
Cuvinot, Farcy, Gibert (du Havre), Grancher, Hyades, Laborde, 
LerebouHet, Magnier, Maurat, Nicolas, Nocard, J. Steeg, Treille, 
U. Trélat. 

Elle vient de recevoir un don de ^000 francs du ministère de 
rintérieur et un don de 500 francs du ministère du Commerce. 

Académie royale des sciences de Turin. Programme du 
septième prix Bressa. — L'Académie royale des sciences de 
Turin, se conformant aux dispositions testamentaires du docteur 
César-Alexandre Bressa, et au programme relatif publié le 
7 décembre 1876. annonce qu'au 31 décembre 1888 s'est clos 
le Concours pour les découvertes et les ouvrages scientiflques 
qui se sont faits dans le quadrienaium 1885-88, concours auquel 
devaient seuls prendre part les savants et les inventeurs italiens. 

En môme temps cette Académie rappelle qu'à partir du 
1^^ janvier 1887, il est ouvert un concours auquel, suivant la 
volonté du testateur, seront admis les savants et les inventeurs 
de toutes les nations. 

Ce concours aura pour but de récompenser le savant ou l'in- 
venteur, à quelque nation qu'il appartienne, lequel durant la 
période quadriennale de 188/-90, c au jugement de l'Académie 
des sciences de Turin, aura fait la découverte la plus éclatante 
et la plus utile, ou qui aura produit l'ouvrage le plus célèbre 
en fait de sciences physiques et expérimentales, histoire nalu- 
relle, mathématiques pures et appliquées, chimie, physiologie 
et pathologie, sans exclure la géologie, l'histoire, la géogra- 
phie et la statistique >. 

Ce concours sera clos le 31 décembre 1890. La somme des- 
tinée à ce prix sera de 12000 francs (douze mille francs). Aucun 
des membres nationaux résidants ou non résidants de l'Académie 
des sciences de Turin ne pourra concourir à ce prix. 



Souscription DucAenne (de Boulogne). — Les admirateurs, 
les élèves et les amis de Duchenne (de Boulogne) ont l'intention 
de perpétuer la mémoire d'un des grands promoteurs de la 
neuropalliologie moderne en lui élevant un monument dans 
l'enceinte de la Salpétrière. Ils font appel au concours de tous 
les médecins qui savent apprécier 1 importance des services 
rendus à la science par notre illustre compatriote. 

Pour réaliser ce projet, un comité a été constitué. Il se com- 
pose de : MM. Charcot, président; Joffroy, vice-président; 
Straus* Pitres, Teissicr, LerebouHet, Magnan, Hamy, Gom- 
bault, trésorier. 

Les souscriptions devront être adressées à M. le docteur Gom- 
bault, trésorier, 41, rue dé Vaugirard, ou à l'un des membres 
du comité. 

Première liste. 



WM. Charcot 


300 fr. > 


Joffroy 


100 j 


Dainaschino 


...... 100 » 


Straus 


50 » 


Pitres 


50 > 


Grancher 


50 » 


Chrysaphy 

Falret 


50 * 

50 ï 


Teissier fils 


40 ï 


A. Gombault 


25 > 


Debove 


25 > 


Gilbert 


25 > 


Ballet 


25 j 


Magnan . . 

LerebouHet 


20 » 

20 > 


Bourueville 


20 » 


Brouardel 


20 j 


Bonnet 


20 j 


Troisier 


20 j 


Richardière 


20 » 


Ed. Meyer 

Ilénocque 

Ouinquaud 

Macritot 


20 > 

10 3 

20 ï 

10 > 






Total.. 


., 1090 > 



Ecole de médecine de Tours. — Un concours s'ouvrira, L* 
3 juillet 1889, à l'Ecole supérieure de pharmacie de Paris, pour 
l'emploi de suppléant de la chaire d'histoire naturelle à TEcolc 
préparatoire de médecine et de pharmacie de Tours. 

Le registre d'inscription sera clos un mois avant Pouverturc 
du dit concours. 

NÉCROLOGIE. — M. le docteur Estorc, ancien interne des 
hôpitaux de Montpellier, chirurgien en chef des hospices de 
Bédarrieux, vient de mourir à l'âge de trente-trois ans. 

— M. le docteur Pierre-Edme-Euçène Verjon, médecin inspec- 
teur honoraire des eaux de Plombières, vient de succomber à 
V\ge de cinquante-huit ans aux suites de la cruelle maladie qui 
depuis plusieurs années l'avait obligé à cesser Texercice de la 
médecine. 



{A suivre.) 



Mortalité a Paris (52^' semaine, du 23 au 29 décembre 
1888. — Population: 2260945 habitants). — Fièvre typhoïde, 21. 

— Variole, 6. — Rougeole, 42. — Scarlatine, 4. — Coque- 
luche, 2. — Diphthérie, croup, 42. — Choléra, 0. — Pbthisie 
pulmonaire, 181. — Autres tuberculoses, 21. — Tumeurs : 
cancéreuses, 41 ; autres, 6. — Méningite, 32. — Conges- 
tion et hémorrhagies cérébrales, 56. — Paralysie, 8. — 
Ramollissement cérébral, 11 . — Maladies organiques au cœur, fx^. 

— Bronchite aiguë, 42. — Bronchique chronique, 47. — Broncho- 
pneumonie, 27. — Pneumonie, 67. — Gastro-entérite: sein, 8; 
biberon, 33. — Autres diarrhées, 2. — Fièvre et péritonite puer- 
pérales, 5. — Autres affections puerpérales, 1 . — Débilité con- 
génitale, 20. — Sénilité, 28. — Suicides, 11. — Autres morts 
violentes, 13. — Autres causes de mort, 179, — Causes 
inconnues, 12. — Total : 1033. 



OUVRAGES DÉPOSÉS AU BUREAU DU JOURNAL 

L'Agbnda MRDICal pour 1889, public chez MM. Asselin et Houieau éditeurs, a 
ctc entièrement refondu et comprend : 

l" Mémorial thérapeutique du médecin praticien, par M. le docteur Cons- 
tantin Paul, professeur-agrcgé à la Faculté de médecine de Paris, raédccin de 
l'hôpital Larîbotsièr\ nombre de l'Académie de médecine ; 

2* Mémorial ohilétrical, par M. le professeur Pajot ; 

3** Formulaire magistral, par M. Delpcch, pharmacien de {^«classe, membre 
dc« Sociétés do pharmacie et de thcrapeutiqiic ; 

i° Notice tur les stations hivernales de la France et de Vétranger^ pjr 
M. le docteur do Valcourt. 

Plus un Calendrier à deux jours par page, la liste des médecins, dcnllsie». 
pharmaciens et vétérinaires du département de la Seine; Ips médecins dc> 
hôpitaux civils et militaires do Paris; les médecins inspecteurs des cjiax 
minérales; maisons do sa.-ité de Paris et dos- environs ; la liste dos divers 
journaux scientifiques; les Facultés et Ecoles préparatoires de médecine dt 
France; les Ecoles de médecine militaire et nivale, avec le nom de MM. 1rs 
professeurs ; TAcadéraic de médecine et les diverses Sociétés médicales ; \v 
tableau des rues de Paris, etc., format in-18 de 5'JO pages, dont 190 de calen* 
dricr et 400 de renseignements utiles. 

Prix variant entre 1 fr. 75 et 9 francs. 

Hecherches clinùiues sur la paraUfie §inirtAêch$% Vhoinme, par M. le docUnir 
P. Arnaud. 1 vol. grand in>8*> d*; 80 pages. Paris, 0. Doin. "£ fr 

L'instinct sexuel che% l'homme et chez les animaux, par H. Tillier, précêdr 
d'une préface par M. J.-L. de Lancssan (Bihliothèque des actualités médicales 
et scientillques). i vol. in-lâ de 300 pages. Paris, 0. Duin. 3 fr. 50 

Le crachat dans ses rapports avec le diagnostic, le pronostic et le traitement des 
maladies de la gorge et des poumons, par M. le docteur C. Hnnter-Uackenzic. 
traduit de l'anglais et annoté par M. le docteur Léon Petit, avec uno préfMco 
de M. le professeur Grancher. 1 vol. in-8^ avec 24 pages chromolitliographiquc». 
Paris, 0. Doin. 5 fr. 

Le siivus uro- génital (son développement, ses anomalies), par M. le dojteur 
Issnural. Une brochure in-8» de 100 pages. Paris, 0. Doin. 3 fr. 50 

La génération, étudiée sur les végétaux, les oiseaux et les animaux pour la roii- 
naître chez la femme, par M. le docteur Kézard de Wonves. 1 vol. in-lâ do 
159 pages. Paris, 0. Doin. 3 fr. 

Diagnostic précoce de la tuberculose pulmonaire, par M. Antonio Espina yCa{Ki. 
Une brochure in-8« de 40 pages. Paris, 0. Doin. i fr. 5rt 

Recherches expérimentales sur la durée des actes psychiques les plus simples et 
sur la vitesse des courants nerveux A l'état normal et à l'état pathologique, 
par M. lu docteur A. Uémoud (de Metz). 1 vol. in-8« de 140 pages. I*ari>» 
U. Doin. 3 fi 



G. Masson, Propriétaire-Gérant. 



1T797. ~ MOTTEROZ. — Imprimorios réunies, A, rue Mignon, 2, Paris. 



Tre^ntë-sixiImb année 



^•3 



18 Janvier 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 

PARAISSANT TOUS LES VENDREDIS 



COMITÉ DE {RÉDACTION 

M. LK D' L. LEREBOULLET, Râdactbur en ghbp 
MM. P. BUCHEZ, E. BRISSAUD, 6, DIEULAFOY, DREYFUS-BRISAC, FRARCOIS-FRARCK, A. HÊROCQUE, A.J. MARTIN, A. PETIT, P. RECLUS 

Adresser tout ce qui concerne la rédaction à M. Lebbboullet, 44, rue de Lille (avant le mardi de préférence) 



SOVUAIKB. — Bulletin. — Neuho pathologie. Les migraines. —Pathologie 
c&!tÉR\Li. La diplilhério maladie parasilairo. Pathogénie de la paralysie diphtJn'- 
riiiqu*. ~ CoxTRiBUTioNS PHAHMACBUTIQUBS. Savon aiitisepUque cl chiruivical. 
— Hkwk 9U3COVR» Kt DBS GLiHiauES» H&piUl ^SaiBl-Louis. Service de M. le 
pro£»4eiir Foarnicr. —Travaux originaux. Pathologie générale : Essai sur la 
rerherehi*. rîsoteroent ot l'emploi Taccinal des excréta âolubles de certains mi- 
rrubea palliocèiics. — SociÉTi^s ftAVANTBS. Acadt^mio de médecine. » Société 
moilicak» de» hôpitiux. — Société do chirurgie. — Société de biologie. — So- 
ciale de thérapeutique. — Suciclé anatomique. — Revue des journaux. — 
BtBLiOGRAPHiE. Traité théorique et pratique do$ maladies de l'oreille et du nei. 



BULLETIN 

Paris, 10 janvier 4888. 

Académie de médecine : Le •trophantuB. — Académie des 
sciences : Diabèi« expérimentai. — Socicté médicale 

des hôpitaux : Les pleurésies uîéta-pneuiiioiilques. 
— Société de chirurgie : Éloge de Glraod-Tealon. — 

Comité consultatif d'hygiène: iBstaiiatioa au miuis- 

1ère de l'In ter leur. 

La discussion sur les indicalions thérapeutiques et l'ac- 
tion physiologique du strophantus se continue devant l'Âca- 
démie. Nous avons entendu hier M. Dujardin-Beaumelz 
qui regarde le strophantus comme un médicament car- 
diaque inoffensif même dans les cas de néphrite et M. G. Sée 
qui pense, comme Lemoine, que c'est un médicament 
rénal n'agissant que comme diurétique et qui peut être 
dangereux en raison de Tirritation qu'il produit sur l'épi- 
thérium rénal. La communication de M. G. Sée n'étant pas 
/er/n/née, nous attendrons une prochaine séance pour pou- 
voir résumer toute cette discussion et en tirer quelques 
coDclusioas pratiques. 

Nous ne ferons aussi que mentionner le travail lu par 
M. G. Sée devant l'Académie des sciences. Nous en résu- 
merons les parties principales quand nous en aurons sous 
les yeux le texte officiel. 

£nûn nous devons signaler à nos lecteurs tout l'intérêt 
que présentent les deux communications, faites dans sa 
dernière séance à la Société médicale des hôpitaux^ par 
MM. Troisier et Netter. La question des pleurésies méta- 
pneumoniques sera prochainement traitée dans une Revue 
générale. Nous nous bornerons donc à faire ressortir, au 
point de vue exclusivement pratique, ce qu'il importe de 
retenir des faits analysés par M. Netter et de ceux qu'il a 
étudiés lui-même avec tant de soin. 

Les pneumonies les plus simples, comme les plus graves^ 
peuvent être suivies de pleurésies. Souvent même la pleu- 
résie et la pneumonie évoluent presque simultanément, et, si 
Ton ne constate qu'au moment de la défervescence et 
r SiaiB, T. XXVl. 



pendant la période de résolution de la pneumonie, l'existence 
d'une pleurile sèche ou d'un épanchement modéré, c'est 
parce que les symptômes bruyants et relativement prédo- 
minants de la maladie principale ont masqué ceux de 
l'affection secondaire qui, due à une cause identique, venait 
la compliquer. Ainsi que l'a bien fait remarquer M. Rendu, 
ces pleurésies simples diffèrent cliniquement des pleurésies 
purulentes que M. Netter a étudiées au point de vue micro- 
biologique. Celles-ci sont dues, comme les premières sans 
doute, au passage dans la plèvre et à l'irritation qu'ils y 
provoquent des microbes spécifiques de la pneumonie, des 
pneumocoques. Mais, et c'est là une conclusion que nous 
tenions à faire connj^ître immédiatement, la présence de ces 
microbes dans le liquide évacué n'aggrave point le pronostic. 
Tout au contraire ce ni icrobe, qui mérite si bien son nom, 
puisque sa vie est courte dans le corps humain comme dans 
les tubes à culture^ ne produit pas de lésions profondes. 
Par conséquent, une ou plusieurs ponctions simples pourront 
arriver à guérir la pleurésie méta-pneumonique simple et, 
dès lors qu'elle soit séreuse ou purulente elle restera 
bénigne. Si, au contraire, le liquide renferme d'autres mi- 
crobes pyogènes, le pronostic sera infiniment plus sévère. 
Il conviendra de pratiquer immédiatement la tljoracotomie 
et les lavages antiseptiques de ta plèvre et, au point de vue 
étiolo'gique, la maladie sera autre que la pleurésie méta- 
pneumonique simple, 

— A la Société de -chirurgie M. Chauvel, qui continue à 
remplir avec tant de zèle et de distinction les fonctions de 
secrétaire-général, a fait applaudir par tous ses collègues un 
éloquent éloge de Giraud-Teulon, que le défaut d'espace 
nous empêche de reproduire. 

— En installant le Comité consultatif d'hygiène publique 
de France au ministère de l'Intérieur, auprès duquel il est 
désormais placé, M. Léon Bourgeois, sous-secrétaire d'Etat, 
a prononcé un remarquable discours sur l'organisation du 
service de la santé publique et sur les avantages qu'on en 
doit attendre pour la diminution de la mortalité. C'est la 
première fois, croyons-nous, que le gouvernement se pro- 
nonce en France, avec une si grande netteté et une telle 
conviction, en faveur des efforts tentés par les hygiénistes 
et le corps médical contre les maladies transmissibles. En 
y associant ainsi l'administration, en montrant l'assistance 
commune que la science et elle doivent se prêter, M. Léon 
Bourgeois a fait un acte gouvernemental dont il importe 
de conserver la date et dont nous pouvons, à Texemple 
d'autres nations, espérer les plus heureux résultats. 

u 



34 



N» 3 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 18 Jaktier 1889 



NEUROPATHOLOGIE 



Le« mli^aliieM. 



(Suite. — Voy. le numéro 2.) 

Étiologie. — La migraine accompagnée n'est pas une 
affection rare. Galezowski en a observé soixanle-dix-neuf 
cas en quelques années. Liveing a pu sans grand'peine en 
réunir soixante-sept cas. En deux ans, nous avons pu, en 
ville, trouver dix cas très accusés et cinq ou six autres moins 
intéressants. 

Les femmes sont plus souvent atteintes que les hommes 
(Liveing, Ramberg, Labarraque, Calmeil, Galezowski). 
Chez elles, au dire de Galezowski, on trouve souvent, et 
cela n'a rien d'étonnant, l'amblyopie hystérique. La migraine 
ophthalmique simple ou accompagnée paraît plus fréquente 
chez l'homme. 

Cest entre trente et soixante ans que la maladie est 
la plus fréquente; mais il est nécessaire de savoir que 
l'affection, sous forme de migraine simple, commence de 
très bonne heure. Un malade que je vis, il y a quelques 
jours, me dît : qu'il a eu la migraine depuis qu'il a le sou- 
venir. Cette migraine simple a disparu aujourd'hui et est 
remplacée par des accès de migrai7ie accompagnée, exclu- 
sivement constituée par des vertiges et des engourdisse- 
ments d'un pied. 

Tissot assigne pour le début de la migraine en général 
huit ou dix ans chez les héréditaires ; trente à quarante 
chez ceux qui sont moins prédisposés. 

La migraine accompagnée est assez rare chez le vieil- 
lard (Romberg, Liveing). Parfois la cessation brusque de 
migraines habituelles indique l'apparition d'une dégénéra- 
tion (vasculaire) du cerveau, et précède les apoplexies et les 
paralysies. 

La position sociale a son importance. Les professions libé- 
rales sont celles où la migraine se rencontre le plus com- 
munément. Vinfliience de Vhérédité longtemps contestée 
est admise aujourd'hui par la généralité des médecins. La 
migraine est héréditaire. Dans sa thèse, faîte sous l'inspira- 
tion du professeur Bouchard, Soulà donne de nombreuses 
observations (64) dans lesquelles on .trouve notés les anté- 
cédents héréditaires ; quatorze fois la migraine existait chez 
les ascendants. 

Quand on discute une question d'influence héréditaire, 
ce n'est pas seulement l'hérédité de ressemblance qu'il faut 
chercher, mais bien tous les membres épars de la famille 
neuropathologique. Nous en avons à peu près fini avec les 
migraines stomacales, utérines, hémorrhoïdales, etc. Nous 
ne supposons plus avec Lasègue et Hîrtz que c'est dans 
l'étude du malade, lui-mêmey bien plus que dans celle de 
sa maladie, que nous trouvons des données séiieuses. Nous 
ne dirons pas que c'est au sein de l'économie de chaque 
individu en particulier que semble résider la cause pre- 
mière, autrement dit la prédisposition à la migraine. 

Nous admettons les points de contact fréquents de la 
goutte et de la migraine, avec Scudamore, Travers, Mollen- 
dorf, Lynch, HoUand, enfin Trousseau pour qui la migraine 
représente la monnaie des attaques de goutte régulière. 

Depuis, Charcot, Férc, Galezowski et plusieurs auteurs 
de mémoires ou de thèses, ont montré les liens qui unis- 
sent la migraine ophthalmique à la goutte. Gauté dit avoir 



relevé dans les cahiers de Galezowski quatorze cas de 
migraine ophthalmique chez les goutteux. 

M. Rendu, dans l'article Goutte du Dictionnaire ency-- 
clopédiquej admet parfaitement la parenté de la migraine 
et surtout de la migraine ophthalmique avec la goutte. 

Le rhumatisme affecte les mêmes rapports que la goutte. 
La migraine précède, accompagne ou suit le rhumatisme, 
le plus souvent elle précède les attaques articulaires. Bien 
des rhumatisants (Chaumier, Grasset) ont été migraineux 
dans leur enfance. 

Plus grande est encore Tinfluence du rhumatisme chro- 
nique (Charcot). Sur trente vieilles femmes atteintes de 
rhumatisme noueux, douze ont eu de la migraine; le plus 
souvent entre les accès réguliers du rhumatisme on ren- 
contre la même chose dans les nodosités d'Heberden ; 
on observe une association également intéressante de la 
migraine avec le rhumatisme musculaire, l'obésité, le 
diabète, l'arthrite déformante (Bouchard), l'eczéma, la 
sciatîque, Varthritisrne en un mot, 

Lancereaux a noté cinq fois la migraine chez douze sujets 
atteints de la rétraction de l'aponévrose palmaire. L'asthme, 
l'angine de poitrine remplacent souvent la migraine; Trous- 
seau, Liveing, Chaumier, Bouchard, Gueneau de Mussy, 
admettent les rapports étroits de ces deux affections avec 
la migraine. 

En un mot, on peut dire avec Landouzy et Huchard que 
l'angine de poitrine et la migraine sont reliées ensemble 
par la même cause générale qui est l'arlhritisme. 

C'est la même chose pour les hémorrhoïdes et les varices, 
les épistuxis, la gravelle, la lithiase biliaire, les affections 
cutanées, telles que l'eczéma, Tiropetigo, l'acné, le furoncle, 
le pityriasis, etc. 

Certaines maladies nerveuses affectent avec la migraine 
une telle ressemblance que nous nous réservons de préciser 
ces rapports au chapitre ayant trait aux transformations des 
migraines. 

La vraie cause des accès de migraine accompagnée se 
trouve évidemment dans l'hérédité, mais il ne faut pas 
non plus négliger les causes accessoires. Règle générale 
(Liveing), plus le sujet est prédisposé, moins la cause 
accessoire a d'importance. 

Les désordres gastriques, la période cataméniale, la 
grossesse, ont surtout de l'importance sur la production de 
la migraine simple. 

Piorry dit cependant que la migraine ophthalmique dont 
il était atteint se produisait ou quand son estomac était 
plein ou quand il était vide. 

Nous ne pouvons laisser passer sans la signaler la res- 
semblance qu'il y a entre la migraine causée par le vide 
stomacal et l'état de malaise si pénible que signalent les 
neurasthéniques quand ils souffrent de leurs fringales. 

Le sommeil et la veille peuvent provoquer la migraine. 
Le matin au lever, des malades sont pris de leur douleur. 
Un malade que j'ai connu eut pendant quelque temps des 
accès de migraine accompagnée chaque fois qu'il fit la sieste 
dans le tantôt. Le trouble oculaire se produisait aussitôt 
les yeux ouverts. 

Le passage du sommeil à la veille et de la veille au som- 
meil, dit Marshall-Hall, est particulièrement apte à pro- 
duire les troubles nerveux; il cite la laryngite striduleuse 
et l'épilepsie comme manifestations capables de se produire 
soit en dormant, soit en se réveillant. 

Les impressions sensorielles nous paraissent avoir une 



18 Janvier 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N* 3 — as 



grosse influence. C'est toujours ou presque toujours à la 
suite de la fatigue oculaire que les malades dont j'ai pré-' 
sente les observations à la Société clinique^ en novembre 
1888, ont été pris de leur migraine: lectures longtemps 
prolongées de caractères fins, dans un mauvais jour; lec- 
ture dans une voiture qui secoue ou sur un omnibus; lec- 
ture en mangeant; miroitement des eaux; réverbération sur 
une route très blanche ; travaux minutieux ; fonctionnement 
inégal des deux yeux (travaux d'histologie) ; port de verres 
trop forts, etc. Piorry considère sa migraine ophthalmique 
comme causée sympathiquement par l'irritation du nerf 
optique après avoir longtemps observé de petits objets avec 
un éclairage défectueux. Telles sont les causes rencontrées 
le plus souvent à l'origine d& l'affection spéciale que nous 
étudions. 

Les influences météorologiques invoquées si souvent par 
les médecins anglais nous ont paru avoir peu d'importance. 

Dbscriptiok. — Le mode de début est loin d'élre toujours 
le même. Dans la moitié des cas peut-être les malades 
étaient depuis fort longtemps des migraineux vulgaires chez 
qui les symptômes: aphasie, auras sensitive, parésie, etc., 
sont venus s'ajouter ou se substituer aux symptômes fonda- 
mentaux de la migraine simple. Souvent aussi la migraine 
complexe que nous étudions éclate tout d'un coup avec ses 
phénomènes propres. Rarement les phénomènes oculaires 
font défaut. Ce sont eux, si légers qu'ils soient, qui donnent 
la caractéristique de l'affection. Il faut savoir, cependant, 
qu'ils peuvent faire défaut. Un de nos malades, après plu- 
sieurs mois d'un grand surmenage intellectuel, rentra chez 
lui comme ébloui et ne pouvant plus dire autre chose que 
le mot Bradamantei Les phénomènes oculaires avaient été 
très peu marqués, cela nous suffit cependant pour porter 
le diagnostic de migraine ophthalmique accompagnée 
d'aphasie; l'événement prouva que nous avions eu raison. 
Au bout d'une heure et demie la parole revint et tout 
rentra dans l'ordre; mais cinq mois après, en rentrant 
d*uue promenade au grand soleil, belle hémiopie latérale 
de l'œil droit avec légers phénomènes d'accompagnement. 
C'était donc bien la migraine ophlhalmique dissociée à 
laquelle nous avions eu affaire. 

Ces troubles oculaires affectent très souvent une préfé- 
rence marquée pour tel ou tel symptôme d'accompagnement, 
mais oû doit se rappeler que cela n'a rien de fixe et que 
toutes les combinaisons sont possibles. Quoi qu'il en soit, 
laissoosjdecôté la migraine simple, connue de tout le monde. 
Nous arrivons à la description de la migraine ophthalmique 
simple dont nous allons énumérer les caractères les plus 
constants, n'ayant pas à en faire ici une description détaillée ; 
ensuite nous étudierons avec plus de précision les symptômes 
qui accompagnent souvent ce syndrome capital ; migraine 
ophthalmique. 

Le plus souvent, à la suite de la fatigue oculaire que 
nous avons signalée, le malade est pris d'une sorte d'éblouis- 
sèment dans un seul œil ou dans les deux yeux. Des points 
obscurs apparaissent dans le champ visuel et causent autant 
de lacunes; souvent ces lacunes sont disposées irrégulière- 
' ment, souvent aussi elles obéissent à des lois déterminées 
I et occupent la moitié du champ visuel en haut ou en bas 
ou sur les côtés {hémiopie) '^ dans d'autres circonstances 
elles envahissent le même champ visuel de la périphérie au 
centre {rétrécissement concentrique passager du champ 
visuel ; analogie avec ce qui se passe chez certains épilep- 



tiques au moment de la crise). Quelquefois la lacune débute 
au centre du champ et gagne la périphérie. 

Dans ces deux derniers cas le phénomène peut avoir assez 
d'intensité pour aller jusqu'à la cécité complète. 

Dahs la majorité des cas, il semble qu'un brouillard épais 
s'étend sur les objets; ce brouillard est gris et immobile. 

Quand les lacunes sont disposées irrégulièrement, le 
malade dit communément que le livre qu'il lit est plein de 
c blancs » et que la lecture est impossible de ce fait. Quand 
le trouble oculaire est localisé et prend la forme hémiopie, 
le malade ne voit que la moitié des objets placés devant lui, 
les mots sont coupés en deux, une moitié est invisible pour 
lui, il faut déplacer constamment le livre de droiie à gauche 
ou de gauche à droite. Si l'hémiopie occupe la moitié supé- 
rieure du champ visuel, le malade ne voit que les jambes 
d'un homme qui vient à lui. Si c'est, au contraire, la moitié 
inférieure, on voit l'homme situé en face de vous coupé à 
mi-hauteur. S'il s'agit du rétrécissement passager du champ 
visuel^ le patient voit le cercle de brouillard gagner petit 
à petit le centre du champ. Lit-il, il ne voit que le mot qu'il 
fixe; les mots qui précèdent ou ceux qui suivent disparais- 
sent; bientôt les lettres elles-mêmes ne sont vues qu'une 
à une. 

Un malade, dont nous avons rapporté l'observation, regar- 
dait une horloge et ne voyait qu'elle. Ensuite, il ne voyait 
plus le cadre, puis les chiffres marqués autour du cadran. 

Bientôt le point d'attache seul des aiguilles demeurait 
visible, et, si le malade s'efforçait de fixer quand même, il 
ne voyait plus rien et était pris de vomissements. 

Le scotome scintillant, dont nous ne voulons pas refaire 
ici la description complète, débute fréquemment pendant 
la lecture (Forster), à gauche ou à droite du point de fixa- 
tion. A cet endroit plusieurs lettres manquent. La lettré 
fixée, ainsi que tout le reste de la ligne, sont distincts; mais 
bientôt la partie obscurcie progresse en prenant une forme 
semi-lunaire, à bord concave peu distinct tourné du côté du 
point de fixation. Sur le fond noir se dessine bientôt une 
bande lumineuse d'épaisseur variable ; à cette bande qui très 
souvent est jaune éclatant, se joignent d'autres bandes 
parallèles multicolores qui s'agitent et ondulent, dessinant 
bientôt des angles rentrants et saillants représentant assez 
bien le plan de fortifications à la Vauban. Le phénomène 
dure plus ou moins longtemps. Le lacet qui constitue le 
scotome s'ouvre à la manière d'un croissant aux cornes 
effilées, il se transporte petit à petit vers les limites les plus 
tcculées du champ visuel et finit par disparaître. Si le plan 
et l'aspect général de ce scotome sont toujours les mêmes, 
les variétés et les différences individuelles sont innombra- 
bles. Un malade voit une bande noire (scotome vaporeux 
noir de Galezowski) qui s'agite; l'autre ne voit que des 
bandes lumineuses rompues de distance en distance; l'autre 
ne voit qu'un filet d'or ondulant sur un fond noir. 

Liveing, Parry, Airy, ont démontré que le trouble de la 
vue débute par un cercle sombre qui grandit et prend la 
forme d'une enceinte fortifiée à angles irisés, rappelant les 
couleurs variées du spectre solaire. 

La forme la plus fréquente du scintillement est celle de 
zigzags, d'éclairs apparaissant dans le champ visuel infé- 
rieur et externe, s'éte^idant ensuite à toute l'étendue du 
champ visuel. Dianoux a décrit un scotome dessinant des 
arches lumineuses qui se superposent et produisent un 
véritable incendie de tout le champ de la vue. 

D'autres fois, et ceci est le cas le plus fréquent, le malade 



36 _ W 3 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 18 Janvier 1889 



voit apparaître un globe de feu ou une roue blanche, rouge, 
phosphorescente, animée de mouvements de rotation et de 
vibration. La roue s'élargit, s'obscurcit à son centre, s'ouvre 
du côté du point de fixation avec les angles rentrants et 
saillants des plans de fortification. 

Le scotome est toujours mieux perçu dans une demi- 
obscurité qu'au grand jour, et même que dans l'obscurité 
complète. 

Les variétés du scotome sont, avons-nous dit, innombra- 
bles; M. Charcot a vu un malade chez qui il affectait la 
forme d une tète d'homme. Quel que soit, du reste, l'aspect 
que revêt le symptôme, tous les efforts faits pour lutler 
contre lui ne font que Taugmenter et peuvent amener la 
cécité plus ou moins rapidement. 

Donc, hémiopie périodique, amblyopie, rétrécissement 
concentrique passagerdu champ visuel, scotome scintillant, 
le tout suivi ou non suivi d'amaurose passagère, tels sont 
les symptômes oculaires sur lesquels s'est fondé le grand 
syndrome migraine ophthalmique. 

Ces phénomènes visuels durent de quelques secondes à 
une demi-heure ou une heure ; ils précèdent de très peu la 
douleur céphalique. 

La douleury dit Sarda, siège le plus souvent à la région 
frontale, parfois à la tempe ou à la région pariétale; elle 
est surtout orbitaire ou péri-orbi taire. On Ta observée sur 
la région sourcilière, à l'occiput, dans l'oreille; rarement 
elle occupe un des côtés du nez et de la pommette. Le globe 
de Tœil est douloureux, il parait enfoncé dans l'orbite ou 
bien poussé au dehors. On peut comparer la douleur éprouvée 
à celle du glaucome aigu (Dianoux). Cette douleur s'irradie 
parfois assez loin, et constitue une véritable hémicrànie. 

La pression sur une large surface (Latham) soulage par- 
fois les accès. Au plus fort des accès viennent parfois des 
nauséjes et des vomissements qui terminent la série. 

P. Berdez. 
{A suivre.) 



PATHOLOGIE GÉNÉRALE 

La diphthérie maladie parastialre. Pathogénte de la 
paralysie dlphtliéFiltqae* 

A l'école française revient l'honneur d'avoir, ily asoixanle 
ans déjà, établi par la clinique la spécificité de la diphthérie. 
C'est dans le but de prouver d'une façon rigoureuse la 
réalité de la doctrine de Bretonneau et de Trousseau, que 
divers savants se sont attachés en ces dernières années à la 
recherche de l'agent pathogène de cette maladie. Talamon 
avait déjà en 1881 tenté sa découverte, lorsque Klebs 
en 1883, et surtout Lœffler en 1884, démontrèrent dans la 
profondeur des fausses membranes diphthéritiques la pré- 
sence constante d'un bacille à caractères particuliers. Ce 
bacille inoculé par LœFfler sur les muqueuses des pigeons, 
des poules, des lapins ou des cobayes donnait bien des 
fausses membranes au point d'inoculation, mais la fausse 
membrane est une lésion si facile à déterminer chez ces 
animaux qu'elle ne pouvait suffire à établir la spécificité du 
microbe de Klebs, mise en doute par'différenls auteurs. 

Hier encore cette question de Tétiologie de la diphlhérie, 
quoique préparée par les recherches de Klebs et de Lœffler, 
était pleine d'obscurité et d'incertitude. Elle est aujourd'hui 



résolue par les travaux poursuivis depuis trois ans au Labo- 
ratoire de M. Pasteur par MM. Roux et Yersin travaux dont 
les résultats viennent d'être publiés dans le dernier numéro 
des Annales de VInslitut Pasteur. 

MM. Roux et Yersin n'ont pas seulement étudié en détails 
les caractères morphologiques et biologiques du microbe de 
la diphthérie, ils ont encore montré toutes ses qualitr'^s 
pathogènes et les premiers ont su reproduire expérimen- 
talement une des manifestations les plus caractéristiques 
de la diphthérie : la paralysie. 

I 

Dans les quinze cas de diphthérie dont ils ont examiné 
les fausses membranes, MM. Roux et Yersin ont constam- 
ment retrouvé le bacille de Klebs et de Lœffler. Ce microbe 
immobile est un peu plus épais que celui de la tuberculose 
dont il a la longueur. Il se développe à l'abri de l'air ou à 
son contact, il croit à la température ordinaire et conserve 
longtemps sa vitalité dans les milieux nutritifs. Il se colore 
facilement par le bleu de méthylène ; quand la culture est 
âgée, le bâtonnet devenu renflé, arrondi ou en poire oe se 
colore plus uniformément. 

Les inoculations faites chez le lapin, le cobaye et le pigeon 
déterminent des lésions et des symptômes difi'érents suivant 
la porte d'entrée : muqueuses, tissu cellulaire sous-cutané, 
système veineux. 

Sur les muqueuses, excoriées au préalable et principale- 
ment sur celle de la trachée, le dépôt de quelques gouttes de 
culture suffit à déterminer l'apparition de fausses mem- 
branes fibrineuses. L'afi'ection ainsi produite par MM. Roux 
et Yersin rappelle le croup chez l'homme : < La difficulté 
que l'animal éprouve à respirer, le bruit que fait l'air en 
passant par la trachée obstruée, l'aspect de la trachée con- 
gestionnée et tapissée de fausses membranes, le gonflement 
œdémateux des tissus et des ganglions du cou, rendent cette 
ressemblance absolument frappante. » 

L'injection sous la peau occasionne d'une part une lésion 
locale, et de l'autre des troubles généraux amenant une 
issue fatale lorsque la dose inoculée est suffisante. La 
lésion locale chez le lapin ou le cobaye consiste en un 
œdème gélatineux et un enduit grisâtre, avec tuméfaction 
des ganglions correspondants. 

Les organes internes ne présentent d'autre lésion appa- 
rente qu'une congestion plus ou moins intense avec dila- 
tation vasculaire. Les vaisseaux sont remplis par un sang 
noir et mal coagulé. Le foie seulement, chez le lapin, est le 
siège d'une dégénérescence graisseuse. 

Les injections intra-veineuses ont donné, entre les mains 
de MM. Roux et Yersin, des résultats contraires à ceux i 
obtenus par Klebs. Chez les lapins, ils ont déterminé la 
mort, en :raoins de soixante heures, par l'inlroduclion de 
1 centimètre cube de culture. Les animaux mouraient comme 
dans certaines septicémies, sans lésions spécifiques, avec | 
congestion générale des organes abdominaux, gonflement 
des ganglions, néphrite aigué, très souvent dégénérescence j 
graisseuse du foie. 

L'inoculation du bacille de la diphthérie dans le péritoitie ' 
tue les cobayes moins rapidement que Tinoculation sous- 
cutanée. 

Le succès des inoculations varie avec les qualités de la 
culkire mise en usage. La virulence du bacille de la diph- 
thérie ne parait cependant pas aussi fragile que l'ont pré- , 
tendu quelques auteurs. Si les cultures longtemps con- 



18 Janvier 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N» 3 — 37 



serrées diminuent de virulence, elles reprennent toute 
leur activité lorsqu'on les rajeunit. Enfin le bacille prove- 
nant d'une dipbthérie humaine très infectieuse ne parait 
pas plas virulent que celui retiré d'une diphthérie humaine 
bénigne. 

« Un des points les plus intéressants dans l'histoire de la 
diphlbérie, disent MM. Roux et Yersin, est le suivant : à 
«savoir que Ton ne trouve l'organisme pathogène que dans 
les fausses membranes et qu'il est absent des organes et 
du sang des personnes qui ont succombé à cette maladie. 
II en est de même chez les animaux qui meurent à la suite 
d*une infection expérimentale. » Le bacille delà diphthérie 
ne pullule, en effet, qu'au point d'inoculation. Il ne passe 
dans le sang que très accidentellement. Des expériences 
minutieusement suivies, ont permis à MM. Roux el Yersin 
d'arriver à celte conclusion. Ils ont sacrifié une série d'ani- 
maux, de deux heures en deux heures, à partir du moment 
de J 'inoculation, et une seule fois, chez un cobaye pendu 
après la sixième heure, la pulpe du foie leur a donné tine 
culture. 

Môme après injection intra-veineuse, il faut semer de 
grandes quantités de sang ou de pulpe de rate pour obtenir 
de temps en temps une culture et encore faut-il que la prise 
ait été faite quelques heures seulement après l'inocu- 
lation. 

Ces faits observés chez l'homme et les animaux démon- 
trent que la diphthérie est une maladie infectieuse locale. 
Son microbe ne se généralise pas à toute l'économie, comme 
le fait celui du charbon. Les exemples de maladie infec- 
tieuse locale ne manquent plus en pathologie humaine. 
Ainsi la blennorrhagie est une infection qui reste toujours 
localisée au point primitivement inoculé. Quand son microbe 
se trouve entraîné dans la circulation, il peut se multiplier 
à l'intérieur d'une synoviale où le hasard l'a jeté, mais il ne 
reste pas dans la masse sanguine qui, pour un instant, 
lui a servi de voie de transport. 

Le microbe du télanos demeure toujours également au 
niveau de la plaie; jamais il ne se généralise; jamais on ne 
le retrouve dans le sang ou les organes; c'est ce que nous 
ont confirmé des expériences que nous poursuivons avec 
M.Chantemesse. C'est donc seulement au niveau de cette 
plaie, souvent de minime étendue, que le microbe peut 
élaborer des substances chimiques, telles que la télanine 
de Brieger, substances capables sans doute d'agir sur les 
rentres nerveux pour déterminer les symptômes bruyants du 
tétanos. 

De même, en ce qui concerne la diphthérie, maladie où 
on ne trouve l'agent pathogène que dans les fausses mem- 
branes, on doit admettre que les troubles généraux, les 
altérations sanguines, et les lésions vasculaires de tous les 
organes sont dus à un poison très actif qui du point où il 
est élaboré par le microbe, se répand dans tout l'organisme. 
Conduits par ce raisonnement, MM. Roux et Yersin sont 
parvenus à mettre en évidence les poisons chimiques pro- 
duits par la culture des bacilles de la diphthérie. 

II 

Les deux savants expérimentateurs, sans se préoccuper 
d'isoler l'élément actif, alcaloïde ou diastase. ont employé 
pour cette recherche des cultures vieilles de sept jours, 
qu'ils avaient rendues pures de tout microbe, après filtration 
sur porcelaine. 



Par l'injection de ces liquides dans la cavité péritonéale 
des cobayes ou dans les veines des lapins, ils ont déterminé 
des phénomènes toxiques et des lésions analogues à celles 
produites par l'inoculation du bacille vivant dans le système 
veineux. 

L'injection sous la peau des produits diphlhéritiques solu- 
bles, faite en quantité suffisante, occasionne aussi bien au 
point d'inoculation que dans les organes à distance des 
lésions analogues à celles produites par le microbe vivant 
introduit par la même voie. 

. Les espèces animales en expérience sont d'autant plus 
impressionnées par les cultures inertes qu'elles sont plus 
sensibles à l'action du microbe de la diphthérie. Ainsi trois 
à quatre gouttes de culture stérilisée inoculée sous la peau 
de petits oiseaux suffisent pour amener la mort en quelques 
heures; par contre les animaux c comme les souris et les 
rats qui ne deviennent pas malades après injection sous- 
cutanée de grandes quantités de bacilles de Klebs, montrent 
une remarquable résistance vis-à^vis du poison diphthéri- 
tique. Une dose de 2 centigrammes qui fait périr un lapin de 
3 kilogrammes en soixante heures, est sans effet sur une sou- 
ris du poids de 10 grammes. Chose plus surprenante encore, 
on n'observe aucune lésion de la peau, chez la souris, au 
point d'inoculation, tandis que l'injection des doses les plus 
faibles (1/15 de centimètre cube) amène une mortification 
étendue de la peau des cobayes. Il est cependant possible de 
faire périr une souris avec le poison diphthéritique en concen- 
trant le liquide dans le vide et en injectant une très forte 
dose dans un petit volume. > 

Plus les cultures sont anciennes, plus le poison diphthé- 
ritique est abondant et plus rapides aussi sont les effets de 
l'injection du liquide filtré. C'est ainsi qu'en opérant avec 
d'anciennes cultures qu'ils venaient de stériliser, MM. Roux 
el Yersin ont produit chez l'animal une diphthérie toxique 
suraiguê, évoluant en quelques heures. Dans ces conditions 
l'animal succombe rapidement avec une diarrhée profuse, 
semblable à celle que l'on observe dans la diphthérie infec- 
tieuse, avec une respiration anxieuse et une impotence 
musculaire absolue. 

Lorsque les doses du poison sont moins massives, deux ou 
trois jours s'écoulent avant l'apparition des premiers sym- 
ptômes qui vont sans cesse croissant jusqu'au cinquième ou 
sixième jour, époque de la mort. Parmi ces symptômes, il 
en est un, la paralysie, que MM. Roux et Yersin ont été les 
premiers, avons nous dit, à reproduire expérimentalement 
aussi bien avec le microbe vivant qu'avec les poisons chimi- 
ques sécrétés par lui. Ce symptôme ainsi reproduit a une 
importance capitale dans l'histoire de la diphthérie expéri- 
mentale. C^est sur lui qu'il nous reste à nous étendre. 

III 

Nous sommes loin déjà du temps où Gûbler considérait 
la paralysie diphthéritique comme une syndrome banal, 
commun à toutes les angines et à toutes les infections. La 
paralysie diphthéritiquapar son mode d'apparition, ses sym- 
ptômes, son évolution présente des caractères que l'on ne 
retrouve dans aucune autre paralysie infectieuse, La para- 
lysie est si bien dans le cadre de la maladie qu'elle apparaît, 
quelle que soit la région envahie par la membrane diphthé- 
rilique, peau ou muqueuse, et qu'elle peut éclater dans 
certaines épidémies sans avoir été précédée d'angine ou 
d'une autre manifestation de la diphthérie. Des faits sem- 



38 — No 3 -_ 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE i» Janvier 1889 



blables ont élé relatés dans le mémoire de Boissarie, publié 
dans la Gazette hebdomadaire en 1881. 

On conçoit donc l'importance qu'il y avait à reproduire 
expérimentalement avec le bacille de Klebs cette paralysie, 
pour établir la spécificité de ce micro-organisme. Loeffler 
ne put déterminer de paralysies diphthéritiques chez les 
animaux par lui inoculés, et à la fin de son mémoire il 
avouait consciencieusement que c'était un argument à 
opposer contre la valeur du microbe qu'il croyait être 
celui de la diphthérie. Plus heureux dans leurs tentatives, 
HM. Roux et Yersin ont déterminé des paralysies en inocu- 
lant, par la voie veineuse ou par la voie pharyngée ou tra- 
chéale, soit des cultures vivantes, soit des cultures filtrées. 
Les symptômes paralytiques peuvent surtout s'observer chez 
les animaux qui ne succombent pas à une intoxication trop 
rapide. Ainsi chez un pigeon la paralysie débuta trois 
semaines après l'inoculation, alors que l'animal, débar- 
rassé de ses fausses membranes, semblait complètement 
guéri. L'impotence fonctionnelle des pattes et des ailes 
fut presque complète ; la mort survint, deux jours après 
l'apparition de ces symptômes, et l'autopsie ne permit de 
déceler aucune lésion du système nerveux pour expliquer 
les troubles moteurs. 

Chez le lapin, la paralysie survient en général par le train 
postérieur; elle est parfois si rapidement progressive, qu'en 
deux ou trois jours la totalité du corps est envahie. On peut 
observer toutes les localisations de la paralysie diphthéritique 
humaine. Dès le début, l'impotence porte parfois sur les mus- 
cles du cou et l'animal ne peut alors soulever sa tête du sol ; 
les muscles du larynx peuvent être envahis, d'où la raucité 
de la voix. Chez un cobaye « la respiration était seulement 
diaphragmatique et saccadée; lorsqu'on obligeait l'animal 
à courir, l'oppression devenait si forte qu'il tombait presque 
asphyxié ». C'est le tableau que Ton observe chez l'homme 
atteint après la diphthérie de paralysies de certains mus- 
cles respiratoires. 

Il n'est pas jusqu'à la mort subite que Top ne puisse voir 
survenir sans convulsions et surprendre l'animal dans l'atti- 
tude dans laquelle on venait de le voir quelques instants 
auparavant. 

MM. Rouxet Yersin, en démontrant une fois de plus quelle 
était la cause réelle des paralysies dans les maladies infec- 
tieuses, ont établi que la vérité était dans la vieille opinion 
de Trousseau, qui incriminait déjà une intoxication. 

Ce n'est pas le bacille qui produit la paralysie, mais bien 
les substances toxiques sécrétées par lui, puisque les 
cultures stérilisées par filtration produisent les troubles 
moteurs tout aussi bien que les cultures ou pullulent les 
micro-organismes. 

Comment les substances toxiques impressionnent-elles le 
système nerveux? Attaquent-elles la moelle ou le nerf péri- 
phérique? C'est là un point de pathogénie que l'expérimen- 
tation n'a pas encore élucidé. H. Babinski (1) n'a pu déceler 
de lésions du système nerveux chez un des animaux que 
M. Roux avait rendu paralytique. En étudiant avec M. Charrin 
la paralysie pyocyanique, M. Babinski n'avait pas été plus 
heureux dans ses investigations anatomiques. 

IV 

Les observations et expériences de MM. Roux et Yersin 
font plus qu'apporter des arguments décisifs en faveur de la 
spécificité du bacille de Klebs et de LœfQer ; elles permettent 

(1) Babioskî, SocUlé de biologie, 12 jaavier 1889. 



de tirer quelques conclusions touchant l'hisloire de la 
diphthérie. 

Le microbe décrit par eux ne ressemble nullement par 
ses caractères à ceux qu'ont trouvés dilTérents expérimen- 
tateurs dans la diphthérie spontanée des volailles. Au cours 
de recherches entreprises avec M. Dieulafoy sur une mala- 
die des pigeons, nous avons deux fois avec notre maître 
trouvé presque à l'état de pureté un microbe en chaînettes 
dans des fausses membranes développées spontanément au 
niveau du pharynx de ces animaux. Ce sont là des faits con- 
traires à l'opinion soutenue par les hygiénistes, qui voient 
dans la diphthérie une maladie à nous transmise parles gal- 
linacés. 

En se plaçant au point de vue pratique, on peut dire que 
si la diphthérie est avant tout une infection locale, c'est loca- 
lement qu'il faut l'attaquer en détergeant avec conviction la 
fausse membrane et en pratiquant l'antisepsie de la bouche. 
Cette antisepsie doit être d'autant plus rigoureuse que les 
ulcérations sous-jacentes aux fausses membranes sont autant 
de portes ouvertes aux infections secondaires que peuvent 
déterminer les microbes innombrables répandus dans la 
cavité buccale. 

D'autre part, si les expériences de MM. Roux et Yersin 
tendent à prouver que le microbe de la diphthérie ne se 
développe que sur une muqueuse déjà malade, il est pro- 
bable que le plus souvent il en est ainsi chez l'homme. 
Aussi voit-on, disent-ils, que la diphthérie est surtout fré- 
quente à la suite de la rougeole et de la scarlatine. On ne 
doit donc jamais négliger l'angine de ces deux maladies et 
pratiquer l'antisepsie de la bouche des morbilleux ou 
des scarlatineux pour essayer de prévenir la diphthérie 
secondaire. 

Fernand Widal. 



CONTRIBUTIONS PHARMACEUTIQUES 

AaTon antiseptique ou eblmrsleal. 

On sait quelles difficultés l'on éprouve lorsqu'il s'agit 
de faire disparaître l'odeur de l'iodoforme qui reste atta- 
chée aux mains après chaque manipulation de ce médica- 
ment. Les préparations à l'essence d'amandes amères sont 
souvent efficaces dans ce but. Mais, d'après M. F. Gay, 
pharmacien en chef des hospices de Montpellier, on arrive- 
rait aisément à un résultat favorable à l'aide d'un savou 
dont voici la formule : 

Savon blanc de Marseille râpé .... 600 grammes. 

Sulfophénate de zinc 15 — 

Essence de géranium rosat 15 — 

Teinture de quillaya 20 — 

Solution alcoolique saturée d'éosine. 4 — 

Glycérine officinale 90 — 

Eau distillée Q. S. 

Dissolvez le sulfophénate de zinc dans le double de son 
poids d'eau et mêlez le soluté à la glycérine. Chauffez en- 
semble au bain -marie le liquide glycérine et la ràpure de 
savon en les additionnant d'une quantité d'eau distillée 
suffisante pour que la masse chaude ait une consistance 
molle. Ajoutez alors la teinture de quillaya, la solution 
alcoolique d'éosine et l'essence de géranium. Lorsque par 
l'agitation le mélange est devenu homogène, coulez-le dans 
des moules. 



18 Janvier 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



N« 3 — 39 



Enveloppez de papier d'étain les pains de savon. 

Ce produit diffère peu d*un savon antiseptique ou chi- 
rurgical déjà proposé par H. Reverdin et dont voici la for- 
mule : 

Huile d*amandes douces 72 grammes. 

Lessive de soude 214 — 

Lessive de potasse. 12 — 

Sulfophénate de zinc 2 — 

Essence de roses 9^*^,50. 

H. Gay a cru devoir substituer à l'essence de roses Tes- 
sence de géranium qui donne les mêmes résultats et qui 
coûte infiniment moins cher. En outre la formule de M. Re- 
verdin exige pour sa préparation au moins un mois, tandis 
que le savon de M. Gay se prépare extemporanément. On 
pourra^ avec non moins d'avantages, substituer à l'essence 
de géraniom, ou à l'essence de roses, l'essence d'amandes 
amèrcs. 

^ 

BEVUE DES COURS ET DES CLINIQUES 



HÔPITAL SAINT-LOUIS. 



- SERVICE DE M. LE PROFESSEUR 
FOURMIER. 



M. le professeur Fournier va commencer une série de 
leçons sur la syphilis par conception. Nous en donnerons 
plus tard un compte rendu détaillé sous forme de revue 
générale. Mais nous devons dès aujourd'hui signaler une 
innovation heureuse et intéressante pour tous ceux qui 
s'occupent de dermatologie et de syphiligraphie. Une fois 
par semaine, le jeudi matin, les médecins de l'hôpital se 
réunissent sous la présidence de M. le docteur Lailler : il y 
a présentation des malades les plus curieux de chaque 
service et beaucoup de ces présentations sont suivies de 
discussions. Le compte rendu officiel de ces séances clini- 
ques paraîtra dans les Annales de dermatologie et de 
syphiligraphie. Nous croyons cependant intéressant pour 
les lecteurs de la Gazette^ hebdomadaire de prendre parmi 
les cas présentés les plus simples et les plus pratiques et 
d'en donner un aperçu succinct. 

Kous comptons continuer cette revue tous les mois; ceux 

3ue de semblables questions intéressent spécialement (1), 
evront se reporter aux Annales de dermatologie pour y 
trouver l'analyse complète des faits cliniques discutés dans 
ces réunions. 

Alopécie syphilitique chez les nouveau-nés. — Quoique 
beaucoup moins fréquente chez l'enfant que chez l'adulte, 
on peut voir l'alopécie survenir dans la syphilis infantile 
héréditaire. M. Besnier présente un jeune enfant, syphili- 
tique héréditaire, atteint d'alopécie dilTuse, représentant le 
I type que l'on rencontre chez l'adulte. 

M. roumier en a observé plusieurs cas et en possède 
' deux ou trois photographies. (Séance du 29 novembre 1888.) 

i Nodosités érythéîiateuses des membres inférieurs. — 

^ M. Besnier présente une jeune femme chez laquelle on voit 

sur les deux jambes des nodosités aphlegmasiques, nées 

dans l'hypoderme, atteignant successivement les couches 

superficielles de la peau et se traduisant par une coloration 

livide du tégument. Ces nodosités ressemblent aux gommes 

^ syphilitiques et aux gommes scrofulo-tuberculeuses. Elles en 

' différent par leur durée prolongée, leur état stationnaire, le 

non-ramollissement ; ces nodosités ne s'ulcèrent qu'acci- 

(1) l* revod des cours et cliniques que la Gazette hebdomadaire inaugure 
cette année s, en effet, pour objet principal de donner, au jour )c jour, un résunuS 
concis, mais exact, du mouvement scientifique contemporain. C'est dans les 
recneUs spéciaui qui! conyient de publier les leçons in extento et les mémoires 
orifinaia d'iule étendue considérable. [tiott <k la rédaction,) 



dentellement sous l'influence de violences extérieures. Elles 
différent de l'érythème noueux par leur siège exclusif aux 
jambes, leur développement à toute la périphérie du 
membre, leur longue durée et leur indolence. L iodure de 
potassium est sans action sur elles; elles guérissent par le 
repos horizontal, la compression. Ces nodosités ne sont 
qu'un épiphénomène dans l'affection décrite, imparfaitement 
il est vrai par Bazin, sous le nom d'érythème induré; on les 
observe à peu près exclusivement en même temps que de 
l'érythromélalgie de la jambe, de l'œdème pâteux hyper*, 
trophiant chez des jeunes filles mal réglées et que leur pro-r 
fession oblige à stationner longtemps debout. (Séance du 
29 novembre 1888.) 

Pityriasis rosé de Gibert ; variété prolongée. — 
M. Fournier présente un malade atteint de pityriasis rosé de 
Gibert, remarquable par sa persistance et par la confluence 
des éléments éruptifs. 11 y a déjà plus d'un mois que dure 
l'éruption et si elle a disparu en partie sur les membres 
inférieurs, elle persiste encore sur le tronc sous forme de 
placards très étendus. — M. Hallopeau a vu dans un cas le 
pityriasis rosé durer quatre ans. — M. Besnier a vu d'assez 
nombreux cas de pityriasis rosé prolongé. Il est à désirer, 
dit-il, que l'histologie de cette affection soit l'objet de 
recherches suivies; nous sommes encore réduits à avouer 
notre ignorance sur sa nature. Il est remarquable que 
malgré ses allures parasitaires cette affection ne soit pas 
contagieuse, ni susceptible de récidives. (Séance du 29 no- 
vembre 1888.) 

Purpura iodo-potassique. — M. Besnier présente un 
malade, ancien syphilitique, qui a pour l'iodure de potas* 
sium une intolérance vraiment remarquable; cette intolé- 
rance se traduit par une éruption de purpura sur les 
membres inférieurs chaque fois qu'il prend de l'iodure. 
H. Besnier lui a fait prendre cinq gouttes de teinture 
d'iode : ce malade a été pris d'accidents d'Iodisme (dvs- 
pnée, anxiété, accélération du pouls) tels qu'il a fallu 
suspendre tout de suite l'emploi de l'iode; mais il n'a pas eu 
de purpura. Il est donc à remarquer oue le purpura dit 
iodique ne se produit pas à la suite de remploi de l'iode 
en nature, mais seulement chez les malades qui font usage 
d'iodure de potassium, d^où l'appellation à donner de pur- 
pura iodo-potassique. (Séance du 29 novembre 1888.) 

Fayus généralisé. Cicatrices post-faviques aux mem- 
bres INFÉRIEURS. — M. Hallopeau présente un malade 
dont les jambes sont couvertes de cicatrices arrondies, 
déprimées, pigmentées à leur périphérie, disposées en 
cercles et ayant l'aspect de cicatrices de lésions syphili- 
tiques. Il s'agit cependant de cicatrices de favus ; de temps 
en temps on voit apparaître au niveau ou au voisinage des 
cicatrices des godets faviques absolument caractéristiques. 
Le malade a de plus des lésions très nettes de favus du 
cuir chevelu et du favus des ongles. Il est tuberculeux. — 
M. Besnier considère ce fait comme exceptionnel; dans les 
nombreux cas de favus du corps qu'il a observés, il n'ti 
jamais vu de cicatrices consécutives; il faut peut-être dans 
ce cas tenir compte de l'état général du malade qui est 
tuberculeux. Le favus du cuir chevelu donne des cicalrices 
spéciales parce qu'il envahit les follicules pileux; mais il 
n en est pas de même pour les autres régions. — M. Lailler 
n'a pas vu non plus de cicatrices à la suite de favus du 
corps; il rapporte plusieurs cas observés par lui de longé- 
vité extraordinaire des germes faviques et de contagion 
médiate. (Séance du 6 décembre 1888.) 

Lupus tuberculeux aigu, nodulaire, disséminé. — On 
est encore peu familiarisé avec l'idée que le lupus peut se 
disséminer et apparaître d'une façon rapide comme une 
éruption véritable. M. Besnier présente une petite fille de 
quatre ans, en état de nutrition satisfaisant, née de parents 
non syphilitiques, moins sûrement indemnes de tuberculose» 



40 — N« 3 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 18 Janvibu 1889 



qui présente sur tout le 'corps des éléments néoplasiques 
infiltrant le derme sous forme de nodules peu saillants à la 
surface, peu durs, avec la coloration jaune rougeâtre, ly- 
pi(}ue, du lupus tuberculeux vulgaire. Cette éruption dure 
déjà depuis un an; elle est survenue à la suite d'une rou- 
geole; il y a une quarantaine d'éléments disséminés sur la 
surface du corps. Le traitement antisyphiliiique a été 
essayé par acquit de conscience et n'a donné aucun résul- 
tat; c'est bien de lupus qu'il s'agit. — M. Hallopeau a dans 
son service un malade atteint d'un lupus ancien qui Télé 
dernier a eu une éruption généralisée absolument lupique. 
— M. Besnier a observé deux autres cas de lupus dissé- 
miné. (Séance du 6 décembre 1888.) 

Zona de l'épaule droite. — Traumatisme de l'épaule 
GAUCHE. — Il s'agit d'un malade, du service de M. Bes- 
nier, qui, ayant eu une violente contusion de l'épaule 
gauche, a vu apparaître quelques jours après un zona sur 
l'épaule du côté opposé. (Séance du 20 décembre 1888.) 

Cicatrices syphilitiques kéloïdiennes. — Guérison 
spontanée. — M. Quinquaud présente un malade dont le 
dos est couvert de cicatrices maintenant affaissées et souples, 
mais qui, il y a auinze jours, au moment de l'entrée du 
malade à l'hôpital, étaient kéloïdiennes. EHes étaient con- 
sécutives à des ulcérations syphilitiques traitées deux ans 
auparavant par M. Quinquaud. Celte fois, le malade a été 
seulement soumis aux douches sulfureuses chaudes. Ce 
résultat est vraiment remarquable, car il est rare de voir 
des cicatrices kéloïdiennes disparaître spontanément. — 
Toutes les cicatrices kéloïdiennes, d'après M. Besnier, 
peuvent guérir; celles de la scrofule guérissent au bout de 
deux ans au moins. M. Besnier a vu guérir spontanément 
une cicatrice de cette nature au bout de trois ans et comme 
on se disposait à l'enlever. (Séance du 20 décembre 1888.) 

Blennorrhacie et hydroa. — M. Tenneson présente un 
malade atteint de blennorrhagie avec manifestations arti- 
culaires qui porte sur le dos des mains et des poignets une 
éruption typique d'hydroa, dans le sens d'herpès iris de 
Bateman. Le malade n'a fait aucun traitement contre sa 
blennorrhagie. M. Tenneson constate la coïncidence des 
deux affections sans oser conclure à un rapport immédiat 
de cause à effet entre elle deux. M. Besnier croit au con- 
traire qu'il y a un rapport immédiat entre la blennorrhagie 
et cet érythème, qui n'est qu'une variété de l'érythème 
multiforme. La blennorrhagie est l'une des causes oui déter- 
minent l'érythème multiforme probablement par l intermé- 
diaire du système nerveux. (Séance du 27 décembre 1888.) 

H. F. 



TRAVAUX OKIGINAUX 

Pathologie générale. 

Essai sur la recherche , l'isolement et l'emploi 
vaccinal des excreta solurles de certains m1cr0res 
PATHOGÈNES, par M. le docteur Ricochon (de Champde- 
niers). 

(Fin. — Voy. les numéros i et 2.) 

V. — Atténuation virulente et injection des microbes 

ATTÉNUÉS pour LA PRODUCTION INTRA-ORGANIQUE DE LA 
MATIÈRE VACCINALE. 

Jusqu'ici le but a été de supprimer l'action du microbe 
pour laisser le champ libre à la matière vaccinale. Y avons- 
nous toujours réussi T Oui, le plus souvent. Ce qui le prouve 
dans les cas de filtration de l'humeur virulente, ou de des- 
truction des microbes par les agents chimiques ou physiques 
ce sont les ensemencemnts stériles tentés avec la liqueur 



restante. Mais dans la vaccination antirabique rien ne 
prouve que les microbes, réfrénés plutôt que détruits, 
ne prolongent pas dans le sang une existence précaire 
et inoffensive tout en produisant de la matière vaccinale. 
Peut-être en est-il de même du microbe de la septicémie, 
en dépit de sa prompte destruction dans le milieu sanguin. 
Le fait est tout au moins évident pour les bactéries du 
charbon symptomàtique. Celles-ci, également anaérobies 
il est vrai, résistent néanmoins à l'oxygène, et vivent et 
pullulent dans le sang, même quand elles y sont introduites 
en petite quantité. Il est facile de prouver cette pullulation 
en répétant l'expérience de MM. Arloing, Cornevin et 
Thomas. On pique n'importe quel point de la surface 
cutanée, et les bactéries ayant ainsi fait irruption à travers 
leur barrière endothéliale, s'épanchent dans leur milieu <le 
choix, dans le tissu cellulaire, en assez grand nombre 
pour produire à chaque piqûre une tumeur charbonneuse. 
Cela suppose dans le sang une pullulation énorme de bac- 
téries, hors de proportion avec la quantité injectée. 

1" AUénuation par la résistance des milieux organi- 
ques du sujet vacciné. — Et pourtant cette activité proli- 
fique n'était pas corrélative de l'activité virulente, puisque 
avant les piqûres elle ne se traduisait paraucunphénoniène 
morbide apparent. C'est qu'en réalité il s'est passé quelque 
chose d'analogue à ce qui existe pour certaines plantes 
vénéneuses, certains animaux venimeux, qui, transportés 
loin de leurs conditions climatériques ordinaires, conti- 
nuent de vivre et de se reproduire, mais cessent peu à peu 
de former en eux des produits toxiques, ou n'en forment 
plus qu'une quantité insuffisante. De même le microbe 
du charbon emphysémateux introduit dans un milieu 
qui lui est étranger, dans le sang, a pu y végéter et s'y 
multiplier; mais ses produits d'excrétion ont perdu 
cette haute toxicité qu'ils acnuièrent dans le tissu cellu- 
laire, et qui donne à la maladie sa physionomie si promp- 
tement mortelle. Celle toxicité reste dans la mesure de la 
résistance de l'organisme; elle n'est grave que pour les 
bactéries elles-mêmes, gui, déjà aflaiblies par leur lutte 
incessante contre un milieu hostile, succombent au bout 
de quelques jours. 

En réalité, d'après ce que nous venons de dire, un nou- 
veau point de vue dans l'ulilisation de la matière vaccinale 
a surri. C'est le microbe lui-même, discipliné, maté par 
le milieu hostile où on l'a forcé de vivre, qui transforme 
son activité pathogène en activité bienfaisante, et qui, loin 
de déverser dans ce milieu des proportions foudroyantes 
de produits toxiques, les mesure aux besoins de l'éco- 
nomie. 

Au reste, si cette quantité ne suflit pas pour assurer 
l'immunité, une deuxième inoculation avec du virus frais 

f permet aux nouvelles bactéries de triompher, dans une juste 
imite, de la résistance opposée déjà par la matière vaccinale 
formée et de sécréter une nouvelle quantité de matière 
devant laquelle elles disparaîtront à leur tour. Et ainsi de 
suite jusqu'à ce que la saturation soit complète, et qu'une 
dernière inoculation soit absolument sans effet. 

Dans cet exemple du charbon symptomàtique nous avons 
soigneusement évité d'inoculer le tissu conjonclif lâche, 
qui est le terrain de choix. Tout le secret de la méthode 
est là, en effet : Nous aurions réussi de même, si au lieu 
d'injecter directement dans le sang, nous eussions pris 
pour intermédiaire le tissu fibreux, compact de l'extré- 
mité de la queue, les faisceaux tendineux des extrémités 
des membres, répiîhélium alvéolaire du poumon, où les 
bactéridies ne peuvent arriver à leur développement 
complet. 

La même expérience peut être reprise avec le horse-pox. 
En évitant le derme et le tissu cellulaire sous-cutané, on 
ne voit pas apparaître l'exanthème vaccinal et on confère 
quand même l'immunité (Chauveau). Le succès est iden- 



«8 Janvier 1889 GAZETTE HEBBOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



- W 3 — 41 



tique avec le virus delà péripneumonie contagieuse, quand 
on inocule par toute autre voie que la voie pulmonaire, 
soit dans le tissu cellulaire, soit dans le sang. 

Il est vrai que dans ces dernières maladies l'existence 
d'une matière vaccinale n'a pas été confirmée. Mais Tiden- 
tité des résultats obtenus par le même procédé de vaccina- 
tion permet de croire que ce qui existe pour les premières 
maladies existe aussi pour les secondes, et qu'un jour ou 
l'autre leur matière vaccinale sera mise en évidence. 

i^ Atténuation des microbes hors de r organisme vac^ 
ciné. — Mais au lieu de confier à l'organisme vacciné le 
soin d'atténuer le microbe, l'expérimentateur peut s'en 
charger lui-même et cela de différentes manières. 

A. Atiénuation en vase clos : a. Par les cultures suc- 
resùres. — Au premier rang, comme priorité historique 
et importance, interviennent les procédés de culture de 
M. Pasteur, qui contiennent les prémisses de toutes les 
découvertes microbiennes accomplies depuis. 

\)arwîn avait montré la variabilité des espèces, la fixité 
p\us ou moins durable de quelques caractères acquis, la 
dispûritioo ou le retour atavique de quelques autres, etc. 
Au-dessus de toutes ces modalités diverses il avait dégagé 
les grands faits de Tinduence des milieux et de l'hérédité. 
Son œuvre est toute d'observation, et n'est susceptible de 
vérification précise, appliquée aux grands animaux, qu'à 
travers les âges et qu'à la condition d'aller demander à 
la terre le secret des races disparues. 

M. Pasteur a montré que le monde des infiniment petits 
obéissait aux mêmes lois, non plus simplement en natura- 
liste qui observe mais en savant qui expérimente dans le 
laboratoire. Il a utilisé dans ce out la propriété qu'ont 
les êtres microscopiques de réaliser en peu d'heures tous 
ces phénomènes de reproduction, do multiplication à l'in- 
fini, de transformation que le monde organique macrosco- 
pioue n'accomplit que dans une longue suite d'années (1). 

11 a enlevé certains microbes pathogènes aux milieux 
organiques où ils exerçaient leurs ravages pour les placer 
dans des milieux artificiels, dans des bouillons de culture. 
En les V laissant plus ou moins longtemps, en déterminant 
toutes les conditions de leur existence, il est arrivé à les 
destituer graduellement de leurs propriétés virulentes. Il 
les a fixés à son gréa chaque degré de virulence; puis, 
passant des plus faibles aux plus forts, il les a inoculés 
successivement à des animaux sains. 

A ce point les plus faibles ne donnent plus la mort, loin 
de là. Ils accomplissent silencieusement les fonctions de 
leur vie en excrétant — pour la plupart d'entre eux du 
moins — des produits qui leur sont toxiques (matière vac- 
cin^e) et qui les font périr. Alors on inocule le virus 
immédiatement supérieur, dont la vie eût été plus tumul- 
tueuse s'il eût été injecté tout d'abord, mais que la matière 
vaccinale déjà formée ramène aux proportions modestes du 
virus précédent. On continue ainsi jusqu'à l'épuisement de 
la série, et rinefficacité du virus le plus fort, c'est-à-dire 
jusqu'à immunité complète. 

\oilà ce que fit M. Pasteur pour le choléra des poules, 
pour la bactéridie charbonneuse. Il démontra que Voxygène 
était l'agent principal de l'atténuation. Mais tous les agents 
chimiques ou physiques, dont nous avons parlé à propos de 
la destruction des microbes, peuvent servir à les atténuer à 
différents degrés, selon qu'ils restent plus ou moins en deçà 
de la limite à partir de laquelle leur action destructive 
commence. 

b. Par la chaleur. — C'est ainsi' que M. Toussaint 
atténue le sang charbonneux défibriné à 55 degrés; 
M. Chauveau à 60 degrés, par un chauffage de trois heures; 
que M. Pasteur atténue les bouillons de culture charbonneux 
à,43 degrés; que MM. Arloing, Thomas et Cornevin atténuent 

il) Nous avons trouve depnis un magnifique développement de cette idée, dA à 
M. A. Bordier (Rev. te., 81 avril 1888). 



le sang du charbon emphysémateux entre 100 degrés et 
80 degrés, etc. 

c. Par les agents chimiques, — La première expérience 
en date a été faite par M. Toussaint sur le sang charbonneux 
avec l'acide phénique au tiers et on s'imagine bien que 
tous les agents antiparasitaires peuvent servir à des essais 
du même genre pour d'autres microbes. 

B. Atténuation des microbes par leur passage dans un 
autre organisme que l'organisme vacciné. — Nous avons 
raconté déjà l'exemple du rouget du porc qui, cultivé sur le 
cobaye, ne donne plus aux porcs qu'une maladie atténuée 
et le cas n'est pas unique. 

VI. — Résumé et conclusions. 

Tels sont les procédés qui ont été généralement usités 
pour utiliser la matière vaccinale que les microbes excrètent 
par leur surface, mais nous n'avons pas la prétention de les 
avoir épuisés tous. C'est ainsi que nous avons passé sous 
silence un procédé d'atténuation des microbes par leur 
inoculation à petites doses, ce qui les met en impuissance 
relative devant la résistance en masse de l'organisme inoculé. 
Ce procédé a réussi dans le charbon symptomatique (Arloing, 
Cornevin et Thomas).C'estainsique nous n'avons pas parlé 
davantage de l'immunité, procurée par l'intervention d'un 
microbe d'une espèce différente, et telle que le microbe du 
choléra des poules la donne contre la fièvre charbon- 
neuse (1). 

Ces procédés peuvent se résumer sous les chefs suivants: 

!• Filtration de l'humeur virulente, soit par le placenta, 
soit par le rein, soit sur la porcelaine; 

2*> Destruction des microbes de l'humeur virulente, soit, 
avant l'injection intra-organique, en vases clos, soit, après 
l'injection, par l'action hostile des milieux organiques; 

3' Mise en interdit des microbes contenus dans l'hu- 
meur virulente injectée, par la saturation vaccinale précoce 
des organismes. 

Ce procédé, usité dans la rage, s'applique à l'aide d'injec- 
tions répétées de virus frais ou mieiix de virus gradués ; 

4* Atténuation virulente des microbes et utilisation des 
microbes atténués pour la production de la matière 
vaccinale. 

L'atténuation se fait, ou directement dans et par l'orga- 
nisme inoculé, ou préalablement en vases clos. 

Maintenant comment comprendre le rôle de cette matière 
vaccinale? Considérons-la d'abord injectée seule. Il est 
probable qu'une partie s'élimine tout de suite par les voies 
d'excrétion, et que l'autre se fixe dans les plasmas et les 
tissus. Cette fixation a lieu sans doute comme pour toute 
autre substance chimique, et les effets d'immunité qui en 
résultent peuvent être comparés, de loin, il est vrai, à 
l'accoutumance, au mithridalisme. Puis, peu à peu, la 
substance vivante tend à se débarrasser de la matière vacci- 
nale qui lui est étrangère. Cette élimination se complète 
dans des délais, variables selon l'espèce du vaccin, mais qui 
ne semblent jamais bien longs et après lesquels l'immunilé 
a disparu. C'est ainsi qu'au bout d'un an ou deux l'immu- 
nité rabique n'est plus acquise au tiers des chiens vaccinés 
(Pasteur, il nna/^« de VJnstitut Pasteur^ janvier 1887); et, 
comme ici la localisation vaccinale a lieu pourtant dans un 
tissu (cellules nerveuses^ d'une grande stabilité nutritive, 
il est à croire que, pour d'autres maladies à déterminations 
locales différentes, l'immunité est encore plus courte. 

Il est intéressant de comparer cette brièveté de l'immu- 
nité ainsi conférée par Tinjectiôn de la matière vaccinale 
seule, avec la longue durée, étendue quelquefois à toute 
une vie d'homme, de celle que confère I intervention intra- 

(1) Ae. iei ic. 9 août 1881. Dans ces dernîen mois. M. Roux {Ânn. de llnttitut 
Poiteur, février 1888) a montré que la matière vaccinale du charbon symptoma- 
tique donnait l'immunité <anx cobayes contre la septicémie gangreneuse. 



42 _ N« 3 — GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



18 Janyier 1889 



organique des microbes, par exemple dans les fièvres 
éruptives, la fièvre typhoïde, etc. Est-ce parce que dans le 
premier cas il n'intervient jamais qu'une quantité limitée 
de substance vaccinale, et oue dans le second l'organisme 
en est littéralement saturé? rie serait-ce point plutôt que la 
matière vaccinale ne se fixe plus dans les lissus par un 
simple fait d'osmose, mais y est incorporée avec les 
microbes qui la recèlent en vertu d'une espèce de conju- 
gaison cellulo-microbienne? Il y aurait là un phénomène 
d'ordre vital, un cas particulier de phagocytose, qui impri- 
merait aux cellules Gxes ou migratrices de l'organisme une 
modification durable, aidant à comprendre la longue portée 
de l'immunité. Il nous est impossible de savoir, il est vrai, 
à quel nouvel arrangement moléculaire ou nucléaire cor- 
respond cette modification ; tout au moins pourrait-on cher- 
cher si elle provoque quelque changement dans la karyoki- 
nèse ou la coloration technique des cellules. 

Les excréta, qui pour chaque maladie composent cette 
matière vaccinale, doivent être des produits fort complexes, 
représentant sans doute la même substance azotée à des 
degrés de comnlexité différents. On peut assez bien, dès 
lors, assimiler 1 emploi qu'on en fait aujourd'hui à l'ancien 
usage de l'opium et du quinquina, avant qii'on eût décom- 
posé ces substances en leurs nombreux alcaloïdes. Un temps 
viendra sans doute où ce travail d'analyse s'appliquera de 
même à la matière vaccinale, et en dégagera quelque leu- 
comalne cristallisée, qui résumera à sa plus haute expression 
l'action de toutes ses congénères, comme la quinine pour 
les aUaloldes du quinquina. Alors quelque quantité infi- 
nitésimale de cette substance suffira pour assurer l'immu- 
nité. Il n'est même pas impossible qu'on arrive à la déceler 
toute faite dans la nature (1). 

Mais dès aujourd'hui il est merveilleux de voir comment 
tous ces êtres de raison, toutes ces vagues entités, qui ont 
soulevé tant de controverses et qui s'appelaient les miasmes^ 
les génies épidémiques, les constitutions médicales 
régnantes, ont été ramenés à la fonction d'êtres vivants, 
soumis à l'observation et à l'expérience; et que ce problème 
si longtemps mystérieux de l'immunité a sa solution dans 
une substance chimique, sécrétée par ces êtres et qu'une 
brillante synthèse créera peut-être bientôt de toutes 
pièces. 

La science est comme la lumière ; elle dissipe les 
ombres, les fantômes insaisissables, qui hantaient la nuit 
de notre imagination, et à leur place elle met des réalités 
de plus en plus accessibles à notre vue et à notre toucher. 
Cette science est ici faite tout entière de la clarté de 
l'esprit français. C'est sans doute la raison qui nous a 
poussé à entreprendre ce modeste travail. 
!•' avril 1888 (% 



SOCIÉTÉS SAVANTES 



Académie 4e médecine. 

SÉANCE DU 15 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE MAURICE PERRIN. 

M. le docteur Moncorvo (de Rio>de-Janeiro) se porto candidat aa titre do cor- 
respondant étranger dans la division de médecine. 

MM. les docteurs Dambax et Hanumic envoient des Plié cachetés dont le dépôt 
est accepte. 

M. lo docteur Slieffel (à Boaugée, Meuse) envoie un mémoire manuscrit sur Ut 

{{) M. Peyraud (de Libournc) prétond que l'essence de tanaisie contient toute 
formée la matière vaecinale de la rage. 

(â) Ce travail a été communiqué à sa date, et n'a pu être inséré pour des 
raisons qu'il est inutUd de dire ici. Nous n'avons voulu rien y changer. Mais la 
science marche vite, et, comme on a pu voir, plusieurs vérités du lendemain qui 
y étaient prévues, sont devenues des vérités de la veille. 



bletture* de la région abdominale. — (CommiKsion: MM. lion Le Fort et Lan- 
nelongue.) 

M. Rmpi* présente, de la part de MM. les docteurs Dalché ot YiUejeant un 
mémoire sur la toxicité du bismuth, pour la concours du Prix Barbier. 

M. Bergeron présente un mémoire de M. le docteur Debout d'Bêtréet sor 
Voxalurie. 

M. .4. OUivier dépose un travail de M. le docteur Aliton (do Baccarat) sur les 
tymplômes et lee eomplieationt de la grippe. 

M. Charpentier présente une brochure de M. le docteur La Tarre (de Rome) 
sur le déveioppement du fœtu», 

M. Léon Labbé présente une tonde inlra-uiérine, imaginée par M"' le docteur 
Gacher-Sarrante. 

Commissions. — Les Commissions d*examen des candida- 
tures au titre de correspondant national ou étranger sont 
constituées ainsi qu'il suit : 

1" division (médecine). — MM. Roger y Hérard, Féréol, 
Moutard-Martin^ Empis elBucquoy. 

2* division (chirurgie). — MM. Polaillony Léon /> Forty 
Rochardy Lannelongue et Tamier, 

3* division (médecine-vétérinaire). — MM. Gabriel CoHUy 
Goubauxy Leblanc, Trasbot et Nocard. 

4* division (physique, chimie, histoire naturelle médi* 
cales). — MRl. Riche^ Javal, Schutzenberger, Marty^ 
Caventou et Gariel. 

Strophantus. — M. Dujardin-Beaumetz se prononce en 
faveur de l'emploi du strophantus dans le traitement des 
maladies du cœur, ainsi que Ta fait M. Bucquoy mardi 
dernier. Comme lui, il le préconise comme un excellent 
diurétique cardiaque, notamment dans les maladies mitrales 
avec affaiblissement du cœur, pourvu que la dégénérescence 
du myocarde ne soit pas trop accentuée. De même, il en a 
obtenu de bons résultats dans les cas d'insuffisance rénale, 
de préférence à la digitale, qui est souvent alors mal sup- 

riortée. Son action est prompte et rapide, ce oui permet de 
e cesser si au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures la 
quantité d*urine n'a pas augmenté ; son emploi modéré 
paraît d'ailleurs n'avoir d'autre inconvénient que de déter- 
miner de la diarrhée chez certains sujets. La dose usitée par 
M. Dujardin-Beaumetz est de cinq à six gouttes matin et soir 
de teinture au cinquième. Dans ces derniers temps il a 
essayé une apocynée de notre pays, le laurier-rose, employé 
à la dose de 10 à 20 centigrammes d'extrait; les effets ont 
été moins constants que ceux du strophantus, mais non 
moins marqués. 

M. Germain Sée fait sur le traitement des maladies du 
cœur une longue communication dont les conclusions seront 
présentées à la séance prochaine. 

Amyotrophie. — Lecture est faite par M. Féréol d'un 
rapport an sujet de l'observation d'amyotrophie des quatre 
membres chez une femme enceinte, observation lue à la 
séance du 27 novembre 1888 par M. le docteur Desnos, en 
son nom et au nom de MM. les docteurs Joffroy et Pinard. 
Dans ce rapport M. Féréol discute les diverses hypothèses 
émises par les auteurs au cours de cette remarquable obser- 
vation, dont nous avons antérieurement parlé. Il considère 
la malade en question comme ayant été atteinte d'atrophie 
dyscrasique ou dénutrition généralisée causée par Tépui- 
sèment. 

— L'ordre du jour de la séance du 22 janvier comprend : 
l'' un rapport de M. A. Robin sur des demandes en autori- 
sation pour des eaux minérales; 2"^ un rapport de M. À. 
Olliviev sur les épidémies ; 3"* la continuation de la discus- 
sion sur l'emploi du strophantus dans les maladies du cœur 
^membres inscrits : MM. C. Paul, Laborde, Bucquoy) ; 
4° une lecture de M. le docteur R. Blache sur l'application 
de la loi Roussel dans le département de la Seine. 



18 Janvier 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N» 3 — 43 



Société médleale des hôpltavx. 

SÉANCE DU H JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE DE 
M. CADET DE GASSICOURT. 

A propos da traitement de la fièvre typhoïde : M. Merklen. — I«a 
Société eet reoonnae d'atilité publique. — Bes pleurésies meta- 
pneomoniques : M. TToisier (Disoussion : MH. Rendu. Ck>mby. 
Hayom). — Plauréaiea purulentes méta-pneumonique et pneu- 
mocoodqao primitive : M. Netter (Discussion : M. Rendu). — 
Grises gastriques non tabétiques : H. Debove. 

M. Merklen expose les raisons oui lui semblent moliver 
la proposition qu'il soumet à la Société de nommer une 
commission pour étudier les résultais obtenus par les 
divers modes de traitement de la fièvre typhoïde, à Paris, 
en 1888. 

Cette proposition soutenue par M. Féréol, qui demande 
qu on étende Tenquéte aux résultats à venir de 1880, est 
mise aux voix et adoptée. La commission sera composée 
de 31M. Féréol, Rendu, Gérin-Roze, Merklen, Moizard, 
Troisier et Juhel-Rénoy. 

— M. Siredet/y président sortant, prononce Tallocution 
d*usage et annonce que la Société des hôpitaux a été 
reconnue à*utilité publique par un décret en date du 
1t décembre 1888. Il adresse des remerciements à 
MM. Féréol, Millard et Desnos qui ont puissamment con- 
tribué à cette importante décision. 

Sur la proposition de M. Féréoly la Société vote à Tuna- 
nimité le titre de membre bienfaiteur à M. de Salverte, 
maître des requêtes au conseil d'Etat et membre du conseil 
(le surveillance de l'Assistance publique, pour le remercier 
du puissant concours qu*il a prêté en cette circonstance. 

— M. Troisier lit un mémoire intitulé : Pleurésies meta- 
pneumoniqueê {Pneumo-pleurésie de Woillez). (Sera 
publié.) 

M. Rendu rappelle que son mattre Gubler considérait 
UQ léger épancnement pleurétique, à évolution atténuée, 
terminée par résolution, comme la règle dans la convales- 
cence de ta pneumonie. Lui-même a fréquemment observé 
ce fait. Quant aux pleurésies purulentes, elles sont aussi 

5 lus insidieuses, plus torpides d'allure, que ne le dit 
1. Troisier : aussi faut-il toujours faire avec la seringue 
de Pravaz une ponction exploratrice lorsque la résolution 
du processus pneumonique n'évolue pas rranchement. On 
trouve ainsi souvent du pus dans la plèvre, et ce diagnostic 
est d'autant plus important à faire de bonne heure qu'alors 
J'eiDpjrème sera presque constamment suivi d'un succès 
rapide. Dans deux cas personnels, Texamen' bactériolo- 
gique de l'épanchement, pratiqué par Netter, a montré 
des pneumocoques. 

H. Troisier n'a voulu décrire que les cas dont il a pu 
suivre l'observation. 

M. Comby a vu Tan dernier trois cas de pleurésie puru- 
lente méta-pneumonique. La ponction n'ayant pu amener 
la guérison, on fit Tempyème; deux fois il resta des fistules 
persistantes. H est donc important d'avoir recours à la pleu- 
rotomie antiseptique précoce. 

M. Hayem a observé un cas chez une femme récemment 
accouchée. La ponction retira un litre et demi de liquide 
purulent; l'amélioration fut rapide et la guérison bientôt 
complète. Cette pleurésie purulente méta-pneumonique 
peut donc guérir sans empyème, même dans des conditions 
de puerpéralité. 

— M. Netter lit un mémoire sur la pleurésie purulente 
méta-pneumonique et la pleurésie purulente pneumo- 
coccique primitive. Cette étude de la variété de pleurésie 
nommée méta-pneumoniquè par Gerhardt, est basée sur 



316 observations, dont 14 personnelles. Woillez, Reisz, 
Gerhardt, Guillon, Leyden, Hazotti, Penzoldt, ont successi- 
vement décrit celte pleurésie dont le caractère purulent est 
presque constant. Elle se montre dé préférence après les 
pneumonies sévères ou longues, surtout au-dessous de trente 
ans et dans les pays du Nord. On l'observe par séries coïn- 
cidant avec les séries de pneumonies plus fréauentes et plus 
graves. L'épanchement est un pus épais, verdâtre, inodore, 
renfermant peu de sérum; au début, il est plutôt séro- 
purulent. Les fausses membranes pleurales sont épaisses et 
nombreuses, aussi l'épanchement est-il fréquement cloisonné 
ou enkysté ; quelquefois elles se détachent et flottent dans le 
liquide. Le poumon est ordinairement peu altéré et récopère 
vite son fonctionnement normal après l'évacuation de la 
plèvre. Dans les deux tiers des cas, l'épanchement débute 
avant la fin de la pneumonie. Souvent la crise terminale de 
la pneumonie n'est pas nette et franche; il peut cependant 

Lavoir apyrexie complète pendant un ou plusieurs jours, 
e début de la pleurésie est ordinairement insidieux, avec 
fièvre nulle ou d'allure variable, non intermittente; l'épan- 
chement progresse lentement; il est quelquefois partiel, 
interlobaire, s'accompaçne rarement d'œdème de la paroi. 
La résorption est possible; la vomique fréquente, avec ou 
sans pneumothorax, est un des modes de guérison spon- 
tanée. Le traitement par la ponction ou l'empyème est 
presque constamment suivi de succès. Cette bénignité 
relative tient sans doute aux propriétés spéciales du micro- 
organisme pathogène : le pneumocoque. Il ne produit pas 
d'ordinaire de lésions profondes et sa vie est courte, sans 
doute parce qu'il rend lui-même le milieu où il se développe 
impropre à son existence. Si d'autres microbes viennent se 
joindre à lui ou le remplacer, les allures de raffection sont 
moins bénignes et dès lors il faut intervenir par la thoraco- 
tomie antiseptique; dans l'empyème méta-pneumonique n& 
contenant que des pneumocoques, les ponctions suffisent 
souvent, parfois même la guérison s'est produite sans inter- 
vention. 

Les mêmes considérations s'adressent à la pleurésie puru- 
lente pneumococcique primitive, fréquente surtout chez les 
enfants, ce qui expliquerait la bénignité bien connue, à cet 
âge, de la pleurésie purulente. Le diagnostic n'est possible 
que par 1 examen bactériologique, qui montre, en outre, 
s'il existe d'autres microbes associés et pose les indications 
du traitement. 

M.Rendune peut croire que le pneumocoque pénètre ainsi 
d'emblée dans la plèvre et provoque une pleurésie puru- 
lente primitive, non précédée d'un pracessus pneumonique. 
Sans doute celui-ci est souvent peu intense et passe inaperçu, 
principalement chez l'enfant. 

M. Netter est d'accord avec M. Rendu pour la majorité 
des faits, mais il maintient le passage des pneumocoques 
d'emblée dans la plèvre pour quelques cas. 

— M. Debove présente un malade neurasthénique, avec 
manifestations multiples, depuis un trauma du côté droit du 
thorax. Cet homme, qui digère généralement assez bien, est 
pris tous les trois ou quatre mois de crises gastriques 
atroces, avec vomissements répétés et abondants, tous ana- 
logues d'aspect avec les crises du tabès dorsal. L'accès dure 
de trois à cinq jours. Il n'existe aucun signe de tabès: ni 
douleurs fulgurantes, ni ataxie, ni suppression du réflexe 
pateilaire. Il s'agit donc d'un cas, analogue à ceux de Leyden, 
de crises gastriques chez un neurasthénique. 

— La séance est levée à cinq teures et quart. 

André Petit. 



U _ N« 3 — GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 18 Janviei» 1889 



r, 



Soelélé de eblrorp^lo. 

SÉANCE DU 9 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. POLAILLON. 

Séance annuelle. 

M. \e Président résume les travaux de la Sociélé de 
chirurgie pendant Tannée 1888. Ils ont surtout porté sur 
des questions de gynécologie telles que fibromes, cancers, 
déplacements utérins, salpingites. Des vides se sont faits 
)ar la mort de plusieurs membres de la Société, Blot parmi 
es titulaires ; Benoir, Viberl, Poinsol, Poulet parmi les 
correspondants. Quatre nouveaux titulaires ont été élus: 
MM. Reynier, Prengrueber, Routier, Jalaguier. Enfin, 
MM.de Saint-Germain et Magilot ont demandé Thonorariat. 

— M. le Secrétaire annuel récapitule les communications 
et les mémoires les plus importants de Tannée et qui doivent 
paraître dans le volume des Bulletins de la Société; entre 
autres: la pathogénie et le traitement des affections inflam- 
matoires des annexes de Tutérus, Tinlervenlion chirurgicale 
dans les plaies de Tabdomen par armes à feu, la castration 
ovarienne dans les cas de fibromes utérins, Tliystérectomie 

[partielle ou totale dans le cancer de Tutérus, la résection de 
'intestin pour cancer de Torgane, la cure du prolapsus 
utérin par Thyslérorrhaghie, la trépanation pour accidents 
cérébraux en dehors du traumatisme, Tostéomyélite infec- 
tieuse aiguë chez Tadulte, le traitement des anévrysmes par 
la ligature antiseptique, les ectasies lymphatic^ues, les 
varices des nerfs, les lésions des nerfs périphériques à la 
suite de fractures, Thystérotraumatisme, le cathélérisme 
rétrograde après taille hypogastrique, les dangers du ballon 
de Petersen, le cancer dîi larynx, divers mémoires de chi- 
rurgie de guerre, etc., etc. 

— M. le Secrétaire général prononce Téloge de Giraud- 
Teulon. Devenu membre de la Sociélé de chirurgie le 
16 juin 1869, alors qu'il était âgé de plus de cinquante ans, 
il avait porté de préférence ses éludes sur la mécanique 
animale et Tophlhalmologie. Sorti de TEcole polytechnique 
et devenu médecin bien après, il avait toujours gardé de ses 
premières études un goût marqué pour le côté mathéma- 
tique des sciences médicales. Signalons parmi ses nom- 
breuses productions ses Principes de mécanique animaley 
divers mémoires sur la dioptrique oculaire, la physiologie 
et la pathologie fonctionnelle de la vision binoculaire, des 
leçons sur le strabisme, son livre sur la vision et ses ano- 
malies qui résume tous ses travaux antérieurs. 

P. ViLLEMIN. 



Soelété de blolon^le. 

SÉANCE DU 5 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. BROWN-SÉQUARD. 

Mensuration des globales sanguins : M. Malassez. — La moelle 
comme centre nerveux : M. Brown-Sèquard. — Définition de 
l'être vivant : H. I«ata8te. — Relations entre la transpiration et 
l'assimilation chlorophylliennes : M. JumeUe. — Rôle des principes 
constitutifs des êtres vivants: MH. Chabry et Pouchet. — Action 
de l'aniline et des toluidines sur le sang : MH. Meyer et MTer- 
tfaeimer. — Sur un diff usiographe : M. Regnard. 

M. Malassez décrit le procédé qu'il emploie pour mesurer 
les globules sanguins et qui consiste essentiellement, après 
avoir dessiné à la chambre claire, à un grossissement connu, 
une bonne préparation de sang, à mesurer ensuite des 
globules dessinés et à en déduire les diamètres. 

— M. Brown-Séquard rapporte quelques faits qui 
montrent Timportance de la moelle en tant que centre 
nerveux capable d'agir par lui-même. 



— }i.Lataste expose une série de considérations qui Tout 
amené à proposer une définition nouvelle de Tétre vivant. 

— M. Bonnier présente une note de M. Jumelle sur les 
rapports qui existent entre les deux grandes fonctions de la 
chorophylle, l'assimilation et la transpiration. D'après les 
expériences de M. Jumelle, les deux phénomènes sont en 
raison inverse Tun de Tautre. 

— M. Pouchet a cherché à voir avec M. Chabry ce que 
devient un animal, comment il se développe,, quand ou 
supprime du milieu dans lequel il doit vivre un des prin- 
cipes immédiats nécessaires à son existence. Les expériences 
ont été faites sur des œufs d'oursins élevés dans de Teau «le 
mer, débarrassée de sa chaux. Or, dans ces conditions, le 
développement des larves est considérablement retardé. De 
plus, Tétre n'atteint pas sa forme définitive; il ne devient 
jamais étoile de mer. 

— M. Balzer dépose une note de MM. Meyer et Wer^ 
fA^^m^r (de Lille) sur Tinfluence de l'aniline et des tolui- 
dines sur la capacité respiratoire du sang et sur la tempé- 
rature. Ces diverses substances agissent dans le même sens, 
pour abaisser la capacité respiratoire et la tempéralmv, 
mais Taniline est plus «ictive. 

— M. Regnard décrit un appareil qu'il emploie pour 
étudier la diffusion, ou diffusiographe. 



Sociélé de ibérapeia(lqu«. 

SÉANCE DU 20 DÉCEMBRE 1888.— PUÉSIDENCE DE M. CRKQrV. 

Rapport sur le traitement de la fièvre typhoïde par l'inèe : M. Grel- 
lety. — Strophantate de chaux : M. Gatlllon. — Hygiène alimen- 
taire des diabétiques : M. Dujardin - Beaumetc ( Ditousslon : 
MM. G. Paul, Duohenne, Blondel). — Renouvellement du bureau — 
élections. 

M. Grellety lit son rapport sur le mémoire de M. Poulet 
(de Plancher-les-Mines), relatif au traitement de la lièvre 
typhoïde par Tinée. Il conclut à l'insuffisance numérique 
des observations pour permettre de porter un jugement 
scientifique, et parlap:e les doutes de MM. Bucquoy el 
Catillon sur l'innocuité des doses élevées qui ont été 
employées. 

— M. Catillon rappelle qu'il a extrait des semences de 
slrophantus un corps azoté. On peut obtenir ce corps à 
Tétat de strophantate de chaux; pour cela, après avoir 
épuisé le strophantus par l'alcool fort pour en extraire la 
strophantine, on traite le résidu par Teau distillée. A la 
liqueur obtenue, on mélange un lait de chaux, et on sépare 
par filtration le dépôt qui s'est formé. Dans le liquide filtré 
on fait alors passer un courant d'acide carbonique pour 
saturer l'excès de chaux : on filtre à nouveau et on évapore. 
Au cours de Tévaporation il se forme, un nouveau dépôt 
calcaire que Ton sépare par une dernière filtration lorsque 
le liquide est en consistance sirupeuse, puis on dessèche 
dans le vide. Le produit est déliquescent, sans saveur pro- 
noncée, non toxique. Le corps azoté uni à la chaux serait 
un amide; il n'offre pas les réactions des alcaloïdes. Il 
semble avoir des propriétés diurétiques, et peut-élrp reprê- 
sente-t-il le principe diurétique du slrophantus. 

— M. Oujardin-Beaumetz fait une communication sur 
l'emploi de la saccharine, de la légumine, de la fromentine 
et du soya dans le régime des diabétiques. La saccharine, 
qui a été repoussée ajuste titre comme aliment, reste un 
médicament utile chez les diabétiques, dont un grandi 
nombre ne peuvent se résoudre à la privation des boissons 
sucrées. Elle peut servir également, bien q^u'il y ait quelqui^ 
difficulté de pratique, pour sucrer certains aliments. Ou 
n'observe d'accidents gastriques que si son usage esl trop 



18 Janvier 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N* 3 - 45 



prolongé ou les doses Irop élevées. — Pour remplacer le 
pain de gluten qui renferme encore, pviur les meilleures 
mari|ues, (le 19 à 20 pour 100 d'amidon, on a proposé la 
h'gumine, dont M. Bovet a entretenu la Société dans une 
b^'ance antérieure, puis la fromentine et le soya. La fromen- 
Une, ainsi que la montré M. Douliot, peut être extraite de 
Tembryon des grains de blé, facilement séparé aujourd'hui 
par un procédé spécial de meunerie. Cet embryon renferme 
une huile» purgative à la dose de 10 grammes, dite huile de 
froment ; lorsqu'elle a été retirée de l'embryon, on peut 
alors obtenir une farine avec laquelle on prépare des potages 
assez agréables, ou des biscuits auxquels on incorpore de la 
saccharine et du jaune d'œuf. Mais jusqu'ici la panification 
n'a pu étre^obtenue. — Le soya est un haricot du Japon, 
cultivé en *grand en Autriche, dans lequel l'analyse chi- 
mique et l'examen histologique, pratiqué par M. Blondel, 
ont démontré l'absence de fécule : à peine en existe-t-il 
2 pour 100. On est parvenu à extraire l'huile de soya, pur- 
plive comme l'huile de froment, et à confectionner des 
pains d*un goût agréable (Le Cerf, Aurioli). Le pain vendu 
ihns le commerce sous le nom de pain de gluten et de soya 
(Dourdin) renferme 40 pour 100 de matières féculentes ; il 
est certes plus azoté que le pain de gluten, mais il renferme 
plus de fécule. Avec la farine de soya on prépare aussi des 
hiscotles pour potages, et, en ajoutant de la saccharine, des 
gaufrettes et des pâtisseries. Le pain de soya, qui renferme 
toujours une petite quantité d'huile de soya, a des pro- 
priétés laxatives qui peuvent rendre des services dans bien 
tfes cas. Les pommes de terre peuvent être employées 
comme succédanées du pain de gluten, car elles renrerment 
moins d'amidon à poids égal; il faut donc en consommer 
une f lible quantité et choisir les espèces ohlongues, peu 
farineuses, que l'on fera cuire à l'eau après les avoir éplu- 
chées. D'ailleurs, il ne peut y avoir un régime type, inva- 
riable; chaque diabétique présente une susceptibilité par- 
ticulière pour certains aliments : fruits, raisins, lait. La 
nécessité s'impose d'étudier chaque malade par des ana- 
lyses fréquentes de ses urines. 

M. C. Paul partage l'opinion de M. Dujardin-Beau- 
metz à l'égard de la saccnarine qui constitue en outre 
un antiseptique buccal excellent pour les diabétiques. Le 
pain de gluten possède un avantage sur le pain ordinaire 
qui ne renferme pas beaucoup plus d'amidon (45 à 52 
pour 100), c*est de provoquer une mastication prolongée et 
une salivation utile pour la digestiou des féculents. Il faut 
àivoir, d'ailleurs, que les glycosuriques offrent des oscilla- 
lloDs énormes dans le taux au sucre urinaire suivant Tali- 
meniation et le degré plus ou moins complet de digestion ; 
ye^''ifabéliques vrais ont un taux de glycosurie sensiblement 
constant. 

M. Duchenne fait remarquer que le cidre nouveau 
doit être proscrit de l'alimentation des diabétiques, auxquels 
on peut permettre le cidre fermenté. 

M. Blondel pense que le principe purgatif du soya est 
une résine et non Thuile elle-même, qui ne purge qu'à dose 
assez élevée, en tant qu'aliment indigeste. 

M. Oujardin-Beaumetz rappelle que le diabétique 
soumis à un régime sévère arrive souvent à maigrir; aussi 
«1oit-il être surveillé avec grand soin. On devra lui prescrire 
.ilurs des aliments gras qu'on peut classer dans l'ordre sui- 
\anl : sardines ou thon à Thuile, hareng saur; lard, graisse 
d'oie « beurre; rillettes, charcuterie, pâté de foie gras, 
caviar. On peut conseiller trois sortes de soupes : soupe 
aux choux et au lard, soupe aux œufs pochés, soupe aux 
oignons et aux ^ufs ; enfin choucroute garnie. D'autre part, 
l'analyse des urines par le procédé qu'a recommandé 
M. Duhomme rendra de grands services pour surveiller le 
ri>nme, le malade pouvant se rendre compte par lui-même, 
chaque jour^ des résultats fournis par les divers aliments. 



— Sont nommés pour 1889 : Président, M. Fernet ; vice- 
président, M. E. Labbé ; secrétaire généraly M. C. Paul; 
secrétaires annuels, MM. Grellety, Ërn. Labbée. 

— Sont élus : membres titulaires médecins, MM. Léon 
Petit, Ddbousc[uet-Laborderie ; pharmaciens, MM. Kùgler, 
de Saint-Martin. — Membres correspondants nationaux, 
MM. Lapeye (du Cannet), Hamayde (de Fumay); corres- 
pondants étrangers, MM. Semmola (Naples). Candide 
Herrero (Béjar-Espagne), Robinson (Constantinople), Kalin> 
dero (Bucharest), Botkine, Winocouroff, Loris Melikoff, 
Affanafieff et Vassilief (Russie). 

— La séance est levée à cinq heures trois quarts. 



SÉANCE DU 9 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE DE M. FERNET. 

Du sulfonal : M. G. Paul. — Même sajet : H. H. Haohard (Disous- 
Blon : MM. Moutard-Martin. Hètiocque). 

M. Fernet prononce l'allocution d'usage en prenant 
place au fauteuil de la présidence. 

— M. C Paul donne lecture d'un mémoire sur le sul- 
fonaU C'est un carbure d'hydrogène dérivé du gaz des 
marais : c'est le diélhyl-dimélhyl-méthal. Corps blanc, 
cristallisé, insoluble dans l'eau froide, très peu soluble 
dans l'eau chaude (450 parties d'eau à 40 degrés ; 18 à 20 
à 100 degrés), soluble dans l'alcool, l'éther, le chloro- 
forme 11 n'est pas attaqué par les acides énergiques et les 
alcalis caustiques. Il n'a ni odeur, ni saveur. Les recher- 
ches de Kramer ont montré qu'il n'a pas d'action sur le 
ferment salivaire, qu'il ne ralentit pas la digestion par le 
suc gastrique, ni la digestion de la librine par le suc pan- 
créatique, ainsi que le font l'hydrate d'amyle, la paral- 
déhyde, le chloral. Il ne s'élimine pas dans l'urine à l'état 
de sulfonal mais sous forme d'un composé sulfureux encore 
mal déterminé. Kast (de Fribourg) a reconnu qu'il pro- 
duit le sommeil sans état saburral au réveil. C'est en effet 
un somnifère dont l'action est plus tardive que celle du 
chloral, mais n'amène pas de dépression cardiaque; il ne 
présente pas l'inconvénient de l'accumulation des doses. 
Les auteurs allemands qui l'ont expérimenté ont rapporté 
deux cas d'efflorescence cutanée scarlatiniforme à la suite 
de son ingestion. En Allemagne et en Autriche on en a 
obtenu, à la dose de 1 ou 3 grammes, d'excellents effets, 
95 fois sur 100 dans l'insomnie nerveuse; M. C. Paul l'a 
employé chez trente sujets atteints de cette insomnie, et 
cela avec un succès constant. Il a remarqué que la nuit 
qui suit celle où il a été administré est ordinairement 
bonne alors même qu'on n'en a pas donné de nouveau. Dans 
l'insomnie causée par la douleur il peut également réussir; 
chez les aliénés il a une action moins rapide, mais plus 
durable que le chloral. Dans le délire alcoolique il donne 
de bons résultats à la dose de 3 grammes, mais reste in- 
suffisant contre le delirium tremens. Chez un épileptiquc 
en période d'accès, 3 grammes ont amené un sommeil 
calme de sept heures. Il a également réussi, à la dose de 

3 et 4 grammes, entre les mains d'Ostreicher contre l'in- 
somnie délirante des dépressions mentales ; le même 
observateur, et aussi Schôiiborn, l'ont employé avec succès 
pour combattre la morphinomanie. Enfin, il fait dormir les 
cardiaques sans avoir aucune action nocive sur le cœur. 
On peut l'administrer dans du pain à chanter, ou dans une 
boisson chaude assez abondante, telle qu'une tasse de 
thé, de lait ou de bouillon. Les doses varient de 1 à 

4 grammes, la dose de 1 gramme est généralement suf- 
fisante. Chez les enfants on peut prescrire 25 à 50 centi- 
grammes. Il doit être administré le soir à une distance 
quelconque du repas puisqu'il ne trouble pas la digestion. 
On doit s'assurer qu'il est bien purifié et n'offre ni odeur 
ni saveur. 



46 _ N* 3 -- 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET^DB CHIRURGIE 48 Janvier 1889 



M. H. Huchard a expérimenté le sulfonal chez des 
phthisiques dès le mois de juillet dernier ; mais, ayant 
obtenu peu de résultats et sa faible provision étant 
épuisée, il y avait renoncé. Il a repris ses recherches au 
mois de novembre chez une hystérique dont l'insomnie a 
été calmée; puis chez un phthisique qui, avec une dose de 

2 grammes a été plongé dans un état de somnolence d^une 
dizaine de jours de durée. Chez les cardio-aortiques il 
donne de très bons effets, mais réussit mal dans les affec- 
tions mitrales asystoliques. Dans un cas de rétrécissement 
mitral, avec 2 et 3 grammes, il a obtenu un sommeil de 
huit heures suivi de sensations de brisement des membres, 
de vertiges et de titubation. Ce n'est pas un anesthésique, 
aussi agit-il peu dans la névralgie faciale. Dans un cas 
de rhumatisme articulaire subaigu il a donné cinq à six 
heuresde sommeil. Enfin, il a échoué dans le ramollissement 
cérébral sénile, et dans cinq cas sur quatorze d'asphyxie 
locale des extrémités. Ces résultats concordent avec ceux 
obtenus par Kiefer (de Nancv). En résumé il agit surtout 
contre l'insomnie nerveuse ; il est moins sûr dans les autres 
cas et laisse d'ordinaire au réveil de la lourdeur de tète, 
avec fatigue, douleurs des membres, sensation d'ivresse, 
sorte de titubation cérébelleuse. Il présente une lenteur 
d'absorption et d'action très manifestes. A la dose de 1 à 

3 grammes, il procure six à huit heures de sommeil ; dans 
un cas, trente-six heures (Kiefer). En résumé c'est un 
somnifère qui n'est nullement supérieur au chloral ; il a 
l'avantage de ne troubler en rien les phénomènes digestifs, 
respiratoires ou circulatoires, et de prolonger son action 
pendant plusieurs jours. 

M. Moutard-Martin Ta expérimenté sur lui-même à 
plusieurs reprises contre l'insomnie tenant à l'asthme; il 
a constamment éprouvé au réveil du malaise, de la fatigue, 
de la lourdeur de tète. Une dose de 1 gramme amenait le 
sommeil au bout d'une heure et demie : le sommeil durait 
environ sept à huit heures. 

M. C. Paul ajoute que ce médicament n'étant pas anes- 
thésique des voies respiratoires ne saurait calmer la toux ; 
mais il peut agir comme adjuvant de la codéine :1a toux étant 
calmée par elle, le sulfonal amène le sommeil. II en est de 
même chez les rhumatisants lorsque Ton calme les dou- 
leurs avec le salicylate. Dans l'insomnie nerveuse il l'a 
toujours vu agir rapidement : le sommeil survient au bout 
d'une demi-heure, le réveil n'a jamais été accompagné de 
sensations pénibles. 

M. Hénocque a recherché l'action du sulfonal sur le 
sang : il ne détermine pas d'altérations, et la quantité 
d'oxyhémoglobine est plutôt supérieure à la moyenne nor- 
male. A dose énorme il fait périr les animaux par arrêt des 
échanges et l'on constate la couleur rouge du sang et des 
tissus comme dans l'empoisonnement par l'oxyde de car- 
bone ou l'acide prussique. Ce n'est donc pas un poison du 
sang, et il n'arrête pas la respiration qui persiste jusqu'à 
la mort. Chez le cobaye qui a ingéré une dose massive on 
observe le sommeil, avec sensibilité exagérée, tremblements 
et abaissement de la température à di degrés. Les recher- 
ches cliniques devront prononcer en dernier ressort, 

— La séance est levée à cinq heures trois quarts. 

André Petit. 



Sorléfé anaiomlqiao. 

SÉANCE DU 4 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. COUNIL. 

M. Tison fait voir un anévrysme de Vaorte ouvert dans 
le péricarde. 



— M. Girade relate un cas de gangrène massive du 
poumon chez un tuberculeux. 

— M, Castex communique une observation de sarco- 
matose péritonéale. 

— M. Ricard décrit les rapports de la glande sous- 
maxillaire eileurs conséquences pour la ligature de l'artère 
linguale. 

4 

REVUE DES JOURNAUX 

Do rimiiianllé contre l« phihinle palmonalre etaes le» 
onvrieni des fonro à ehanx, par M. Halter. — Les ouvriers 

des fours à chaux de Lengerichreh sont préservés de la phthisie 
pulmonaire, alors que le reste de la population en est souvent 
atteinte. L'auteur a recherché les causes de cette immunité, 
bien réelle ; sans s'arrêter à Tidée d'une crélification des tuber- 
cules par inspiration directe de poussières calcaires, II Fat- 
tribue à la double action de la sécheresse et de Téchauffeoient 
de lair. 

Les ouvriers des fours sont soumis k une température de 65 
à 70 degrés. L'air sec qu'ils respirent a les propriétés des sta- 
tions climatériques favorables aux phthisiques par la sécheresse 
de l'atmosphère. Le bacille périt plus vite dans l'air sec que 
dans lair humide, ainsi que l'a montré Sorraani. 

L'air échaulTé des fours a la raréfaction des altitudes élevées 
et leur pureté au point de vue des microbes. Le séjour dans ce 
milieu raréfie est comparable à celui des hautes montagnes. La 
respiration y devient plus rapide et la ventilation pulmonaire 
est plus complète. Mais c'est la température de l'air qui influe 
le plus sur la vitalité des hacilles. Koch a montré qu'ils se déve- 
loppent le mieux de 37 à 38 degrés ; au delà ils soufTrent ; à 
41 degrés ils périssent. Quand les ouvriers sont exposés à Ja 
chaleur des fours, leur température s'élève, et chez les non- 
acelimatés dépasse 38 degrés; la température de l'air expiré 
s'élève aussi. Il en résulte que pendant les heures de travail, 
Fair contenu dans les poumons est porté à une température 
nuisible au développement des bacilles, qui meurent quand 
cette température arrive à ii degrés. L'élévation fébrile de la 
température est un des remèdes les plus actifs qui soient à la 
disposition de Torganisme humain.dans sa lutte contre les para- 
sites. Ces parasites supportent bien moins une température 
élevée que les cellules de l'organisme : ce n'est qu'à 49 ou 
50 degrés que les globules sanguins et les cellules des glandes 
perdent leurs propriétés physiologiques. Par contre le bacille 
du choléra périt à 40 degrés, celui du charbon à 41 degrés. 
Pasteur nVt-il pas conféré l'immunité contre le charbon, en 
élevant la température des animaux inoculés? C'est donc une 
erreur thérapeutique que d'espérer être utile dans les fièvres 
infectieuses en abaissant la température. 

Les inspirations d'air chaud et sec sont donc indiquées 
comme moyen prophylactique et comme moyen thérapeutique 
dans la phthisie pulmonaire. Les muqueuses respiratoires sup- 
portent aisément l'air chaud; ce n'est qu'au delà de 120 de- 
grés que survient un sentiment de chaleur et de dessiccation. 
L'auteur a imaginé un appareil qui répond à ces indications. 
Du reste on obtient des résultats satisfaisants en éié en chauf- 
fant les chambres à 55 degrés. Cotte méthode trouve aussi son 
application dans le traitement de la diphthérie et de la coque- 
luche. {Berliner klhmche Wochen$ch.f 3 septembre 1888, 
17 septembre 1888.) 

iBflacBce remarquablo doo piqàrcs d*«bollloo ottr le rkit* 
matisme, par M. Tëbc. — La piqûre d'une abeille laisse habi- 
tuellement après elle une tuméfaction plus ou moins considé- 
rable. Mais, après un certain nombre de piqûres, celle-ci ne se 
produira plus, parce que Forgunisme aura acquis Fimmunilé. 
Chez les rhumatisants (à l'exception des rhumatisants blennor- 
rhagiques), la tuméfaction ne se produit pas d'em.bléey et n'ap- 



18 Janvibr 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N» 3 — 



47 



parait qa'après an certain nombre do piqûres; en les continuant, 
il arrivera un moment où le gonflement ne se produira plus. 
Le malade se trouvera alors guéri de son rhumatisme et pen- 
dant quelque temps à T^bri des récidives. Pour arriver à Tim- 
munité complète, il faudra saturer Téconomie avec du venin 
d*abeil1es. L'auteur a appliqué cette méthode dans 173 cas et 
fait 39000 piqûres; il lui doit des succès dans des cas aigus, 
mais surtout dans des formes chroniques où les malades, atteints 
de cachexie rhumatismale, se trouvaient dans des conditions 
désespérées. Il faut quelquefois appliquer des centaines de 
piqûres à un malade, mais il est à noter qu'elles sont 
moins douloureuses chez les rhumatisants que chez les per- 
sonnes saines. {Wiener medicinische Presse, 26 août 1}*88, 
30 septembre 1888.) 



BIBLIOGRAPHIE 

Traité théorique et pratique des maladies de l*orellle 

et dm nés, par MM. G. HioT et J. Baratoux, 3' et 4" par- 
lies- —Paris, 1888. 

Quatre années se sont écoulées entre la publication des 
deux premières parties de cet ouvrage et la mise en vente 
des deux suivantes. Un tel retard, une telle lenteiir, ne 
peuvent que nuire à Tœuvre, dont les premiers fascicules 
ne sont déjà plus au courant de la science, bien que consa- 
crés uniquement à l'analoraie, à la physiologie, à l'explo- 
ration des organes de l'audition et de l'olfaction. La troi- 
sième partie traite de l'hygiène de l'oreille, de l'influence 
de Tàge, du sexe, des vêtements, des climats, des profes- 
sions, etc., sur le fonctionnement de l'appareil auditif. A 
rimitalion des ophthalmologistes, les auristes demandent 

Sue les enfants soient sévèrement examinés, que la portée 
e Poule soit constatée dès leur entrée à l'école, pour qu'on 
puisse prendre à leur égard les mesures nécessaires. L'op- 
portunité de cette pratique ne nous parait pas absolument 
démontrée, et nous pensons qu'un tel soin appartient aux 
familles. Sous prétexte d'hygiène, la médecine, il nous 
semble, devient fort exigeante et passablement tracas- 
sière. 

Dans la quatrième partie de Touvrage sont étudiées les 
maladies de l'oreille externe, conduit et pavillon. D'une 
façon générale, en dehors des chapitres consacrés aux 
corps étrangers du méat auditif, aux otites externes, aux 
exostoses, les descriptions nous ont paru bien longues. 
L'histoire de l'othémalome ne comprend pas moins de 
quinze pages : les affections bannies de la peau, érythème, 
ec2éma, lupus, myxôrae, épithélioma, etc., etc.. sont trai- 
tées avec des détails qui ressorlissentdela pathologie géné- 
rale et non d'un traité spécial. Nous ne possédons pas en 
France, à l'heure actuelle, de traité des maladies de l'oreille 
comparable aux ouvrages de Toynbee, de Politzer, etc. Nos 
distingués confrères, MM. Miot et Baratoux, ont entrepris 
de combler cette lacune. Nous sommes heureux de les en 
féliciter, et si nous nous permettons de critiquer ici quel- 
ques points de leur œuvre, c'est qu'il nous tient au cœur de 
voir s'achever rapidement leur important travail. Qu'ils 
fassent bien et vite, nous nous déclarons satisfait. 

J. Chauvel. 



VARIÉTÉS 

Concours d'agrégation de médecine. — L'épreuve des trois 
I quarts d'heure s'est terminée vendredi soir. Les questions 
traitées à cette épreuve depuis le commencement du concours 
' sont les suivantes : 

c Ânatomie pathologique et diagnostic des ulcérations de 
Vestomac. — Syphilis des amygdales. — Symptômes et diagnostic 



de la diphthérie laryngée. — De la mort dans la scarlatine. — 
De la mort dans la variole. — Accidents pleuro-pulmooaires du 
mal de Bright. — Paralysie du voile du palais. — Hémoptysies 
non tuberculeuses. — J^es arthrites dans les maladies infec- 
tieuses. — Syphilis héréditaire des nouveau-nés. — Formes 
abortives de la fièvre typhoïde. — Causes de la mort dans l'ané- 
vrysme de la crosse de l'aorte. — Broncho-pneumonie rubéoHque. 
— Diagnostic de la tuberculose pulmonaire au début, t 

Chirurgiens des hôpitaux. — Par suite de la création d'un 
nouveau service de chirurgie à l'hôpital Tenon et du classement 
de l'hôpital Broussais, les mutations suivantes ont eu lieu dans 
le service chirurgical : M. Reclus passe de l'hôpital Tenon à 
l'hôpital Broussais; M. Felizet de l'hospice des Incurables (Ivry) 
à l'hôpital Tenon; M. Richelot de l'hospice de Bicétre à l'hôpital 
Tenon ; M. Kirmisson du Bureau central à l'hospice d'Ivry ; 
M. Schwartz du Bureau central à l'hospice de Bicétre. 

Hôpitaux de Paris. — Concours de l'externat. Ont été 
nommés: MM. Mouchet, Bougie, Glantenay, Lévy, Kuss, Pérou, 
Funck, Douênel, Junien-Lavillauroy, Le Marc'Haaour,Touvenaint 
(Léon), Guépin, Griner^ Batigne, Guibert, Roussel, Marmasse, 
Duchemin, Debayle, Sainton (Marie-Adrien), Gannelon, Guitton, 
Barrié, Darin, Macé, Pochon, RafTray, Malaperl, Berthelin, Thé- 
venard, Du Bonays de Coueslonc, Dupasquier, Lebon, Pineau 
(Arsène), Thiercelin, Barbier, Josue, Grasset, Pécharman, 
Manson, Hervé. Gauthier, Viguès, Le Tanneur, Antheaume, 
M"* Cherchevesky, Chrétien, Morin, Richerolle, Larger, Dubrisay, 
Veslin, Bardol, Leblond, Béchet, Parisot, Bonneau, Meyer, Meu- 
risse, Breton, Calbet, Auclair, Tariel, Le Seigneur, Barozzi, 
Clément, Bertillon, Lapointe, Cazin, Mourette, Raynal, de Brazza, 
Ducellier, Benoit, Huguenin, Tolleraer, Dujon, Navarro, 
Lieffring, Chesnay, Dimey, Brandès, Comte, Castro, Nanu, 
Michallowski, Legrand, Lucas, Lucron, Chapdelaine, Lacombc, 
Couvreur, Caryophyllis, Villeprand, Launay, Lajotte, Perruchet, 
Lafont, Archambaud, Arrizabalaga, Pascal, Legros, Isidor, Héan, 
Dubost, Martin (Louis), Vignaudon, Halouchery, Goupil, Artus 
(Maurice), Houdaille, Rescoussié, Main, Matton, Haury, Dessiner, 
Baillet, Flandre, Hobbs, Camescasse, Lagoudakis, Bernard, 
Abel, Thomas, Pégou, Théloan, Codet, Leclercq, Plichon, Collas, 
Regnault, Le Stunf, Solary, Galmard, Ou^Ty, Lorrain, Mirkovitch, 
Picot, Marchand, Paquy, Maurice, Rancurel, d'Holtman de 
VilUers, Arnaud, Choppin, Galpin, Coriton, Pineau (Henry- 
Eugène), Glover, Arlault, Duraa, Sorel, Boutroux, Paulidès, 
Poulain, Bergeret-Jeannet, Bouchez, Levet, Cordillot, Duvivier, 
Colin, Siguier, Thiébault, Placet, Finck, de Bourgon, Ribell, 
Martin (Louis-François-Albert), Grémand, Paulin, Duvacher, 
Moitier, M"'' Kolopothakès, Spindler, Ecart, Moussand, de 
Amaral, Carpeutier, Anscher, Bon, Petitbon, Trekaki, Roux, 
Gresset, Vibert, Duprat, Carré, Brisson, Renons, Leroy, Got, 
Danin, Crochet, Millon, Richard, Delaire, Beauvallet, Dauriac 
(Julesi, Chauvel, Marchai, Larricq, Hamel, Mathieu, Léonard, 
Siron, Sainton (Roger), Vélimirovitch, Chercau, Chamozzi, 
Louvel, Arthus (iNicolas-Maurice), Aragon, Mirovitch. Péchaud, 
Daum, Faurichon, Bossu, Mergier, Larcena, Durana, Decourt, 
Martin (François), Fricotel, Clarac, Arlières, Derchen,Jay, Faus- 
sillon, Dutoumier (Adrien), Bougan, M'"" Pilet, Bayeux, 
M'"" Rechtsamer, Veillon, 'Athanassio, Crevecœur, Pinault, Danet, 
Bondesio, Modiano, Cheminadc, Boutin,.Veuil]ot, de Ribier, Can- 
tacuzène, Leterrier, Brunet, Emery, Stojanovitch, M"'' Zlotwoska, 
Perdrizet, Fourault, Poirier (Arsène), Gochbaum, Chanson, 
Levadoux, Bidault, Faire, Le Guernf Dufour (René-Jules), 
Langlois, Surel, Rémy-Ncris, Samalens, M'*« Balaban, Darras 
(Charles), Charlier, Slavaux, Bourgogne, Salmon, George- 
vitch, Collinet, Silva, Mally, BilbiUs, Poirier (Maurice^, Ménos, 
Fouquet, Larsonneur, Coursier, Rollin, Thomas (Charles-Jules- 
François), Ancclel, Frun»usianu, Mallet (Henri), Bouquet 
(Henri), Bosnière, Réville, Guyot, Claudel, Bouley, Calton, 
Zolotuisky, Tonnant, Corny, Mennessier, Duret, Riche, Hahus- 
seau, Guérin. 

Hôtel-Dieu. — Des conférences cliniques auront Heu 4 PHôtel- 
Dieu, dans le laboratoire de M. Proust, les mercredi et vendredi 
de chaque semaine. 

Maladies du système nerveux et maladies mentales. M. Gilbert 
Ballet; pharmacologie, M. Villejcan; maladies du tube digestif, 
M. Mathieu; maladies du larynx, M. Lubet-Barbon. 

La première conférence sur les affections du système nerveux 
aura heu le mercredi 16 janvier à dix heures. 



4« _ N» 3 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



18 Janvier 1889 



Comité consultatif d'hygiène publique de Frange. — Uu 
décrel de M. le Président de la Uépublique vient de nommer 
membres du Comité consultatif d'hygiène publique de France : 
MM. les docteurs Cornil, Bourneville, Napias, Â.-J. Martin, 
Richard et Bertillon. 

Faculté de médecine de Bordeaux. — Par décrel, en date du 
9 janvier 1889, M. le docteur Merget, docteur es sciences, est 
nommé professeur de physique médicale. 

Faculté de médecine db Montpellier. — M. le docteur 
Ducamp est nommé chef de clinique médicale (emploi nouveau). 

M. Pausier est nommé aide de clinique ophthalmologique 
(emploi nouveau). 

École de médecine d'Alger. — Par arrêté ministériel, en date 
12 janvier 1889, un concours s'ouvrira, le 15 juillet 1889, i, TËcote 
de médecine d*Alger, pour l'emploi de chef des travaux physiques 
et chimiques à ladite Ecole. 

Facultés de médecine, — Le cadre des professeurs des 
Facultés et Ecoles supérieures de pharmacie a été arrêté ainsi 
qu'il suit, au 1"^ janvier 1889 : 

Première classe: i\ 000 (vdincs, — MM. Coze (de Nancy); 
Moilessier (de Montpellier); Feltz (de Nancy); VVannebroucq et 
Folel (de Lille). 

Deuxième classe: 10000 francs. —MM. Hecht et Beaunis(de 
Nancy) ;Castan (de Montpellier); Poincarré (de Nancy); Paquet et 
Gaulard (de Lille). 

Troisième classe: 8000 francs. — MM. Jaumes, Dubrueil, 
Bertin etËngel (de Montpellier); Lallement, Gross et Bernheim 
(de Nancy) ; Grasset et Grynfelt (de Montpellier) ; Chrétien et 
Charpentier (de Nancy); Lannegrâce (de Montpellier); Heyden- 
reich (de Nancy); Chalot et Tédenat (de Montpellier); Weiss ^de 
Nancy); Lotar, Lescœur, Arnould et Hallez (de Lille); Hamelin 
(de Montpellier) ; Castiaux (de Lille) ; Spillmann (de Nancy); 
Moniez, Herrmann, Tournaux, Leloir et Dubar (de Lille). 

Quatrième classe: 6000 francs. — MM. Paulct (de Montpellier); 
Malosse (d'Alger) ; Garnier et liergott (de Nancy) ; Carrieu, 
Kieuer et Mairet (de Montpellier); Leroy, Baudry et IJebierre (de 
Lille). 

Faculté de médecine de Lyon. —M. Blanc (Emile) est chargé 
des fonctions de chef de clinique obstétricale, en remplacement 
de M. Blanc (Edmond), démissionnaire. 

École de médecine de Nantes. — M. le docteur Guboriaud est 
nommé chef de clinique médicale. 

École de médecine de Toulouse. — M. Lespiau est nommé 
suppléant des chaires de physique et de chimie. 

Gazette de gynécologie. — M. le docteur P. Ménière nous 
prie d'annoncer que son état de santé ne lui permet plus de 
diriger ce journal, non plus que sa clinique de la rue du Pont- 
de-Lodi, qui cessent d'exister à dater de ce jour. . 

Corps de santé de la marine. — Ont élc promus : 

Au grade de înédccin en chef : M. Laugier, médecin principal. 

Au grade de médecin principal : M. Burot, médecin de 
l"^" classe. 

Au grade de médecin de 1" classe : Les médecins de 2' classe : 
MM. Dcbleune, Morain et Houssin. 

Société médicale dPs hôpitaux (séance du vendredi 25 janvier 
1889). — Ordre du jour: Discussion sur les rapports du goitre 
exophlhalmique et de Talaxie locomotrice. — M. Brissaud: 
Tuberculose cutanée. — M. Sevestre : L'hôpital des Enfants- 
Assistés en 1888. — M. Edgar Hirtz: Du pouls capillaire dans la 
plaque d'urticaire. — M. de Beurmann : Un cas de mort par 
tétanie dans le cours d'une dilatation de l'estomac. — M. Huchard : 
Sur uu nouveau syndrome cardiaque: Fembryocardie. 



Monument de Daviel. — Le comité de souscription pour 
l'érecliou d'un monument à la mémoire de Jacques Daviel a 
décidé, dans sa dernière réunion: 1" que Je monument serait 
élevé à Bernay, chef-lieu de l'arrondissement dans lequel Daviel 
est né ; 2" que la souscription resterait ouverte. 

Il a été exprimé l'espoir que les sommes souscrites condition- 
nellement en faveur de La Barre, lieu de naissance de Daviel, 
pourront, avec l'assentiment des soupcripteurs, être consacrées 



à l'exécution, pour cette commune, d'un travail de sculpture, par 
l'artiste qui sera chargé du monument. 

. Une Commission a été uommée pour s occuper de l'exécution 
de ce monument. Elle se compose de MM. les docteurs Panas, 

Président du comité; Brun, trésorier; Horteloup, secrétaire; 
[. Puel, maire de Bernay. 

Les souscriptions sont reçues: à Paris, chez M. le doclour 
Brun, trésorier, rue d'Aumale, 23, et au siège du comité, chez 
M. le docteur Horteloup, rue de la Victoire, 7o. 

Souscription Duchenne (de Boulogne). 
Deuxième liste. 



MM. 



Begnard 

Motet 

Gaston 

Charcot fils 

Marchand 

Barth 

Chauffard 

Teissier père .... 

Letulle 

Segond 

Cazalis 

Legroux 

Polaillon 

Galippe 

Fernet 

Du Castel 

Millard 

Hayem 

Féré 

Lailler 

Monod 

Jalaguier 

Pinard 

Nélaton 

Brault 

Dieulafoy 

Luys 

Uallopeau 

Bouchereau 

Josserand 

Boques (de Lyon). 



10 fr. 

20 

10 

20 

20 

20 

20 

20 

20 

20 

10 

20 

20 

10 

20 

20 

20 

20 

20 

20 

20 

20 

20 

20 

20 

20 

20 

20 

10 

20 

20 



ToUl.... 

Montant de la liste précédente. 

Total général.. 



570 
1090 



1660 fr. 



Mortalité a Paris (l"*" semaine, du 30 décembre 1888 au 
5 janvier 1889. — Population: 2260945 habitants). — Fièvre 
typhoïde, 5. — Variole, 3. — Bougeole, 43. — Scarlatine, 4. — 
. Coqueluche, 3. — Diphthérie, croup, 40. — Choléra, 0, — Pli ih î s ie 
pulmonaire, 168. — Autres tuberculoses, li. — Tumeurs : 
cancéreuses, 47 ; autres, 7. — Méningite, 30. — Conges- 
tion et hémorrhagies cérébrales, 52, — Paralysie, 5. — 
Bamollissement cérébral, 7. — Maladies organiques du cœur, 70. 
— Bronchite aiguë, 23. — Bronchique chronique, 48. — Broncho- 
pneumonie, 32. — Pneumonie, 52. — Gastro-entérite: sein, 8; 
biberon, 38.— Autres diarrhées, 6. — Fièvre et péritonite puer- 
pérales, 2. — Autres affections puerpérales, 1. — Débilité con- 
génitale, 32, — Sénilité, 30. — Suicides, 13. — Autres morts 
violentes, 12. — Autres causes de mort, 161. — Causes 
inconnues, 1 i. — Total : 970. 



OUVRAGES DÉPOSÉS AU BUREAU DU JOURIAL 

Traité pratique de la ij/philit, par M. le docteur Lan(flcbcrt. 1 vol. in-i2 de 
GlO page», carlonné diamanl, tranche ronge. Paris, 0. Doin. 7 fr. 

De la tuQQetlion et du Bomnambuliêtne daru leurx rapportt avec lajaritpru" 
dence et la médecine légale, par M. J. Liégvois. 1 Immo voluno ii>-12 do 
7^îO pages. Paris, 0. i)oin. 7 fr. 50 



G. Masson, Proprictaire-Gérant. 



iîOli. — MOTTBROZ. — Imprimeries réunies, ▲, ru« Mifoon, %, Pari«. 



Trente-sixième année 



NM 



25 Janvier 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



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Adresser tout ce qui concerne la rédaci 



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?,9lÛiNglA(0âlANCK} A. HËNOCQUE, A..J. MARTIN, A. PETIT, P. RECLUS 



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SOUMAIKE. — Bulletin. Académie do médecine. Le slrophantus. AvanLiges 
cX iiicoa«cfitcnl« des alcaloïdes. — Neuropatuologis. Les migraines. — 
CoNTitiBtmo!f8 PHARVACBUTIQUBS. Naplitol camplirc et phénols camphrés. — 
lirrpK DffSCOORS bt des cliniques. Hôpital de la Salpêlricro Service de U. le 
prof'>&»far Charcot. Hôpital de la Chariié. Service de M. le professeur Trclat. — 
TiLiVâUX ORIGINAUX. Clinique médicale: Du pronostic de la pleurésie hémor- 
rfwi^'^oe, — Correspondance. Observations sur la préparation du chloroforme 
iic«lioé à l'anesthésio. -^ Sociétés savantes. Académie des sciences. 
.Vadéuie de médecine. — Société do chirurgie. — Société de biologie. — 
Bibliographie. Leçons do clinique chirurgicale. — VARiéiés. Hôpilaux de 
Paris, 



BULLETIN 

Paris, 23 janvier 1888. 

Académie de médecine : Le sirophantas. — Avanlnfes 
ei IneonvénlentA des alcaloïdes. 

Saurons-nous enfin, après la discussion académique, ce 
(\\ï\\ faut penser du strophantus et dans quelles conditions 
il convient de le prescrire ? On aurait pu en douter après 
avoir entendu la longue communication de M. G. Sée sur les 
maladies du cœur et les médicaments cardiaques. Presque 
tous les médecins sont, en effet, d'accord pour affirmer que 
la slrophanline ne produit pas des effets identiques à ceux du 
strophantus. M. G. Sée affirme le contraire. Presque tous 
ceui qui ont suffisamment expérimenté l'extrait ou la 
teinture de slrophantus ont reconnu, comme l'a bien dit 
M. C. Paul, que ces médicaments rendent de réels services 
comme diurétiques et comme toniques du cœur. M. G. Sée 
covlesle ces conclusions. Il faut donc attendre encore pour 
concfure. D'ailleurs, dans son travail, M. G. Sée a paru sur- 
tout vouloir affirmer l'opportunité de la substitution des 
alcaloïdes aux préparations pharmaceutiques directement 
Urées des plantes. La quinine, dit-il, est supérieure au 
quinquina et le vin de quinquina ne sert dans les hôpitaux 
qu'à favoriser l'intempérance des infirmiers; la morphine 
vaut mieux que l'opium; la digitaline que la digitale, etc. 

Nous l'avons déjà dit et nous tenons à le redire, car la 
question a une grande importance au point de vue pratique, 
nous ne partageons pas cette manière de voir. Sans doute 
la découverte des alcaloïdes a permis l'étude scientifique, 
expérimentale, d'un grand nombre de médicaments. Leur 
administration produit assez rapidement des effets thérapeu- 
tiques que ne donnent pas les extraits ou les teintures tirés 
directement des plantes. Il est non moins démontré que les 
préparations trop complexes, les thériaques si chères aux 
anciens médecins, sont souvent inutiles. Mais il n'en faudrait 
[LIS conclure à l'identité d'action d'un alcaloïde et d'une 
«abstance pharmaceutique extraite d'une plante. Non, la 

f SÉRIE. T. XXVI. 



quinine n'est point identique au quinquina, l'émétine à 
l'ipéca, la digitaline à la digitale. Il serait très dangereux à 
notre avis de conseiller aux praticiens cette médecine des 
alcaloïdes dont une certaine école abuse singulièrement 
depuis des années et qui ne jugule pas plus les maladies 
qu'elle ne peut remplir toutes les indications thérapeutiques. 
Jamais, avec la digitaline, on n'obtiendra les effets diuré- 
tiques que donne l'infusion de digitale ; jamais les prépa- 
rations de quinine ne remplaceront le vin de quinquina. 

Il y a autre chose encore à faire remarquer à ce sujet : L'art 
de formuler, qui se perd de plus en plus chaque jour, parce 
que l'on abuse des granules et des spécialités, consiste 
précisément à choisir divers produits médicamenteux et à 
les associer de manière à mitiger l'action directe que ces 
produits peuvent exercer sur la muqueuse de l'estomac, 
à favoriser leur absorption, à stimuler les organes d'éli- 
mination pour éviter la saturation et l'accumulation médica- 
menteuses. Les adjuvants, les correctifs, les excipients, etc., 
ne sont pas indifférents en thérapeutique. Et l'association 
des médicaments est des plus utiles dans un grand nombre 
de circonstances. 

. Tout en reconnaissant donc avec M. G. Sée que l'intro- 
duction en thérapeutique de certains alcaloïdes a été un 
grand progrès, nous croyons encore à l'utilité des médi- 
caments plus complexes au point de vue chimique, mais 
autrement efficaces au point de vue pratique, que la nature 
nous fournit. Et nous pensons, avec Fonssagrives, qu'en 
compliquant ce qui est simple et en simplifiant ce qui est 
complexe on n'est jamais dans la mesure et qu'on reste à 
côté de la vérité. 

Mais ce qu'il convient surtout de retenir de la communi- 
cation de M. Sée, c'est l'étude qu'il a faite des diverses 
formes de maladies cardiaques, c'est cette affirmation si 
vraie qu'il en est qui se maintiennent longtemps sans 
aggravation apparente, sans troubles sérieux de l'orga- 
nisme; c'est tout ce qu'il a dit au sujet de l'efficacité si 
précieuse, si constante, de l'iodure de potassium non seu- 
lement dans les affections scléreuses, mais encore dans 
bien des endocardiques ; c'est enfin sa classification des 
médicaments cardiaques. 

Quant au slrophantus, personne n'a jamais prétendu qu'il 
pouvait remplacer soit la digitale, soit l'iodure de potas- 
sium ou même la caféine qui restent les plus utiles parmi 
les médicaments cardiaques. Mais n'est-ce point quelque 
chose que de pouvoir, alors que la digitaline est funeste, 
la digitale peu ou point tolérée après quelques jours d'ad- 
I niinistration, la caféine inefficace, ranimer l'activité du 

4 



50 — N- 4 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 25 Janvier 1889 



cœur et entretenir une diurèse suffisante jusqu'à ce que 
quelques jours de repos permettent au malade de reprendre 
Tusage soit du lait additionné d'iodure, soit de Tinfusion 
de digitale? Repétons-le: parmi les trop nombreux médi- 
caments que Ton vante outre mesure, le strophantus 
mérite de garder une place. Faisons-la-lui modeste, mais 
reconnaissons avec MM. Bucquoy, Dujardin-Beaumetz et 
Constantin Paul que l'extrait de strophantus peut être très 
utile. 



NEUROPATHOLOGIE 

I^es Mlfcraines. 

(Fin. — Voy. les numéros 2 et 3.) 

Migraine ophthalmique associée. — De tous les phéno- 
mènes capables d'accompagner le syndrome dont nous 
venons d'esquisser les principaux traits, le plus fréquent 
est certainement le trouble plus ou moins profond qui 
atteint la fonction du langage. 

Le degré le plus atténué du syndrome aphasie peut con- 
sister en une simple amnésie. Le malade ne trouve pas 
les mots, il lui arrive d'employer un mot pour un autre. 
L'amnésie porte sur certains faits, sur certaines dates. Nous 
retrouvons là l'esquisse de Vintoxication du mot. Un 
malade dit : c Je suis aphasique » (Féré); un autre dît ; 
(Bradamante ^, et ne peut dire autre chose. Dans une leçon 
publiée dans la Gazette des hôpitaux (17 mai 1884), 
M. Charcot a rapporté l'histoire de deux aphasiques migrai- 
neux. L'un d'eux, un musicien, avait totalement désappris 
la musique; d'autres perdent l'usage d'une langue étran- 
gère. Féré rapporte, dans son mémoire, plusieurs observa- 
tions de cette nature. Parinaud cite un cocher qui était 
obligé de se faire répéter par le valet de pied l'adresse des 
gens chez qui il devait conduire ses maîtres. 

Nous-même avons rapporté plusieurs cas semblables. 

Varticulation des mots peut être seule atteinte; les 
malades bredouillent et le trouble augmente quand ils 
veulent insister pour bien parler. 

Enfin, il faut se convaincre de ce fait, c'est que le trouble 
fonctionnel peut réaliser et réalise souvent l'aphasie com- 
plète; une des observations que nous avons présentées à la 
Société clinique en est un bel exemple. 

Le malade perdu dans la rue ne put pendant tout le 
temps de la crise lire les noms des rues, reconnaître les 
quartiers les plus connus (cécité verbale), comprendre par- 
faitement ce qu'on lui disait (surdité verbale), parler à un 
cocher pour lui donner son adresse (aphasie proprement 
dite), écrire son nom sur un morceau de papier pour se 
faire ramener chez lui (agraphie). Un autre malade essaya 
d'écrire et s'aperçut non sans effroi qu'il enfilait des mots 
sans suite. Le mot ou la première partie du mot traduisait 
bien l'intention, mais la suite ne répondait pas. 

Depuis les leçons de M. Charcot, la thèse de Bernard et 
la thèse de Ballet, on connaît trop bien l'aphasie pour que 
nous ayons besoin de décrire toutes les dégradations du 
type complet. Il nous suffit de les indiquer. 

Dans le domaine des lésions organiques les symptômes 
les plus fréquemment rencontrés, avec l'aphasie, sont les 
phénomènes paralytiques et les troubles de la sensibilité 
générale qui se localisent le plus souvent au membre supé- 



rieur droit ou à tout le côté droit du corps. La migraine 
accompagnée ne déroge pas à cette règle. 

Troubles du mouvement et de la sensibilité. — Au point 
de vue physiologique, il est donc fort intéressant d'étudier 
les troubles moteurs localisés qui peuvent accompagner la 
migraine. Étant données les connaissances que nous possi'- 
dons aujourd'hui sur les localisations cérébrales, on |>eut 
diagnostiquer avec certitude les régions atteintes par Je 
processus, quelle que soit sa nature. Plus grand encore est 
l'intérêt quand on établit un parallèle entre les affections 
organiques localisées et les résultats d'un simple trouble 
fonctionnel. Le plus souvent on constate un peu d'affaibli:»- 
sèment dans un membre, dans la face, dans les muscles 
ou un groupe musculaire ou dans toute une moitié du 
corps. Ces phénomènes peuvent survivre assez longteinp> 
à l'attaque. Rarement il s'agit d'une paralysie complète, 
mais bien plutôt d'une parésie, d'une asthénie musculaire 
assez accusée. 

Parfois, cependant, il reste des hémiplégies véritables oa 
bien des monoplégies. 

Féré rapporte des faits d'hémiplégie. 

Robiolis parle d'un malade atteint d'une blépharopiose 
gauche. Wilks en cite également un exemple. Saundby 
(La7}ce^, septembre 1882) signale un cas de paralysie du nerf 
moteur oculaire commun gauche avec dilatation pupillaire. 

Donnai de Nice rapporte un cas d'aphasie avec hémiplégie 
gauche (face et membre). Deux de nos malades eurent, l'un 
pendant huit jours et l'autre pendant plusieurs semaiiie>, 
une hémiplégie droite. 

Est-il nécessaire de citer d'autres faits? ceux-là nous 
semblent concluants. 

A côté de ces troubles par défaut de la puissance muscu- 
laire, nous croyons devoir placer les troubles par exagéra- 
tion de fonction. On a cité des tremblements distribués 
comme l'était tout à l'heure la parésie, des palpitations 
musculaires, des réflexes exagérés, un de nos malades avait 
les réflexes exaltés dans toute la moitié droite du corps et 
presque de la trépidation spinale; enfin, viennent les 
secousses convulsives et les vraies convulsions. 

Ici éclate la parenté de la migraine accompagnée et de 
l'épilepsie, tout au moins de l'épilepsie partielle; qu'on en 
juge : un de nos malades (qui a, du reste, une tante épilep- 
tique) se sent pris de malaise, puis les doigts de la main 
droite lui paraissent morts, lourds, froids. Cette sensation 
d'engourdissement monte vers le coude, gagne l'épaule et 
le cou ; la langue que le malade sent à peine devient pâteuse, 
lourde, les mots sont difficilement articulés. Dans la moitié 
droite des lèvres démangeaisons, fourmillements, légères 
secousses, puis apparition de la douleur. Dans les fortes 
crises la jambe se prend également pendant deux ou trois 
heures, quelquefois plus longtemps, tout ce côté est de 
plomb. 

Voilà une sorte d'aura qui ressemble fort à l'aura épile|>- 
tique. Liveing, qui rapporte neuf cas semblables, remanjue 
que, contrairement à ce qui se passe dans l'épilepsie, ces 
phénomènes sensitifs peuvent venir à n'importe quel 
moment de l'accès migraineux. 

Ces engourdissements signalés par MM. Charcot, Féré, 
Liveing, et les autres peuvent durer et être remplacés par 
une anesthésie plus ou moins permanente. 

Féré l'apporte qu'un de ses malades avait des cram[»es 
très douloureuses dans la jambe droite. 

Dans d'autres circonstances, il y a de véritables attaques 



ib Janvier 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



N* 4 — 51 



épileptiformes. Liveing, Féré, Parinaud en rapportent; 
chose remarquable, dit Féré, on peut voir la migraine se 
substKuer à des accès d'épilepsie véritable, ce qui pourrait 
ïiûre croire qu'elle n'est qu'une des formes larvées de celle 
dernière. 

Une de ses observations nous montre une migraine 
ophlhalmique qui s'atténue après l'apparition d'une épi- 
lepsie partielle. 

Une autre observation de Féré nous montre le dévelop- 
pement parallèle des attaques épileptiformes et de la 
migraine ophtbalmique. 

Chose curieuse, les accès revenaient périodiquement et 
de grand matin. 

Un malade avait des crises convulsives, poussait un cri 
rauque, après une phase de vertige. Un malade migraineux 
dès Tenfance, dont nous avons publié l'observation, eut de 
la céphalée à gauche, des attaques épileptiformes dans le 
c6té droite de rhémtplégie droite avec engourdissement et 
de raphasiCy ainsi que des troubles oculaires. 

Lasègue pense que, dans les cas de Liveiug, il s'agissait 
d'h}-stéro-épilepsie et non d'épilepsie véritable. 

Vertiges. — Les Anglais insistent beaucoup surle vertige 
que peut accompagner, suivre, précéder ou remplacer la 
migraine simple ou la migraine ophtbalmique. Liveing 
dislingue dans ce vertige deux cas : tanlôt c'est le vertigi- 
neux lui-même qui se sent emporté au milieu des objets 
qui demeurent immobiles, et alors il attribue le phénomène 
à un trouble du sens musculaire, tantôt ce sont les objets 
eux-mêmes qui tournent; Kappareil optique dans ce cas 
serait plus directement intéressé. Nous ne décririons ce ver- 
lige que d'après les auteurs qui l'ont observé, si, il y a quel- 
ques jours, nous n'avions été à même de voir un migraineux 
dont les accès de migraine venaient de se suspendre quel- 
ques mois auparavant et avaient été remplacés par des 
périodes où le vertige devenait le symptôme dominant. Les 
objets semblaient tourner autour du malade immobile. Ce 
migraineux avait en même temps un engourdissement du 
pieii droit et une légère esquisse des phénomènes oculaires. 
Ce dernier devait, sous peine de voir se produire son vertige, 
t^viler de changer subitement de position, de baisser brus- 
quement la léle, etc. Le vulgaire appelle volontiers ce trou- 
ble t des coups de sang » (Trousseau). 

Le plus souvent le vertige accompagne la migraine et fait 
partie intégrante du syndrome. Cette dissociation qui per- 
met de voir le vertige seule manifestation de l'affection est 
assez rarement rencontrée. 

La migraine ophtbalmique s'accompagne fréquemment 
chez les malades très prédisposés de troubles psychiques 
des plus accusés et sont capables de donner le change. 
Tissol, Liveing citent des cas où il n'y a que des troubles 
inlellectuels alternant avec des migraines oculaires. 

Tissot parle d'un épileptique de l'enfance qui finit par 
avoir à la place de ses migraines de courtes périodes de 
grande irritabilité et d'incapacité mentale. 

Les Anglais signalent également des frayeurs éprouvées 
par des migraineux, et ils rapprochent ces frayeurs de ce 
qu'éprouvent parfois les malades atteints d'angine de poi- 
trine. Ils signalent également l'analogie de ces accidents 
avec ces terreurs nocturnes, cauchemars et somnambu- 
iî«me spontanés observés chez des épileptiques 

Un enfant migraineux était pris au lieu et place d'accès 
de migraine d'une crainte d'un précipice qu'il voyait à côté 
de lui en revenant de Técole (Liveing). 



D'autres fois on voit un jeune homme pris d'une sorte d'ab- 
sence pendant laquelle il récite ses leçons, etc. 

On n'en finirait pas de rapporter tous ces cas-là. (îu'il 
suffise de savoir qu'il peut y avoir coexistence de troubles 
psychiques et de troubles oculaires. 

Nous venons de voir la migraine ophtbalmique simple ou 
associée aux symptômes psychiques moteurs ousensitifs qui 
précèdent réunis dans un même accès. D'autres fois, ces 
divers phénomènes sont séparés les uns des autres par un 
intervalle plus ou moins considérable. Ce sont les migraines 
dissociées de M. Charcot. 

Ces phénomènes ainsi dissociés peuvent se retrouver en- 
suite réunis pour constituer une migraine ophthalmiqne 
simple ou associée. 

Féré rapporte le cas d'une malade qui, après avoir pré- 
senté séparément du scotome scintillant etdelacéphalagie, 
eut des accès où se retrouvaient réunis les deux symptômes. 

Nous avons nous-même rapporté le cas de ce malade qui 
eut de l'aphasie et après de l'hémiopie avec aphasie. Toutes 
les dissociations sont possibles. 

Pour ce qui est des transformations subies par les mi- 
graines, on peut dire que ce sont celles que l'on rencontre 
habituellement dans le grand groupe des névroses , fait qui 
vient à l'appui de ce que l'on sait déjà de l'étroite parenté 
de ces différentes maladies. 

Tissot, tout en repoussant l'idée des métastases humorales, 
admet un déplacement simple de l'activité nerveuse. 

L'épilepsieparaltaux auteurs la névrose qui présente avec 
la migraine les connexions les plus étroites ; en effet, tantôt 
on voit la migraine remplacer l'épilepsie et réciproque- 
ment, tantôt on constate la coexistence des deux affec- 
tions. 

Une femme ayant un frère et une sœur épileptiques, a 
des migraines jusqu'à l'âge de vingt-trois ans à l'occasion 
de ses époques. A vingt-trois ans, ces migraines sont rem- 
placées par de véritables attaques d'épilepsie ayant elles- 
mêmes le caractère mensuel. 

Parry dit : « Cette sorte de migraine n'est pas autre chose 
que le précurseur de l'épilepsie. J'ai vu des épilepsies ac- 
compagnant la migraine guérir puis reparaître avec elle. » 

Marshall Hall fait une observation analogue, appuyée sur 
l'histoire clinique d'un jeune homme qui eut des crises 
d'épilepsie unilatérale avec blessure de la langue, hémi- 
plégie augmentant à chaque attaque, en même temps que 
des crises de migraine. 

Toutes les formes de la migraine accompagnée (amaurose) 
engourdissement, aphasie, etc.) montrent la même affinité 
pour les mêmes transformations. 

Les relations de la migraine avec Vépilepsie minor sont 
beaucoup plus accusées que celle qu'affecte la migraine 
avec la grande épilepsie. En effet, les deux manifestations 
névrosiques sont Tune et l'autre caractérisées par des 
troubles sensoriels de nature plus ou moins vertigineuse. On 
peut encore signaler la parenté de la migraine avec une 
affection qui n'est peut-être que de l'épilepsie à un faible 
degré; nous voulons parler des lypothymies spéciales telles 
que les a décrites Prichard. 

Leveing a cherché à démontrer les affinités de la migraine 
avec l'épilepsie, Vhystérie, la chorée, le tic douloureux de la 
face. Ces diverses névroses peuvent se transmettre en se trans- 
formant de l'ascendant au descendant. Elles peuvent même 
se transformer chez le même sujet qui, à certains moments 
de sa vie présente successivement l'épilepsie^ l'asthme, la 



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GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRORGIE 25 Janvier 1889 



manie se substituant à la chorée, Tangor pectoris faisant 
place à la folio. 

Sans entrer dans lesdiscussions qne la question de la pa- 
renté étroite de l'épilepsie et de la migraine à forme grave 
a fait naître, nous dirons, avec M. Charcot, que la migraine 
ophthalmique fruste ou accompagnée , cette dernière sur- 
tout, n'est pas sans ressemblance avec Tépilepsie, qu'elle se 
rencontre parfois dans les familles où Tépilepsie existe, 
qu'enfin elle peut, assez rarement du reste, reconnaître 
pour cause cette grande névrose. 

PnysiOLOfiiE PATHOLOGIQUE. — Une étude complète 
de physiologie pathologique avec discussion des prin- 
cipales théories émises nous entraînerait trop loin. Nous 
dirons seulement, en nous appuyant sur la simple cli- 
nique, que presque toujours la face d'un migraineux 
est pfile au début de l'accès, que la pupille est le plus 
souvent dilatée (Latham); que les artères temporales sont 
dures (Dubois-Reymond), qu'en un mot, on trouve au 
début de l'accès tout au moins beaucoup de signes d'une 
crampe vasculaire. Nous oublions encore les sensations de 
froid et la chair de poule qui accompagnent si fréquemment 
l'accès. Il ne nous répugne donc en rien d'admettre la 
crampe vasculaire. L'examen du fond de l'œil, fait en pareil 
cas, n'infirme en rien cette supposition, car, souvent, on a 
constaté l'anémie intense de la papille. Donc, l'explication 
plausible des phénomènes décrits plus haut peut très bien 
se trouver dans une anémie cérébrale plus ou moins loca- 
lisée. Il se produit un spasme et le spasme passé tout 
rentre dans Tordre après l'orage causé par le retour plus 
ou moins brusque du sang dans le cerveau. 

Ce trouble vaso-moteur n'est pas abandonné complè- 
tement au hasard. Comme beaucoup d'autres phénomènes, 
il obéit aux lois des localisations. Ce qui nous permet d'af- 
firmer cette vérité, c'est que nous avons dans la série orga- 
nique des faits qui réalisent pleinement tout ce que la 
théorie permettait de prévoir. Un malade au début de la 
paralysie générale, un syphilitique cérébral présentent sou- 
vent les accidents de la migraine accompagnée, en même 
temps que des symptôme» convulsifsou paralytiques, étran- 
gement semblables à ceux que nous trouvons chez le migrai- 
neux sans lésion organique probable. 

Bien mieux, il n'est pas absolument rare de voir le mi- 
graineux, après plusieurs accès, garder en permanence une 
inonoplégie, une hémiplégie, une amaurose et différer peu 
de l'organique dont nous parlions il n'y a qu'un instant. 
Conclusion logique: la migraine accompagnée est le résultat 
d'un trouble vasculaire passager s'attaquant par suite de lois 
inconnues aux mêmes régions que certaines légions diathé- 
siques connues. Et la preuve, c'est que par suite de la répé- 
tition des accès les lésions en question peuvent se pro- 
duire et amener des phénomènes permanents. 

M. Galezowski trouve un jour un mal.ide en proie à une 
migraine ophthalmique intense; il examine le fond de l'œil 
et constate une anémie papillaire. L'accès passé, plus rien. 
Plusieurs fois le phénomène se répèle, ce qui rassure tout 
lo monde; mais un jour la cécité persiste plus longuement 
que d'ordinaire. M. Galezowski examine le fond de l'œil et 
trouve une thrombose de l'artère centrale de la rétine. 

Le spasme, en se répétant, avait fini pjir amener une 
lésion durable et grave. Pourquoi n'en serait-il pas de même 
dans tous les cas où nous voyons des hémiplégies, des apha- 
sies survivre aux accès de migraine accompagnée? 



Vraisemblablement le phénomène commence par les yeux, 
le plus souvent du moins. Un sujet est disposé par son ht re- 
dite aux manifestations nerveuses les plus variées ; il fatigue 
son appareil visuel outre mesure. Celui-ci répond sous forme 
de pesanteur de tête, douleur orbilaire, puis troubles visuels ; 
tout peut se borner là, mais souvent aussi on voit survenir 
les symptômes que nous avons signalés; c'est que probable- 
ment le spasme fait tache d'huile et diffuse vers les centres 
voisins. 

Je tiens à rappeler ici un fait que j'ai fréquemment 
observé et qui a trait à l'instabilité du champ visuel des 
hystériques. Ces malades, en s'éveillant, ont le champ visuel 
peu étendu, même quand la nuit a été calme et le sommeil 
réparateur. C'est, du moins, ce que nous avons constaté 
mainte fois chez un sculpteur sur bois nommé L... 

Se mettait-il à travailler et à s'occuper de ciselures fines, 
il sentait venir un malaise étrange, une douleur de tète per- 
manente : en même temps son champ se rétrécissait, devenait 
ponctiforme.Un pas de plus c'était l'amaurose complète et... 
l'attaque d'hystérie. L'attaque convulsive (hystérique ou épi- 
leptique), les attaques épileptiformesdecertains migraineux, 
marquent-elles le terme extrême de l'anémie cérébrale?... 
c'est possible. Le rapprochement méritait tout au moins 
d'être fait... Quoi d'étonnant alors à ce que les efforts faits 
en vue d'augmenter la vision amènent le résultat contraire 
et provoquent même ces attaques si voisines par l'aspect cl 
les suites des attaques épileptiques? 

Il ne paraît pas nécessaire d'établir le diagnostic diffé- 
rentiel de ces migraines... elles ont des caractères propres 
qui les font facilement reconnaître. Cependant nous ne 
saurions trop répéter que les lésions organiques peuvent, à 
n'en pas douter, simuler absolument la migraine accom- 
pagnée; il sera donc nécessaire de se livrer à une analyse 
minutieuse de chaque symptôme en particulier avant de se 
risquer à porter un diagnostic et un pronostic de trouble 
purement fonctionnel. 

On devra également se défier des céphalées diverses syphi- 
litiques et neurasthéniques et ne pas porter à la légère un 
diagnostic de migraine 

Pource qui est du pronostic, nous dirons, avecMM. Charroi 
et Féré, que ce trouble fonctionnel, cette crampe vasculaire, 
a une fatale tendance à se reproduire, qu'une gêne aussi 
grande apportée à la circulation sanguine ne peut que favo- 
riser la formation de throrabus, partant l'anémie définitive 
et la nécrobiose obligée du territoire qui cesse d'être irrigué. 

C'est contre cette terrible éventualité que M. Charcot a 
cherché à lutter en s'attaquant directement au spasme cause 
de tout le mal et en instituant sans tarder le traitement bro- 
mure à doses croissantes usité dans l'épilepsie. 

Paul Berbez. 



CONTRIBUTIONS PHARMACEUTIQUES 

IVaphtol camphré ei phénols camphrés. 

Tous les médecins connaissent aujourd'hui les services 
que peut rendre à la thérapeutique des maladies infec- 
tieuses le naphtol p, dont le professeur Bouchard a précisé 
les indications. Mais le plus souvent on ne peut formuler 
le médicament que sous sa forme pulvérulente. Il est en 
effet très peu soluble dans l'eau. Or, voici que M. Déses- 
quelles, interne en pharmacie dans le service de M. Bou* 



25 Janvier 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N» 4 — 53 



rhard, vient de montrer que, comme le phénol cristallisé, le 
naphtol se dissout dans le camphre. En triturant ensemble 
à sec jusqu'à transformation du tout en un liquide presque 
blanc ou couleur crème(quand le naphtol est pur), plus ou 
moins rougeàtre (quand le naphtol est impur), une partie 
de naphtol p avec deux parties de camphre en poudre, on 
obtient un médicament qui guérit facilement les excoria- 
tions, les plaies, les ulcérations, et qui même, ainsi que 
U. Bouchard Ta démontre aussi, arrive à déterger de leurs 
fausses membranes les ulcérations diphlhéritiques. Ce mé- 
lange est insoluble dans l'eau et, au contraire, miscible en 
toute proportion dans les corps gras. 

Continuant les expériences de son collègue, H. Âudoucet, 
interne en pharmacie, a vu que le tymol, la résorcine, le 
salol, etc., pouvaient aussi, en proportions variées, se dis- 
soudre dans le camphre et donner naissance soit à des 
pâles molles, soit à des liquides sirupeux, qui trouveront 
sans doute leur place dans la thérapeutique. 



REVUE DES COURS ET DES CLINIQUES 

HOSPICE DE LA SALPÊTRIÈRE. — M. LE PROFESSEUR CHARCOT. 

Tralteaient da tabès par la suapeaslon. 

Messieurs, depuis trois mois nous expérimentons un 
nouveau traitement du tabès et, ce traitement, je dois le 
dire tout d'abord, parait devoir faire merveilles. 

iNous demeurons cependant sceptique non pas devant les 
résultats obtenus qui sont incontestables, mais nous nous 
demandons combien de temps durera l'amélioration..., 
Tavenir nous l'apprendra. 

Vous savez tous, Messieurs, combien nous sommes désar- 
més devant le tabès, la richesse apparente de notre arsenal 
thérapeutique en trahit la pauvreté réelle. Quand on a tant 
de remèdes contre une maladie, c'est qu'aucun d'eux ne 
réunit tous les avantages qu'on est en droit de lui demander. 
De temps à autre cependant on se voit éclairé par une lueur 
quelconque... En 1867, quand je suis arrivé dans cet 
hospice, M. Vulpian et moi nous avons employé le nitrate 
d'argent préconisé par Wunderlich. Les résultats n'ont pas 
répondu à notre attente, sans être nuls cependant... Après 
loul on peut toujours, quand on n'a pas l'esprit prévenu, se 
demander si la nature n'est pas intervenue et si l'on n'a pas 
affaire à une de ces tendances naturelles vers la guérison 
qu'on rencontre assez fréquemment dans l'histoire du tabès. 
Le tabès bénin en effet n'est pas rare et aujourd'hui où 
l'étude des formes frustes a été poussée fort loin, nous 
savons qu'il suffit d'une inégalité pupillaire, de quelques 
douleurs à type spécial, d'une abolition des réflexes ou de 
quelques troubles viscéraux pour faire le diagnostic. 'Nous 
sommes loin, comme vous le voyez, des idées de Duchenne, 
qui voyait dans l'ataxie une maladie à étapes progressives 
et à enchaînement régulier. 

J'ai revu à Turin, lors de mes derniers voyages en Italie, 
un ataxique que j'avais soigné plusieurs années auparavant 
et qui paraissait guéri à cela près qu'il n'avait pas récupéré 
ses réflexes rotuliens. Le séjour à la Malou semblait avoir 
pris une grande part à cet heureux événement. 

Vous savez quelles sont mes idées sur l'ataxie syphili- 
tique ou réputée telle; vous ne vous attendez donc pas à 
me voir louer le traitement syphilitique. Ce traitement n'a 
jamais en de succès, même dans le cas où il a été appliqué 
de bonne heure. Qu'on attaque le labes quand on voudra, 
au moyen du mercure et de l'iodure de potassium, même à 
doses considérables, et le résultat sera toujours le même, 
c'est-à-dire toujours nul. 



Rien n'est fatal comme l'amaurose tabétique, même quand 
elle se produit chez des syphilitiques, et si on me cite des 
observations de guérison ou d'amélioration, je vois que la 
plupart du temps il s'agit de cas douteux au point de vue 
du diagnostic. 

Il y a quelques années, on a préconisé Télongation des 
nerfs, H. Debove s'est fait le propagateur de cette méthode 
de traitement. Qui songe aujourd'hui à l'élongntion? 

Je vais vous parler maintenant du procédé dont vous voyez 
ici le dispositif et qui nous arrive de Russie par l'intermé- 
diaire du docteur Raymond, agrégé de la Faculté, chargé 
d'une mission en Russie, qui a pu en constater les 
heureux efl'ets dans le service du docteur Molchoukowsky, 
d'Odessa. 

La manière dont le médecin russe a découvert ce mode de 
traitement est assez singulière. Il avait à redresser la taille 
d'un tabétique, atteint de scoliose. Pour ce faire, il suspendit 
son malade sous les bras (méthode de Serres) et lui appli- 
qua un corset de plâtre. Au bout de quelques jours le 
tabétique vient faire remarquer à son médecin qu'il souffrait 
beaucoup moins de ses douleurs fuIguranles^Motchoukowsky 
crut d'abord que c'était au corset qu'il fallait attribuer ce 
résultat inattendu, mais bientôt il constata que la suspension 
était la vraie cause de l'atténuation des douleurs. 

Dès lors il appliqua ce traitement à une foule de tabéti- 

3ues et tous ou presque tous furent avantageusement mo- 
ifiés. 

L'appareil est des plus simples, il consiste essentiellement 
en une sorte de fléau de balance, suspendu par un crochet 
médian à une moufle qui peut l'élever. Aux deux extrémités 
du fléau transversal sont suspendues des courroies en forme 
d'anses dans lesquelles on passe les bras. Â la partie 
médiane est attachée une douole fronde appuyant en avant 
sous le menton, en arrière sous la nuque. 

Au moyen d'une moufle on élève le patient à un pied ou 
deux du sol et on le laisse ainsi suspendu pendant une 
minute ou deux lors des premières séances, pendant deux 
ou trois minutes à la troisième ou quatrième fois. On répète 
l'expérience deux ou trois fois par semaine. 

En octobre, nous avons commencé à appliquer ce traite- 
ment à nos tabétiques. L'idée nous en fut donnée par un 
élève du service, un jeune médecin russe des plus distingués, 
M. Onanoff, qui accompagna M. Raymond en Russie. 

Les résultats furent surprenants. 

J'ai du reste fait venir ici les malades qui viennent se 
faire « suspendre », deux ou trois fois par semaine et qui vont 
vous dire eux-mêmes quels bénéfices ils ont retirés de la sus- 
pension. Je vous fais remarquer qu'il ne s'agit pas ici 
d'ataiiques douteux, mais d'alaxiques vrais ayant tous ou 
presque tous les signes du tabès. 

Un des malades de Molchoukowsky avait des douleurs 
fulgurantes, de l'incoordination motrice, du signe de 
Romberg, l'absence des réflexes rotuliens, de l'impuissance 
sexuelle, des troubles vésicaux; il a subi quatre-vingt-dix- 
sept suspensions. 

L'incoordination a disparu ; les douleurs ont disparu éga- 
lement. 

Le signe de Romberg s'est amendé. 

Enfin les fonctions sexuelles se sont rétablies à la grande 
satisfaction de Tintéressé. 

Un deuxième malade était dans le même état et s'est fort 
amélioré; il souffrait surtout de crises gastriques sensibles, 
qui ont disparu. La miction et les fonctions sexuelles se sont 
aussi fort améliorées. 

Un troisième ataxique était tellement emphysémateux 
qu'on ne put le suspendre. On l'a tiraillé sur un lit au 
moyen de tractions exercées sur les pieds (les épaules et la 
tête étant fixées). 

Nos malades à nous ont été aussi heureux que les Russes. 
Quinze ont été soumis à la suspension et les résultats ont 



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GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 25 Janvier 1889 



été tels qu'on a pensé à appliquer ce traitement à d'autres 
qu'à des tabétiques. 

Nous avons remarqué que la suspension avait pour 
résultat capital la restauration des fonctions sexuelles. 
Aussi comprenons-nous Motchoukowsky, qui a eu l'idée de 
traiter de cette façon les impuissances névropathiques. 

Messieurs, permettez-moi une digression: il est, vous le 
savez, à Paris et ailleurs, des établissements où Ton s[efforce 
par les moyens les plus variés de rendre aux impuissants, 
aux vieillards surtout, une virilité plus ou moins factice, 
capable tout au moins d'assurer pour un temps la satis- 
faction de désirs... plus ou moins naturels. Nous nous 
sommes demandé si on n'avait pas eu connaissance des 
vertus aphrodisiaques de la suspension... etpour nous assurer 
de ce fait nous «ivons envoyé des émissaires chargés de nous 
renseigner. Le médecin doit tout savoir. Il peut comme le 
soleil entrer dans les bouges sans se souiller... Or nous 
avons appris que le procédé de la suspension était couram- 
ment employé... 

Quoi qu'il en soit, nous avons fait déjà neuf cents suspen- 
sions et le résultat a dépassé notre attente. 

Notre premier malade, âgé de cinquante ans, a vu dispa- 
raître ses douleurs fulgurantes et son incoordination s est 
sensiblement modifiée. Il a récupéré sa puissance sexuelle. 
Les mictions sont plus faciles. 

Il a commencé son traitement le "22 octobre et a été sus- 
pendu trente-trois fois. Le mieux s'est fait sentir dès la 
troisième séance. Il n'est donc pas discutable, et quoiqu'il 
soit vrai que les malades se suggestionnent facilement, nous 
pouvons dire hardiment que jamais traitement n'a en aussi 
peu de temps donné de résultats semblables. 

Un deuxième malade, très incoordonné, a commencé le 
traitement en octobre également. Les douleurs ont cessé 
brusquement, sont revenues une fois, et depuis près de six 
semaines n'ont pas reparu. 

L'incoordination s'est modifiée de telle façon que le 
malade descend du tramway sans faire arrêter la voiture. 
Il urine mieux et a des érections. 

Un troisième malade, qui venait ici appuyé sur sa femme, 
vient maintenant de la rue de la Tombe-Issoire à la Salpê- 
trière à pie.d.seul et sans canne... 

Un quatrième malade, d'abord amélioré, a eu une rechute, 
mais il s'agit d'un de ces malheureux chez qui l'hérédité 
nerveuse (aliéné, épileptique, hystérique) est à son 
summum. Nous ne nous attendions chez lui à rien de bien 
brillant. 

Enfin, Messieurs, je vais vous montrer une jeune fille de 
quinze ans, atteinte de maladie de Friedreich, ce qu'on a 
appelé si faussement l'alaxie héréditaire. Je ne vous répé- 
terai pas qu'il ne s'agit point ici du tahes ordinaire, mais 
bien d'une maladie à part dont je vous ai souvent décrit les 
caractères. Cette malade était soignée en ville par M.Blocq, 
qui a eu l'idée de la traiter par ce procédé. Or celte jeune 
nlle a été très améliorée par la suspension. Aujourd'hui elle 
marche beaucoup mieux. 

Je me contente aujourd'hui de vous signaler le fait. Un 
malade, atteint de myopathie primitive, affirme se trouver 
beaucoup mieux depuis qu'il a commencé son traitement. 
Il est probable que la suspension en élevant Jes racines 
rachidiennes amène des changements circulatoires dans la 
moelle, cliangemenls qui produisent des résultats jusqu'ici 
fort à l'avantage des malades qui se sont soumis au traite- 
ment. Peut-être que beaucoup d'affections nerveuses sont 
modifiables par la suspension. Nous continuerons nos expé- 
riences et je ne manquerai pas de vous en faire connaître 
les résultats. 

P. Berbez. 



HÔPITAL DE LA CHARITÉ. — SERVICE DE M. LE PROFESSEm 
TRÉLAT. 

ExClrpadon d'un «névryanie artérlo- veloeas . 

M. le professeur Trélal vient d'extirper avec plein succt-s 
un anévrysme artério-veineux du creux poplité, à l'élude 
duquel il a consacré deux leçons cliniques. L'importance 
chirurgicale du fait est accrue d'une question d'actualité. 
La Société de chirurgie vient en effet de s'occuper du trai- 
tement des anévrysmes artériels, et les pièces du procès ont 
été exposées il y a peu de jours aux lecteurs de la Gazette 
hebdomadaire par M. Reclus. Elles se résument en ceci : 
les méthodes dites de douceur sont beaucoup moins béni- 
gnes et efficaces qu'on ne le croit, la ligature au-dessus 
(lu sac est 1^ procédé de choix; l'extirpation du sac est 
possible, mais on aurait tort de vouloir la généraliser. 

M. Reclus a, dé parti pris, laissé de côté tout ce qui a trait 
à l'anévrysme artério-veineux. Il s'était d'ailleurs occuué 
de celte question dans un article antérieur et il avait conciu 
que la double ligature au-dessus et au-dessous du sac esl 
la méthode de choix; que, lorsqu'elle est impossible ou in- 
suffisante il faut ouvrir la poche et lier les collaiérales ainsi 
mises au jour. 

Voici maintenant l'observation de M. le professeur Trélal. 

Il y a quelques semaines entrait à l'hôpital de la Charité 
un homme de vingt-trois ans qui, il y a neuf ans, s'était 
blessé à la cuisse avec un revolver. Il voulait tirer la 
baguette, fixée par la rouille. Le canon dirigé en bas, la 
main gauche appuyée contre la cuisse gauche tirait sur la 
baguette; le genou était un peu fléchi: l'enfant se trouvait 
ainsi dans la position d'un homme qui débouche une bou- 
teille. Le coup partit et la balle pénétra à la région antéro- 
interne de la cuisse, à 18 centimètres au-dessus du genou ; 
elle ressortit à la région postéro-exleme du mollet : le 
trajet a 38 centimètres de long. L*hémorrhagie fut notable, 
mais s'arrêta par un pansement compressif. 

Au bout de quinze jours, le malade s'aperçut que sa 
jambe était volumineuse, que les veines sous-culané(^s y 
étaient saillantes. La douleur était nulle. Les mouvements 
revinrent peu à peu et depuis le patient ne s'est guère 
occupé de sa blessure : il est comptable et le volume de sa 
jambe le gêne peu. Il y a quatre ans, toutefois, un ulcère 
survint à la région interne du quart antérieur de la jambe : 
rebelle à divers traitements, il céda à un mois de séjour 
au lit. Puis il y a deux ans, nouveau séjour au lit, néces- 
sité par une phlébite. Il y a cinq mois, enfin, l'ulcère 
récidiva, résista aux pansements ordinaires, et finalement 
le malade entra à l'hôpital. Il ne s'était présenté à la 
consultation que pour cet ulcère, entouré de taches pig- 
mentaires et de veines volumineuses, le tout siégeant sur 
un membre assez infiltré. C'est alors qu'en l'examinant 
on découvrit l'anévrysme jusqu'alors méconnu. 

Cet anévrysme se manifestait par des signes évidents. A 
deux travers de doigt au-dessous de la cicatrice existait 
en un point un thrill extrêmement accusé qui se propageait, 
en s'affaiblissant, jusque dans la veine iliaque et dans 
toutes les veines de la jambe, jusqu'à la région malléo- 
laire. A l'auscultation, on entendait un souffle continu 
redoublé des plus nets, dont le maximum correspondait 
au maximum du thrill. Au-dessus de ce point, la fémorale 
très volumineuse était animée de battements intenses. Au- 
dessous, le creux poplité était distendu par une poche 
douée de pulsations et d'expansion. Plus bas encore ou 
voyait l'expansion des veines superficielles, mais on ne 
sentait plus les battements de la pédieuse et de la tibiale 
postérieure. Tous les phénomènes cessaient par la com- 
pression de la fémorale au pli de l'aine. 

Pendant les premiers jours, l'empâtement œdémateux. 



i5 Janvier 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N« 4 — 55 



accru par la déclivité du membre, empêcha d'apprécier 
nettement les limites et la consistance de la poche. Après 
un peu de repos, la région devint facile à explorer : il fut 
certain que la poche, souple et probablement mince, avait 
12 centimètres de long sur 9 de large; qu'elle ne dépas- 
sait pas, par en bas, l'interligne articulaire. 

L'élude de la température du membre, faite par M. Del- 
bet, a fourni un résultat intéressant. A plusieurs reprises, 
une hypertherraie de 3**l/2 a été constatée. Ce fait avait été 
noté en 1856 par Henry, mais depuis on a admis plutôt qu'il 
ja en général de l'hypothermie. En particulier, Bergmann 
et Bramann ont observé un malade chez lequel l'abaisse- 
ment de température variait de 3 à 5 degrés. 

Une première question se posait en présence de ce ma- 
lade : fallait-il intervenir? M. Trélat n'hésita pas à répondre 
par lafOrmative. La guérison spontanée de Tanévrysme 
variqueux est encore au moins douteuse. Mais on dit qu'il 
tend à rester stalionnaire, à avoir une évolution bénigne. 
Ce\a est vrai parfois, mais il y a de nombreuses exceptions. 
Broca déjà en cite quelques-unes et M. Trélat a réuni une 
dizaine d'observations où l'accroissement, la rupture, l'in- 
ftammation, la suppuration ont surpris le chirurgien, 
souvent il est vrai après une longue période où le mal 
était resté stationnaire. Ces accidents sont à redouter pour 
tous les anévrysmes artério-veineux : c'est une poche 
énorme du pli du coude que Purmann extirpa. Mais c'est 
surtout pour les anévrysmes des membres inférieurs quMl 
faat craindre cette évolution grave, car ici aux conditions 
circulatoires vicieuses créées par la phlébartérie s'ajoute 
l'appoint de la déclivité. L'intervention est donc indiquée 
dans les cas de ce genre, même s'il ne s'agissait point 
(fun homme encore jeune, désireux d'être débarrassé d'une 
infirmité. Et d'ailleurs, il était probable que le mal 
s'aggravait : le sujet n'avait-il pas, à un moment donné, 
porté pour ses varices un bas élastique bientôt devenu 
trop étroit? 

Les méthodes de douceur, aujourd'hui battues en brèche 
pour les anévrysmes artériels, sont plus souvent encore 
défectueuses pour les anévrysmes variqueux. Pourtant la 
méthode employée d'abord par Nélaton, puis régularisée 
par Yanzetti, a donné des succès. Elle consiste à faire 
ilabord de la compression directe sur la communication 
artêrio-veineuse, qu'on oblitère ainsi ; il reste alors un 
auévrysnie artériel, justiciable de la compression indirecte 
à distance. Il y a quelques années, M. Trélat a obtenu de la 
^rte une guérison complète. Mais le résultat n'est favo- 
rable que si la lésion est récente. Et de plus la méthode 
êlail ici inapplicable, car il n'^ avait sur toute la tumeur 
âucan point dont la compression fit cesser les battements 
dAos la poche. 

Il fallait donc avoir recours d'emblée à une opération 
sanglante. Il en est une qu'on peut repousser sans hésita- 
tion : c'est la ligature par la méthode d'Anel. Elle est 
bonne pour l'anévrysme artériel, mais elle donne des ré- 
sultats déplorables ciuand on l'applique à l'anévrysme arté- 
rto-veineux. C'était l'opinion de Scarpa, de Roux, et depuis 
file s'est confirmée. Delbet attribue à cette opération ;i8,5 
pour 100 de mortalité et 17 pour lOQ de gangrènes primitives, 
le tout pour n'enregistrer que 17 pour 100 de guérisons. 

La ligature de l'artère au-dessus (lu sac une fois éliminée, 
lieux méthodes restent en présence : la double ligature 
de l'artère et de la veine au-dessus et au-dessous du sac 
et l'extirpation. 

La double ligature, préconisée parNorris, par Malgaigne, 
[lar P. Reclus, donne 80 pour 100 de guérisons, et la gan- 
grène y est tout à fait exceptionnelle. C'est donc une mé- 
thode des plus recommandâmes; mais elle n'est pas toujours 
pOi>sible à exécuter et de plus il reste la crainte (théorique 
il est vrai) de la récidive par les collatérales s'abouchant 
dans le sac» 



Lorsque, après avoir mis le sac à nu on n'arrive que mal 
à isoler les quatre bouts vasculaires, on a essayé de les 
chercher après incision du sac. Après les avoir reconnus et 
y avoir introduit une sonde, on a plus de facilité pour les 
lier. Aujourd'hui la bande d'Esmarch semble permettre 
d'agir ainsi sans trop de danger immédiat, et MM. Ver- 
neuil et Reclus ont publié à cet égard une observation 
remarquable. Mais, une fois la bande enlevée, les collaté- 
rales qui s'ouvraient dans le sac fournirent du sang en 
quantité inquiétante et il fallut les saisir assez pénible- 
ment, après avoir appliqué à nouveau la bande élastique. 
Il eût certainement été autrement aisé de les lier une à 
une, tout en disséquant la face postérieure du sac, si on 
avait voulu l'extirper. En outre, il va sans dire qu'il 
faut laisser à la suppuration le soin de détruire cette poche 
abandonnée dans la plaie, et l'opéré reste sous l'imminence 
des diverses complications des plaies qui suppurent. Au 
total, sur 13 cas on compte 8 guérisons et 5 morts; morts 
toutes dues à des accidents septiques. 

L'extirpation du sac expose moins à l'hémorrhagie im- 
médiate. De plus, il en résulte une plaie apte à la réunion 
par première intention, aussi les complications septiques 
sont-elles rares. Enfin, et cet argument a bien son impor- 
tance, la guérison est ainsi complète en quelques jours, 
au lieu qu'après l'incision il faut des semaines et des mois 
pour que la suppuration ait achevé son œuvre. Les chiffres 
sont les suivants : 12 cas; gangrène ; 11 guérisons; 1 sep- 
ticémie. 

En résbuié, M. Trélat est partisan de la ligature des 
({uatre bouts, sans incision du sac. Si cette ligature est 
impossible, il se rallie à l'extirpation, et proscrit la mé- 
thode ancienne d'incision. C'est dans ces idées qu'il inter- 
vint sur le sujet de l'observation actuelle. 

Après application de la bande d'Esmarch, une incision 
de 16 centimètres fut faite dans le creux poplilé. Contre la 
face postérieure du sac, les nerfs sciatiques poplités furent 
isolés, puis réclinés et M. Trélat aborda franchement la 
dissection de la partie inférieure de la tumeur. Il arriva, 
peu au-dessus de l'anneau du soléaire, à isoler un vaisseau 
qui sortait de la poche : il ne put trouver le second canal 
vascnlaire. Ce pédicule une fois lié, fallait-il en faire autant 
au niveau du canal de Hunter et laisser la poche en place? 
Cet écartement considérable des ligatures est une mau- 
vaise condition; de plus M. Trélat ne croyait ne tenir en 
bas qu'un vaisseau. L'extirpation fut donc pratiquée. La 
face antérieure du sac fut disséqué de bas en haut, après 
section du pédicule inférieur; plusieurs vaisseaux s'ouvrant 
dans la poche furent liés chemin faisant et enfin les deux 
vaisseaux supérieurs furent abordés, liés et sectionnés. 
La bande d'Esmarch une fois enlevée, il y eut un suinte- 
ment sanguin notable des surfaces cruentées, mais sans jet 
sérieux. L'hémostase fut délicate, mais non très difficile. 
La plaie fut alors suturée et drainée. Aujourd'hui, onze 
jours après l'opération, le malade va aussi bien que pos- 
sible. On n'a pas eu un seul instant la crainte de voir le 
membre se gangrener. D'ailleurs, avant toute intervention, 
ou sentait battre autour du genou des artères volumineuses, 
preuves d'une circulation collatérale très développée. 

L'examen anatomique de la poche a révélé quelques 
particularités intéressantes. Dans le pédicule inférieur 
on a trouvé deux vaisseaux. Mais l'artère est très petite et 
intimement accolée à la veine. A partir de là, elle remonte 
sur 65 millimètres de long, contre la paroi de l'anévrysme, 
à laquelle elle adhère, et c'est à deux doigts environ au- 
dessous de l'orifice artériel supérieur qu'on voit l'orifice 
inférieur. La poche est donc à peu près exclusivement 
formée par la veine qui s'y ouvre aux deux extrémités du 
diamètre longitudinal, il est bien certain qu'il eût été 
impossible, même si la lésion eiU été récente, de transfor- 
mer par la compression cet anévrysme en un anévrysme 



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GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 25 Janvier 1889 



artériel. Il est cerlain aussi que la double ligature n'eût 
pu êlre faite qu'en plaçant les fils à Tanneaû des adduc- 
teurs d*une part, à Tanneau du soléaire d'autre part. 

Dans un cas de ce genre, M. Trélat pense donc que 
l'extirpation est la méthode de choix. Elle a nécessité une 
dissection soigneuse, mais n'a eu à surmonter aucune dif- 
ficulté réellement grave. L'acte chirurgical a été tout a fait 
régulier et le succès thérapeutique a été rapide et 
complet. 

A. Broca. 



TRAVAUX ORIGINAUX 

Clinique médicale* 

Du PRONOSTIC DE LA PLEURÉSIE HÉMORRiiAGiQUE. Com- 
munication faite à la Société médicale des hôpitaux 
dans la séance du :28 décembre 1888,parM.LEREROULLET. 

Dans l'une de vos dernières séances (1), notre collègue 
M. Troisier a rappelé votre attention sur les conditions 
dans lesquelles naissent parfois les épanchemenls sangui- 
nolents de la plèvre et montré que 1 hémorrhagie pouvait 
dépendre de l'intensité du processus phlegmasique. Avec 
M. R. Moutard-Martin qui, l'un des premiers, a bien fait 
voir que les pleurésies hémorrhagiques non cancéreuses 
et non symptomalic[ues d'une maladie infectieuse grave 
étaient presque toujours curables, il vous a prouvé qu'une 
seule ponction remédiait souvent à des accidents très 
redoutables en apparence. 

Les observations que cette communication m'a remises en 
mémoire, confirment ces conclusions trop souvent encore 
méconnues. Si je me permets de les résumer devant vous, 
c'est pour bien affirmer encore que le pronostic de la pleu- 
résie hémorrhagique simple est relativement favorable. 

Le premier fait, le plus récent, est presque identique à 
celui qui vous a été communiqué par M. Troisier. Le 
30 mars dernier, j'étais appelé par mon savant collègue 
M. le médecin principal C. Reeb avoir, à Neuilly, dans 
la maison de santé dirigée par M. le docteur Défaut, un 
jeune homme de dix-neuf ans, atteint depuis le 14 février 
1888 d'une affection thoracyque des plus graves. Caracté- 
risée dès son début par un mouvement fébrile très intense 
(la température dépassant 39 degrés le malin et 40 degrés 
le soir) par une oppression vive, avec toux sèche, sans point 
de côté initial, m douleur thoracique appréciable, la ma- 
ladie avait été énergiquement combattue par des révulsifs 
(vésicatoires) et des antipyrétiques variés. Lorsque, le 
30 mars, je vis le jeune A..., il se trouvait dans l'état sui- 
vant : adynamie extrême; pâleur des téguments; amaigris- 
sement prononcé; fièvre à type rémittent, le thermomètre 
s'élevant tous les soirs à 40 degrés et quelques dixièmes, 
atteignant 38%5 ou 39 degrés le malin; dyspnée considé- 
rable ; toux sèche, fréquente, avec expectoration légère- 
ment sanguinolente; inappétence absolue. A l'examen 
physic|ue on constatait à droite : en avant, depuis la région 
hépatique jusqu'au niveau de la troisième côte, une ma- 
lité absolue, et depuis la troisième côte jusqu'à la clavi- 
cule un bruit skodique manifeste; en arrière, dans toute 
l'étendue du thorax, depuis la région sus-épineuse jusqu'à 
la base, une malité fémorale, avec diminution des vibra- 
tions thoraciques et dans toute cette région un souffle am- 
)horique ayant son maximum d'intensité au niveau de 
'angle de l'omoplate; Dans la région axillaire ce soufile 
s'enlendait à peine. A la région antérieure du thorax, 
comme à la base du poumon, le silence respiratoire était 
absolu. Il n'existait ni égophonie, ni pectoriloquie, ni râles 

(l).4Sount*e du 13 octobre {Ga». hebd., p. 680). 



f 



d'aucune espèce. Le cœur n'était pas dévié ; le foie n'était 
point abaissé. 

L'intensité du mouvement fébrile et sa persistance, la 
durée de la maladie, l'inefficacité de la médication qui 
avait eu pour objet de combattre les accidents d'inflamma- 
tion pleuro-pulmonaire; enfin et surtout l'état d'adynamie 
profonde dans lequel se trouvait le jeune malade, pouvaient 
raire croire soit à une tuberculose miliaire, soit à une pleu- 
résie purulente. Cependant Tépanchement, qui était évi- 
dent, restait peu mobile; dans les mouvements que Ton 
faisait exécuter au malade, la matité de la région anté- 
rieure du thorax ne variait pas plus d'un travers de doigt; 
enfin l'absence de râles au sommet du poumon droit et 
l'intégrité absolue du poumon gauche et des autres organes 
(les urines n'étaient point albumineuses) me déterminèrent 
à proposer une thoracocentèse destinée à préciser le dia- 
gnostic et à soulager le malade du liquide, peu abondant, 
3ue l'on constatait. Cette opération fut faite, non sans 
ifficullés, en raison de l'état nerveux exagéré et des appré- 
hensions du sujet, le lendemain 31 mars. A l'aide du 
trocarl n"" 2 de l'appareil Polain, introduit dans le sixième 
espace intercoslal, un peu en avant de la ligne axillaire, 
j'évacuai rapidement 950 grammes d'un li([uide d'abord 
rosé, bientôl franchement sanguinolent et qui se prit rapi- 
dement en une masse gélatineuse. Le trocart fut retiré dès 
qu'apparurent les premières quintes de toux. 

Aucune coniplication immédiate ne suivit cette ponction; 
comme il arrive d'ordinaire, la fièvre céda même rapide- 
ment; mais le lendemain 2 avril j'étais rappelé à Neuilly 
par une dépêche urgente. Atteint pendant la nuit de vomis- 
sements rapidement incoercibles, dans un état d'agitation 
et d'anxiété extrêmes, le malade paraissait très gravement 
menacé. Cependant l'examen du thorax avait déjà prouvé 
à MM. Reeb et Défaut que l'épancliement dont il restait 
encore une certaine quantité ne s'était pas abondamment 
reproduit, que l'auscultation révélait partout en avant, 
dans l'aisselle et depuis l'épine de l'omoplate jusqu'à la 
fosse sus-épineuse, de nombreux frottements pleuraux. Je 
constatai moi-même l'intégrité absolue de tous les autres 
organes et dus considérer les accidents observés comme 
exclusivement d'origine réflexe et dépendant tout à la fois 
de l'irritation provoquée par la thoracocentèse dans une 
plèvre facilement susceptible et de l'extraordinaire émo- 
tivité nerveuse du sujet. Le repos absolu, une alimentation 
exclusivement composée de lait glacé et de vin de Cham- 
pagne ; enfin, quel(|ues antispasmodiques eurent, en effet, 
très rapidement raison de cette rechute et le 7 avril .M. le 
docteur Reeb pouvait m'écrire : « Les accidents consécutifs 
à la thoracocentèse et qui m'avaient si fort inquiété se sont 
dissipés; les vomissements ne se sont plus reproduits; la 
fièvre est tombée et j'ai pu constater ce matin que Tépan- 
chôment avait à peu près disparu. Le sommeil absent 
durant tant de nuits est revenu profond et prolongé. Il 
semblerait que nous eussions assisté à une véritable crise 
si l'état général s'était amélioré d'une façon plus nette... » 
J'ai hâte d'ajouter que l'amélioration de Tétat général ne 
tarda pas à s'affirmer aussi. Le malade a quitté Neuilly le 
30 avril. Examiné depuis et à plusieurs reprises par divers 
médecins, il a été trouvé en parfait état. Aucun signe de 
pleurésie ancienne n'ayant pu être constaté, il a été admis 
à s'engager le 1*' octobre dernier dans un régiment d'in- 
fanterie. 

Son observation prouve donc une fois de plus la rapidité 
avec laquelle une seule ponction peut guérir les épan- 
chemenls pleurétiques aigus, fébriles, dans lesquels la 
présence du sang est due à l'intensité du processus phleg- 
masique. Déjà, en 1870 (1), j'avais insisté sur celle utilité 
de la thoracocentèse dans les pleurésies inflammatoires 

(1) Méinoiro lu à 1.1 Sociélc de médecine de Strasbourg (voy. aussi MontpflUcr 
médical, 187â). 



25 Janvier 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



_ No 4 _ 57 



lorque répanchement riche en matière fibrinogène restait 
stalionnairc et surtout lorsque, quelle que soit d'ailleurs 
rabondance de répanchement, la température fébrile se 
maintenait longtemps à un degré assez élevé. Presque tou- 
jours alors la fièvre et l'ensemble des accidents thoraci- 
ques disparaissent après la ponction. La présence dans le 
liquide évacué d'une proportion de sang plus ou moins 
notable confirme le diagnostic et n'aggrave en rien le 
pronostic de la maladie. 

Une deuxième observation concerne un jeune homme de 
vingt-sept ans près duquel je fus appelé il y a vingt mois. 
Sans antécédents héréditaires, sans maladie antérieure 
grave, mais très névropathique et surmené depuis plusieurs 
semaines par des travaux intellectuels excessifs, M. A... 
avait été atteint, à la suite de plusieurs refroidissements, 
d'accès de fièvre irréguliers avec toux sèche, quinteuse, 
fréquente, oppression assez marquée à l'occasion du 
moindre effort, douleur vague étendue à toute la région 
Iboracique du côté droit. Le 8 mars 1887, quand je le vis 
pour h première fois, je constatai l'existence d'un épan- 
chement pleurétique, caractérisé par les signes physiques 
suivants. Du côté gauche : état normal à la percussion et 
à lauscultation; aucune déviation du cœur; aucune altéra- 
tion cardio-vascnlaire. A droite, au sommet, depuis la 
clavicule jusqu'au niveau de la quatrième côte : sonorité 
lympanique et, à partir de la quatrième côte, submalité, 
puis matité manifeste se confondant plus bas avec la matité 
hépatique; foie légèrement abaissé, dépassant de trois 
travers de doigt le rebord des côtes. Dans toute la région 
mate : diminution notable du murmure vésiculaire ei expi- 
ration prolongée; au-dessus et jusqu'à la région sous- 
flaviculaire : respiration puérile avec augmentation des 
vibrations et retentissement vocal exagéré sans râles, sans 
souffle, sans égophonie. En arrière : matité absolue, com- 
pacte, depuis la base jusqu'au niveau de l'épine de 
l'omoplate. Dans toute cette région : souffle expiratoire 
doux, prolongé, ayant son maximum d'intensité le long de 
la colonne vertébrale, à la hauteur de l'angle de l'omo- 
pialc, ne présentant en aucun point le caractère du souffle 
caverneux.^ Quelques frottements secs dans la région 
axillaire. Égophonie assez marquée aux limites supérieures 
de i'épanchement où l'on perçoit aussi quelques frolte- 
ments-ràles. Pas de pectoriloquie aphone. 

En faisant asseoir le malade et en examinant attentive- 
ment le niveau supérieur de I'épanchement on ne retrouve 
qu^avec difficultés les caractères indiqués par Hirtz et Da- 
moiseau. La matité reste à peu près horizontale dans la 
région postérieure ; elle est complète dans l'aisselle et 
c'est à peine si, à la région antérieure, les mouvements 
imprimés au thorax dans les diverses attitudes du malade 
font varier la forme et l'étendue de cette matité. 

Cet examen, répété attentivement les jours suivants, 
semble prouver qu'il n'existe qu'un épanchement pleuré- 
tique relativement peu abondant et bridé par de nom- 
breuses néo-membranes. De plus, l'exploration la plus 
minutieuse du sommet droit démontre (]ue le son obtenu 
à la percussion, les vibrations thoraciques et le bruit 
respiratoire restent constamment et simultanément exagé- 
rés. A aucun moment on ne perçoit à ce niveau aucun 
signe pouvant faire soupçonner l'existence d'une infiltra- 
tion tuberculeuse. A gauche, à diverses reprises, des bouf- 
fées congestives avec submatité, diminution du murmure 
vésiculaire et râles sous-crépitants fins auraient pu faire 
penser à l'imminence d'une poussée de tuberculose aiguë 
si, au contraire, ces congestions pulmonaires, si peu pro- 
fondes et si mobiles, observées du côté opposé à la pleu- 
résie, ne se remarquaient fréquemment chez des sujets 
indemnes de toute prédisposition tuberculeuse. 

Quoi qu'il en soit d'ailleurs^ le traitement institué dès le 



8 mars fut le suivant : enveloppement du côté droit dans 
toute sa moitié inférieure par une cuirasse épaisse d'em- 
plâtre de Vigo. Régime lacté, chaque tasse de lait étant 
additionnée d'alcool et d'eau de Vichy; antipyrine et 
bromhydrate de quinine à doses assez élevées pour com- 
battre le mouvement fébrile; lavements de bromure de 
potassium et de chloral pour(^tenir un peu de sommeil. 
Malgré ce traitement, l'état du malade alla s'empiraut 
les jours suivants. Les antipyrétiques, administrés pour 
combattre la fièvre, n'arrivaient qu'à maintenir la tem- 

F»ératureaux environs de 38 degrés le matin et de 39 degrés 
e soir. Deux fois même elle s'éleva à 40%5dans le courant 
de l'après-midi. L'inappétence était absolue, l'agitation et 
la faiblesse extrêmes. A diverses reprises, bien que l'a- 
bondance de I'épanchement n'eût pas augmenté, j'avais 
songé à une intervention chirurgicale. Elle avait été 
repoussée par le malade et par sa famille lorsqu'un inci- 
dent nouveau vint la rendre nécessaire. Le 21 mars, après 
une série de quintes de toux plus énergiques que de cou- 
tume, le malade éprouva une douleur très vive au niveau 
du mamelon et fut pris d'une dyspnée et d'une anxiété 
telles qu'on me rappela d'urgence dans la soirée. Lorsque 
vers huit heures du soir, je pus revoir M. A..., je constatai 
que I'épanchement qui, le matin, n'occupait que le tiers 
environ de la plèvre droite, s'était accru en quelques heures 
de manière à la remplir en totalité. La matité s'étendait, 
en effet, en avant jusqu'à la clavicule et c'est à peine si, 
au niveau de l'articulation sterno-claviculaire, on retrouvait 
encore le bruit skodique. La région slernale était elle-même 
absolument mate et la pointe du cœur dévié battait à deux 
travers de doigt en dehors et quatre travers de doigt au- 
dessous du mamelon. Il fallait admettre ou bien une nou- 
velle et très rapide poussée de I'épanchement (j'en ai cité 
autrefois plusieurs exemples analogues in Pleurésie et tho- 
racocentèse, Montpellier, 1872), ou bien une rupture de 
quelques néo-membranes très vascularisées ayant déter- 
miné une hémorrhagie pleurale. La thoracocentèse s'im- 
posait d'ailleurs pour remédier à la dyspnée extrême 
du malade. Je la pratiquai à neuf heures du soir, le 
malade restant couché sur le dos (le décubitus sur le côté 
gauche était impossible), le bras droit relevé. La ponction 
fut faite dans le sixième espace intercostal au niveau de la 
ligne axillaire avec le trocart n"" 2 de l'appareil Potain et 
avec les précautions antiseptiques nécessaires. Cette ponc- 
tion donna issue à 1 litre environ d'un liquide trouble, 
louche, très fortement coloré par le sang, laissant déposer 
rapidement au fond de la bouteille où il était recueilli une 
couche assez épaisse de pus, formant au bout d'utie demi* 
heure un caillot rougeàtre assez cohérent. De fréquents 
et violents accès de toux m'obligèrent à interrompre l'opé- 
ration sans retirer plus de ilOO grammes environ de liquide 
sanguinolent. 

La nuit fut très bonne. Pour la première fois, depuis vingt 
jours, le malade reposa paisiblement et put même se coucher 
sur le côté gauche. 

Le lendemain j'enlevai, pour le renouveler, l'emplâtre de 
Vigo et pus constater que I'épanchement ne s'était pas 
immédiatement reproduit et que, dans toute l'étendue du 
côté droit en avant, on percevait le bruit respiratoire, mêlé 
de frottements secs, tandis qu'en arrière le souffle expira- 
toire et l'absence du murmure vésiculaire persistaient 
jusqu'à l'angle de l'omoplate. 

Deux jours plus tard cependant la fièvre qui, le lendemain 
de la ponction, était tombée à 36'',8 le malin, 38 degrés à 
trois heures et 37'',9 à neuf heures du soir, remontait à 
40 degrés. Une douleur très vive, qui se faisait sentir au 
mollet gauche, marquait le début d'une phlébite profonde 
qui dura plusieurs jours et céda à la compression ouatée. 
Mais l'état général ne s'améliora pas et le 3 avril M. Dieu- 
lafoy fut, sur ma demande, appelé en consultation. Notre 



58 — NM — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 25 Janvier 1889 



Collègue examina M. A... avec la plus minutieuse attention. 
Il constata Texistence d'un épanchement peu abondant, 
mais qui paraissait en voie de reproduction. Discutant 
ensuite, avec Tautorité et l'expérience que vous lui con- 
naissez, le diagnostic de la maladie, M. Dieulafoy écarta 
ridée d'un hématome de la plèvre aussi bien que celle d'un 
cancer et affirma l'existenc^ d'une tuberculose pleurale, 
celle-ci se trouvant caractérisée par l'intensité et la persis- 
tance du mouvement fébrile, qui rappelait celui de la fièvre 
hectique, par la nature du liquide louche, fortement san- 
guinolent et déjà même purulent, qui avait été extrait par 
la ponction; enfin par la persistance et même la reproduc- 
tion du liquide après la thoracocentèse. 

Tout devait donc faire redouter une reproduction de plus 
en plus abondante d'un liquide rapidement purulent et la 
nécessité de ponctions successives, peut-être même de 
lavages antiseptiques de la plèvre. 

Cependant ces craintes ne se réalisèrent pas. Sous l'in- 
fluence d'un traitement essentiellement reconstituant et 
ioduré joint à une révulsion permanente et énergique 
exercée à la surface du thorax du côté droit, tous les acci- 
dents constatés s'atténuèrent progressivement et finirent par 
céder. La fièvre tomba dès le 20 avril ; l'épanchement 
diminua et disparut peu à peu. Les forces et l'appétit se 
relevèrent en même temps. Le 27 avril le malade entrait en 
convalescence. Je l'ai revu depuis à diverses reprises. H 
reste guéri, du moins en apparence. Je n'oserais affirmer 
cependant qu'il ne puisse un jour devenir phthi- 
sique. Je n'ignore pas que la pleurésie dont il a été atteint 
est de celles où mes amis Landouzy, Kelsch et Vaillard 
trouveraient sans doute des bacilles tuberculeux. Ce que je 
tiens à faire remarquer, c'est que depuis vingt mois la santé 
de M. A... est restée, qu'elle est encore aujourd'hui excel- 
lente, que l'on ne peut donc confondre la pleurésie hémor- 
rhagique dont il a été atteint avec ces pleurésies manifeste- 
ment tuberculeuses dont l'épanchement se reprod.uit 
toujours^ ou ne cède que pour laisser évoluer à sa place 
une phthisie granuleuse aiguë. Si, comme Ta fait remar- 
quer nôtre collègue K. Moutard-Martin, la pleurésie hémor- 
rhagique ne s'observe guère que dans la tuberculose miliaire 
aiguë, la pleurésie dont a été atteint M. A... n'a pas été une 
pleurésie tuberculeuse. D'ailleurs et comme conclusion 
elle a guéri après une seule ponction. 

Le fait qu'il me reste à vous communiquer diffère des 
deux précédents. Si je crois devoir le rapprocher de ceux- 
ci, c'est pour pouvoir faire ressortir une fois de plus l'utilité 
des révulsions locales dans les cas où la thoracocentèse est 
inefficace. Voici très résumée cette dernière observation : 

Le 12 septembre 1882, je voyais en consultation avecM.le 
docteur Le Baron un homme de trente-trois ans, primiti- 
vement vigoureux, sans antécédents héréditaires et qui, 
depuis plusieurs semaines, se plaignait de toux, d'oppres- 
sion, de débilité progressive. Dès les [)remiers jours du mois 
d'août, M. le docteur Le Baron avait constaté l'existence 
d'une pleurésie chronique d'emblée dont l'évolution avait 
été lente et insidieuse. Le 12 septembre, au moment où je 
vis M. B..., il était pâle, amaigri, atteint d'une toux inces- 
sante avec dyspnée extrême et expectoration muco-purulente 
épaisse, parfois sanguinolente. L'examçn physique révélait 
l'existence d'un épanchement excessivement mobile, se 
déplaçant aisément quand on faisait varier la position du 
malade, épanchement qui remontait en arrière jusqu'au 
niveau de l'angle de l omoplate, et qui formait autour du 
thorax une ligne à peu près horizontale dans la station 
assise. Au niveau de l'épanchement on n'entendait ni 
murmure vésiculaire, ni souffle, ni râle. Au-dessus la res- 
piration était puérile et au sommet du poumon on perce- 
vait, surtout en arrière dans la fosse sus-épineuse, de 
nombreux râles sous-crépitants fins. Il s'agissait bien évi- 
demment d'une pleurésie ancienne, ayant évolué lentement. 



sourdement, n'ayant donné naissance à aucune fausse 
membrane pouvant limiter l'épanchement. 

L'état cachectique du sujet, non moins que les signes 
physiques perçus au sommet du poumon, pouvaient faire 
penser à une pleurésie tuberculeuse. L'indication paraissait 
être d'évacuer le plus vite possible le liquide collecté dans 
la plèvre, sauf à pratiquer rempyèroe si, comme nous le 
pensions M. le docteur Le Baron et moi, l'épanchement 
était purulent. La thoracocentèse fut donc pratiquée le 
13 septembre. Faite dans le sixième espace intercostal, la 
ponction donna issue à environ un demi-litre de sang 
presque pur qui s'écoula assez bien au début, mais qui, se 
coagulant rapidement dans la canule du trocart, s arrêta 
spontanément au bout de quelques minutes et nécessita à 
plusieurs reprises une intervention destinée à déboucher 
celle-ci. L'opération fut interrompue après plusieurs tenta- 
tives faites dans ce sens. Le malade parut soulagé pendant 
quelques jours; mais Tépanchement s'étant reproduit, une 
deuxième thoracocentèse fut pratiquée le 19 septembre. 
Cette fois encore ce fut un liquide très fortement teinte de 
rouge qui s'écoula d'abord, puis, se coagulant dans la canule 
du trocart, détermina l'aplatissement du tube de l'appareil 
et l'impossibilité de continuer l'opération. Le 19 septembre, 
je ne parvins à extraire que 300 grammes de liquide. 

Je conseillai dès lors l'application de deux cautères à la 
base du thorax et un traitement essentiellement reconsti- 
tuant dont l'extrait de quinquina et l'alcool furent la base. 
M. le docteur Le Baron voulut bien accepter cette médi- 
cation, qui donna les meilleurs résultats. Dix jours après 
l'application de ces deux cautères, toute trace de liquide 
avait disparu et le malade entrait en convalesnce. Le 
30 novembre 1882, il pouvait être considéré comme défini- 
tivement guéri. Je l'ai revu à diverses reprises depuis six 
ans. La guérison s'est maintenue et l'exploration la plus 
attentive ne saurait retrouver les traces de la maladie dont 
il a été atteint. 

Dans ce dernier cas l'origine de l'hémorrhagie et les 
conditions qui lui ont donné naissance restent difficiles à 
préciser. L'extrême mobilité du liquide prouvait que celui- 
ci n'était pas, comme chez d'autres malades, bridé par des 
fausses membranes épaisses et résistantes. D'autre part il 
semble bien démontré que la maladie n'était due ni a la 
tuberculose, ni à un cancer de la plèvre. Il s'agissait donc 
très probablement d'une pachy-pleurite dans laquelle des 
néo-membranes fibrineuses très vasculaires mais non 
susceptibles de s'organiser avaient donné naissance à une 
hémorrhagie relativement abondante. La seule conclusion 
que je prétende tirer de cette observation est relative à j'in- 
fluence du traitement. Ici encore la thoracocentèse, aidée 
d'une révulsion énergique, a très rapidement remédié à des 
accidents qui, sans cette intervention, eussent été sans doute 
rapidement mortels. 

Ainsi donc, si l'on élimine les cas dans lesquels Tépan- 
chement sanguinolent de la plèvre est dû à une maladie 
infectieuse grave comme les fièvres rémittentes bilieuses, 
les ictères typhoïdes, le scorbut, etc., et dépend dès lors 
d'un état de dénutrition profonde de l'organisme (1); si Ton 
songe que le cancer de la plèvre est relativement rare et se 
reconnaît d'ailleurs assez facilement; si l'on admet, comme 
l'a démontré R. Moutard-Martin, que la phthisie chronique 
ne donne presque jamais naissance qu'à des pleurésies 
sèches ou séro-fibrineuses, il faudra conclure que, 'dans 
l'immense majorité des cas, la nature hémorrhagique d'un 
épanchement pleural n'aggrave en rien le pronostic de la 
maladie. Et si l'on objectait que, dans tous les cas, l'examen 
histologique de la plèvre y démontre l'existence de baeilles 
spécifiques, on pourrait répondre que la clinique a toujours 

(1) Voyez à ce sujo.l rintéressant travail de mon ami M. lo docUMir Soivl : 
Observations de iilcurésios héniorrhagiqucs {Archives de médecine et de phar- 
macie militaires, 1885, p. i). 



i5 Janvier i889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



N<» 4 — 59 



distingué, et qu'elle doit persister à séparer les pleurésies 
tuberculeuses vraies de ces pleurésies histologiquement 
tuberculeuses qui guérissent après une seule ponction sans 
que le sujet {qui en a été atteint devienne jamais un 
phthisique. 



CORRESPONDANCE 

AU COMITÉ DE HÉDACTION DE LA € GAZETTE HEBDOMADAIRE 3 

OfeservAtioBS anr la preparatlAn da chloroforme 
destiné h l'aneatli^ftil«. 

Dans une note publiée en 1883 dans le Journal de phnr- 
macie et de chimie^ M. Ilegnauld classait la question du chlo- 
roforme parmi les types chroniques et périodiques. Celte dassifi- 
calion est légitimée par la note aue M. Marty vient de faire 
yaLTaîlre dans les A rchives de médecine et de pharmacie mili- 
iniTe% d'octobre 1888, et par cet article rédigé depuis près 
d'une année et dont diverses circonstances ont retardé la pu- 
blicMtiott. 

In chirurgien des hôpitaux de Paris me conOa, il y a quelque 
iompsj un échantillon de chloroforme pour être essayé. Le 
llacon bleu foncé qui le contenait était bouché à Témeri et 
cacheté, sa contenance était environ de 60 centimètres cubes : 

1* (Quelques grammes furent versés sur une feuille de papier 
Berzelius pliée en quatre. Au début de 1 evaporation, 1 oaeur 
«Hait piquante et forte; lorsqu'elle touchait à son terme, on per- 
cerait une odeur nauséeuse de vieux fromage qui persistait 
sur le papier lorsqu'il était sec. 

:^* Le papier de tournesol était fortement rougi; on obte- 
nait un précipité blanc volumineux par le nitrate d'argent ; 
lorsqu'on approchait un agitateur imprégné d'ammoniaque on 
obleuait des fumées abondantes de chlorhydrate d'ammoniaque. 
Le ciiloroforme suspect contenait donc de l'acide chlorhydrique 
et des dérivés chlorés provenant d'une dév:omposition partielle 
ou d'une purification mal faite. 

3* «/essai à l'hydrate de potasse pour la recherche de l'aldé- 
hyde donna une épreuve négative. 

A" L'acide sulfurique pur ne se colora pas sensiblement ; les 
matières organiques avaient été éliminées. 

r>" Le chloroforme prenait avec la fuchsine une coloration brun 
marron due à l'action dos dérivés chlorés sur la matière colorante. 

Ce chloroforme soumis à ces quelques essais était donc im- 
propre h l'anesthésie et pouvait amener des désordres graves ; 
casi pourquoi j'ai cru devoir signaler ces quelque réactions 
indiquées par M. Regnauld et admises par le Coucx. J'en pro- 
titerai pour faire quelques remarques sur les caractères de 
pureté et sur la purification admise par la pharmacopée fran- 
çaise. 

Il ne faudrait pas en effet prendre à la lettre certaines 
rraetions que donne le Codex. Je ne citerai comme exemple que 
/a réaction suivante : Le chloroforme doit rester absolument 
transparent et incolore au contact d'un cristal de fuchsine. 

Pourquoi le Codex de 1884 s'exprime*t-il ainsi lorsque M. Ile- 
gnauld, en avril 188:2, dans le Journal de pharmacie et de 
chimiey écrivait ce qui suit : c Le chloroforme pur distillé sur 
du sodium se colore faiblement lorsqu^on l'agite avec les sels 
de rosaniline et semble les dissoudre, la filtration dissipe cette 
illusion et montre que la coloration temporaire du liquide ne 
dépend pas de la solubilité des sels, mais de leur suspension 
à nn état de division extrême dans le chloroforme essayé. > 

Si "on voulait indiquer ce réactif, il fallait, croyons-nous, 
signaler les causes d'erreur aux({uelles on s'exposait en l'em- 
ployant et le Codex en le citant comme critérium aurait dû 
montrer qu'il n'était valable qu'après (iltrations répétées. Sup- 
posons, en effet, que le chirurgien, confiant dans cette réaction 



facile, soit porteur d'un cristal de fuchsine, et qu'avant d'em- 

filoyer le chloroforme, il fasse la réaction avec le sel de rosani- 
inê. Il est évident qu il rejetterait un produit qui pourrait être 
très bon pour Tanesthésie. 

Si cette réaction est inûdèle, par contre celles que fait pré- 
céder le Codex sont d'une exactitude irréprochable ; certains 
ehlorofonnes n'y répondent pas et l'acide sulfurique pur accuse 
souvent des matières Organiques. J'ai cru d'abord qiië cette 
coloration pouvait être due à 1 alcool qu'on ajoute généralement 



au chloroforme pour le conserver ; mais, après avoir additionnoé 
un choroforroe dépourvu de matières organiques de 30 pour 
1000 d'alcool absolu je n'ai obtenu, qu'une coloration à peine 
sensible par l'acide sulfurique monohydraté. Or comme beau- 
coup de chloroformes noircissent fortement l'acide au bout de 
trois ou quatre jours, il faut attribuer cette réaction à une puri- 
fication mal faite. On peut cependant obtenir un chloroforme pur 
en rectifiant celui du commerce et surtout en modifiant cer- 
tains points du Codex. 

On prend cinq flacons de verre jaune bouché à l'émeri et de 
contenance de 1500 centimètres cubes par exemple, et un autre 
de 2500 centimètres cubes. Dans ce dernier on verse 
1500 grammes xie chloroforme avec son volume d'eau distillée, 
on agite souvent dans la journée et après quelques jours de 
contact on change l'eau au moyen d'un appareil à déplacement. 
On fait trois lavages semblables. 

Le chloroforme est alors changé de flacon ; on l'additionne ^un 
tiers de son volume d'acide sulfurique monohydraté ; on agite 
souvent et énergiquementdans la journée de façon à permettre le 
contact le plus immédiat entre les molécules de chloroforme et 
d'acide sulfurique. 

Au bout de huit jours l'acide est enlevé, le chloroforme est 
versé dans le flacon de deuxième rectification avec une nou- 
velle quantité d'acide sulfurique; si ce dernier se colore encore, 
on recommence un troisième traitement dans un troisième flacon 
et avec une nouvelle quantité d'acide sulfurique. Le chloroforme 
est alors placé avec 3 pour 100 d'une lessive de soude ainsi 
préparée : 

Soude à l'alcool 1 partie. 

Eau distillée 1 partie. 

On laisse en contact en agitant de temps en temps. Lorsqu'il 
est nécessaire de se procurer du chloroforme pur, en termine 
l'opération rapidement et de la façon suivante : On brasse for- 
tement et à plusieurs reprises avec 5 pour 100 d'huile d'œillette. 
Le savon qui se forme peut être séparé en grande partie de la 
façon suivante : on place la liqueur chloroformique dans l'appa- 
reil à déplacement et après un instant de repos on laisse s'é- 
couler. Le chloroforme part et une grande partie du savon 
adhère aux parois de l'appareil. On distille alors au bain-marie 
en ayant soin d'employer une cornue et un ballon en verre 
jaune. Le produit distillé est mis en contact avec 5 pour 100 de 
chlorure ae calcium fondu et concassé. On filtre, on distille 
au bain-marie entre 60<',6 et 61 de&^rés en ayant soin de mettre 
de côté le premier et le dernier dixième. Ces deux dixièmes 
sont réunis et jetés sur l'acide sulfurique pour une opération 
subséquente. II est préférable d'employer un ballon et une 
cornue pour chaque distillation. 

Le produit obtenu placé en tubes jaunes et scellé, d'une conte- 
nance de 50 grammes, donne les plus grandes garanties pour 
l'anesthésie. 11 répond à toutes les réactions du Codex et se 
conserve parfaitement sans avoir recours à l'alcool éthyltque, 
surtout lorsqu'on a soin de le tenir à la température presque 
constante de la cave et à l'abri de la lumière. 

En résumé, j'ai cru qu'il était bon de faire ressortir : 

1" L'impureté de certains chloroformes dont les plus com- 
munes sont décelées par l'acide sulfurique (matières organi- 
ques) et d'autres par le nitrate d'argent (acide chlorhydrique et 
composés chlorés) ; 

2* La simplicité et la facilité pour tout pharmacien de se pro- 
curer un chloroforme chimiquement pur en échelonnant la puri- 
fication dans des flacons spéciaux ; 

3<> Sa parfaite conservation en le plaçant en tubes scellés, 
jaunes, remplis le plus possible, en le maintenant à l'abri de 
l'air, de la lumière, des matières organiques et à une tempéra- 
ture sensiblement constante. 

DUMOUTHlEilS. 



SOCIÉTÉS SAVANTES 

Académie des aclenees. 

SÉANCE DU 14 JANVIER 1889. 

Recherches sur le diabète expérimental, par MM. G. 
Sée et Gley. — Les auteurs rappellent d'abord les expé- 
riences qu'ils avaient faites en 1888 et communiquées à la 



60 — N* 4 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 25 Janvier 1889 



Sociélc de biologie. Ces expériences {Gazette hebdoma- 
daire^ 1888, p. 109) montraient que Texcitalion du bout 
centrai du nerf pneumogastrique détermine de l'azoturie 
et que Fadministration de la pbloridzine provoque le dia- 
bète. 

Restait à savoir si celte glycosurie ne s'accompagne pas 
d'autres troubles. Or Tanimal que l'on soumet à l'action 
de la pbloridzine devient très vorace et, s'il n'est pas sur- 
alimenté, il maigrit rapidement. Cette glycosurie s'accom- 
pagne donc, dans une certaine mesure, de polyphagie. 

Abstraction faite de la présence du glucose, la compo- 
sition générale des urines ne varie guère, du moins au 
point de vue de la teneur en urée et en azote total ; 
pourtant le rapport entre ce dernier (dosé par le procédé 
légèrement modifié de Kjeldahl) et l'urée nous a paru 
s'abaisser un peu. 

Etudiant ensuite l'influence du traitement, MM. G. Sée 
et Gley sont arrivés aux conclusions suivantes : 

Les deux modes de traitement par le bicarbonate de 
soude et par Yarsenic se sont montrés inefficaces. L'admi- 
nistration du bromure de potassium a amené, au contraire, 
une légère diminution du glucose. 

Une atténuation plus marquée de cette glycosurie a été 
obtenue au moyen de Vantipyrine. 

Etant donnée l'action générale de Fantipyrine qui diminue 
l'excitabilité du système nerveux, ne peut-on se demander, 
à propos de ces recherches, si le diabète ne tiendrait pas 
plutôt à une exagération qu'à un ralentissement de la nu- 
Irition ? 

Mode de diffusion des courants voltaïques dans l'or- 
ganisme HUMAIN. Résistance des tissus, par M. le docteur 
Danion. — L'auteur, après une série d'expériences variées, 
est arrivé aux conclusions suivantes: 1* En dehors de la 

f)eau et des os, tes divers tissus ou matières constitutives de 
'organisme, ont pratiquement la même conductibilité 
électrique. Celle des os, la seule qui intéresse ladifl'usion 
des courants, est sensiblement inférieuredesdeux cinquièmes 
à celle des autres tissus hypodermiques. 

^^ L'étude expérimentale de la diffusion des courants 
voltaïques faite dans des masses liquides homogènes 
montre: 

a. Que toutes choses égales d'ailleurs, les intensités 
di (fuses intrapolaires ou cxtrapolaires ont la même 
valeur; 

6. Que les intensités diffusées sur une circonférence de 
35 centimètres de diamètre, lorsque le courant principal est 
amené par les extrémités d'un des diamètres, sont prati- 
quement presque égales à celles du centre, la différence 
n'étant que du seizième environ ; 

c. Que l'intensité des courants extrapolaires devient 
supérieure à celle des courants intrapolaires lorsque les 
électrodes se rapprochent de plus en plus sur cette circon- 
férence; 

d. Qu'au fur et à mesure que les électrodes sont rappro- 
chées l'une de l'autre, le champ de la diffusion se restreint 
de manière à rendre cette diffusion négligeable. 

3"* L'étude de la diffusion faite en substituant les unes 
aux autres des électrodes de dimensions variées montre, 
contrairement aux notions professées universellement, que 
le choix et la combinaison d'électrodes de diverses dimen- 
sions ne modifie qu'insensiblement les effets de l'électri- 
sation hypodermique même peu profonde et qu'il y a par 
suite avantage pour plusieurs raisons, à se servir dans la 
pratique de larges électrodes, lorsqu'on ne vise pas d'efl"ets 
superficiels. 

i" Les expériences faites sur les animaux et sur 
Vhomme confirment les expériences pratiquées sur des 
masses liquides homogènes, tout en montrant Vextrème 
diffusion des courants voltaiquesy et les déductions 



auxquelles donnent lieu ces expériences sont applicables 
à l^électrisation de Vorganisme. 

5"^ Les os qui seuls intéressent la diffusion des courants, 
sont une cause d'augmentation de résistance d'autant plus 
grande, qu'ils sont plus superficiels. Cette augmentation se 
produit surtout lorsqu'ils sont placés transversalement, 
mais leur présence ne modifie pas sensiblement le mode de 
diffusion. Cependant, le cerveau, et principalement la 
moelle épinière, sont protégés, dans une assez notable pro- 
portion, par leur enveloppe osseuse contre la diffusion des 
courants, et c'est une circonstance oui doit être prise en 
considération dans les applications ae l'électricité au trai- 
tement des affections de la moelle épinière. 

Sur la virulence des parasites du choléra, par 
M. Hueppe. — En réponse aux travaux récemment publiés 
par MM. Gamalela et Lœwenlhal, l'auteur rappelle que 
dans le Congrès de médecine interne tenu le 10 avril 
1888 à Wiesbaden, et auquel M. Lœwenthal était présent, 
il a montré le premier les variations de virulence du 
bacille cholérique dans les cultures, et que, après avoir 
cherché contre lui des moyens thérapeutiques à indication 
causale, il avait déià donné la première place, au double 
point de vue physiologique et pnarmacologique, au tribro- 
mophénol, au salicylate de bismuth et au saloL Sahli avait 
déjà d'ailleurs préconisé le salol. 

Depuis, dans un article antérieur aux communications 
de MM. Gamaleîa et Lœwenlhal, et qui a paru dans le 
Centralbtatt filr Bakteriotogie (t. V, p. 80), l'auteur a 
montré qu'une simple culture de bacilles cholériques peu 
ou point virulents dans un milieu convenable où ils mènent 
une vie anaérobie, par exemple dans l'albumine d'un œuf, 
donne au liquide de culture des qualités toxiques qu'il 
ne prend pas, ou ne prend qu'au bout d'un temps très long 
dans les cultures sur milieux ordinaires, à vie aérobie. 
C'est ainsi au'une culture de quarante-huit heures dans 
l'albumine d un œuf devient assez toxique pour tuer deux 
cochons d'Inde sur trois et rendre le dernier très malade, 
alors que quatre semaines de culture aérobie dans du 
bouillon ne donnent qu'un liquide à peine virulent. 

M. Hueppe attribue ces résultats à ce que, dans la cul- 
ture anaérobie, les ptomalnes et produits basiques résul- 
tant de la disloca-tion de la matière albuminolde ne sont 
as ultérieurement détruits, tandis qu'ils sont oxydés dans 
a vie aérobie. C'est une analogie avec la production des 
acides gras volatils dans la fermentation des hydrates de 
carbone. 

Quoi qu'il en soit de cette idée, on peut se demander si 
ce ne serait pas dans le mode particulier de vie anaérobie 
que MM. Gamaleîa et Lœwenthal imposent à leur microbe, 
l'un dans le corps du pigeon, l'autre dans la pâte gardi'e 
en profondeur dans une éprouvette, que gît le secret des 
variations de virulence observées. 



c 



Académie de médecine. 

SÉANCE DU 22 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. MAURICE PERRIN. 

MM. les doc leurs Garrigou (de Toulouse) et Guermoupre» (de LiUo) se portent 
candidats au titre do correspondant national. 

M. le docteur Nodet (de Chanibon-Fougorollcs, Loire) cntoie un RepP<'^^ 
manuscrit sur Ut vaceinationt qu'il a pratiquées en 1888. 

M. lo docteur G. André adresse un Rapport manuscrit sur Ut épidémies a 
Toulouse en 1888. 

M. le docteur Penant cnvtie un Rapport manuscrit sur une épidémie « 
varioU en IS-iS à Vcrvins (.^isnc). 

M. le docteur CalUat adresse une brochure sur Vimportanee de l'hygiène a<»«' 
la tubercHlote. . -j if 

}ll. Dujardin-Beaumet» prê&entc: 1« an nom de M. le éocieur Bidard ^^ 
Dunifront, Orne), une brochure sur l'importance extrême det revaccinations fr - 
flU<;Mt«;2« de la part de M. le docteur Moncorvo (de Rio-de-Jaoeiro), uuc » 
churc sur la vaUur det injectiont de caféine dant Ut thérapeutique tufani 



â5 Janvier 18S9 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIUURGIE 



N» 4 ~ 61 



Il offre, en outre, les mémoires qu'il vient de publier sur les hôpitaux et Vemei- 
mmene médical en Ruitie, 

M. Bourgûin dépose un mëmoire manuscrit de BIM. Chaataing et Barillot sur 
e4 faUificatUnis du lait dans Pari*. 

M. Wou Colin présente la 2« édition des Nouveaux élément* d'hygiène do M. le 
professeur J, Arnould et la thèse inaugurale do M. le docloor Emile Arnould sur 
te fièvre typhoïde dam la première région du eorp* d* année; étiologie ancienne 
et étiologie nouvelle. 

M. ComU offre fon Rapport, fait au Sénat, sur Vutilitation a§ric4}le de* eaux 
dégoût de Pari* et l'auainittement de la Seine, 

M Gueneau de Muuy présente deux brochurcâ de M. le docteur Lécuyer (de 
Beaurieux, Aisne) sur Va*9i*tance médicale dan* le* campagne* et sur l'étiologie 
et la transmission de U fièvre typhaUde. 

Commission. — La Commission d'examen des candida- 
tures au titre d'associé national ou étranger est composée 
de MM. Roger^ Hérardy Larrey, Léon Le Fort, Leblanc, 
GoubauXy Caventou et Gariel. 

Eaux minérales. — M. A. Robin donne lecture d'un 
rapport favorable pour les eaux concentrées de Châtel- 
Gwyon el défavorable pour la source, dite source du Volcan, 
à Xizac (Ardèche). — Les conclusions de ces rapports sont 
adoptées par l'Académie. 

Épidémies. — M. A. OlUvier lit des fragments du Rapport 
pnéral dans lequel il analyse les communications envoyées 
à J*Académie sur un certain nombre d'épidémies observées 
en France pendant l'année 1887. Ces diverses communi- 
cations lui permettent de témoigner du zèle que déploie le 
corps médical sur les divers points du territoire et des succès 
qa'il obtient lorsijue les populations et l'administration se 
prêtent à l'exécution de ses conseils. A ce propos, M. OUivier 
passe en revue un grand nombre de faits qui montrent, 
d'une part, les progrès que les doctrines de l'hygiène ont 
faits depuis quelques années et, d'autre part, la nécessité 
de l'organisation de nos services sanitaires et de la réforme 
de la législation à ce point de vue. 

Strophantus. — La discussion sur l'emploi du stro- 
phantus dans les maladies du cœur est reprise par 
M. Germain Sée, qui achève sa communication commencée 
à la dernière séance. Pour lui, les principes essentiels, à 
savoir les alcaloïdes et les glycosides, ont une supériorité 
incontestable, au point de vue thérapeutique, sur les 

Î liantes, la quinine sur le auinquina, la morphine sur 
'opium, l'atropine surlesbellaaonées,ladigitaline surtoutes 
les préparations de digitale, la strophanfine sur le stro- 
phantus, l'oléandrine, espèce de digitaléine, et la néréine, 
sorte de digitaline, sur le laurier-rose. La plante n'est 
jamais alors qu'un mélange informe et dangereusement 
variable, tandis que Falcalolde constitue un principe essen- 
tiel fixe et chimiquement défini. D'ailleurs,avant d'apprécier 
ia valeur curative des médicaments employés dans les mala- 
dies du cœur, il importe de savoir que beaucoup de ces 
affections peuvent se passer pendant de longues années 
€ sinon du médecin, du moins des drogues ». Tels sont 
l'insufGsance aortiaue chez les ieunes gens, le rétrécisse- 
ment mitral chez les jeunes filles chlorotiques et chez les 
femmes, si bien qu'il y a lieu de se montrer très réservé 
dans l'appréciation des effets constatés. 

Après avoir rappelé la série clinique qu'il a établie pour les 
affections cardiaques, M. Germain Sée propose une nouvelle 
classitication des médicaments applicables à ces maladies, 
qu'il divise en trois groupes: 1*" médicaments respiratoires 
ou antidyspnéiques: iodure de potassium, atropine, pyridinc 
et crytbrophléine ; â"* médicaments toni-canfiaoucs : 
spartéine, strophantine, digitale et digitaline, convallaria 
maialis, convallamarine et sels de potasse; 3"* médicaments 
diurétiques proprement dits: lait, adonis vernalis, caféine, 
calomel et strophantus; à ces médicaments véritablement 
cardiaques, il faut ajouter: 1"* les excitants vasculaires, dont 
certains principes de l'ergot de seigle représentent le type le 
plus net ; 2' les dépresseurs vaso-moteurs, (jui sont repré- 
sentés à des titres divers par le chloral et le nitrate d'amyle ; 



S'* les sédatifs terminent la série; c'est le bromure de 
potassium qui finit, après avoir calmé le système nerveux 
général plutôt que le cœur, par déterminer-une véritable 
prostration du cœur; 4° c'est Tantipyrine qui supprime 
toutes les douleurs directes, toutes les cardialgies, sans 
produire la moindre altération du sang, sans déterminer la 
moindre modification du cœur, ni de la pression sanguine. 
M. Oujardin-Beaumetz fait aussi remarquer quels 
inconvénients présente l'application de la statistique à la 
thérapeutique, alors qu'il s'agit d'affections telles que les 
maladies du cœur, où Tâge du malade et la période de la 
maladie ont des conséquences si prédominantes. En ce qui 
concerne l'emploi des alcaloïdes, il croit que dans la classe 
des diurétiques du cœur, les plantes dont ils sont tirés, 
fournissent de meilleurs résultats. L'oléandrine est un 
produit impur qui n'a pas encore été assez étudié pour qu'on 
puisse se faire une opinion exacte sur ses effets. Il reconnaît 
d'ailleurs que pour la strophantine, ce médicament nécessite 
de nouvelles études, depuis que M. Arnaud l'obtient sous la 
forme d'un alcaloïde cristallisé nettement défini. 

M. Germain Sée partage l'opinion de M. Dujardin-Beau- 
metz, pour ce qui est de la statistique des médications appli- 
quées aux affections cardiaques. Il persiste, par contre, à 
penser que les alcaloïdes et les glycosides produisent des 
effets supérieurs à ceux que produisent les plantes dont ils 
sont extraits. 

Depuis un an M. CéOnstantin Paul emploie le strophan- 
tus, d'abord en teinture au dixième, puis sous forme de 
pilules renfermant un milligramme d'extrait de stro- 
phantus ou des pilules contenant un dixième de milli- 
gramme de strophantine, les unes et les autres à la dose 
moyenne de deux ou trois pilules par jour. L'extrait de 
strophantus lui paraît être beaucoup plus actif el d'un effet 
plus régulier. II conclut de sa pratique que le strophantus 
est un diurétique; moins puissant que la digitale, mais plus 
rapide, il exerce une certaine action tonique sur le cœur et 
n'en a presque pas sur la fréquence du pouls; c'est donc 
un médicament peut-être plus rénal fjue cardiaque. C'est 
dans les maladies valvulaires des orifices auriculo-ventri- 
culaires, lorsqu'elles sont arrivées à la période de l'hydro- 
pisies, qu'il rend le plus de services. 

Transport des blessés. — M. le docteur P. Bouloumié 
présente divers modèles d'aménagements, improvisés, 
de wagons à marchandises pour le transport des blessés, à 
l'aide de matériaux qu'on peut toujours avoir à sa dispo- 
sition. 

— L'Académie se forme en comité secret, afin d'entendre 
la lecture d'un rapport de H. Charpentier sur les candidats 
à la place déclarée vacante dans la section d'accouche- 
ments. La liste de présentation est établie ainsi qu'il suit: 
1* M. Budin, â'' M. Pinard, 3** ex œguo et par ordre alpha- 
bétique, MM. Doléris, Porak, Ribemont-Dessaignes et 
Verrier. 

— L'ordre du jour de la séance du 29 janvier est établi 
comme il suit : I. Election d'un membre titulaire dans la 
section d'accouchements. — II. Suite de la discussion sur le 
strophantus; inscrits: MM. Bucquoy, Lahorde. — III. Com- 
munication deM. Cornil, sur des expériences relatives au 
traitement du choléra. — IV. Communication de M. Lan- 
cereaux sur les poêles mobiles. — V. Lectures de MM. Char- 
les Henry, sur la dynamogénie el l'inhibition; R. Blaclie, 
sur l'exécution de la loi Roussel dans le département de la 
Seine; Terrillon, sur la néphrorraçhie ; Lavaux, sur l'élec- 
trolyse linéaire appliquée au traitement des rétrécisse- 
ments de l'urèthre. 



62 — N* 4 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



25 Janvier 1880 



fiociété de chirurgie. 

SÉANCE DU 16 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. LE DENTU. 

Présentation de pièce d'anèvrysme poplité : H. Trëlat. — Salpin- 
gites : M. Routier. — Hystëropexie : M. Terrier (Discussion : 
MM. Routier, Desprès. Lucas-Championnière). — Valeur de l'opé- 
ration d'Alexander dans les rétroflexions utérines adhérentes : 
M. Trélat (Discussion : MM. Terrier. Després) . — Luxation tarso-mè- 
tatarsienne : M. Nimier. — Recherche des projectiles dans l'oreille : 
M. Tachard, Rapporteur : M. Chauvel (Discussion : MM. Périer, 
Soh'wartz. Terrier, Després). — Présentation de malades : MM. Mo- 
nod, Ghaput. 

M. Le Dentu adresse ses remerciements aux membres 
de la Société pour sa nomination au siège de la prési- 
sidence. 

— M. Verneuil dépose une note de M. Baulon (de Nice) 
sur le pronostic et le traitement des plaies de Tabdoraen 
par coup de feu. 

— M. Lucas-Championnière offre de la part de l'auteur 
des Leçons cliniifues sur les maladies chirurgicales de 
V enfance de M. Piéchaud et en son nom un opuscule sur 
une statistique de 1^0 cas de cure radicale de hernies 
opérées par M. Championnière. 

— M. Routier dépose une observation de M. Leroy (de 
Villiers-le-Bel) sur un cas de hernie congénitale étranglée. 

— M. Trélat fait une simple présentation de pièce ré- 
sultant de l'extirpation d'un anévrysme poplité volumineux 
enlevé récemment. Il sera fait une communication ulté- 
rieure. 

— M. Routier demande à clore la discussion qu'il a 
ouverte sur les salpingites. Il a été séduit par la simpli- 
cité de la théorie pathogénique de la propagation par les 
muqueuses et il cite à son appui un cas de trompe friable, 
altérée au niveau de la corne utérine et rompue pen- 
dant les manœuvres d'extirpation. Il emploie volontiers le 
chloroforme pour assurer le diagnostic que peuvent fournir 
la palpalion et le loucher profond faits avec le plus grand 
soin, et considère l'ablation des annexes vraiment malades 
comme une opération toujours difficile et très grave. 

— M. Terrier fait le récit de ses opérations d'hystéro- 
pexie. Chez la première malade une tumeur très doulou- 
reuse sur le côté gauche de l'utérus en rétroversion fit 
penser à une salpingite. La laparotomie, faite le 13 mars 
1888 à l'hôpital Bichat, fit voir un ovaire tombé dans le cul- 
de-sac de Douglas et en rétroversion extrêmement accusée; 
sa paroi antérieure fut fixée à celle de Tabdomen et les 
douleurs disparurent presque entièrement. Par la fatigue 
la malade éprouve encore quelques douleurs lombaires. 

Chez une autre malade une rétroversion très manifeste 
était la cause de crises douloureuses extrêmement vio- 
lentes, survenant à la suite du moindre examen; l'utérus 
était très mou et de chaque côté existait de l'empâtement. 
La laparotomie pratiquée le 23 octobre permit d'extraire 
quoique très difficilement l'utérus de l'excavation dans 
laquelle il était tombé. Les annexes furent enlevées et 
l'utérus fixé par quatre points de suture. Les douleurs dis- 
parurent complètement. 

Enfin la dernière opération, encore trop récente pour 
qu'on en puisse tirer des conclusions, a été faite sur une 
jeune femme que des accidents névralgiques intenses et 
une rétroversion très marquée retenaient au lit depuis 
six mois. M. Terrier conclut que c'est une opération sans 
danger et qui prendra rang dans la chirurgie. 

M. Routier^ dans un cas semblable à ceux de M. Terrier, 
a pris pour une salpingite un utérus en rétroflexion absolue. 
Par la laparotomie il constata que l'organe se relevait brus- 
quement comme un ressort pendant que la tumeur sentie 



au fond du vagin disparaissait. Après ablation d'un ovaire 
kystique le pédicule ml fixé à la paroi abdominale et les 
douleurs prirent fin. 

M. Després demande ce que devient la vessie dans ces 
opérations de fixation de l'utérus à la paroi abdominale. 
Il admet bien qu'elle se dilate sur les côtés, mais sa réplé- 
(ion doit être [fort gênée par les adhérences. Entreprendre 
la laparotomie pour une simple rétroflexion utérine c'est 
faire de la chirurgie bien hasardée. M. Després n'a jamais 
vu de malades ayant d'aussi grandes douleurs. Le pessatre 
ne faisant qu'augmenter le mal, il se contente de faire 
soutenir le périnée par une ceinture. 

M. Lucas-Championnière a fait deux fois l'hystéropexie 
et a été émerveillé de la facilité avec laquelle se fixait 
l'utérus. Chaque fois il y a eu absence totale de réaction 
du côté de la vessie. Il compte que cette opération prendra 
le pas sur celle d'Alexander. 

— M. Trélat a traité cinq cas de rétroflexion adhérente 
de l'utérus par la réduction, la mobilisation de l'organe 
et finalement par l'opération d'Alexander. Le plus souvent 
l'utérus n'a pas tenu et est revenu à sa position première. 
Si l'opération d'Alexander est excellente pour les rétro- 
flexions mobiles, sans adhérences, bonne pour celles qui 
se laissent facilement ramener en position, M. Trélat y 
renonce pour les rétroflexions adhérentes, même quand on 
les a monilisées. Ou ces dernières sont indolentes, et alors 
il n'y a rien à faire, ou elles sont douloureuses et il n'y a 
plus qu'une seule ressource actuelle, l'hystéropexie. Ces 
deux opérations ne sont pas rivales, mais valables selon 
les cas particuliers. 

M. Terrier pense que les variétés anatomiques des liga- 
ments ronds chez les diverses femmes font que les résul- 
tats doivent être très dissemblables. Le premier effet de 
la dilatation de l'utérus est un ramollissement considé- 
rable du tissu utérin qui rend très difficile sa mobilisation 
et fait que l'action sur les adhérences est très restreinte. 
Il préfère aussi l'hystéropexie. Quant à la vessie, après 
cette opération, elle se loge où elle peut, mais n'en fonc- 
tionne pas moins admirablement bien. 

M. Després rappelle que les fils appliqués sur Tutérus 
finissent toujours par couper le tissu de l'organe et en 
conclut que s'il n y a pas de troubles vésicaux c'est que 
l'utérus n'est pas resté fixé. 

— M. Chauvel lit un rapport sur une observation de 
luxation larso-métatarsienne due à M. Nimier et une autre 
sur la recherche des projectiles dans l'oreille communiquée 
par M. Tachard. 

M. Périer a pu récemment extraire une balle de l'oreille ;\ 
l'aide d'un tire-fond, sans hémorrhagie ni aucune espèce 
d'accidents; après aggravation momentanée des douleurs, 
l'amélioration rapide a permis au malade de quitter l'hô- 
pital. 

M. Schwartz h la demande des malades a laissé, dans 
deux cas, les projectiles dans l'oreille. Les patients ont 
guéri tous deux sans accidents, de quinze jours à trois 
semaines après. 

M. Terrier pense comme M. Schwartz qu'il ne faut pas 
intervenir à tout prix, mais il peut y avoir des complica- 
tions très tardives dues à des foyers qu'ont infectés les 
microbes du conduit auditif externe. 

M. Pendra obtenu chez son malade l'asepsie complète 
avec un peu de salol sous une couche imperméable de 
collodion. 

M. Chauvel ne croit pas non plus que la thèse exclusive 
de M. Berger, à savoir l'intervention dans tous les cas, doit 
être adoptée. 

M. Després a déjà cité les cas de deux malades qui 



25 Janvier i889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N»4- 



63 



ont eu, après l'accident, de la paralysie faciale. Ils ont 
guéri et il y a cinq ans que la balle est dans le rocher. 

— M. Monod présente un premier malade atteint pri- 
mitivement d'un épithélioma de l'angle de l'œil et auquel 
il a enlevé les paupières et le contenu de la cavité orbitaire, 
et un second sur lequel il a fait une grande greffe épider- 
mique de Thiersch pour ulcère variqueux. 

— M. Chaput fait voir un malade traité pour une frac- 
ture de rotule par la griffe de M. Duplay. Il y a un cal 
osseux, pas d'écarlement des fragments, et au quatrième 
mois la flexion de la jambe dépasse l'angle droit. 



Soelété de biologie. 

SÉANCE DU 12 JANVIER 1889. — IMIÉSIDENCE 
DE M. BROWN-SÉQUARD. 

1.6 microbe de Tendocardite : MM. OUbert et Lion. — Microbes de 
refttomac pendant la digestion : IfM. Capitan et Morau. — Action 
des glocosides sur la nutrition générale : M. Quinquaud. — Effets 
des excitations chez des sujets anesthëslques : M. A. Binet. — 
Léaionm de l'oreille dépendant de troubles divers : M. Brovim- 
ftéquard. 

If. Gilbert rappelle qu'il a décrit avec M. Lion un micro- 
Qr«ranisme trouvé dans plusieurs cas d'endocardite. Or, les 
produits solubles'de ce microbe injectés dans une veine, 
chez le lapin, déterminent des lésions mitrales et l'animal 
meurt après avoir présenté des accidents paralytiques, 
semblables aux accidents du même genre, si fréquents dans 
les maladies infectieuses humaines. 

— M. Capitan a recherché avec M. Morau les micro- 
organismes qui existent dans l'estomac au moment de la 
digestion. Ces recherches, faites sur une trentaine d'indi- 
vidus, ont montré la présence dans l'estomac, dans ces con- 
dilioas, de trois, et seulement trois, espèces de micro- 
organismes, deux sortes de levure et un bacille, tous trois 
fultivant différemment dans les différents milieux dans 
lesquels'on les ensemence. Il ne paraît d'ailleurs pas y avoir 
<le rapports entre la présence ou l'absence de l'un ou l'autre 
de ces micro-organismes et la présence ou l'absence de 
l'acide chlorhydrique. 

— M. Quinquaud, en étudiant l'action des glucosides en 
général sur l'économie, a constaté qu'il en est parmi eux 
qui se dédoublent et donnent une petite quantité de glucose 
dans l'organisme, comme tn vitro; en même temps les 
Inchangés chimiques interstitiels diminuent. Mais à côté de 
ces corps, il en est un autre, déjà étudié par von Mering, 
qui détermine une glycosurie abondante : c'est la phlori- 
dz'we. C'est en dédoublant les matières albuminoides que 
la phloridzine agit ainsi, comme l'a admis von Mering. De 
plus, l'absorption d'oxygène diminue, ainsi que l'élimination 
diacide carbonique. Mais, s'il y a glycosurie, il n'y a pas 
hyperglycémie, contrairement à la loi générale posée par 
cl. Bernard. 

M. Gley observe qu'il a entrepris depuis plus d'un an 
des recherches sur le même sujet avec M. G. Sée, recher- 
rhes qu'il a d'ailleurs déjà signalées au mois de février 
dernier à la Société et que les résultats concordent d'une 
manière généraleavec ceux des expériences de M. Quinquaud. 

— H. Babinski présente une note de M. A» Binet sur les 
effets des excitations sensitives chez les sujets anesthésiques. 
(ies excitations, quoique non senties, donnent en effet lieu à 
des réactions musculaires qu'on peut enregistrer avec un 
myographe. 

— M. Brown-Séquard rappelle les lésions de l'oreille 
que l'on observe à la suite de la section des canaux semi- 
circulaires. Mais il a observé les mêmes lésions après des 
excitations diverses, excitations du nerf auditif ou même 
simplement des régions périphériques correspondantes. 



BIBLIOGRAPHIE 

KiCçons do dtnlqne ehlrurs^icmle, professées à l'hôpital 

.Saint-Louis pendant les années 1883 et 1884, par m. le 
docteur Pêan, membre de l'Académie de médecine. — 
Paris, Félix Alcan, 1888. 

Ce volume, gros de quatorze cents pages, est le sixième 
de la série. Il commence par douze leçons cliniques, dont 
les quatre premières sont consacrées à l'étude des cicatrices 
et de leurs maladies. Viennent ensuite : l'éléphantiasis des 
membres inférieurs ; les exostoses du bassin ; les ruptures 
musculaires; le traitement par suppuration des tumeurs 
de l'abdomen et du bassin; la gastrotomie appliquée aux 
tumeurs lîpomaleuses et tuberculeuses du mésentère; les 
indications de la castration utérine et de la castration 
ovarienne. 

La deuxième partie est la réunion des observations 
recueillies dans le service de M. Péan, du 1*"* janvier 1883 
au 1*"' janvier 1886; elles sont classées par systèmes et par 
régions. 

Le livre se termine par la statistique des opérations de 
gastrotomie, pratiquées par l'auteur, du l*'^ janvier au 
31 décembre 1886. 

A tout cela est annexée une table analytique des matières. 

A. B. 



VARIETES 

Hôpitaux de Paris. — Un concours, pour la nomination à 
trois places de médecin au Bureau central, s'ouvrira le mercredi 

27 février 1889, à midi, à Tadministration centrale, avenue 
Victoria. 

Les incriptions sont reçues de midi à trois heures, du lundi 

28 janvier au 11 février 1889. 

Internes des hôpitaux. — Le concours de Tinternat s'est 
terminé par la nomination des candidats dont les noms suivent : 

Internes titulaires : MM. Arrou, Cestan, Rénon, Terson, Ver- 
coustre, Pineau, Chavane, Triboulet, Papillon, Nageotte, Rochon- 
Duvignaud, Gauthier (Jean), Leblond, Goupil, Maurel, Bataille, 
Cartier, Berdal, Faure-Millcr, Sainton, Calbet, Ettlinger, 
Souplet,Willemin, Anpert, Benoit, Berge, M"» Wilbouschewitch, 
Bardol, Soupault, Claisse, Mendel, Leredde, Jacob, Ehrhardl 
(Pierre), Lamy, Nicolle, Debayle, Breton, Viale.t, Basset, Matlon, 
Biaise, Gastou, Renault, Gilis. 

Internes provisoires : MM. Lovy, Camescasse, Delaunay, de la 
Nièce, Bureau, Bernheim, Dufournier, Legrand, Thiercelin, 
Gauthier (Charles), Barrié, Bonneau, Rancurel, Sabouraud, 
Baudron, Caulru, Vassal, Pompidor, (îlover, Dudefoy, Baillet, 
Guitlon, Dupasquier, Béchel, Sorel, Perruchet, Dej^eret, Sou- 
li^oux, Michel, Morax, Bouel, Brésard, Piole, Dubnsay, Hugue- 
nin, Marx, Veslin, Malaperl, Carvaphyllis, Trékaki, Domiugucz, 
Martin-Durr, Saguet, Binaud, Auberl, Auscher, Potier, Laurent- 
Préfontaine, Ehrhardt (Christian), Mignot. 

Concours pour l^admission aux emplois de [médecin et de 

CHIRURGIEN SUPPLÉANT A L'INFIRMERIE DE SAINT-LAZARE. — 

Deux concours sont ouverts, Pun pour remploi de chirurgien 
suppléant et l'autre pour celui de médecin suppléant à Pinfir- 
mcrie spéciale de Ja maison d'arrêt et de correction de Saint- 
Lazare. 

Le premier de ces concours s'ouvrira, dans ledit établisse- 
ment, le lundi 4 mars 1889, à midi, et se continuera les jours 
pairs suivants. Il donnera lieu à la nomination de trois candi- 
dats. — Le second s'ouvrira au même lieu, le mardi 5 mars, à 
midi, et se continuera les jours impairs suivants. Il ne donnera 
lieu qu'à la nomination d'un seul candidat. 

Conditions du concours — MM. les docteurs qui désireront 
prendre part au concours se feront inscrire au ministère de 
l'intérieur — (direction do l'administration pénitentiaire, cabi- 
net du conseiller d'Etat, directeur) — rue Cambacérès, n" M, de 
dix heures à quatre heures, et y déposeront leurs pièces et 
titres. 

Le registre d'inscription sera ouvert le lundi 28 janvier, à dix 



64 — N* 4 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE Et Ï)E CHIRURGIE 



35 Janvier tSS9 



lieureS) et sera clos définiUvement le samedi 23 février, à quatre 
heures. 

Les candidats qui seront admis à concourir recevront avant le 
28 février avis de la décision les concernant. 

Tout candidat devra justifier de la qualité de Français et du 
titre de docteur d'une des Facultés de médecine de TËtat. 11 
devra être âgé de vingt-cinq ans au moins. 11 devra joindre à sa 
demande Textrait de son acte de naissance, ses diplômes, l'indi- 
cation des titres scientifiques et hospitaliers, ses états de ser- 
vice, s'il y a lieu, et tous autres documents qu'il jugerait utile 
de présenter. 

Aussitôt après clôture de la liste d'admission, il sera procédé 
à la constitution du jury, et cinq jours plus tard il sera donné 
communication de la liste des membres aux candidats admis 
qui en feront la demande (11, rue Cambacércs). 

Tous liens de parenté ou d'alliance entre quelqu'un des con- 
currents et quelque membre du jury devraient être signalés à 
l'administration en vue de la modification de ce jury. 

Le concours consistera, d'une part, en trois épreuves d'admis- 
sibilité et trois épreuves définitives, pour l'emploi de chirur- 
gien suppléant; d'autre part, en trois épreuves d'admissibilité 
et deux épreuves définitives pour l'emploi de médecin sup- 
pléant, ainsi qu'il appert du tableau ci-dessous : 

Co7icours 2)our l'emploi de chirurgien suppléant. — 
i® fiipreuve des litres scientifiques et hospitaliers. 

2" Epreuve théoriaue orale sur un sujet de pathologie externe, 
de gynécologie ou d'obstétrique (leçon de vingt minutes après 
vingt" minutes de préparation). 

3" Epreuve de clinique spéciale (leçon de dix minutes après 
dix minutes de préparation). 

Les trois dernières épreuves, auxquelles il ne sera admis 
que neuf candidats, sont : 

1*» Une composition écrite sur un sujet concernant les affec- 
tions vénériennes (trois heures sont données pour celte com- 
position). 

2" Une épreuve orale de diagnostic sur deux malades atteints 
d'affections chirurgicales (exposé de vingt minutes après examen 
de vingt minutes au lit des malades). 

3" Epreuve de médecine opératoire sur un cadavre. 

Pour les épreuves orales, ta note maxima sera de 20 points; 
elle sera de 30 points pour l'épreuve écrite et pour l'épreuve 
de médecine opératoire. 

Concours pour l'emploi de médecin suppléant, — 1" Epreuve 
des litres scientifiques et hospitaliers. 

2° Epreuve théorique orale sur un sujet de pathologie in- 
terne ae gynécologie ou d'obstétrique (leçon de vingt minutes 
après vingt minutes de préparation). 

3° Epreuve de clinique spéciale (leçon de dix minutes après 
dix minutes de préparation). 

Les deux épreuves définitives, auxquelles il ne sera admis que 
(rois candidats, sont : 

1" Une composilion écrite sur un sujet concernant les affec- 
tions vénériennes (trois heures sont données pour cette compo- 
sition). 

2^' Une épreuve orale de diagnostic sur deux malades (exposé 
de vingt minutes après examen de vingt minutes au lit des ma- 
lades). 

Pour les épreuves orales, la note maxima sera de 20 points ; 
elle sera de 30 points pour l'épreuve écrite. 

Corps dk santé militaire. — Par application du titre VU de 
la décision ministérielle du 18 avril 1888, et de l'article 15 du 
décret du 22 novembre 1887, les élèves du service de santé 
militaire, reçus docteurs en médecine, dont les noms suivent, 
sont nommés à l'emploi de médecins stagiaire à TEcole d'appli- 
cation de médecine et de pharmacie militaires : 

MM. Millard, Janot, Arnould, Trouillet, Benoit, dit Beker, 
Legrain, Michaud, Beigneux, Rouchaud, Thérault, Faivre, 
Iluguct, Castaing, Coste, Sturel, Claude, Contier, De Viville, 
Destrez, Berger, Vigerie, Hibicre, Sire, Rossignot, Gilliard, 
Puech, IJonnadieu, De Langenhagen, Dormand.Lenoir, Lanusse- 
Trousse, Ollier de Vergèze, Séguret, Blanc, De Guénin, Coutu- 
rier, Niclot, De Schuttelaëre, Claoué, François, Laine, Arna- 
vielhe, Barrier, Loustalot, Mignon, Laborderie, Tournier, 
Viguier, Chéreau, Verdierre, Guirlet. 

Faculté de médecine de Bordeaux. — Un scrupule des plus 
respectables avait déterminé M. le professeur Pitres à adresser 



au ministre de l'instruction publique sa démission de doyon de 
la Faculté de Bordeaux. Appelée à nommer un nouveau doyen, l.i 
Faculté vient, à l'unanimité, de réélire M. Pitres, donnant ainsi 
à son chef un nouveau témoignage de la sympathie et de l'cstitne 
de tous ses collègues. 

— M. Merget, docteur en médecine, docteur es sciences, est 
nommé professeur de physique médicale à la Faculté mixte de 
médecine et de pharmacie de Bordeaux. 

Nouveau journal. — Nous venons de recevoir le premier 
numéro de la Revue d'hygihie thérapeutique, publiée par le 
docteur Descourtis et destinée à vulgariser les connaissances 
relatives à l'hydrothérapie, Télectrothérapie, la gymnas- 
tique, etc. 

Sur les eaux minérales et les maladies chroniques. — Le 
docteur Max Durand-Fardel commencera ce cours le samedi 
2 février à cinq heures du 'Soir dans Tamphithéàtre n" 3 de 
l'Ecole pratique et le continuera les mardi et samedi de chaque 
semaine à la même heure. Ce cours sera fait en douze leçons. 

Société d'hydrologie. — La Société d'hydrologie médicale de 
Paris a été reconnue comme établissement d'utilité publique 
par décret du 29 juin 1888. 

Composition du bureau pour 1889: 

Président, M. Hi^njoy; vice-présidents, MM. Philbert et Sénac- 
Lagrange; secrétaire général, M. Leudet; secrétaires annuels 
MM. Bottey et Schlemmer ; trésorier, M. Jloyer ; archiviste. 
M. Cazaux. 

NÉCROLOGIE. — On annonce la mort de M. le docteur Le Tliiere 
(de Paris); de M. le docteur Cras, médecin en chef de la marine, 
Tun des professeurs le plus distingués de l'Ecole de Brest, l'un 
des collaborateurs les plus actifs des Archives de médecine 
navale, et de M. le docteur Bodélio (de Lorient). 



Souscription Duchenne (de Boulogne). 

Troisième liste. 

Société de médecine de Paris 200 fr. > 

MM. lesD"Koller • 100 > 

Grasset (de Montpellier) 50 > 

Beliquet 50 > 

Blum 20 > 

Adolphe Bloch 20 > 

Baréty (de Nice) 25 > 

Labric 20 > 

E. Neumann 20 > 

Gouguenheim 10 i 

Hanot 20 > 

Machelard 10 > 

Huret (de Veretz) 10 i 

Christian 10 » 

Total 505 T 

Montant des listes précédentes. IGGO ». 

Total général.. 2225 fr. > 



Mortalité a Paris (2*' semaine, du 6 au 12 janvier 
1889. — Population : 2260945 habitants). — Fièvre typhoïde, i!K 

— Variole, 2. — Rougeole, 53. — Scarlatine, 3. — Coque- 
luche, 6. — Diphthérie, croup, 41. — Choléra, 0. — Phthisie 
pulmonaire, 16o. — Autres tuberculoses, 26. — Tumeurs : 
cancéreuses, 40 ; autres, 8. — Méningite, 30. — Conges- 
tion et hémorrhagies cérébrales, 68. — Paralysie, 11. — 
Ramollissement cérébral, 8. — Maladies organiques du cœur, Oi. 

— Bronchite aigué, 37. — Bronchique chronique, 53.— Broncho- 
pneumonie, 52. — Pneumonie, 70. — Gastro-entérite: sein, 8; 
biberon, 31.— Autres diarrhées, i. — Fièvre et péritonite puer- 
pérales, 3. — Autres affections puerpérales, 1 . — Débilité con- 
génitale, 26. — Sénilité, 15. -- Suicides, 21. — Autres morts 
violentes, 3. — Autres causes de mort, 200. — Causes 
inconnues, 13. — Total : 1 H 4. 

G. Masson, Propriétaire-Gérant. 

18UC5. — MOTTEROZ. — Imprimeries réunies, A. rue MigDoa3.â. Pari». 



Trente-sixième année 



N* 5 



V' Février ^889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDEC[NE ET DE CHIRURGIE 

PARAISSANT TOUS LES VENDREDIS 



COMITÉ DE RÉDACTION 

M. LK D' L. LEREBOÏÏLLET, Rédacteur en chef 
MM. P. BUCHEZ, E. BRISSAUD, 6. DIEUUFOT, BREYFUS-BRISAC, FRANÇOIS-FRANCK, A. MÊNOCQUE, A.J. MARTIN, A. PETIT. P. RECLUS 

Adresser tout ce qui concerne la rédaction à M. Lkreboullst, 44, rue de Lille (avant le mardi de préférence) 



SOEMAIKE.— Bulletin. Académie de médecine : Le strophantus. — élection. 
SerîêtQ nédicale des bôpitaiix : L'isolement et la dësinfection à l'hôpital des 
Etùiih-Asshtés. — CLINIQUE CHIRURGICALE. — De la nécrose pliospliorée. 

— GoNTRiBimoiis PHARMACEUTIQUES. Sur l'huilc grise, nouveau procédé de 
prèparalÎM. — TRAVAUX osiaiNAUX. Clinique médicale : Pleurésies méta- 
piHîameniqnes. — Sociétés savantes. Académie de« sciences. — Académie de 
loédecine. — Société médicale des hôpitaux. — Société de chirurgie. — Société 
fie biologie. — Société anatomique. -^ Revue des journaux. Thénpeutique. 

— Bibliographie. La fièvre typhoïde dans la première région de corps d'ar- 
utét. — VARiéTÉs. — Feuileton. Questions professionnelles. 



BULLETIN 

Paris, 30 janvier 1889. 

Académie de médecine : Le strophantus. -- Éieetion. 
— Société médicale des hôpitaux : L'iMiement et la 

déaInffccUoB A l'hôpital des Enfanta-AMilstéa. 

La discussion sur le strophantus est close et l'on peut 
considérer comme définitives les conclusions que nous 
avions indiquées dès le début. Dans sa réponse à M. G. Sée, 
M. Bucqaoy a, en eiïet, maintenu et précisé ce que lui 
avaient montré les observations cliniques si nombreuses 
qu'il a recueillies lui-même depuis plusieurs années. 
M. Bucquoy affirme que le strophantus est diurétique; que 
la diurèse peut être obtenue très rapidement et sans trouble 
irave ou permanent du côté des reins, par conséquent sans 
néphrite vraie; qu'elle peut, dans certains cas, être main- 
tenue pendant assez longtemps au grand bénéfice du ma- 
Ude. MM. Dujardin-Beaumetz et C. Paul confirment cette 
opinion. H. G. Sée, qui n'a étudié que la strophanline, con- 
teste reflet diurétique de ce médicament. Cela ne prouve- 



t-il pas, comme l'a fait remarquer M. Bucquoy, que la slro 
phantine ne vaut pas le strophantus? M. Bucquoy a, de plus, 
constaté maintes fois que le strophantus relève l'activité du 
cœur et par conséquent le pouls. Cette action est peut-être 
un peu moins fréquente que l'eflet diurétique, mais elle 
reste évidente dans bien des cas. Enfin, consécutivement à 
la diminution de l'œdème et à l'augmentation de l'énergie 
du cœur, la dyspnée s'atténue progressivement chez les ma- 
lades atteints de lésions mitrales. Le strophantus bien 
préparé est donc un bon médicament cardiaque. Il ne sau- 
rait, nous l'avons déjà dit, remplacer la digitale ou l'iodure 
de potassium ; mais il a ses indications spéciales et celles-ci 
ont été bien posées par MM. Bucquoy, Dujardin-Beaumetz 
et C. Paul. Il a aussi ses inconvénients, car il ne réussit 
pas toujours; il ne détermine pas toujours une diurèse 
persistantey enfin il provoque parfois de la diarrhée et des 
troubles gastriques. N'est-ce point le cas de beaucoup d'au- 
tres médicaments et le rôle du médecin n'est-il pas préci- 
sément de bien savoir reconnaître les indications et les 
contre-indications des médicaments qu'il emploie non seu- 
lement d'après les symptômes observés, mais encore et sur- 
tout en raison de l'idiosyncrasie de quelques malades? 

Une deuxième discussion, greffée sur la première, a été 
continuée hier par un discours de M. Laborde, qui a main- 
tenu, comme M. G. Sée, l'utilité de l'administration 
exclusive des alcaloïdes extraits des plantes. Le principe 
immédiat, a-t-il dit, est toujours un, identique à lui-même, 
invariable dans sa censtitution propre, comme dans son 
action fondamentale, physiologique et médicamenteuse ; la 



FEUILLETON 

Questions professionnelles. 

Faudra-t-il désormais qu'avant de pratiquer une opéra- 
tion quelconque, le chirurgien demande à son client de 
lui aflirmer, sur une belle feuille de papier timbré, qu'en 
cas d'insuccès — malheureusement possible — il n'exer- 
cera contre lui aucune poursuite judiciaire? On serait 
vraiment tenté de le croire en lisant le compte rendu du 
procès qui vient d'être intenté à M. le docteur Poncet, 
ancien médecin en chef de l'hôpital militaire du Val-de- 
(iràce. Le fait est assez intéressant et par lui-même et 
par les conséquences qu'il pourrait entraîner pour mériter 
d'être signalé et commenté. Il s'agissait d'un militaire 
retraité, M. G..., qui, blessé à la jambe gauche, pendant 
la guerre d'Italie, avait été retraité et pourvu d'un emploi 

V StBlE, T. XXVI. 



à la Caisse des dépôts et consignations. En 1871, H. G... 
avait repris volontairement du service et à la bataille de 
Buzenval il avait reçu à la jambe droite des blessures 
ayant nécessité l'amputation du membre. Pendant dix-huit 
années il avait pu, bien qu'amputé d'une jambe et atteint 
d'une arthrite du genou de l'autre côté, continuer son 
service d'employé. Mais peu à peu une aggravation de 
son état et particulièrement une ankylose angulaire du 
genou survenue à la suite d'abcès multiples décidèrent le 
malade à se soumettre à un traitement chirurgical destiné 
à redresser le membre ankylose. Comme il était ancien 
militaire, il sollicita et obtint son admission à l'hôpital du 
Val-de-Grâce. 

Le médecin en chef, M. Poncet, lui proposa l'application 
de l'appareil de Robin (de Lyon), après avoir, il importe 
de le dire, demandé l'avis de plusieurs de ses collègues et 
l'assistance d'un fabricant d'instruments aussi habile 
qu'expérimenté et consciencieux. Malheureusement, comme 

5 



66 _ N* 5 - 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 1«' FéViiier 1889 



matière totale qui le contient est complexe, variable tant 
dans sa composition que dans ses effets. 

Nous reconnaissons volontiers que les préparations tirées 
des plantes peuvent renfermer divers alcaloïdes ; mais c'est 
précisément parce que la matière extraite d'une plante 
est variable dans sa composition que ses effets diffèrent 
de l'action exercée par un seul alcaloïde. Comme l'ont 
dit successivement MM. C. Paul, Trasbot et Gariel, l'ana- 
lyse chimique n'a pas isolé, elle n'isolera jamais tous les 
principes actifs que renferme une plante. Celle-ci contient 
non seulement des substances cristallisables, mais encore 
des substances solubles. Et s'il devenait possible de les 
isoler tous, il resterait encore difficile de les combiner et de 
les associer pour produire l'effet thérapeutique obtenu en se 
servant de la plante elle-même. 

Concluons donc avec tous le» médecins qui savent pres- 
crire et manier ce produit — à l'exception toutefois de 
M» G. Sée — que la digitale est un excellent médicament 
et qu'elle donne des effets tout différents de ceux que pro- 
duit la digitaline; que l'extrait ou la teinture d'aconit 
doivent être préférés à l'aconitine; que, chez les enfants, il 
serait très dangereux de substituer Témétine à l'ipéca; 
en un mot que le médecin praticien doit savoir formuler^ 
c'est -à-dire prescrire, en les combinant et en les associant, 
les divers médicaments dont une longue expérience a 
démontré l'efficacité. 

— Notre très dislingue confrère le docteur Budin a été 
élu au premier tour de scrutin et par 67 voix, membre de 
l'Académie dans la section d'accouchements. 

— Les progrès incessants de l'hygiène hospitalière nous 
permettent d'espérer que, dans un prochain avenir, les 
conditions dans lesquelles se produisent les cas inté- 
rieurs seront bien précisées et que l'on arrivera dès lors à 
restreindre la mortalité due aux maladies contagieuses. La 
communication si intéressante que vient de faire à ce 
sujet M. le docteur Sevestre (voy. p. 74) est, en effet, 
pleine d'espérances. A l'Kôpital des Enfants- Assis tés la 
mortalité diminue progressivement^grâce à l'isolement des 
rubéoliques et des enfants atteints de diphthérie, grâce 
surtout à la désinfection rigoureuse, par l'éluve, de tous les 
linges qui transmettent et propagent la maladie. 

On lira, dans le Bulletin de la Société médicale des hôpi- 
taux, les considérations développées par H. Sevestre au 
sujet des allures cliniques et des dangers de la diphthérie 



hospitalière. La léthalité constante, pour ainsi dire fatale 
de la trachéotomie démontre bien que l'affection est parti- 
culièrement maligne et, comme l'a fait remarquer M. Ca- 
det de Gassicourt, cette malignité ne dépend ni des opéra- 
teurs, ni des soins consécutifs à l'opération. Elle parait 
tenir aux conditions dans lesquelles naît et se propage la 
maladie. Or H. Sevestre, en installant une étuve à la 
désinfection par la vapeur sous pression, en surveil- 
lant avec la plus minutieuse sollicitude la désinfection des 
linges et des vêtements qui apportaient et transmettaient le 
contage, est arrivé à faire disparaître momentanémeul la 
diphthérie d'un service où toujours elle régnait en souve- 
raine. L'importance d'un semblable résultat se passe de 
commentaires. Il fait ressortir avec plus d'évidence que 
jamais la nécessité d'installer dans tous les hôpitaux des 
étuves à désinfection et des salles d'isolement. Aussi doit- 
on insister, après M. Ollivier, pour obtenir de l'administra- 
tion hospitalière une réforme complète du système qui reste 
en vigueur à l'hôpital des Enfants-Malades, où Tisolemenl 
est une chose purement fictive, où il n'existe pas de moyen 
de désinfection des linges et vêtements, où les consultations 
externes se font encore dans des conditions déplorables. 

Nous voudrions aussi que l'on se décidât enfin à établir 
dans les hôpitaux d'enfants, aussi bien que dans les hôpi- 
taux d'adultes, et en particulier à la maison municipale de 
santé, despavillons d'isolement avec salles payantes où Ton 
puisse faire admettre les étrangers voire même certains habi- 
tants de Paris qui ne peuvent recevoir à domicile les soins 
nécessaires. Nous avons déjà il y a neuf ans {Bulletins de 
la Soc. de méd. publ.y 1880, p. 174) insisté sur la né- 
cessité d'une création de ce genre. M. le docteur Uour- 
neville a proposé le 1'' mai 1880, et le conseil municipal 
avait alors accepté, l'agrandissement de la maison munici- 
pale de santé et la création d'un pavillon d'isolement pour 
les varioleux. Nous attendons encore la réalisation de ce^ 



vœux. 



CLINIQUE CHIRURGICALE 

De la néeroae phoapliorée. 

Quelques années après l'invention des allumettes chimi- 
miques au phosphore blanc, on vit que certains ouvriei's 
employés à cette fabrication étaient atteints d'une nécrose 
spéciale des mâchoires. Les premières observations datent 
de 1839. et elles furent suivies des travaux de Lorinser (de 



il arrive parfois en pareil cas, le résultat obtenu ne répondit 
point à 1 attente du chirurgien ; la jambe resta dans une 

Iiosition vicieuse et, la maladie générale qui avait provoqué 
es accidents continuant à évoluer, elle s'atrophia peu à 
peu. Que fit dès lors M. G...? Il s'adressa aux tribunaux 
pour réclamer au chirurgien qui l'avait opéré 50 000 francs 
de dommages-intérêts, demandant à établir au moyen 
d'une expertise et d'une enquête le bien fondé de ses 
allégations. 

Hâtons-nous d'ajouter que le tribunal de la Seine, devant 
lequel la cause a été plaidée, a répondu à cette requête 
par un jugement très nettement motivé, dont voici les 
considérants : 

Attendu, en principe, quc si les Tribunaux ont le droit incon- 
testable d examiner, dans les affaires qui leur sont soumises, si 
un médecin a commis une faute et une imprudence, ou s'il s'est 
écarté des règles de sa profession, il ne leur appartient pas de 



trancher la question d'ordre scienliûque d'appréciation et lic 
pratique médicale ; 

Qu'ils ne sauraient davantage se prononcer sur l'opportuDilt' 
d'une opération, sur la méthode préférable et sur le meilleur 
traitement à suivre ; 

Que les questions purement techniques écliappent à leur 
compétence, et qu'ils doivent se borner à rechercher s'il y a 
eu, de la part de l'homme de l'art, imprudence, négligente, 
défauts de soins ou maladresse manifeste; 

Que le Tribunal doit donc examiner si dans la cause actaelle, 
une faute de cette nature est imputable au défendeur; 

Attendu que celte faute résulterait tout d'abord, suivant h' 
demandeur, de ce que l'opérution était inopportune et niùnic 
contrc-indiquée, à raison de l'état général démontré, et surtoul 
de l'état local de la jambe ; 

Mais, attendu, d'une part, qu'il résulte des écritures du de- 
mandeur lui-même que c'est sur le conseil d'autres médecin> 
et dans Tintenlion de subir cette opération qu'il s'est fiiit 
admettre nu Val-de-Gràcc ; 

Que, d'autre part, c'est à la suite d'une période d'examen àv 



1^' Février 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



- N» 5 - 67 



Vienne), Heyfelder, StrohI (de Strasbourg) en 1845 ; de 
Roussel et Gendrin en 1846; de Bibra et Geisl en 1847. En 
1857, la thèse d'agrégation de M. Trélat résume d'une 
manière remarquable Tétat de la question. 

A cette époque le c mal chimique » frappait environ un 
ouvrier sur douze. Les nombreux travaux qui ont été publiés 
depuis établissent bien que sa fréquence a diminué et les 
I relevés faits l'an dernier par M. P. Dubois abaissent la 
proportion à un malade sur deux cents ouvriers. La simple 
amélioration des procédés actuels de fabrication suffirait- 
elle donc pour faire disparaître sous peu la nécrose phos- 
phorée? La question a été posée il y a quelques semaines à 
rAcadéinie par M. Magitot et, à l'unanimité, la savante 
Compagnie Ta résolue par la négative: ce n'est pas de per- 
fectionnement qu'il faut parler ici ; l'avenir est dans la 
substitution complète du phosphore rouge au phosphore 
bhoc 

La discussion de cette prophylaxie ressortit à Thygié- 
DÎsie et elle a été exposée à nos lecteurs au moment même 
de la communication de M. Magitot. Hais il reste à côté 
de cela des faits de pathogénie et de clinique dont la con- 
naissance importe au chirurgien. L'occasion est peut-être 
favorable pour en dire quelques mots. 

I 

Les conditions d'âge, de sexe, paraissent sans action et 
si les statistiques allemandes accusent une prédominance 
marquée des femmes et des enfants, les statistiques fran- 
çaises, au contraire, montrent que l'homme surtout est sujet 
à la nécrose phosphorée. Cette contradiction apparente tient 
tout simplement à des différences dans la composition du 
personnel des usines. 

Parmi les causes prédisposantes, on n'accorde guère 
attention qu'à l'état de la bouche et du système dentaire. 

Déjà Bibra et Geist, Tomes, ont admis l'influence nocive 
de la carie dentaire. M. Magitot va plus loin : pour avoir 
une action réelle, la carie doit être pénétrante. Les vapeurs 
phosphorées, dissoutes dans la salive, pénètrent par celte 
voie jusqu'au contact du tissu osseux, qu'elles baignent et 
mortifient de proche en proche. 

\ cette théorie exclusive, les objections n'ont pas manqué : 
M. Trélat, Haltenhoff, et tout récemment Mears, P. Dubois, 
oui TU des sujets dont la mâchoire nécrosée ne portait 
aucune dent cariée. Pour StrohI, c'est la gencive qui est 
Imtermédiaire obligé entre l'os et la salive toxique; laser- 



tissure des dents s'altère, se décolle, avec d'autant plus de 
facilité, ajoute M. Trélat, que cette muqueuse est dépourvue 
de glandes et n'est douée que d'une faible vitalité. De là 
la prédisposition efficace créée par les gingivites diverses, 
et Mears incrimine d'une façon spéciale les amas de tartre 
dentaire. . 

En somme, tous les auteurs précédents font de la nécrose 
phosphorée une affection essentiellement locale : le poison 
ne pourrait pénétrer que par une porte d'entrée buccale, 
variable d'ailleurs. La carie dentaire pénétrante semble 
être la plus fréquente. Weinlechner a vu des ouvriers 
longtemps indemnes ne commencer à être malades qu'à partir 
du moment où leur système dentaire se délabra. Dans 
leurs expériences, déjà anciennes, Bibra et Geist n'ont pu 
provoquer la nécrose sur des lapins soumis aux inhalations 
phosphorées qu'après leur avoir arraché des dents ou brisé 
la mâchoire. 

Mais, dès 1845, Lorinser faisait connaître une observa- 
tion où l'os malaire s'était mortifié le premier. Or cet os n'a 
rien à voir avec la constitution du rebord alvéolaire ; 
nulle part, même, il ne touche à la muqueuse buccale. 
Aussi Lorinser a-t-il soutenu qu'il s'agit d'une intoxication 
générale, exerçant une action élective sur les maxillaires. 
Cette opinion a été reprise en 1862 par Adam, en 1872 par 
Wegner (qu'on cite souvent sous le nom de Degner). 
Wegner avait vu amputer la cuisse d'un ouvrier en 
allumettes chimiques et avait constaté que le périoste 
épaissi se décollait avec une facilité anormale de l'os un 
peu enflammé. Il institua des expériences et confirma celle 
observation. Il réussit même à provoquer des nécroses sur 
des animaux auxquels il faisait ingérer du phosphore sous 
forme pilulaircEn 1886, Hutchinson donna ses soins à un 
homme atteint dans ces conditions. 

En présence de ces faits, la possibilité d'une intoxication 
générale à déterminations osseuses est difficile à nier, mais 
l'hypothèse d'une action élective sur les maxillaires ne 
satisfait en rien l'esprit et la fréquence avec laquelle la 
cavité buccale est en jeu ne saurait guère se comprendre 
que si on invoque, pour la plupart des cas, une altération 
locale causée par la salive. Mais peut-être doit-on souvent 
associer les deux théories. Mears signale, sous l'influence de 
l'intoxication phosphorée, des lésions dégénératives des 
parois artérielles : l'action locale s'exercerait sur un tissu 
ainsi rendu moins résistant. Cette manière de voir expli- 
querait assez bien comment il faut, en moyenne, trois ou 



près d un mois, et après avoir appelé en outre deux confrères à 
visiter le malade, que Poncet s'est décidé à pralicjaer l'opération; 

Qa il n'y a donc eu de sa jpart, ni hâte, ni légèreté et que ces 
circoostances suffisent à faire écarter sur ce point Tallegalion 
d'imprudence ; 

Qu'il appartenait au médecin seul d'apprécier s'il était préfé- 
rable de tenter l'opération ou de s'abstenir...; 

Attendu que G... articule en second lieu que Poncet aurait 
encore commis une faute lourde en se servant pour l'opération 
d*un instrument nouveau dont il ignorait le mécanisme et dont 
il avait laissé le maniement au fabricant Mathieu qui était sans 
qualité pour faire une opération chirurgicale; 

Mais attendu que cette allégation n*est appuyée d'aucun élé- 
ment de preuve; 

Que l'appareil dont il s'agit était inventé et employé depuis 
i88â et qu'il n'était pas inconnu de Poncet puisqu'il a eu 
précisément la pensée de l'employer dans cette circonstance ; 

Que le Tribunal qui ne peut apprécier le degré d'habileté 
ou de pratique d'un chirurgien peut encore moins se prononcer 
Hur remploi de tel ou tel instrument ; 



Qu'en tout cas la présence du fabricant lui-même, assistant 
le chirurgien en qualité d'aide, loin de pouvoir être retenue 
comme un élément de faute à la charge de Poncet, était au 
contraire une circonstance favorable pour le succès de l'opéra- 
tion ; 

Attendu que G... reproche en troisième lieu à Poncet d'avoir 
refusé malgré ses sollicitations les plus pressantes de véri- 
fier et de relâcher l'appareil destiné a obtenir le redressement 
de la jambe et la réduction de la fracture; 

MaiS) attendu que celte articulation tendrait en réalité à 
imputer à faute à un médecin de n'avoir pas cédé aux sollicita- 
tions d'un malade; 

Qu'il résulte de ce qui précède qu'elle n'est pas pertinente; 

Par ces motifs G... est aébouté de sa demande et condamné 
aux frais. 

Ce jugement ne peut (qu'être loué. Il appartient aux 
tribunaux d'étudier attentivement toutes les causes qui 
leur sont soumises et par conséquent d'examiner si un 
médecin ou un chirurgien a commis une faute lourde dans 



68 — N« 5 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



1'' Février 1889 



quatre ans de séjour à Tusine avant que rostéo-périostite 
se manifeste. 

n 

On a voulu assigner à la nécrose phosphorée des carac- 
tères anaiomiques spéciaux. On n'a pas tardé à reconnaître 
qu'il n'en existe pas. 

C'est simplement uneostéo-périostite nécrosique à marche 
très lente, à envahissement progressif de proche en proche, 
et la lenteur du processus rend compte d'ostéophytes 
assez abondants; dont les uns, grisâtres, poreux, adhèrent 
au séquestre ; dont les autres, adhérents au périoste, ont 
une face profonde éburnée et une face libre poreuse. 

Les séquestres sont d'une étendue variable. C'est presque 
toujours vers la bouche qu'ils tendent à s'éliminer. Mais 
cette élimination est très lente, précisément parce que 
l'ostéite nécrosique envahit de proche en proche et par 
conséquent n'arrive que tard à la séquestration, si même 
elle y arrive. 

Cette marche envahissante a trop souvent des consé- 
quences mortelles. Du maxillaire supérieur, la lésion 
s'étend à l'os malaire, au palatin, à l'orbite, à l'ethmoïde: 
de là des méningo-encéphalites, des phlébites des sinus, 
des nécroses de toute la base du crâne. Le maxillaire 
inférieur est mieux situé sous ce rapport; mais à un moment 
donné l'arthrite purulente temporo-maxillaire n'est pas rare 
et la nécrose gagne de là le temporal. 

Les lésions viscérales seraient importantes pour démon- 
trer la réalité d'une intoxication générale. Haltenhoff, 
Leudet, ont vu de la dégénérescence amylolde du foie et 
des reins; Bucquoy, Jagu, notent de la stéatose viscérale. 
Mais la malade de Bucquoy est morte de variole. Quelle est 
donc la part de cette pyrexie dans les lésions viscérales, 
et, pour les autres cas, quelle est la part de la septicémie 
chronique? C'est une question à étudier encore, quoique 
Wegner, dans ses expériences, ait souvent constaté des 
altérations hépatiques. 

III 

L'évolution clinique de la maladie doit se diviser en trois 
périodes : ostéo-périostite; nécrose ; séquestration. 

L'ostéo-périostite a un début insidieux. Des odontalgies 
s'accentuent peu à peu en même temps que les gencives 
deviennent tuméfiées, fongueuses et saignantes. Puis les 
douleurs prennent un caractère névralgique, s'irradient 



vers l'oreille, la face, l'épaule même, et les malades se font 
arracher, l'une après l'autre, des dents souvent à peu près 
saines. Il va sans dire qu'ils créent ainsi des portes d'entrée 
nouvelles à l'agent toxique. A celte période, des poussées 
de gonflement, de véritables fluxions se voient à la face 
externe du maxillaire atteint. 

Parfois tout se borne là et la maladie rétrocède sans 
aboutir à la nécrose. Mais cette forme bénigne est rare. A 
l'ordinaire, ce n'est qu'une rémission et, au bout d*un 
temps variable, l'aflection reprend son cours. 

La nécrose une fois établie, les douleurs s'amendent. 
Puis, après chute des dents et ulcération des gencives, Tos 
grisâtre apparaît à nu dans la bouche, tandis que la tumé- 
faction sous-cutanée envahit soit la face, soit le cou, sui- 
vant que la lésion occupe le maxillaire supérieur ou 
le maxillaire inférieur. Des bosselures fluctuantes s'ouvrent 
successivement, laissant des fistules par lesquelles le stylet 
arrive au contact de l'os dénudé. 

Alors l'haleine est fétide, l'alimentation difficile, h 
phonation pénible. Ces phénomènes fonctionnels persistent 
pendant la période de séquestration. Nous ne reviendrons 
pas sur l'époque tardive où survient celle séquestration : 
parfois même, l'ostéite ne se limitant pas, il ne se forme 
pas de séquestre mobile. 

C'est dans ce dernier cas surtout que la mort par pro- 
pagation à la base du crâne est à craindre. Ou bien la 
cachexie s'installe, due à la suppuration prolongée et, 
ajoute Ch. Lailler, à la perte de la salive : le sujet meurt 
ainsi dans le marasme. Ailleurs il est emporté brusque- 
ment par des hémorrhagies, un érysipèle, etc. 

La mortalité était autrefois considérable. La statistique 
de Trélat donnait en 1857 les chiffres suivants : la mort 
survenait dans la moitié des cas lorsque les deux mâchoires 
étaient atteintes; dans un tiers pour le maxillaire supérieur 
seul; dans un quart pour le maxillaire inférieur; soit en 
moyenne dans un tiers des cas. Grâce à l'hygiène et à la 
chirurgie le danger est devenu moindre, si bien qu'en 
1866 Billroth voit la mortalité tomber à 15 pour 100; et 
d'après P. Dubois en 1887 elle ne serait plus que d'en- 
viron 10 pour iOO. 

Mais les survivants sont bien souvent défigurés, hideux, 

avec une face ici gonflée, là affaissée, ailleurs cicatricielle. 

Heureux encore lorsque l'os régénéré ne subit pas à sou 

tour les atteintes du mal. 

Nous ne parlerons pas davantage de cette régénération: 



l'exercice de sa profession. Le tribunal aurait donc pu, 
comme le demandait d'ailleurs le ministère public, ordon- 
ner une enquête ou une expertise. Il ne l'a point fait, 
préférant tenir compte à M. le docteur Poncet de sa haute 
notoriété scientifique et de la position éminente qu'il avait 
si dignement occupée dans la médecine militaire. Mais, 
après avoir reconnu que les juges du tribunal de la Seine 
ont fait preuve d'équité et de bienveillance, nous devons 
nous demander ce qui serait advenu s'ils avaient obéi aux 
suggestions du parquet, s'ils avaient ordonné l'enquête. 

Dans le cas particulier qui nous occupe, il s'acissait 
d'un fonctionnaire public, d'un officier de l'armée. C est le 
ministre de la guerre, chef hiérarchique de M. docteur 
Poncet, qui devait prendre en main la cause de son subor- 
donné. Ce sont les avocats et les avoués du ministère qui 
ont été chargés de sa défense. Le professeur du Val-de-Gràce 
a pu être ennuvé de cette pénible affaire; il n'a eu à en 
supporter ni les inconvénients moraux ni les charges 



matérielles qui auraient été imposés à des médecins civils. 

Supposons en effet qu'un autre chirurgien ait eu à soigner 
M- G... et ait cru devoir agir comme M. Poncet. Pense- 
t-on qu'il lui eût été indifférent de répondre à diverses 
reprises aux interrogatoires auxquels il aurait été soumis, 
de se rendre maintes fois au cabinet du juge d'instruction 
ou bien aux audiences du tribunal? Croit-on que les frais 
qu'entraîne un procès alors même qu'on le gagne ne soient 
pas très onéreux pour un chirurgien? Et si une enquête est 
ordonnée ; si durant plusieurs mois la réputation a'un mé- 
decin ou d'un chirurgien est à la merci de commentaires 
malveillants ou d'insinuations calomnieuses, celui-ci ne 
serait-il pas en droit de chercher, par une demande recon- 
ventionnelle de dommages-intérêts, à obtenir une légitime 
satisfaction ? 

Mais, il faut le reconnaître, le public en général et les 
magistrats en particulier n'admettent pas aisément une 
semblable procédure. Aussi, le plus souvent, le médecin 



J'^ Février 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N- 5 — 60 



ce serait verser dans Tétode générale de la nécrose des 
mâchoires. 



IV 



Le diagnosric est presque toujours évident : le malade 
Ta fait avant de consulter le chirurgien. L'évolution, le 
corn mémoratif professionnel empêchent toute erreur. Tout 
au plus faut-il se tenir en garde contre les cas, assez rares 
il est vrai, où la première poussée d*ostéite éclate quelques 
mois après que l'ouvrier a quitté Tatelier. 

Le point délicat est de savoir si la nécrose est limitée, et 
la mobilité du séquestre est pour cela le fait capital, mais 
non pathognomonique ; elle manque dans une nécrose 
terminée où le séquestre est enclavé dans l'os nouveau; 
e\le peut exister alors qu'an delà du séquestre l'ostéite 
conlinue sa marche. 

Pour déceler Tenvahissement de la base du crâne on 
tiendra connple, au maxillaire inférieur, de Totalgie avec 
olorrhée; au maxillaire supérieur, des céphalalgies fron- 
tales, du chémosis et de l'exophthalmie, indices d'une 
ostéite orbitaire. 

Dans ce dernier cas, sans doute, le traitement chirur- 
gical ne saurait guère être actif. Mais, lorsque la maladie 
D a encore lésé que les mâchoires, on peut obtenir des 
résultats assez satisfaisants. 

Au début, Haltenhoff a eu quelques succès par l'iodure 
de potassium à l'intérieur ; Mears, par l'exposition aux 
vapeurs de térébenthine. Hais le traitement chirurgical est 
presque toujours nécessaire. 

L'extraction des séquestres est une indication thérapeu- 
tique indiscutée et indiscutable. Mais est-ce la seule? Oui, 
pour Loriozer, Lailler, Trélat, Rose, pour la plupart des 
chirurgiens anglais. Intervenir avant la séquestration, c'est 
risquer d'enlever plus que ne détruirait le mal; ou au 
contraire d'enlever trop peu, et Tostéite continue alors son 
cours. 

Rillroth, Langenbeck, Pitha, Richet, ne sont pas de cet 
avis : la résection hâtive et large tarit, d'après eux, la 
suppuration; met jusqu'à un certain point à l'abri delà 
propagation aux os du crâne ; assure une régénération plus 
régulière. 

Cela serait fort bien si l'on connaissait les limites de 
l'ostéite. Mais il n'en est rien, et les récidives sont fré- 
quentes, à moins que Ton n'inflige aux patients des déla- 



brements vraiment inutiles. Peut-être faut-il donc se rallier 
à la temporisation, d'autant plus que les opérations tar- 
dives peuvent, pour la plupart, être faites par la bouche ; 
que jusque-là les lavages buccaux suffisent en général à 
rendre supportables les inconvénients d'une suppuration 
modérée. 

Mais on sera prêt à intervenir plus tôt s'il y a une indica- 
tion spéciale. Ainsi, Alph. Guérin a dû opérer pour parer à 
une déperdition grave de salive. Maisonneuve, Verneuil, 
ont fait la résection avant la période de séquestration pour 
couper court à une suppuration qui épuisait les malades. 

A. Broca. 



CONTRIBUTIONS PHARMACEUTIQUES 

Sar I*hulle «rlaie, nonveaa procédé fie préparatton. 

On n'a peut-être point oublié que c'est dans la Gazette 
hebdomadaire que, pour la première fois, fut recommandé 
Tusage en pharmacie de la vaseline liquide. Les articles 
que j'ai écrits à ce sujet n'ont pas tardé à faire adopter 
la pétrobaseline, comme je l'appelais alors, ou vaseline 
liquide, comme véhicule d'un grand nombre d'injections 
médicamenteuses. 

Parmi les injections mercurielles, celles que nous avons 
eu le plus souvent à exécuter étaient composées de vase- 
line liquide et d'un dixième de calomel. Depuis quelque 
temps elles tendent à être remplacées par celles d'huile 
grise qui, apparemment, n'occasionne aucun abcès. 

Mais la préparation de ce mélange mercuriel a offert 
jusqu'à ce jour de grandes difficultés, et il nous a paru 
intéressant de chercher à la simplifier. 

MM. Lang et Trost, qui les premiers ont proposé l'huile 
grise, l'ont préparée avec du mercure éteint dans la lano- 
line au moyen du chloroforme, et de l'huile d'olives. Le 
mélange ainsi fait a la couleur de l'onguent gris, est demi- 
fluide, et contient 30 pour 100 de mercure. 

M. le docteur Balzer, n'ayant été satisfait ni de l'emploi 
de ce médicament ni de sa préparation, a prié son interne 
M. Beausse de chercher un procédé plus avantageux. 

Le moyen que M. Beausse a trouvé ne nous a pas paru 
un progrès réel. On a pu s'en rendre compte par ce simple 
aveu, qu'il exige cinq heures consécutives de travail. 

Nous n'avons pas été plus heureux avec le procédé de 



lui-même recule-t-il devant les ennuis que lui occasion- 
nerait un nouveau procès. Et, lorsqu'une difficulté survient 
vis-à-vis d'un client récalcitrant, il préfère passer outre plutôt 
que de s'exposer à voir son nom et ses actes livrés à une 
discussion publique. Que de faits l'on pourrait citer à l'ap- 
pui de cette manière d'agir? En voici de tous récents. Il y a 
peu de. temps une de mes clientes se trouvait atteinte d'une 
tumeur cancéreuse qui donnait naissance aux accidents les 
plus douloureux et les plus graves. Un chirurgien des plus 
éminents est consulté. Il conseille l'amputation de la partie 
malade. L'opération est pratiquée avec la conscience et 
rhabileté les moins contestables. Mais la malade succombe 
au bout de quelques jours à une septicémie aiguë. Arrive 
rheure du règlement des honoraires. Sur la demande de 
mon savant maître j'écris au mari de la défunte pour lui 
fixer le cbifiTre des honoraires dus pour cette opération. Je 
reçois une lettre injurieuse — non pour moi, on me couvre 
de fleurs ! — mais pour le chirurgien qui a mal opéré, qui 



a assassiné une pauvre et sainte femme, etc., etc. On le 
menace d'un procès. On déclare qu'on ne reculera devant 
aucun scandale pour obtenir des tribunaux la flétrissure 
d*un acte aussi blâmable qu'une opération in extremis^ etc. 
Que pouvait-on répondre? Assigner ce débiteur récalcitrant, 
entamer un procès long, onéreux et pénible? Il me paraît 
évident que le nom seul du chirurgien eût suffi à éclairer 
les juges. Mais il nous a semblé préférable à tous deux de 
ne point répondre à de pareilles injures et nous avons fait le 
le sacrifice de nos honoraires plutôt que d'entamer un 
procès. 

Une histoire plus édifiante encore m'a été contée par un 
médecin de campagne. Par l'une des nuits les plus rigour 
reuses du dernier hiver, le docteur X... était brusquement 
réveillé. Un paysan qu'il ne connaissait pas le conjure de 
se rendre à 10 kilomètres de son domicile pour y voir une 
enfant qui, disait-il, soufl'rait cruellement de Ja gorge. En 
vain le médecin allègue-t-il le temps aflireux, Son extrême 



70 — N- 5 -^ 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE l-' Février 1889 



Neisser (de Breslau), qui éteint le mercure dans de la 
vaseline liquide au moyen de la teinture éthérée de ben- 
join. 

Ce tour de main trouvé par M. Lebœuf pour faciliter l'ex- 
tinction du mercure dans la graisse, ne réussit pas si faci- 
lement pour la vaseline liquide. 

Forcé de préparer de l'huile grise sur la demande d'un 
médecin, je me suis mis, à mon tour, à l'œuvre et voici le 
procédé auquel je me suis arrêté. 

On triture dans un mortier très propre et stérilisé par 
un flambage à l'alcool, 2>'',50 de vaseline blanche solide, 
et 1 gramme d'onguent mercuriel bien fait. Quand le mer- 
cure est éteint, ce qui demande au plus vingt minutes, on 
ajoute 7 grammes de vaseline solide et 20 grammes de 
vaseline liquide. On obtient ainsi un mélange intime très 
très facile à employer et qui contient 40 pour 100 de mer- 
cure. On injecte deux dixièmes de la seringue ou 0,08' de 
mercure chaque fois. Ces injections sont répétées chaque 
semaine pendant deux mois environ. Une provision de 
5 grammes suffira largement au traitement. 

Pierre Yigier. 



TRAVAUX ORIGINAUX 

CIlBiqae mMlMle. 

Pleurésies hétapneumoniques (pneumo-pleurésies de 
WoiLLEz). Communication faite à la Société des hôpitaux 
dans la séance du 18 janvier 1889, par M. Troisier, 
agrégé, médecin de la Pitié. 

Woillez a désigné sous le nom de pneumo-pleurésie la 
pleurésie qui apparaît dans la pneumonie après la déferves- 
cence ou pendant la période de résolution. La dénomination 
îe pleurésie métapneumoniqtte (1), usitée en Allemagne, 
exprime bien la succession des deux actes morbides; ie la 
préfère au mot créé par Woillez, qui peut prêter à quelque 
confusion. 

Ces pleurésie?, d'origine pneumoniqne, forment certai-* 
nement un groupe spécial, intéressant à étudier. Je les 
recherche depuis longtemps; je me suis surtout demandé 
quelle en est l'évolution et quelle est la nature du liquide 
exsudé. 

Woillez prétend que la pneumo-pleurésie est insidieuse 

(1) De |fciT«, après, ie me tais BOUYent servi du terme post-pneumonique, que 
M. H. Barth emploie éfl^alement dans son récent article Pnbumonie du Diet. 
encycl. det te. méd. H96S, p. 295), mais ce mot n'e!it pas régulièrement formé. 



et grave, presque toujours purulente, c Ici, dit-il, la pleu- 
résie se développe à la suite de la pneumonie, d'abord 
comme maladie fatente, puis comme pleurésie grave avec 
épanchement rebelle. » Et plus loin : c La gravité exception- 
nelle de la pleurésie, dans les condHions que je viens de 
rappeler, n*a pas encore été signalée. Elle mérite rattention 
du praticien, dont le pronostic doit être extrèmemeot 
réservé, lorsqu'il s*agit d'une pleurésie succédant à une 
pneumonie, puisaue cette pleurésie est habituellement 
purulente et le plus souvent mortelle. » Il est vrai que 
Woillez fait la restriction suivante : c Je ne veux pas dire 

Ïue celte purulence soit constante en pareille circonstance. 
Ille est la règle générale avec de rares exceptions. > 
Les faits que j'ai observés me permettent de dire que les 
exceptions dont parle Woillez ne sont pas aussi rares qu'il 
le pensait. Je crois que la pleurésie métapneumonique est 
assez souvent séro-fibrineuse et qu'elle peut se terminer par 
la guérison après une durée relativement courte. 
Voici ces ooservations : 

Obs. I. — Une femme, âeée de vingt et un ans, d'une boDot" 
santé habituelle, entre à 1 hôpital Tenon le 13 mars 1885 p«or 
une pneumonie qui avait débuté bruscfuement le 11 mars aa 
soir. Cette pneumonie siège dans la moitié inférieure du poumon 
droit; elle est caractérisée par les signes habituels de la pneu- 
monie fibrineuse : râle crépiUint, souffle tubaire, bronehophonie, 
submalité, point de côté. Quelques crachats visqueux, d'une 
coloration sucre d'orge. 

La fièvre est élevée: temp. rect., soir, iO«,3, 

Le 14, la lésion s'est étendue du côté de Faisselle. Agitation. 
Épistaxis. Temp. rect., matin, 40^,5; trois heures, soir, iO",ll; 
six heures, soir, 40^,4. P., 146. 

Le 15, temp. rect., matin, 4(>»,5; soir, 39* ,4. Même état local. 

Le IG, la douleur de côté a disparu. Nouvelle épistaxis. Les 
râles commencent à prendre les caractères des râles de retour; 
le souffle tubaire est toujours très marqué. Temp., rect., malin, 
39«,5;soir, 39%2. 

Le 17,1e souffle est moins intense; les râles de retour sont 
mélangés de râles ronflants et sibilants. Temp., matin, 39^,3; 
soir, 39 degrés. 

fie 18 (huitième jour de la pneumonie), la température du 
matin est à 38 degrés. Le souffle a disparu. Outre les râles, ou 
entend un frottement pleural très net dans Taisselle et en 
arrière, au niveau de Tépine de Tomoplate. Dans la journée, la 
malade éprouve une violente douleur à la base du poumon droit. 
Temp. rect., matin, 38 degrés; soir, 38'',2. 

Le 19, la douleur persiste avec la même intensité. La respi- 
ration est accélérée et irrégulière. Frottement. Temp. rect., 
matin, 38%2; soir, 39«,3. 

Le 20, je constate tous les signes d*un épanchement pleural : 
matité dans la moitié inférieure du côté droit, souffle doux, 
égophonie. Il n\ a plus ni râles, ni frottement. Temp., malin, 
38%4;soir, 38%9. 

Le 21, mêmes signes locaux. Temp. rect., matm, 38%1; soir, 
39 degrés. 



fatigue, les difficultés qu'il éprouve à faire atteler à cette 
heure tardive. Le paysan insiste. Il est venu à pied, dit-il, 
n'ayant pas de quoi ; c'est une œuvre de charité, ajoute-t-il ; 
aucun médecin ne consentirait à venir dans ce boui^ loin- 
tain on seul le docteur X... va donner parfois quelques con- 
sultations gratuites. Emu de pitié, le médecin se rend aux 
sollicitations du malheureux qui l'implore et, après deux 
heures d'une route des plus pénibles, il arrive devant une 
masure. Le paysan le prie d'attendre un instant et, lorsqu'il 
lui est permis de pénétrer, le médecin se trouve en face 
d'une femmeà peine réveillée qui parait ne rien comprendre 
à ses questions, et lui répond en grommelant, et d'une 
enfant de trois ans qui dort d'un sommeil paisible. Le 
paysan se confond en remerciements et en protestations de 
respect. Il déclare que son enfant va certainement beaucoup 
mieux, mais cju'elle était bien malade lorsqu'il est parti. 
Il fait force simagrées pour montrer comment elle respi* 
rait, comment elle toussait. Impatienté, le médecin, qui, 



après examen, reconnaît que l'enfant est fort bien portanle 
remonte dans sa carriole et rentre chez lui. 

Quelques jours plus tard, à sa consultation, le docteur X..< 
voit arriver un paysan habitant le petit bourg où s'était 
passée cette scène. « Ah ben ! dit celui-ci en entrant dans k 
cabinet du docteur, vous avez été joliment joué l'autre nuit 
par le... — Et comment cela? — Voilà, j'vas vousdire. Le... 
était allé à la ville. Il s'était dit comme ça : Le temps est 
mauvais, je parie que je ne rentrerai pas à pied.^ Tope la 
que je lui avais dit... Et il a gagné son pari. »— Etcomtne 
le médecin le regardait un peu ahuri, c Eh ben quoi, 
ajouta le paysan avec un gros rire, il s'est allé vous cher- 
cher et c'est vous qui l'avez véhiculé sans frais, car ben sur 
ce n'est pas lui qui vous donnera cent sous pour cette 
visite. » ^ 

Que pouvait, (|ue devait faire un médecin joué de la sorte . 
Croit-on que s'il avait poursuivi, devant le juge de pat* "^ 
son canton, le misérable qui n'avait respecté ni sa faligt*^ 



1'^ Février 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



N» 5 — li 



Le ±% l'épanchement n'augmente pas ; il n'y a ni dilatation 
appréciable du thorax, ni abaissement du foie. Temp. rect., 
matin, 39*,5; soir, 39*,7. 

Le 23, pas de modification dans Fétat local, mais la fièvre 
commence à diminuer. Temp. rect., matin, 38",3; soir, 38 degrés. 

Le %i (sixième jour de la pleurésie), temp. rect., matin, 
:n%4; soir, 37*,3. 

Le 25, la limite du souffle est notablement abaissée. Temp. 
rect., matin, 37*,5; soir, 3H*,5. 

Le 26, on entend d'une façon très nette des frottements 
pleuraux dans 1 aisselle sur la limite du souffle. Temp. rect., 
matin, 37%7; soir, 37%7. 

Le 27, Tépanchement diminue de plus en plus. Temp. rect., 
malin, 37*,6 ; soir, 38%3. 

Le 28, le souffle est moins net, il ne se produit plus qu'à 
rexpiration; il est limité à la base. Egophonie. Temp. rect., 
37\3 et 37*,5. 

Le 1*^ avril (quatorzième jour de la pleurésie), tous les signes 
d'épanchement ont disparu. Le murmure vésiculaire reste seu* 
lement un peu affaibli aans le tiers inférieur du poumon. 
Bientôt ta malade peut se lever et le 16 avril elle sort de 

rhôpital complètement guérie. 

Cette observation n'est-elle pas aussi probante que 
possible? 

Une jeune femme est atteinte en pleine santé d'une 
pneumonie franche du lobe inférieur droit. La défervescence 
se fait au commencement du huitième jour; en même temps 
le souffle tubaire disparait et Ton entend pour la première 
fois du frottement. La fièvre se rallume et en deux iours il 
se produit, en regard du lobe hépalisé, un épanchement 
peu abondant, qui reste limité à la moitié inférieure du côté 
droit. La résorption commence à se faire sept ou huit jours 
après le début de la pleurésie et elle est complète vers le 
quinzième jour. 

N'est-il pas légitime d'admettre qu'il s'agissait là d'une 
pleurésie séro-fibrineuse ? Tout l'indique : la rapidité de 
révolution, la bénignité des phénomènes généraux, le peu 
d'élévation de l'état fébrile, la terminaison favorable. 

Dans le cas suivant, je me suis assuré par une ponction 
eiploratrice faite avec la seringue de Pravaz, que le liquide 
épanché était séro-fibrineux. 

H. — H s'agissait d'un homme de vingt-sept ans, 
, entré le 28 novembre 1 886 à Thôpital Sainte-Antoine 
pour une pneumonie du lobe inférieur gauche datant de deux 
)oars. Elle était caractérisée par un souffle tubaire nettement 
circonscrit s'entendant au-dessous de Tépine de Tomoplate. 
Crachats visqueux et briquelés. Violent pomi de côté. La lièvre 
piâil vive. Temp. rect., matin, 39%5; soir, A(y,S, P., 100. 

Le f9, au matin, le malade avait une dyspnée excessive et il 
était dans la prostration. La température rectale était de 40",3. 
U pneumonie gauche ne s'était pas étendue^ mais le poumon 
droit était également atteint; il y &vait à droite au-dessous de 



Obs. 
robuste 



répine de Tomoplate un souffle tubaire très intense, que Ton ne 
pouvait confondre avec un souffle de propagation. 

Le 30, l'état est le même. Même prostration. Dyspnée consi* 
dérable(7â respirations à la minute). Albuminurie. Temp. rect., 
matin, 39«,7 ; soir, -40^,8. P., 100. 

Le 1*' décembre, râles de retour à gauche, dans toute l'étendue 
du souffle dont Tintensité a beaucoup diminué. A droite, le 
souffle tubaire est toujours très prononcé et il s'entend au niveau 
de la fosse sus-épineuse. Temp. rect., matin, 39^,6; soir, 40^,6. 

Le 2 (cinquième jour), la température est tombée à 38%3 le 
matin. La dyspnée est moins forte (42 respirations à la minute). 
A gauche, persistance des râles de retour; le souffle tubaire 
n'existe plus et il est remplacé par une respiration afl'aiblie. 
A droite, apparition de râles de retour. 

Le 3, temp. rect., matin, 38*^,4, le mieux continue; soir, 39",5. 

Le 4, temp. rect., matin, 38 degrés. A droite, dans les régions 
sus et sous-epineuses, râles de retour et respiration soufflante. 
A gauche, on n*entend plus de râles, la respiration est redevenue 
soufflante au niveau du tiers inférieur du poumon; ce n*est plus 
un souffle tubaire, mais un souffle doux, caractéristique uun 
épanchement. Egophonie, matité. La ponction avec la seringue 
de Pravaz donne un liquide citrin et transparent. 

Cet épanchement pleural resta circonscrit à la base du poumon 
gauche ; sa limite supérieure atteignit à peine la pointe de 
romoplate. Vers le 14 décembre, c'est-â-dire douze ou treize 
jours après son apparition, il commença à décroître. 

Le 17, le souffle et Tégophonie n'existaient plus qu'au milif^u 
de la gouttière costo-vertéorale, et quelques jours plus tard, la 
résorption de Tépancheraent était achevée. La fièvre, qui ne fut 
jamais très élevée (37*,5 à 38 degrés le matin, 38",d le soir), 
tomba complètement et le malade sortit de l'hôpital après une 
convalescence de courte durée. 

Ici encore la pleurésie se produisit au moment de la 
défervescence, I épanchement fut peu abondant, séro- 
fibrineux, et il disparut spontanément au bout d'une 
quinzaine de jours. Et cependant la pneumonie avait pris un 
certain caractère de gravité. 

Obs. III. — Un homme âgé de trente-six ans, de constitution 
moyenne, entre â THôtel-Dieu annexe, le 11 décembre 1880, pour 
une pneumonie ayant débuté le 9. La lésion siège à gauche ; il y 
a du souffle tubaire et des râles crépitants à la base du 
poumon, de la matité avec conservation des vibrations thoraci- 
ques. Crachats visqueux et rouilles. La pneumonie resta limitée 
a cette région. La fièvre ne fut jamais excessive. La température 
rectale, qui était â 39",6 le 15 décembre, tomba le 16 (septième 
jour),à 37%7 et le 17 à 37 degrés. Le souffle diminuait d'étendue 
et d'intensité. 

Le 21, on trouve de la matité avec diminution des vibrations 
thoraciques, un souffle doux et de l'égophonie, dans le tiers 
inférieur du côté gauche en arrière et â la base de l'aisselle. Il 
s'est produit un épanchement. En même temps la fièvre reprend, 
mais elle ne s'élève pas beaucoup; pendant une dizaine de 
jours la température rectale se maintient à 37 degrés le malin 
et 38"" ,5 à 39 degrés le soir. L'expectoration est purement 
muqueuse et très rare. 



ni son dévouement professionnel, il n'aurait pas été ent 
butte aux railleries de toute la contrée? Et n'en faut-il pas 
conclure qu'il reste quelque chose à faire pour se défendre 
contre l'exploitation des uns et l'injustice des autres? 

Ce quelque chose, je l'entrevois bien; mais arrivera-t-on 
aisément au but à atteindre? En province, à la campagne 
surtout, les syndicats médicaux pourraient prendre à leur 
charge les poursuitesjudiciaires et toutes les revendica- 
tions de ce genre. A Paris et dans les grandes villes, ce 
serait à l'Association générale des médecins de France ou 
aux conseils des sociétés locales qu'incomberait la tâche de 
défendre les intérêts professionnels de ses membres. Mais 
il faudrait, pour aboutir, multiplier les procès, étudier cha- 
run d'eux, n'arriver devant les tribunaux qu'avec la certi- 
tude morale d'une condamnation pour les clients malhon- 
nêtes. Il faudrait laisser de côté les questions de personnes 
et ne jamais traiter que les questions de principes, il faudrait 
enfin que tous les médecins pussent et voulussent bien s'en- 



tendre pour que toutes ces questions si délicates et si 
complexes fussent toujours réglées d'un commun accord 
entre celui qui se prétend lésé et les Sociétés ou syndicats 
appelés à prendre sa défense. La chose est-elle possible? Au 
moins pourrait-elle être tentée. 



Association générale des médecins de frange. — La séance 
annuelle de la Société centrale aura lieu le dimanche 3 février 

Jiroehain, à deux heures et demie, dans l'amphithéâtre de 
'Assistance publique, avenue Victoria, n* 3. 

Ordre du jour, — Allocution du président, M. le professeur 
Lannelon^ue ; rapport du secrétaire ; compte rendu du tréso- 
rier; ratification des admissions faites dans l'année; élection 
du vice-président et de douze membres de la commission admi- 
nistrative en remplacement des membres sortants. 

NÉCROLOGIE. — On annonce la mort de M. le docteur Emer\' 
(de Pont-de-Gé). 



72 — N* 6 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE i«' Février 1889 



L'épanchement ne prit point d'extension. Le 5 janvier, c'est- 
à-dire une vingtaine de jours après le début de la pleurésie, on 
pouvait constater le retour du murmure vésiculaire, même a la 
oase ; Tépanchement était résorbé. Le malade quitta l'hôpital, 
peu de temps après, complètement guéri. 

Je me garderai bien de dire que la pleurésie meta- 
pneuroonique est toujours aussi bénigne; je tiens seulement 
à prouver qu'elle Test plus souvent (^ue ne le croyait Woillez. 
Notre collègue Netter, qui poursuit depuis quelque temps 
sur la nature de ces pleurésies des recherches dont il a déjà 
communiqué en partie le résultat à la Société anatomique 
{BulL, 1837, p. 547), avance que, même purulentes, ces 
pleurésies se terminent souvent par la guérison. 

J'ai observé un cas de ce genre. 

Obs. IV. — Un homme âgé de vingt-quatre ans, vigoureux, 
entra à la Pitié le iO mars 1888 avec les signes d'une pneumonie 
du lobe inférieur droit (soufQe tubaire ; râles crépitants). La 
défervescence se lit le 14 mars. Temp, rect., 37 degrés matin et 
soir. 

Cinq jours plus tard, violent point de côté à droite. A partir de 
ce moment il y eut un état fébrile continu (38 degrés le matin, 
39 degrés à 39'',5 le soir), le malade s'affaiblit peu à peu et tomba 
dans Te marasme, avec sueurs abondantes, œaéme aes membres 
inférieurs. Une pleurésie s'était développée; d'abord interlo- 
baire, elle se révéla ensuite par une matité absolue avec 
douleur excessive à la percussion en avant jusaue sous la cla- 
vicule, en arrière dans les fosses sus et sous-épineuses et au 
sommet de l'aisselle. Les vibrations thoraciques étaient dimi- 
nuées et le murmure vésiculaire affaibli ou aboli dans ces 
diverses régions. L'épanchement paraissait donc occuper la 
moitié supérieure du côté droit. Pour confirmer le diagnostic de 
pleurésie purulente, je fis une ponction explorative au niveau du 
quatrième espace, sur la ligne axillaire, et séance tenante je 

Pratiquai la tnoracentèse avec le Irocart n" 2 de l'appareil Potain. 
n évacua ainsi trois c|uarts de litre d'un liquide purulent, non 
fétide. Le surlendemain, 20 avril, le malade rut pris subitement 
d'une vomique et en l'espace d'une heure il rendit un litre de 
pus. 

Le lendemain, 21 avril, nouvelle vomique (un demi-litre de 
pus). 

Le 2â, troisième vomique (même ({uantité). L'expectoration 
resta purulente pendant cinq ou six jours encore, mais bientôt 
il se produisit une amélioration rapide, les forces se relevèrent, 
l'appel it revint et le malade put quitter l'hôpital en très bon 
état, le 5 mai, c'est-à-dire dix-sept jours après la première 
vomique. Les signes d'épanchement avaient disparu. 

La pleurésie (]ui succède à une pneumonie ou qui lui 
survit est donc soit séro-fibrineuse, soit purulente (1). 

Pour ma part, je considère la première comme relati- 
vement fréquente. 

Quelle est la pathogénie de ces pleurésies? Sont-elles 
dues exclusivement à l'extension, par voie Ivmphatique ou 
autre, du processus phlegmasique? Ne faut-il pas plutôt les 
considérer comme une manifestation infectieuse, au même 
titre que la péricardite et que la méningite qui peuvent 
-également apparaître pendant ou après une pneumonie? Les 
recherches bactériologiaues de M. Netter sont assez con- 
formes à cette manière ue voir, du moins en ce qui concerne 
les pleurésies métapneumoniques purulentes. ^ En pareil 
cas, dil-il (Netter, loc. cit.), j'ai trouvé dans le liquide pieu- 
rétique le microbe pathogène de la pneumonie, le pneumo- 
coque, à l'exclusion de tout autre micro-organisme. Il est 
juste de rappeler que Friediander, Talaroon, etc., et surtout 
A. Fraenkel ont signalé ce dernier point. » 

Il en était ainsi dans le fait de pleurésie purulente que 
j'ai rapporté plus haut (obs. IV) et que M. Netter a bien 
voulu étudier avec moi. 

Mais comment interpréter la pleurésie séro-fibrineuse? 
Est-ce également une manifestation infectieuse? Pourquoi 
les pleurésies consécutives à la pneumonie sont-elles tantôt 

(1) C'est également l'opinion de M. le professeur G. Sëe {Dm maladies tpéei' 
liques non tubercuUutet du païunon, 1885, p. 225j. 



[lurement fibrineuses, et tantôt purulentes ? Je ne puis, je 
'avoue, répondre à ces questions. Dans un cas de pleuro- 
pneumonie avec épanchement séro-fibrîneux persistant (on 
peut, à ce point de vue, assimiler la pneumo-nleurésie à la 
pleuro -pneumonie), le liquide, examiné par M. Netter^ ne 
contenait pas de pneumocoques et l'inoculation à une souris 
est restée négative. En est-il toujours de même? Nous ne 
tarderons pas, je l'espère, à être renseignés à cet égard. Ce 
que je me contente d affirmer, c'est la fréquence des pleu- 
résies métapneumoniques séro-fibrineuses. 

Le diagnostic de ces pleurésies est en général facile; il 
faut seulement se rappeler que dans certains cas la conden- 
sation du poumon persiste longtemps après la défervescence. 
Ces épancnements sont souvent méconnus parce qu'on ne les 
recherche pas ; aussi, comme le dit Woillez, ne faut-il 
jamais négliger de suivre et d'examiner soigneusement les 
convalescents de pneumonie. 



SOCIÉTÉS SAVANTES 

AemûétKde des aclences. 

Sur les hématozoaires observés par m. laveran dans 
LE SANG DES PALUDiQUES, par H. Bouchard. — c Une noie 
récente de M. Laveran me conduit à signaler l'importance 
d'une découverte qui remonte à dix années et qui, contestée 
pendant longtemps, me parait aujourd'hui inattaauable. 
L'importance de cette découverte ne résuite pas seulement 
de l'influence désastreuse exercée par la fièvre inlerroit- 
tente à toutes les époques de l'histoire de l'humanité. Si 
M. Laveran a démontré, le premier, que cette maladie est 
parasitaire, il a, en faisant cette découverte, donné le pre- 
mier exemple, chez l'homme, d'un parasitisme animal où 
l'agent pathogène semble être placé sur l'échelon le plus 
inférieur de la vie animale. Si la plupart des maladies infec- 
tieuses de l'homme et des animaux relèvent du microbisme 
végétai, la plus importante des maladies infectieuses de 
l'homme dépend du microbisme animal. J'ajoute que le 
parasite observé par M. Laveran en Algérie a été retrouvé 
en France, en Corse, en Italie, en Russie, à Madagascar, au 
Tonkin, en Amérique, et qu'il est le même que l'organisme 
signalé plus récemment par MM. Marchiafava et Celli dans 
le sang des paludiques. » (Séance du 21 janvier). 

Recberches sur la pathogéme du diabète, par 
MM. G. Arthaud et L. Butte. — Voici la conclusion des 
recherches de ces auteurs : il est possible, par irritation 
centrifuge du nerf vague, de reproduire chez les animaux 
les diverses variétés du diabète clinique, tantôt insipide, 
tantôt azoturique, tantôt glycosurique, suivant des prédis- 
positions individuelles absolument comme chez l'homme. 

Au point de vue clinique, MM. G. Arthaud et L. Butte ont 
pu vérifier, sur presaue tous les points, l'analogie de celte 
maladie expérimentale avec le diabète spontané, pour lequel 
la théorie névropathique parait devoir être adoptée. 

{Séance du iS janvier). 



Académie de médeelae. 

SÉANCE DU 22 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. MAURICE PERRIN. 

L'Acadêmio reçoit, de MM. les docteurs CastN, Yverl ot Deligny, des inéinoîr.'^ 
pour les concours du Prix en 1889. 

M. Brouardel présente un Traité d'hygiène publique et de police ianitairt. <j>i 
langue roumaine, par M. le docteur Félix (de Buciiarest) et un mémoire u 
MM. les docteurs d*Espine et Marignae (do Genève) sur U traitemenl à^ " 
diphlhérie par l'aeide talicylique. 

M. Bucquoy dépose deui mémoires de M. le docteur Huehard ar l'antipltf^^ 



1'' Fêvrieii 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



W 5 — 73 



éAn$ U polffuriê et U diabiU iueré et sur la tention arlérieUe dans le* malaiiet 
ti seê ifidicatimu thérapeuiiquti 

M. Onjardin-Beaumetz présente l'ouvrage de MM. les docteurs BaretU, 
U§€ndre et Lepage sur Vemploi des antiseptiques en médecine, chirurgie et 
obstétrique. 

M. Ernest Besnier préseate divers mémoires et thèses de MM. les docteurs 
Uioir, Bauât, Wagnier et Loustalot (de Lille) sur des affections cutanées. 

M. Bail dépose uD travail de M. le docteur Libermann sur Vétiologie et le 
traitement de la phthisie pulmonaire et laryngée. 

M. GHfon présente, au nom de M. le docteur Piéehaud, des Leçons cliniques 
sur Us maladies chirurgicales de l'enfanee. 

M. Dujardi»'Beaumet% présente, de la part de M. le docteur Belin, un 
cœioicope, appareil destiné à éclairer, îi l'aide de l'électricité, les cavités natu- 
tureiles et artificielles. 

Élection. — Par 67 voix sur 78 volants, M. Budin est 
élu membre titulaire dans la section d'accouchements. 
M. Pinard, porté en seconde ligne, obtient 10 voix. Plus 

I bulletin blanc. 

Kéactions psycho-physiologiques. — M. Henry a ima- 
giné des instruments à Taide desquels il se fait fort de 
diagnostiquer mathématiquement le caractère normal des 
réaeûoas mentales et des ffraphicfues physiologiaues. — (Le 
mémoire aa*il présente à Tappui est renvoyé à 1 examen de 
UH.JavaltlGariei.) 

Strophantus. — M. Bucquoy réfute les objections pré- 
sentées dans les deux dernières séances par M. Germain Sée 
rontre l'emploi du strophantus dans les maladies du cœur. 

II maintient nue, dans la pratique, sinon pour l'expé- 
rimentation pnysiologique, les plantes sont souvent plus 
actives^ plus efficaces et moins dangereuses à manier que 
les principes essentiels, alcaloïdes et glycosides, qu'on en 
retire. Il en est ainsi pour la digitale et la digitaline; de 
même aussi, pour le strophantus et la strophantine, qui 
d'ailleurs ne satisfont pas aux mêmes conditions, comme l'a 
reconnu M. Germain Sée. 

En ce qui concerne l'action du strophantus dans les 
maladies du cœur, il n'est pas douteux que ce médicament 
ait ses indications et ses contre-indications, encore incom- 
plètement connues. D'ailleurs tout le monde est d'accord 
jtour admettre que les affections cardiaques sont loin d'avoir 
les conséquences immédiates qu'on leur suppose et ce ne 
sont pas celles qui donnent les signes les plus accentués, les 
plus Druyants, qui sontaccompagnées des symptômes les plus 
graves; ce sont des maladies à longue échéance, dont les 
conséquences pourront être indéGniment reculées si la lésion 
reste compensée. Les deux lésions d'orifice sur la bénignité 
desquelles on peut le plus compter, sont le rétrécissement 
mitral et l'insuffisance aortique, à la condition, pour cette 
dernière, qu'elle soit simple et dégagée de toute lésion 
aorlique concomitante. Hais, si certaines lésions cardiaques 
restent ainsi plus ou moins latentes pédant un temps indé- . 
terauné, celui qui en est atteint n'est pas pour cela indemne 
de tout (lésordre, de tout symptôme ({ui, sans compromettre 
leiistence, nécessite une intervention médicale; tels sont 
la dyspnée d'elTort, les palpitations, les oppressions, les 
menaces d'asystolie, etc. G est alors que le strophantus 
produit des résultats remarquables, ainsi qu'en témoignent, 
quoi qu'on en ait dit, les observations de Fraser, celles de 
plusieurs auteurs et enfin les faits rapportés par M. Bucquoy 
(Chemin faisant, celui-ci déclare que l'honneur d'avoir le 
premier bien étudié le rétrécissement mitral, honneur qu'on 
attribue à H. le docteur Duroziez, revient en réalité 
à M. Fauvel en 1843 et à M. Hérard en 1854). Dans trois 
cas d'angine de poitrine notamment, il a obtenu d'excellents 
effets de l'emploi de ce médicament; M. G. Sée les récuse 
eo tant qu'angines de poitrine vraies, car il n'y aurait pas, 
d'après lui, d'angine de poitrine sans sclérose ou artérite 
coronaire, et le strophantus, pas plus que tout autre médi- 
tation, ne pourrait guérir une pareille aflection. Gependant 
les malades qui en étaient atteints, présentaient bien les 
sTmptômes classiques de l'angine de poitrine; les deux pre- 
mières répondent à la cardiacalgie de H. G. Sée et la der- 



nière est un type de l'angine vraie chez un cardiaco- 
aortique. 

M. Germain Sée préfère l'emploi d'alcaloïdes définis, 
tels que la digitaline et la strophantine, à la plante elle- 
même dont les préparations ne sont jamais identiques à 
elles-mêmes; avec les premiers l'effet est constant. La stro- 
phantine, il est vrai, ne fait pas uriner comme le strophan- 
tus, mais, pour y parvenir, celui-ci détermine une véritable 
néphrite. D'autre part, dans les cas d'asystolie, c'est bien 
plutôt la régularisation du pouls qu'il convient de recher- 
cher, et le strophantus n'y parvient pas complètement. De 
même il agit peu sur la dyspnée. Ne vaut-il pas mieux em- 
ployer deux ou trois autres médicaments différents dont 
chacun a une action directe sur le symptôme qu'on veut 
combattre? On sait d'ailleurs que Fraser et les médecins 
allemands ont publié des observations qui plaident contre 
l'emploi du strophantus. Quant aux prétendues angines de 
poitrine dont a parlé M. Bucquoy, M. Germain Sée main- 
tient qu'il n'y a pas d'angine vraie sans artério-sclérose 
coronaire. 

Comme M. Bucquoy, M. Hérard estime qu'il n'obtient 
pas avec la digitaline des effets aussi marqués qu'avec la 
digitale surtout au point de vue de la diurèse. Il a employé 
trois fois le strophantus et en a obtenu des effets diuré- 
tiques marqués. 

Pour M. Laborde ces débats ne sauraient rester limités 
à un simple sujet de thérapeutique appliquée ; car ils 
soulèvent une véritable question de principe en thérapeu- 
tique expérimentale, c'est-à-dire en thérapeutique ration- 
nelle et scientifique, basée sur l'expérimentation pbysiolo- 
giaue et clinique. Ce principe sur lequel il insiste parti- 
culièrement peut être résumé dans la proposition sui- 
vante : i"" dans toute préparation médicamenteuse tirée du 
règne végétal, il existe une ou plusieurs substances actives, 
par lesquelles s'exerce son action physiologique et théra- 
peutiaue; 3"" lorsçiue cette substance active (en supposant 
pour l'instant au'il n'y en ait qu'une) a été isolée, déter- 
minée et formulée chimiquement, auquel cas elle constitue 
le principe immédiat, c'est à celui-ci qu'il est rationnel de 
s'adresser, en vue de l'usage thérapeutique, après l'avoir 
soumis d'abord au contrôle expérimental et ensuite, et 
solidairement, au contrôle clinique; 3* en effet, tandis que 
le principe immédiat est toujours un, identique à lui-même, 
invariable dans sa constitution propre, comme dans son 
action fondamentale physiologique et médicamenteuse, 
la matière totale qui le contient et qui peut d'ailleurs en 
renfermer plusieurs entre lesquels il peut v avoir lieu de 
choisir; cette matière est entièrement complexe et variable, 
tant dans sa composition que dans ses effets, qui ne sont et 
ne peuvent être qu'une résultante d'actions multiples, di- 
verses, non définies, et inconnues en elles-mêmes. 

Eh un mot, dans un cas, c'est la détermination chi- 
mique et expérimentale, et par conséquent la connais- 
sance scientifiaue acquise de l'instrument thérapeutique; 
dans l'autre, 1 acceptation préalable et l'application pré- 
judicielle de l'inconnu, avec les aléa et les dangers dans le 
domaine toxicologique ; d*un côté la science et le progrès, 
de l'autre l'empirisme aveugle et la routine. C*est, comme 
Ta dit J.-B. Dumas, la formule substituée à la recette. 

M. Constantin Paul fait observer ^ue la plante ne ren- 
ferme pas, en général, qu'un seul principe actif et que tant 
qu'on ne les aura pas tous isolés pour les associer dans une 
formule il faut bien s'en tenir à la plante elle-même sous 
peine de ne pas obtenir les mêmes effets. A côté de ces 

Erincipes cristallisés et chimiquement purs, ajoute M. Tras- 
oty il en est d*autres qui ne sont pas cristallisables et qui 
ont cependant une action réelle; jusqu'à ce que la chimie 
soit parvenue à extraire tous les principes actifs des 



U — N- 5 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 1«' Février i889 



plantes, l'usage de celles-ci devra être conservé en théra- 
peutique. Ce n'est pas une raison, réplique M. iMborde, 
pour se priver des principes cristallisés, dont les effets ont 
été déterminés expérimentalement par l'expérimentation 
physioFogique et par la clinique. 

— L'ordre du jour de la séance du 5 février est fixé 
ainsi qu'il suit: V Communication de M. Cornil sur la thé- 
rapeutique du choléra; 2** Reprise de la discussion sur le 
lélanos; inscrits: MM. Nocarcf et Trasbot; 3° Communica- 
tion de M. Lancereaux sur les poêles mobiles; 4" Commu- 
nication de M. Lagneau sur la mortalité dans l'armée en 
campagne ; 5" Lectures de M. le docteur Blache, sur l'exé- 
cution de la loi Roussel dans la Seine; de M. le docteur 
Terrillon, sur la néphrorrhaphîe; de M. le docteur Lavaux, 
sur les résultats éloignés de l'électrolyse linéaire appliquée 
au traitement des rétrécissements de l'urèthre. 



Société médicale des hôpitaux. 

SÉANCE DU 25 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE DE 
M. CADET DE GASSICOURT. 

Tuberottlose papillomato-crustacèe : M. Brissaud. >- Ectopie car- 
diaque : M. H. Huchard. — L'hosploe des Enfants-Asststès 
en 1888: M. BeTestre (Discussion : MM. Richard, OlUvier, Cadet 
de Gassioourt). — Injectlona sous-outanèes d'huile grise bensoinèe : 
M. Ed. Hirts (Discussion: MM. Baiser. Quyot. Du Castel). — Du 
pouls capiUalre dans les plaques d'urticaire : M. Ed. Hirtz (Dis- 
cussion: MM. Du Castel, de Beunnann). — Donations ft la Société. 

M. Ed. Brissaud donne lecture d'une note complémen- 
taire relative à un malade qu'il a présenté à la Société dans 
la séance du 6 juillet 1887. Il considérait la lésion papillo- 
mateuse et croûteuse de l'avant-bras^chez ce malade tuber- 
culeux, comme étant de nature tuberculeuse, et, malgré la 
constatation de bacilles à ce niveau, certains membres de la 
Société, se fondant sur l'aspect général de la lésion, opinaient 
pour une lésion syphilitique. Mais l'existence d'une croûte 
recouvrant les lésions de tuberculose verruqueuse a été 
signalée par Riehl et Paltauf, et M. Brissaud l'a observée 
chez deux autres malades, également tuberculeux et non 
syphilitiques. Le premier de ces trois malades a succombé 
à la tuberculose pulmonaire sans avoir retiré aucun bénéfice 
du traitement antisvphilitique institué comme contre- 
épreuve. L'examen hisiologique de la lésion cutanée a 
montré une infiltration tuberculeuse de la couche super- 
ficielle du derme, limitée presque exclusivement à la région 
papillaire, dont les papilles sont hypertrophiées, et, par 
places, au contraire, ont disparu et sont comme fauchées. 
Au-dessous de ces points, on trouve l'infiltration de cellules 
épithélioldes et quelques cellules géantes. En outre, accu- 
mulation considérable des éléments de la couche cornée. 
Les ganglions étaient indemnes. Les faits analogues doivent 
être classés dans le groupe des tuberculoses verruqueuses, 
d'où ne saurait les faire exclure l'adjonction d'un travail 
épidermique, caractérisé par une formation de croûtes. Cette 
forme spéciale^^pourrait être exactement dénommée tuber- 
culose p^pillomato-crustacée. 

— M. Sevestre communique les résultats obtenus en 1888 
à l'hospice des Enfants-Assistés par suite des mesures 
d'hygiène et d'antisepsie prophylactique. Il pose, en termi- 
nant, les conclusions suivantes : 1"* la propagation de la rou- 
geole à l'hospice des Enfants-Assistés ne pourra être 
enrayée que par rétablissement d'un lazaret convenablement 
installé et dans lequel les enfants seront gardés en obser- 
vation pendant une période de temps suffisante ; S"* la mor- 
talité par la rougeole, à l'hospice des Enfants-Assistés, est 
dès maintenant diminuée dans une proportion très notable; 
^° la diphthérie devient une maladie rare à l'hospice. C'est 



grâce à la création de pavillons d'isolement, et d'un rudiment 
de lazaret contre la contagion venant du dehors, à la 
reconstruction du service des bains et au fonctionnement 
régulier d'une étuve à désinfection que ces bons résultais 
ont pu être obtenus. 

M. Richard demande si la literie a été désinfectée. 

a. Sevestre l'a fait désinfectera l'étuve dans le plus bref 
délai qui a été possible. Il a vu, ces jours derniers, des cas 
intérieurs de diphthérie dans les salles de chirurgie qui 
n'avaient pas été désinfectées. 

M. Ollivier souhaite et réclame en vain depuis longtemps 
des modifications analogues à Thôpital des Enfants-Malades ; 
il exhorte ses collègues à appuyer ses réclamations. 

M. Sevestre insiste sur la nécessité de l'étuve sans 
laquelle les autres mesures de prophylaxie restent ineffi- 
caces. 

M. Ollivier rappelle qu'une cause puissante de dissémi- 
nation des maladies contagieuses c'est le long séjour des 
Eetits malades à la consultation au milieu des autres enfants. 
eux-ci sont contaminés et vont répandre la maladie ainsi 
contractée >dans le quartier qu'ils habitent. Il faudrait 
nommer des internes, ou des médecins de consultation, 
pris parmi les médecins du Bureau central ou les candidats 
admissibles aux précédents concours, et qui seraient chargés 
de répartir les enfants, au fur et à mesure de leur arrivée à 
la consultation, sur les services d'isolement, les salles 
d'attente, etc., suivant la nature de leur maladie. 

M. Richard pense qu'il serait indispensable de posséder 
des salles de rechange permettant de procéder, à certains 
moments, à une désinfection complète des locaux précé- 
demment occupés. C'est ce qui a lieu a l'étranger. 

H. Sevestre est de cet avis, d'ailleurs il dispose de salle> 
pouvant remplir ce but, soit pour les diphthéritiques, soit 
pour les autres maladies contagieuses. 

M. Cadet de Gassicourt, tout en regrettant que l'instal- 
lation de l'hôpital Trousseau ne soit pas plus irréprochable, 
constate cependant qu'elle est supérieure à celle de rhôpi- 
tal des Eniants-Malades. La destruction ou la 'désinfection 
des linges a déjà donné de bons résultats : les cas intérieur.^ 
sont plus rares. Il existe une salle d'attente spéciale à la 
consultation pour les diphthéritiques; mais il faudrait une 
salle de surveillance pour les cas douteux, et des salles 
d'isolement pour la rougeole et la scarlatine. L'administra- 
tion s'en occupe, paralt-il, activement. Quant aux salles de 
rechange, elles sont évidemment indispensables. Nous 
sommes encore loin de l'installation remarquable des 
hôpitaux étrangers et en particulier des hôpitaux russes, — 
Un fait à signaler, c'est la plus grande proportion de suc- 
cès après la trachéotomie à l'hôpital Trousseau; la raison 
en échappe d'ailleurs entièrement, puisque les conditions 
d'opération et de traitement sont évidemment les mêmes. 

M. Ollivier pense que le plus grand nombre d'insuccès 
à l'hôpital des Enfants-Malades tient sans doute à ce que 
les enfants atteints de croup sont apportés trop tardive- 
ment à l'hôpital ; on opère le plus souvent sur des demi- 
cadavres. 

M. Cadet de Gassicourt ne croit pas que ce soit la véri- 
table cause de cette différence, car la plupart des enfants 
amenés à l'hôpital Trousseau pour être tracnéotomisés sont 
également de véritables moribonds. 

— M. H. Huchard présente un homme de cinquante ans, 
très emphysémateux, atteint d'une ectopie cardiaque épi- 
gastrique, non congénitale, -d'un diagnostic fort difficile et 
pouvant laisser place à la discussion. 

— M. Edg. Hirtz, sur cent trente-neuf injections sous— 
cutanées d'huile grise benzoînée de Neisser pratiquées ^ 



1" Février 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



- N« 5 — 75 



Thôpital de Lourcine, a observé <}uinze fois la formation 
d*inlillrais das sans doute à l'ancienneté de la préparation 
et à la brièveté de l'aiguille ne permettant pas d'atteindre 
le tissu musculaire. Jamais d'abcès, ni de salivation. Chaque 
seringue renferme 36 centigrammes de mercure. Il faut 
^rveiller l'état de la bouche et des dents qui doivent être 
brossées deux fois par jour avec une poudre de charbon et 
de chlorate de potasse. L'aiguille de la seringue doit avoir 
4 centimètres de longueur. 

M. Balzer a eu une proportion plus grande d'accidents 
locaux et quelques abcès. La longueur de Faiguille a une 
«:rande importance; il faut faire l'injection intra-musculaire 
pour éviter les abcès. 

M. Du Caslel insiste sur l'innocuité de l'injection intra- 
musculaire. C'est un fait qu'il a déjà mis en lumière lors 
de ses recherches sur la médication éthérée-opiacée dans 
la variole. 

M. Guyot a pratiqué des injections de peptonate de m«r- 
rure; elles sont douloureuses, mais deviennent indolentes 
si /on ajoute 1 centigramme.de chlorhydrate de cocaïne 
par seringue. 

H. Edg. Hirtz rappelle la longue durée d'action du mer- 
cure ainsi emmagasiné dans le tissu musculaire. Si les 
malades quittent l'hôpital après une injection, elles éprou- 
vent encore pendant un mois environ le bénéfice du traite- 
ment mercuriel. 

— M. Edg. Hirtz lit une note sur la production du phé- 
nomène du pouls capillaire au niveau de la zone congeslive 
périphérique des plaques d'urticaire. Il ne s'observe ni 
dans les érythèmes simples, ni dans les fièvres éruptives. 
lie phénomène, d'ordre neuro-paralytique, vient confirmer 
la nature de l'urticaire envisagée comme une dermatose 
angio-nerveuse. 

H. De Benrmann a observé le même phénomène, à 
l'hôpital Saint-Louis, chez un malade atteint d'érythème 
polymorphe autour des éléments éruptifs orties ayant 
l'aspect de Térythème iris. 

M. Du Cartel a vu une fois le pouls capillaire, pendant 
quelques heures, au niveau des papules d'une variole 
cohérente au début. Il ne semble donc pas spécial à l'ur- 
lifaire. 

Donations a la Société. — Pour c souhaiter la bien- 
venue à la nouvelle personne qui vient de faire son entrée 
dans l'existence légale i, la Société étant reconnue d'utilité 
poMique, MM. Féréol et Gérin Rozê lui font un don chacun 
de 500 francs; H. Millard a envoyé au trésorier la somme 
deiiXK) francs, et M. Guyot adresse également 500 francs. 

Cet aident est destiné à constituer à la Société un capital 
et un fonds de réserve. Les promoteurs de ce mouvement 
font appel à leurs collègues pour joindre leur contribution 
à la leur. 

(Depuis la séance, la Société a reçu les dons suivants : 
M. Moutard-Martin^ 100 francs; M. Desnos y 100 francs; 
M. Marrotte, 100 francs; M. Siredey, 500 francs; M. Du- 
jnrdin-Beaumetz^ 500 francs; M. Hérard^ 500 francs.) 

- La séance est levée à cinq heures et quart. 

André pEirr. 



Société de chlrarcle. 

SÉANCE DU 23 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE DE 
M. LE DENTU. 

Fraoture de rotule : MM. Luoae-Championnlère, Kirmlsson, Berger, 
Desprës. — Hystëropezle : M. PolaUlon (Discussion : MM. Ter- 
rier. PosBl, LucaB*Ghamplonnlère. TerrUlon. TrUat). — Aooideiita 
oausès par rinJeotJon d'Ather iodoformë : M. OaUlard (M. Routier, 
rapporteur). — Kystes dermoldes intermaxillaires : M. Lanne- 
longue (Discussion : MM. Qu6nu, Trèlat, Pe3rrot). 

H. LucaS'Championnière montre un malade atteint de 
fracture de rotule il y a cinquante jours et auquel il a 
fait la suture des fragments avec du fil aargent. Le membre 
n'a pas été immobilisé et le blessé a marché au bout de 
six semaines. 

M. Kirmisson a trois fois employé la griffe de M. Duplay 

Sui deux fois a réussi. Chez un troisième malade le cal 
breux fut rompu dans une chute et la guéridon ne fut 
obtenue que grâce à la suture. 

M. S^r^^7* pense que pour juger la méthode il ne faut pas 
envisager les cas de fracture directe dans lesquelles l'appa- 
reil ligamenteux latéral de la rotule reste intact, et qui gué- 
rissent très facilement. 

M. Després a montré, il y a trois ans, à la Société la 
rotule d'un malade mort de pneumonie quatre mois après 
sa fracture; le cal complètement osseux avait été obtenu 
simplement avec l'élévation du membre et un bandage com- 
pressif. 

M. Lucas-Championnière ajoute que chez son malade 
il y avait place pour mettre la main entre les deux frag- 
ments: pas un seul trousseau fibreux ne les réunissait. 
Le malade n'est resté que six jours en gouttière. 

— M. Polaillon communique une observation à inscrire 
à l'actif des revers de l'hystéropexie. Il s'agit d'un prolap- 
sus utérin remontant à une première grossesse à 1 âge de 
vingt ans : ce prolapsus complet avec cystocèle, mais sans 
hypertropnie ni du col, ni du corps, devint douloureux il 
y a deux ans. L'hystéropexie fut faite le 22 décembre 
dernier. La malade fut prise rapidement de vomissements, 
de douleurs abdominales vives et succomba le 28 sans que 
la tem[)érature se soit élevée au-dessus de 38 degrés. Il 
n'y avait pas de réunion de la plaie abdominale, le péri- 
tome était légèrement rouge, non purulent, les fils de 
catgut étaient résorbés et l'utérus qui n'avait plus de rap- 
ports avec la paroi abdominale ne tenait plus que par 
quelques longs tractus très grêles. M. Polaillon conclut 

!|u'il ne faut pas se servir de fils de catgut, mais plutôt de 
ils de soie ou d'argent, que l'opération est très difficile 
chez les femmes très grosses à paroi abdominale très 
épaisse, et qu'il n'y a rien à craindre pour la vessie qu'on 
ne voit pas et dont l'évacuation spontanée après l'opération 
est très facile. Il attribue la chute de l'utérus à la résorp- 
tion des'fils et la rupture des adhérences péritonéales aux 
violents efforts de vomissement que la malade fit dès la 
fin du premier jour et qui n'ont pas cessé jusqu'à sa 
mort. 

M. Terrier a employé cinq fois le catgut qui a toujours 
tenu. Si la malade ae M. Polaillon est morte de péritonite 
septique, c'est au'une précaution antiseptique quelconque 
a manqué ; ce n est pas une raison pour incrimer le catgut. 
Pour ce qui est des difficultés opératoires, M. Terrier cite 
le cas d'un prolapsus tenant à une vieille pyosalpingite; 
les annexes furent enlevées, l'utérus fixé avec beaucoup 
de peine, les manœuvres durèrent très longtemps et néan- 
moins sa malade guérit comme les autres. 

H. Pozzi rappelle qu'Olshausen attribue à la résorption 
du catgut son insuccès dans le premieir cas de prolapsus 



76 — N* 5 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE i- Février 1889 



traité par l'hystéropexie. Sânger, qui en a fait un grand 
nombre, insiste sur la nécessité de l'emploi d'un fil non 
résorbable. 

M. Lucas-Championnière s'est deux fois servi du catgut 
et Tutérus dans les deux cas a fort bien tenu en place. 

M. Terrillon au sujet du catgut conseille le procédé 
de M. Reverdin; on peut y détruire tous les germes en le 
chauffant à 140 degrés pendant deux à trois heures et 
en le conservant ensuite dans Talcool au sublimé. 

M. Terrier fait observer à M. Pozzi qu'Olshausen n'a 
employé qu'un seul point de suture. 

M. Trélat pense qu'il importe peu que la suture soit ou 
non résorbable, parce que l'organisation des adhérences 
est très précoce. Un insuccès ne doit pas faire rejeter l'hys- 
téropexie, qui dans certains cas peut être une opération 
nécessaire; mais le revers de M. Polaillon doit rappeler 
les chirurgiens au respect de la prudence opératoire. 

H. Polaillon prétend que ses fils étaient absolument 
aseptiques, puisque leur résorption a été extrêmement ra- 
pide. 

— M. Routier fait un rapport oral sur une observation 
de H. Gaillard (de Parthenay). 110 grammes d'éther 
iodoformé au vingtième, soit ô^^SO d'iodoforme, furent 
injectés dans un abcès froid chez un enfant. Le petit ma- 
lade fut pris de collapsus, de cyanose, et on dut pratiquer 
pendant longtemps la respiration artificielle. Le rapporteur 
conclut que les doses raisonnables ont été dépassées et aue 
les accidents sont plutôt imputables à l'éther qu'à l'ioao- 
forme qui n'a pu être absorbé si vite. 

— M. Lannelongue fait une communication sur les kystes 
dermoïdes intermaxillaires. Plus rares que ceux de la 
fente fronto-maxillaire, ils sont situés sur le trajet d'une 
ligne qui réunirait la commissure buccale au tragus. La 
première observation est due à M. Verneuil. Une femme 
de vingt-quatre ans présentait une tumeur proéminente à 
la joue et dans la bouche; on en fit une ostéite avec abcès 
symptomatique qui fut incisé. Par la fistule persistante 
sortit une mèche de cheveux et M. Yerneuil énucléa une 
tumeur principale possédant tous les caractères des der- 
moïdes, entourée de petits kystes secondaires : ces derniers 
sont des kystes mncoîdes, dus à l'enclavement de la mu- 
queuse. Les deux autres faits sont personnels à H. Lanne- 
longue : l'un concerne une tumeur à paroi dermolde, rem- 
plie de poils follets chez un homme de vingt-neuf ans, et 
l'autre une tumeur analogue qui fut enlevée par la voie 
buccale chez une jeune fille de dix-huit ans. 

M. Quénu rappelle que le terme de kystes mucoldes peut 

Srèter à confusion, car M. Malassez a déjà donné ce nom à 
es kystes à parois composées de cellules épithéliales cali- 
ciformes ou cellules à mucus. H. Quénu propose d'établir 
la division en kystes dermoïdes cutanés et kystes der- 
moïdes muqueux. 

M. Trélat a deux fois observé des tumeurs de ce genre 
siégeant tout près de la mâchoire. 

M. Peyrot rappelle que Robin a décrit dans la même 
région des fistules branchiales composées à la fois de 
derme muqueux et de derme épidermique. 

M. Lannelongue ajoute que toutes ces particularités 
étaient connues avant Robin et accepte les termes que pro- 
pose M. Quénu pour la dénomination de ces tumeurs con- 
génitales. 

— M. Lannelongue est nommé membre honoraire de la 
"^ Société de chirurgie. 

P. ViLLKMIN. 



Soelélé €le feiotoyle. 

SÉANCE DU 19 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. BROWN-SÉQUARD. 

Rapport entre les excitations ëleotrlques et la rëaotloB nèrro. 
muacolalre : M. d'Araonval. — 8ar quelques effets des assooiatlona 
microbiennes : M. Roger. — Présentation d'ouvrage: M. O.Bonnier. 
— Unecauie d'aaymëtrie cbeE les enfants nouTeau-nès: KDapQy' 

M. d'Arsonval rappelle qu'il n'y a pas de moyen de doser 
le courant induit, qui est pourtant 1 excitant pnysiologique 
par excellence. 11 a déjà montré antérieurement de quelle 
façon on peut le graduer. Mais on ne mesure ainsi que la 
quantité aéleclricité mise en jeu au moment du passage du 
courant, et encore il n'y a pas de rapport entre cette quan- 
tité et la force de la réaction musculaire. Or M. d'Arsonval 
a imaginé un dispositif qu'il décrit, grâce auquel rinlensité 
du courant induit peut être mathématiquement déterminée 
en fonction de l'intensité du courant inducteur. 

— M. Roger a constaté qu'un microbe qui, inoculé seul, 
n'a aucune influence sur le lapin, associé à un autre microbe 
également sans efl*et dans les mêmes conditions, devient 
pathogène pour cet animal. Tel est le prodigiosus qui, 
associé avec le microbe de la septicémie ou sérosité gan- 
greneuse du cobaye, amène la mort du lapin en vingt-quatre 
heures. De plus, M. Roger a vu que c'est par ses produits 
solubles que le prodigiosus exerce dans ce cas celte action; 
ces produits solubles ont donc la propriété do rendre patho- 
gène le microbe de la septicémie. 

— M. G. Bonnier présente à la Société le premier numéro 
de la Revue de botanique qu'il dirige. 

— M. Dupuy a remarqué chez plusieurs enfants nouveau- 
nés, tenus par leur mère presque constamment couchés 
sur le même côté, une asymétrie marquée résultant d'une 
déviation de l'occipital. Il la pu faire disparaître cette dif- 
formité commençante en faisant changer le côté sur lequel 
l'enfant reposait. 

M. Féré rappelle que Guénîot et Parrol ont déjà observé 
des faits du même genre concernant la même influence du 
décubitus. 



SÉANCE DU 26 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. BROWN-SÉQUARD. 

Présentation d'ouvrage : M. Boger. — Aotion comparée de U maoè- 
ration de digitale et de la digitaline : M. Roger. — Garactéret de 
culture d'une levure du mucus vaginal : M. Legrain. — Sur on cat 
de saturnisme héréditaire : MM. Z^grand et Winter. ^ De l'adde 
carbonique contre les douleurs : M. Bro^wn-Séquard. — PrësenU- 
tien d'ouvrage : M.Duclauz.— Dévelop]>ement des méloé :M.Beaa- 
regard. — Sur le développement des ohnraalides de papUlona : 
M. Regnard. — Du cooaSnisme chronique : MM. Magnas et Baury. 

tF M. Roger présente la thèse de M. Courtade sur Taclion 
thérapeutique de la digitale. 

— H. Ro^er a fait des expériences comparatives sur 
Faction physiologique de la macération de digitale et de la 
digitaline. Au cours de ces recherches il a constaté que 
TefTet de la digitaline est le même, que celle-ci soit intro- 
duite dans l'organisme par une veine de la circulation gé- 
nérale ou par une veine du système porte. Par conséquent 
en ce qui concerne cette substance, le foie n'a pas d'action 
antitoxique. 

— M. Gley présente une note de M. Legrain (de Nancv) 
sur les caractères de culture d'une levure trouvée dans le 
mucus vaginal. M. Legrain décrit cette levure et principa- 
lement les caractères qu'elle prend en se développant dans 
différents milieux. 11 se propose d'étudier par la suite de 
quelle façon elle se comporte vis-à-vis des matières sucrées. 



i" Février 1889 GAZETTE HfiBDO^IADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N» 5 



77 



— M. Legrand a observé avec M. Winter un cas de sa- 
larnisme' héréditaire avec cirrhose du foie et des reins. 

— M. Brown-Séquard indique de quelle manière il faut 
einplover l'acide carbonique en inhalations contre les aiïec- 
tioDs dfouloureuses : on doit faire une inspiration profonde, 
et, au moment où celle-ci va être termmée, Tacide car- 
bonique doit être projeté avec force sur le larynx ; de cette 
façon il ne peut en pénétrer dans les poumons qu'une très 
minime quantité, car le courant d'air expiré le repousse 
immédiatement ; d'autre part, ce jet d'acide carbonique 
passe ainsi deux fois de suite et avec vitesse sur le larynx, 
re qui est la condition essentielle pour que son action soit 
eflîcace. Par ce procédé, les douleurs disparaissent dès la 
première inspiration, mais elles reviennent vite; il faut 
donc continuer cet emploi de l'acide carbonique pendant 
assez longtemps. Alors l'analgésie générale peut durer 
trente-six ou quarante-huit heures. 

— M. Duclaux fait hommage à la Société du deuxième 
volume des Annales de Vltistitul Pasteur. 

— M. Beauregard expose d'après ses recherches le dé- 
veloppement des insectes vésicants en général et particu- 
lièrement des Méloë. 

— M. Beauregard dépose une note de M. Regnard rela- 
tive au développement des chrysalides des papillons ; M. Re- 
i;nard a enregistré les phases de l'absorption d'oxygène et 
d élimination de l'acide carbonique; pendant la première 
semainedu développement, cette élimination est très faible; 
elle augmente peu à peu, en même temps la proportion 
J'oxygène absorbé augmente aussi. 

— M. Magnan communique, en son nom et au nom de 
H. Saury, trois observations d'intoxication chronique par 
la cocaïne : troubles de la motricité, quelques phénomènes 
njnvulsifs, mais surtout troubles ae la sensioilité géné- 
riile, beaucoup plus marqués que les troubles sensoriels, 
U'U ont été les principaux faits observés. 



société «iiACoBiiqae. 

SÉANCES DES H ET 18 JANVIEU 1880. 

MM. Charrin et Russer: note sur les lésions de resto- 
mac et des reins dans Vinfection pyocyanique. 

— M. Isch-Wall présente un myome utérin ramolli 
iOHs Cinfluence de la grossesse et rompu dans le péritoine 
après l'accouchement. Il y avait eu présentation de l'épaule. 

— M. Isch'Vall fait voir une perforation latente de l'es- 
lO)uac par cancer. 

— M. Audain relate un fait de calcul vésical avec pyélo- 
fiêphritc et abcès sous-vapsulaire du rein. 

— M. Paul Petit communique l'examen histologiquc 
lune Syphilide hypertropliigt^ de la vulve. 

— M. Toupet décrit un épithélioma sous-unguéal. 

— M. Fiflfiiard apporte une tumeur à fibres striées de 
l'otaire. 

— MM. Dumoret et Poupinel font voir un épithélioma 
iu rein pris pour une tumeur des annexes de l'utérus. 

— M. Verchèret^ii une communication sur un kyste à 
.ontenu sébacé du pouce. 



REVDE DES JOURNAUX 

THÉRAPEUTIOUE. 
Da Bttrlto do eoteAU et de pol««fle eomine uédleAmem %a«- 
eaïaire, par M; J. West Roosevelt. — Ce sel, obtenu en faisant 
agir une solution de nitrite de potasse sur une solution d'un sel 
de cobalt additionnée d*acide acétique, serait un substitutif delà 
.nitro-glycérine, du nitrite de soude, du nitrite d'amyle et de 
Féther nitreux. Il a pour formule C0-(N0')**K* + 2Aq. 

Administré au chien à la dose de 5 grammes, il provoque la 
somnolence et raccélération du pouls; mômes eflTets sur le chat, 
et, sur les uns et les autres de ces animaux absence de phéno- 
mènes toxiques. 

M. West Roosevelt a prescrit ce sel à plusieurs malades à la 
dose d'un demi-grain toutes les deux ou toutes les quatre heures, 
parfois même en répétant cette dose d'heure en heure. Dans trois 
cas, il s'agissait d'urémie avec pression artérielle exagérée et 
dyspnée, mais sans symptômes d'œdème pulmonaire. La gône 
respiratoire fut diminuée dans deux cas, et môme, chez l'un des 
malades, ce sel parut supérieur à la nitro-glycérine. L'évaluation 
de la tension artérielle au moyen du sphygmographe, permit 
de constater son abaissement dans l'espace de quinze minutes 
à une heure. 

Môme succès dans un cas d'emphysème, mais sans que l(i 
médicament provoquât une céphalalgie comparable à celle qui 
est consécutive à l'administration delà nitro-glycérine. 

M. Roosevelt essaya aussi ce môme nitrite dans un cas de 
cardiopathie valvulaire avec dyspnée, œdème pulmonaire et 
albuminurie. Malgré les vomissements, une partie du médica- 
ment fut absorbée et la tension artérielle diminuée. 

Chez une femme atteinte de migraine, avec nausées, vomis- 
sements, élévation de la tension artérielle et albuminurie, ce 
sel amena la sédation de ces accidents, comme le chloral, mais 
avec cette différence que l'administration du chloral était suivie 
de céphalalgie. Enfin, l'amendement de ces accidents coïncidait 
avec l'abaissement de la tension artérielle. 

En résumé, le nitrite de potasse cobalté (c'est le nom que 
l'auteur lui donne) agit sur la tension vasculaire dans l'espace 
d'un quart d'heure à une heure, et par prises d'un demi-grain 
toutes les deux ou trois heures. H mérite donc d'être mis à 
l'essai comme médicament arlério-dépresseur. {The iV.-F. med. 
Journ.j^ août 1888.) 

Du traltemeBC méeAntqne de teHmîwut eau d*eiiipliy«èiiie, 

par M. Bebdbz. — On sait que les mouvements alternatifs du 
diaphragme ont pour elTet d'augmenter ou de diminuer la capa- 
cité de la cavité thoracique, et que Télévation des côtes, com- 
binée avec leur rotation, contribue à produire le même résultat. 
La théorie de Beau et Messiat fait jouer un rôle capital à l'élé- 
vation du diaphragme dans l'élévation des côtes inférieures. 
Celle de Magendie et Duchesne en fait plutôt un muscle expi- 
râleur, l'élévation des côtes inférieures étant surtout provoquée 
par le refoulement des viscères abdominaux. 

M. Berdez a démontré expérimentalement qu'en substituant à 
celte masse viscérale une vessie pleine d'eau contenue dans 
l'abdomen, et en faisant varier le degré de distension de cette 
vessie, il reproduisait les mouvements respiratoires. D'autre 
part, il a remarqué qu'en comprimant la paroi abdominale, 
on peut augmenter Tamplitude respiratoire dans le rapport de 
59 pour 100. 

11 en conclut que l'une des causes d^insuffisance de la respi- 
ration résulte dune pression intra-abdominale trop faible. Dans 
d'autres cas, ce trouble respiratoire résulte du défaut d'élasti- 
cité des poumons, résistance que le diaphragme est impuissant 
à vaincre. C'est pourquoi il propose d'augmenter la pression 
exercée par les viscères abdominaux par l'emploi d'une cein- 
ture semblable à celle dont les gynécologîstes font usage, et 
espère ainsi pendant Tinspiration favoriser le mouvement de 
rotation des côtes et augmenter la capacité respiratoire, et, 



78 — N« 5 — 



GkiETltE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE I" Février 188d 



pendant Texpiralion, venir en aide au diaphragme pour vaincre 
la résistance du poumon dont Télasticité est diminuée. 

A Fappui de ces idées théoriques, M. Berdez rapporte le cas 
d'un emphysémateux dont la capacité respiratoire était de 
1800 cenlimètres cubes, quand on institua ce traitement ; sous 
rinfluence de ce dernier, cette capacité s'éleva à 2000 centi- 
mètres cubes. Enfin, il conseille encore cette médication quand • 
les troubles respiratoires s'observent après le relâchement des 
parois abdominales consécuti/ à des gross.esses répétées ou à 
l'ablation de tumeurs. (Revue méd. de la Suisse romande, 
4888, n« 67.) 

Du traltenient de la néphrite AifcaS ebem len enttkmiB, par 

M. le docteur E. Knock. — A cet âge, la néphrite aiguë évolue 
habituellement vers la guérison. Quel traitement peut-on pres- 
crire pour hâter cette terminaison? 

1<> M. Knock insiste sur lutilité du repos pendant toute la 
période albuminurique de la maladie. 

2" La diète lactée est indispensable ; en autorisant les ali- 
ments farineux additionnés de lait et les petites quantités de 
viandes ou de bouillon. Le vin ne sera toléré que s'il y amenace 
de coUapsus. 

S*" De temps en temps, on prescrit utilement un laxatif et 
l'emploi des bains chauds quand on obtient, par l'administra- 
tion des sudorifiques, une abondante transpiration. Celle-ci est 
toujours favorable. Ces bains, de dix à quinze minutes de durée, 
doivent être à température normale; on les fait suivre de la 
sudation par l'enveloppement du malade dans des couvertures 
de laine. M. Knock estime que les complications cardiaques ou 
pulmonaires. ne sont pas une contre-indication à leur emploi. Il 
faut les suspendre dans le cas seulement où l'hématurie aug- 
meuterait. 

L'observateur allemand préfère cette pratique à l'administra- 
tion de la pilocarpine et à l'emploi du drap mouillé, qui sont, 
écrit-il, des moyens sudorifiques inférieurs aux précédents. 
Contre l'urémie, il adopte le traitement antiphlogistique ; mais, 
si le malade est en danger de coUapsus cardiaque, il suspend 
toutes ces médications, et, sans hésiter, court au plus pressé et 
prescrit les stimulants. {Charité Annalen, 1888.) 



nx A coDsaller. 



Traitement de la pharyngite chronique par l'acide ack- 
riQUE, par M. Weil. —C'est à titre de substitutif que l'auteur 
recommande l'emploi de l'acide acétique pur. A cet effet, il 
badigeonne la muqueuse du pharynx, deux ou trois fois par 
semaine avec un pinceau imbibé de cet acide. Si le malade est 
pusillanime ou la sensibilité du pharinx exaltée, il fait usage 
d'acide dilué. La sensation de brûlure est d'ailleurs passagère. 
M. Weil a obtenu, par ce procédé, la résolui ion rapide d'an- 
ciennes pharyngites. {Therap. Monat.y sept. 1888.) 

Des résultats du traitement de l'amygdalite par le ben- 
ZOATE DE SOUDE, par M. BoiSLiNiÈRE. — La série observée par 
l'auteur comprend soixante-quinze cas dans lesquels on admi- 
nistra le benzoate de soude à l'intérieur sans pratiquer aucun 
traitement externe, badigeonnages ou collutoires. Les accidents 
disparurent dans l'espace de douze à trente-six heures, soit en 
moyenne dans l'espace de vingt heures. D'oii cette conclusion : 
que le benzoate de soude diminue l'inflammation locale et la 
fièvre et peut être administré a hautes doses même aux enfants, 
enfin que son emploi ne présente aucun inconvénient. L'auteur 
considère cette médication comme la meilleure contre les amyg- 
dalites aiguës et les affections inflammatoires du pharynx et des 
amygdales. (Med. News., 3 mai 1888.) 

Traitement des excroissances èpidermiques par l'acide 
SALICYLIQUE, par M. Hœsen. — L'auteur humecte la petite 
tumeur (cors, œil-de-perdrix, verrue) d'une solution à l'acide 



salicylique; puis saupoudre sa surface d*une couche de 4 â 
5 millimètres du même acide cristallisé. Un morceau de linl 
borique est appliqué à sa surface et enveloppé d'une feuille de 
gutta-percha. Le pansement doit demeurer en place durant 
quatre ou cinq jours ; cela est suffisant, si la production est 
petite, pour assurer sa chute. {Mnnch. med, Woch., n» 9, 1888.) 

Du traitement du T-ENIA par la PELLETIÉRINE, par M. BÉRAN- 

GER-FÉRAND. — L'administration de la pelletiérine doit-elle être 
suivie de l'ingestion dun purgatif? Oui, d'après ce savant obser- 
vateur, car, si, avec ce purgatif, la pelletiérine provoque l'ex- 
pulsion du taenia dans sept cas sur dix, elle n'agit que deux 
fois sur dix quand on l'administre seule. 11 faut donc doubler 
son action de celle d'un purgatif. 

M. Béranger-Férand condamne l'usage des purgatifs salins 
dont l'énergie est trop faible, le calomel présente des inconvé- 
nients chez les anémiques, les dyspeptiques et les dysentériques; 
l'huile de croton est trop irritante, de sorte qu'il faut préférer 
l'huile de ricin ou bien l'eau-de-vie allemande. La première 
est moins efficace que la seconde ; car l'une aide l'expulsion du 
taenia dans 54 pour 100 des cas tandis que l'autre l'assure 63 foi> 
sur 100. (Bull, gén, de thérap,, 15 août 1888.) 

De l'action anesthésique locale des injections sous-ci:ta- 
NÉES d'antipyrine, par M. Wolff. — Cet observateur compare 
ces injections à celles de la morphine* Il en a fait usage contr<; 
Tarthralgie du rhumatisme, les douleurs des phthisiqaes, W 
point de côté de la pleurésie et les douleurs du rhumatisme 
musculaire. Il considère cette médication comme toute-puis- 
sante contre les douleurs superficielles et constate la rapidité de 
son action analgésique dans l'espace de quatre à six minute>. 
Après une sédation de dix à douze heures, la douleur reparait, 
mais avec une moindre violence. M. Wolff a fait usage de U 
solution d'antipyrine à 15 pour 100 sans observer aucun acci- 
dent. (Tkerap, fwonai., juin 1888, p. 279.) 

De l'emploi des topiques dans les affections cutanées de> 
enfants, par m. Jacobi. — Quelles sont les formes médicamen- 
teuses à employer dans le traitement des dermatoses infiantiles 
pour éviter l'irritation de la peau? M. Jacobi redoute l'éry thème 
si fréquent après les applications de liquides médicamenteux. 
C'est pourquoi il combat l'eczéma chronique ou aigu au moyen 
de pommades astringentes plutôt que par l'usage de liquide^ 
astringents, il recommande de préparer les premières avec la 
vaseline ou le cold-cream avec lesquels le plomb, le tanin, le 
zinc, le bismuth, riodoforme et Tacide salicylique s'incorporent, 
bien. 

Sur les surfaces dénudées de leur épiderme, les poudres >oui 
plus utiles et M. Jacobi les associe en proportions convenablen 
avec le talc. Par contre il proscrit les pommades avec l'axonge 
parce qu'elles irritent la peau et font naître des éruptions. Il 
préfère alors la lanoîline additionnée de dix parties d'eau, sous 1;^ 
forme de frictions légères. La peau des enfants absorbe rapide^ 
ment les médicaments administrés par cette voie. (Arch, o) 
Pediatrics, juin 1888, p. 329.) 



BIBLIOGRAPHIE 



La flèvre typhoïde dans la première réglas de earpa 
d'armée, étiologle aaeleane et étiologle noavelle^ 

par H. le docteur Emile ârnould. — Lille, thèse inau-* 
gurale, 1889. 

Nous sommes à une époque oi\ les doctrines médicales, 
comme bien d^autres, s'appuient facilement sur un ensembUi 
plus ou moins exclusif de faits dont la simplicité apparente 
séduit et porte à une généralisation trop souvent hâtive 
C'est là à coup sûr le symptôme d'un état d'esprit fécond 
en découvertes, mais tout aussi prompt à l'abandon dei 



1- Févribr 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHmuïlGlE 



- N- 5- 



7Ô 



théories el à l'incertilude. L'observation, comme Texpéri- 
fflentation, conduisent à ces écarts ; mais il faut bien recon- 
nailre que celle-ci les facilite. Quels que soient les proj^rès 
que le laboratoire a permis de faire, quelque indispensables 
qae soient devenues les études qu'on y poursuit, les mys- 
tères de la physiologie et de la pathologie humaines lui 
gardent encore tant de secrets qu'il importe, à l'égard des 
aits qu'on y découvre, de prendre garde à l'inânie com- 
plexité des réactions de l'organisme, suivant les milieux où 
il évolue. 

Peu de questions ont été plus agitées dans ces dernières 
années que celle de l'étiologie de la fièvre typhoïde; il en 
est peu aussi pour laquelle on ait autant accumulé de 
théories plus simples, plus unitaires, en quelque sorte, 
les unes que les autres. De grands efforts ont été faits, et il 
s'en fait encore, pour «c réduire à très peu près toute 
recherche étiolo^ique concernant la fièvre typtioïde à la 
constatation du bacille typhique ou d'Ebert-Gaffky, dans 
Teau des localités où se produisent des cas de cette affec- 
Tion ». Ces efforts ont abouti à d'intéressantes études que 
M, le docteur Emile Arnould a consignées dans la thèse 
iuaogarale qu'il vient de soutenir à la Faculté de médecine 
de Lille. Ce travail, auquel nous avons emprunté la phrase 
citée tout à Theure, est consacré à l'examen de 166 cas de 
fièvre typhoïde, dont 20 décès, observés en trois années 
dans le premier corps d'armée; or, il ne parait pas possible 
d'admettre, une seule fois, parmi tous les cas observés qui 
n ont pas donné lieu à une épidémie, l'influence d'une eau 
spécifiquement contaminée. Une telle thèse n'est à coup 
sûr pas banale à l'heure actuelle^ elle mérite d'autant plus 
irarrèter l'attention qu'on a plaisir à y louer aussi l'ordon- 
nance de l'argumentation. 

H. Arnould fait tout d'abord observer que les dix-huit 
places de la région occupée par le premier corps d'armée 
Dont eu, à elles toutes, que deux épidémies très bénignes 
de fièvre typhoïde pendant ces trois dernières années. Suivant 
lui, la fièvre' typhoïde déterminée par l'usage de Teau de 
boisson ne peut se présenter dans une caserne que sous la 
forme d'une épidémie, à moins de circonstances tout à fait 
singulières; car la garnison représente un groupe soumis à 
des conditions d'existence identiques, en particulier à 
l usage de la même eau, et la suspension des bacilles 
typhogènes dans l'eau serait une condition passagère qui 
ne peut agir que par sa violence actuelle. D'autre part, ces 
16^ cas ont été presque tous isolés, à des époques généra- 
lement diverses, mais surtout lorsque les forces des soldats 
étaient le plus déprimées. Souvent on a pu remarquer la 
gravité singulière des cas sporadiques, que M. le professeur 
Arnould a signalée depuis longtemps; maintes fois on a vu 
on cas absolument isolé sur plusieurs mois, dans une gar- 
nison, el ce cas a été mortel! L'eau pouvait-elle donc être 
le véhicule qui portait le germe typnique? Hais alors ce 
< breuvage homicide » eût frappé au moins quelques-uns 
de ceux qui l'absorbaient, plus ou moins gravement. Enfin. 
M. Arnould constate que c tout en réclaïuant énergiquement 
la substitution de l'eau de source à l'eau de puits dans les 
casernes et une fourniture d'eau irréprochable, le directeur 
du service de santé et les médecins militaires du premier 
corps d'armée ont jusqu'à présent combattu la fièvre 
typhoïde par l'aération des locaux, le desserrement des 
h'ommes dans les chambres, l'enlèvement des immondices, 
la modération dans le travail, le relèvement de l'alimen- 
tation, les congés et permissions, l'évacuation des locaux 
suspects et leur désinfection par l'acide sulfureux; tout, 
excepté ce qui pourrait constituer une modification à l'eau 
de boisson. Jamais on n'a essayé Teau bouillie ni même 
filtrée; on a conseillé, à priori du reste, l'abandon de 
quelques puits : mais il est arrivé que des troupes campées 
"^nr les glacis d une forteresse pour fuir une caserne infec- 
tée, continuaient à boire Teau de la ville d'où elles venaient. 



Bien que les mesures prophylactiques n'aient pas visé l'eau, 
le succès n'en a pas moins été satisfaisant. > 

L'énumération de ces assertions négatives est suivie de 
renseignements sur la constitution des eaux consommées 
dans la région et d'un examen raisonné sur les circonstances 
dans lesquelles les cas de fièvre typhoïde se sont produits 
dans les diverses garnisons. Ici les divers faits, groupés 
sous la dénomination suffisamment expressive d'^étiologie 
ancienne ), concordent à revendiquer c pour les causes ba- 
nales un rôle toujours immense et qu'il serait dangereux de 
négliger ». Une étude critique de quelques épidémies ré- 
centes observées sur divers points de la France et dans les- 
quelles l'origine aquatique de la fièvre typhoïde a été plus 
particulièrement signalée, termine cette thèse. On nous 

Permettra de ne pas suivre l'auteur dans ces derniers déve- 
oppements, car les procédés de recherches et les préoccu- 
pations ont été trop différents chez les uns et chez les autres 
Sour que nous puissons nous livrer sommairement, au cours 
e ces épidémies, à un examen comparatif. Nous pensons 
que, dans l'état actuel de la science, il convient plus que 
iamais de n'avoir aucune vue exclusive en pathologie et que 
l'hygiène donne à cet égard de salutaires enseignements, 
comme le disait si justement M. Léon Colin à la dernière 
séance de l'Académie de médecine, € rien ne doit être 
abandonné, à l'égard de la fièvre typhoïde, des anciennes 

[ prescriptions 1. La prophylaxie ne peutêtre aussi unitaire que 
e voudraient peut-être certains novateurs. Il n'est pas une 
seule question où elle ne montre pratiquement quels avan- 
tages il y a à s'inspirer bien plutôt, comme nous le disions 
tout à l'heure, des variations incessantes et réciproques de 
l'économie humaine et des milieux qui l'environnent et 
l'influencent si profondément. A cet égard, la thèse de notre 
distingué confrère témoigne d'une prudence et d*un bon sens 
qui se feraient volontiers rares dans certains pays. 

A,-J. M. 



Des ARTHROPATUiES TABÉTiQUES DU PIED, par M, le docteur Démo- 
STHÈNES Pavudès. — Thèse inaugurale, 1888. G. Steinheil. 

Les arthropathics tabétiques, signalées et décrites par 
Gharcot, sont moins fréquentes au pied qu'au niveau des autres 
articulations; au pied, d'ailleurs, comme toutes les autres arthro- 

Sathies tabétiques, elles évoluent rapidement, sans douleur, 
onnant lieu à des lésions profondes beaucoup plus étendues 
qu*on ne pourrait le supposer pendant la vie. Ces arthropathies, 
qui ont été confondues par les auteurs anglais avec les arthrites 
sèches, doivent être regardées comme des troubles dépendant 
des lésions du système nerveux, et probablement du système 
nerveux périphérique. Leur mode d'apparition, leur évolution 
particulière, le plus souvent indolore, i e.vistence des signes de 
tabès, avec ou sans ataxie locomotrice, permettent d'établir un 
diagnostic précis. H ne faut pas confondre, du reste, le pied 
tabétique arthropalhique, avec le pied bot tabétique d'origine 
musculaire, résultant du décubitus et de la pression des cou- 
vertures chez des sujets tabétiques ayant perdu la tonicité et la 
réflectivité musculaires. Les arlhropathies tabétiques peuvent 
être divisées en arthropathics peronéennes, tarso-mé ta tar- 
siennes, des orteils, et généralisées du pied. Elles sont toutes 
caractérisées non seulement par des lésions articulaires, mais 
aussi par des lésions osseuses souvent beaucoup plus marquées 
que les premières. Le traitement de ces arthropathies donne en 
général peu de résultats ; d'ailleurs leur pronostic n'a pas de 
gravité au point de vue de la vie des malades, mais seulement 
en tant qu'intirmité rebelle. Cependant l'amputation, proposée 
et pratiquée par certains chirurgiens allemands, ne semble pas 
devoir être recommandée, car un «itaxique marchera encore plus 
difficilement quand il aura, au lieu de son pied ankylosé, un 
appareil prolhéti(|ue. Ajoutons que l'intéressante monographie 
du docteur Pavlidès est accompagnée de plusieurs belles plan- 
ches en chromolithographie, et de la reproduction d'un certain 
nombre de microphotographies exécutées par son maître, le 
professeur Damascluno, et montrant les altérations des cordons 
médullaires chez plusieurs ataxiques. 



80 — N*» 5 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE i^ Février 



Du LAVAGE ÉLECTRIQUE ET DE LA FARADI8ATI0N INTRA-STOMA- 
GALE DANS LA DILATATION DE L'ESTOMAC FONCTIONNELLE 

{Maladie de Bouchard), ^slt M. le docteur H. Baraduc. — Paris, 
1888. Bureau des publications du Journal de médecine de 
Paris. 

L'auteur établit dans cette note les indications et le manuel 
opératoire de Télectrisation intra-stomacale dans le traitement 
de la dilatation gastrique. On emploie un rhéophore place dans 
le tube de Faucher de façon que le fil ne soit pas en con- 
tact direct avec la muqueuse, mais reste cependant très prés de 
la petite courbure et des plexus vasculo-nerveux, tandis qu^une 
galette de terre glaise est placée au niveau de la grande cour- 
bure descendue. Celte méthode doit être réservée aux simples 
troubles fonctionnels gastriques, en dehors de toute lésion 
inflammatoire ou ulcéreuse. Le lavage électrique (gros fil) a 
pour effet de resserrer la fibre musculaire et de réveiller Tatonie 
du plexus solaire : la dilatation gastrique rétrocède et Testomac 
remonte dans sa loge diaphragmatique. La faradisation intra- 
stomacale (fil fin) calme surtout les douleurs et arrête les 
vomissements d'origine nervoso-réflexe,danslescas de dilatation 
ombilicale avec irritabilité hystériaue et hyperexcitabiiité des 
plexus. On obtient par cette méthoae la disparition des phéno- 
mènes éréthiques et des vomissements, le retour de l'absorption 
des liquides, le rétablissement progressif d'une meilleure diges- 
tion et le retrait de Testomac dilaté. La persistance des effets 
obtenus est, d'ailleurs, en rapport avec les causes de dila- 
tation. 



VARIÉTÉS 

Faculté de médecine. — La conférence d'histoire naturelle 
faite à la Faculté de médecine aux étudiants de première année 
par M. le professeur agrégé Raphaël Blanchard, vient d'être 
supprimée par M. le doyen Brouardel en raison des troubles 
auxquels elle donnait lieu. 

Après diverses menaces de suppression faites par le doyen en 
présence des étudiants, M. le doyen vient de prendre la décision 
suivante : 

€ Le conseil de la Faculté de médecine avait prié M. Blanchard 
de faire gratuitement des conférences de zoologie aux étudiants 
en médecine de première année. 

f MM. les étudiants ont, à diverses reprises, manifesté vis-à- 
vis de leur professeur par des manques de respect répétés qu'ils 
n'appréciaient pas le service qu'on voulait leur rendre. 

c La conférence est supprimée. 

c Le doyen, Brouardel. > 

Concours d'agrégation de médecine. — Ont été déclarés 
admissibles : MM. Babinski, Balzer, Brault, Chantemesse, 
Charrin, Gaucher, Gilbert, LetuUe, Marie, Netter pour la Faculté 
de Paris. 

Aucun des candidats pour les Facultés de province n'a été 
éliminé. 

La première épreuve (leçon orale d^une heure après qua- 
rante-huit heures de préparation libre) a commencé le 
28 janvier. Voici les auestions données jusqu'à ce jour : 

l"" M. Combemale : Valeur des phénomènes thermiques dans 
les maladies aiguës ; 

"È"* M. Gaucher: Des métastases; 

:{" M. Sarda : De l'influence du traumatisme dans Téclosion 
des maladies infectieuses ; 

i** M. Suzanne : Des causes secondes dans le développement 
des maladies infectieuses ; ' 

b*^ M. Gueit: Des vaccinations pastoriennes ; 

6^ M. Mesnard : De l'insuffisance fonctionnelle du rein ; 

7" M. Charrin : Des Infections secondaires ; 

S"* M. Netter : Myocardite infectieuse. 

Internat des hôpitaux. — Le nombre des internes titulaires 
primitivement fixé à 46 vient d'être élevé à 54 et les huit pre- 
miers parmi les internes provisoires, MM. Lovy, Camescasse, 
Delaunay, de la Nièce, Bureau, Bernheim, Dufournier el Le- 
grand, ont été nommés titulaires. 

Cette décision a été prise par l'administration à la suite des 

firotestations faites par les médecins de Bicétre et par ceux de 
'hôpital Broussais, qui eussent été privés d'internes titulaires 
dans le cas où le nombre de ceux-ci n'aurait pas été augmenté. 



S'il convient de féliciter M. Peyron d'avoir cédé aux légiiimes 
revendications du corps médical, il faut désirer cepeodaQtque, 
dans les concours ultérieurs, on persiste à fixer à l'avaûce le 
nombre des internes qui devront être nommés chaque année. 
On évitera ainsi de prêter l'oreille à des sollicitations eWn- 
médicales, et de céder pendant la durée du coacours à ki 
influences injustement prépondérantes. Il suffira, pour éviter lej 
réclamations qui se sont produites cette année, d'évaluer arec 

S lus de soin le nombre des vacances à pourvoir. S'il armùt 
'ailleurs qu'après la clôture des épreuves et la nominatioQ ile« 
internes un trop grand nombre de démissions vint àcréerdef 
vides imprévus, rien n'empêcherait de procéder commi' on V 
fait dans les concours pour les Ecoles du gouvernement, où Fou 
publie des listes supplémentaires, c'est-à-dire de charger des 
fonctions d'internes titulaires, avec toutes les prérogatives qui 
leur sont attachées, un certain nombre d'internes provisoirei 
L'essentiel nous parait être de ne pas laisser de services hospi- 
taliers sans internes titulaires, de ne pas empêcher une équi- 
table répartition de ceux-ci. Le prestige du titre d'interne of 
perdra pas grand'chose au nombre plus ou moins grand di 
titulaires nommés chaque année. 11 vaudra surtout ce cjoe fi 
donneront d'autorité les travaux scientifiques et l'assiduilcdô 
internes. 

Société médicale des hôpitadx (séance du vendredi 8 fê\T^? 
4889). ~ Ordre du jour: Discussion sur les rapports du ^oitrf 
exophthalmique et de l'ataxie locomotrice. — M. de Bearniaoîi 
Un cas de mort par tétanie dans le cours d'une dilatatioin'i' 
l'estomac. — M. Huchard : Sur un nouveau syndrome cardiaqa-- 
l'embryocardie. 



Souscription Duchenne (de Bodlogne). 

Quatrième liste. 

MM. lesD^»Potain 100 fr. » 

Guyon 50 » 

François-Franck 20 i 

Dreyfus-firisac 20 » 

Nicaise f) » 

Fisseaux *1{) > 

Clermont 20 » 

Durand-Fardel 10 » 

Total 2Ô5 » 

Montant des listes précédentes. 22J5 >_ 

Total général.. 2400 fr. » 



Mortalité a Paris (3« semaine, du 13 au iO j»fl"f 
1889. — Population : 2260945 habiUnts). — Fièvre typhoïde,!' 

— Variole, 2. — Rougeole, 50. — Scarlatine, 0. - C^f • 
luche, 5. — Diphthérie, croup, 37. — Choléra, 0. - Ph^^^'- ' 
pulmonaire, 179. — Autres tuberculoses, 16. — Tumear> 
cancéreuses, 56 ; autres, 10. — Méningite, 2i. — ^'OJ?"' 
tion et hémorrhagies cérébrales, 59. — Paralysie, t> ." 
Ramollissement cérébral, 4. — Maladies oi^niquesducœuTr^' 

— Bronchite aiguë, 36. — Bronchique chronique, 49.— Broocli^ 
pneumonie, 31. — Pneumonie, 65. — Gastro-entérite: sein,*^. 
biberon, 29. — Autres diarrhées, 1 . — Fièvre et péritonite puer- 
pérales, 2. — Autres affections puerpérales, 4. — Débilita; fo»* 
génitale, 29. — Sénilité, 37. — Suicides, 9. — Autres mo^^ 
violentes, 7. — Autres causes de mort, 189. — ^^ 
inconnues, 12. — Total : 1027. 



OUVRAGES DËPOSËS AU BUREAU DU JOURNAL 

La ^phthérie, ton traitement antUeptique, par M. lo doeleur J. TirncY 
Sauluur), études cliniques, précédées d'une préface du prore«s»eur (inB j"* 
1 vol. in-«« de 300 pages. Paris, 0. Doin. " 

Det conditioru qui favorisent ou entravent le développement du fffttit> i"''^' . 
du père, recherches cliniques, par II. le docteur Fcllce La Torrc. I *^^f"^ 
in-8o de 236 pages. Paris, 0. Doin. 



G. Masson, Propriétaire-Gérant 

48170. — MOTTBROZ. — Imprimeries réuuioa, A. rue Uigiion ,t !*>"»■ 



Trente- SIXIÈME année 



N* 6 



8 Février i889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 

PARAISSANT TOUS LES VENDREDIS 



COMITÉ DE RÉDACTION 

M. LB D' L. LEREBOULLET, Rédacteur en chef 
MM. P. BUCHEZ, E. BRISSAUD, 6. DIEUUFOY. DREYFUS-BRISAC, FRANÇOIS-FRANCK. A. HÊNOCQUE, A..J. MARTIN. A. PETIT, P. RECLUS 

Adreiser tout ee qui concerne la rédaction à M. Lereboullet, 44, rue de Lille (avant le mardi de préférenre) 



SÔHMMRB.— BOLLETIN. Académie de médecine. — Conseil supérieur do lus- 
MMance publique. — PATHOLOGIE CKNÉU\EE. Cause» el mécanisme de la 
sappuralion. — Ubvub DBS COURS ET DES CLINIQUKS. lIApilal Nrckcr; scrvitrc 
de M. h /irofe5»eurGu.von.— Travaux originaux. Cliniquo cliirurgicale : Des 
krslc» IndaUqucf supérieurs du foie — Pathologie interne : Acrodynic cl arse- 
iiesme. — Cliuique médicale : Périlonito luborculeuso localisée, d'origine 
tTMn^ttquc. — SociiTis SAVANTES. AcaJéniÎB Aùi sciences. — Académie de 
Bicdeciuc. — Société de clnrurgic. — Société de biologie. — Sociclé de Uicra- 
prytiquG. — Revue >ES journaux. Tliénipeuliquo. — BinLiocuAPHiE. Eludes 
sorle* mabdies da foie. — VARlÉTés. Concours d'agrégation do médecine. 



BULLETIN 

Paris, 6 février 1889. 
Académie de médecine : Rapport de M. A. Bobin snr 

le« «AUX minérales. — TraUemeat dn choléra. — 
latoxleatlon par les poêles mobllea. — l»e Conseil 
sopértear de l'assistance pnbllque. 

En exposant, avec la plus louable franchise, toules les 
imperfections que présente, dans la plupart de nos élablis- 
seraents thermaux, l'organisalion du service médical; el en 
ap|>clanl la discussion publique du Rapport général sur le 
service des eaux minérales de la France, qu'il a lu à TAca- 
démie de médecine le décembre dernier, M. Albert Robin 
a rendu un signalé service à la cause que nous défendons 
depuis tant d'années. 

Sans s'arrêter à examiner si les critiques adressées à 
l'iiislilutîon même des médecins-inspecteurs sont ou non 
fondées; sans tenir compte des notes plus ou moins offi- 
cieuses que publient à cet égard les journaux politiques, le 
savaiJl rapporteur de TAcadémie recherche si 'on n*est pas 
en droit de reprocher aux médecins de nos stations hydro- 
minérales la négligence avec laquelle un certain nombre 
d'entre eux s'acquittent de leurs devoirs officiels, les diffi- 
cultés qu'ils éprouvent presque tous à tirer parti des obser- 
vations cliniques recueillies pendant la saison thermale. 

€ L'inspectorat, dit M. Robin, a eu gain de cause devant 
TAcadémie et devant le Conseil d'État; il est maintenu... 
Mais, puisqu'on s'accorde aujourd'hui pour le maintenir, il 
importe d'en tirer tout le parti possible dans le suprême 
intérêt des eaux françaises ; et Tune des meilleures manières 
de le faire, c'est d'assurer les pouvoirs de l'inspecteur en 
élevant à ces fonctions le plus digne et le plus instruit. ^ 
Chacun s'accordera à reconnaître que la présentation par 
l'Académie de médecine et par le Comité consultatif d'hy-jnène 
el aussi — M. Robin n'en parle pas — Tubligation imposée 
au Ministre de désigner comme médecin-inspecteur celui qui 
f StRlE, T. XXVt. 



aura été présenté en première ligne sur les deux listes? 
donnerait aux élus le prestige qui leur manque aujour- 
d'hui. Mais il resterait encore bien difficile* au inéidecin 
désigné, par ses travaux scientifiques, au choix de l'Acadé- 
mie, de signaler chaque année des réformes parfois oné- 
reuses pour les compagnies fermières, sans se créer, dans 
le milieu spécial où il exerce, bien des animosités et par- 
lant bien des ennuis. A ce point de vue donc, nous pensons 
que les visites faites à des époques indéterminées, soit par 
les inspecteurs des services sanitaires, soit par des délégués 
spéciaux, auront plus d'utilité que n'en pourraient avoir 
les doléances des médecins-inspecteurs ou même des com- 
missions médicales organisées pour veiller à ce qui inté- 
resse la santé publique dans rétablissement ou dans la 
commune. Jamais, nous le craignons, les médecins locaux 
n'arriveront à mettre fi l'index un établissement, un hôlel ou 
une ville qui ne se conformeraient pas aux prescriptions 
hygiéniques reconnues indispensables. L'inspecteur des 
services sanitaires ou le délégué auront au contraire toute 
autorité pour imposer, à cet égard, les mesures jugées utiles. 
Mais ce n'est là qu'un petit côté de la question. La pré- 
sence dans les stations thermales d'un médecin-inspecteur 
serait surtout nécessaire, au point de vue scientifique, 
pour recueillir les matériaux qui permettraient de juger 
la valeur thérapeutique d'un traitement déterminé, diriger 
les laboratoires où se feraient des études hydrologiques 
spéciales, tenir à jour la statistique médicale et, dans l'hô- 
pital thermal annexé à la station, traiter gratuitement les 
indigents. Aujourd'hui le médecin-inspecteur est presque 
partout celui qui, absorbe par la clientèle étrangère, signalé 
à son choix par le titre qui lui est conféré, ne peut plus 
trouver même le lemps nécessaire pour rédiger le rapport 
annuel qu'il doit à l'Académie. Si le programme tracé par 
M. A. Robin était adopte el suivi, le médecin-inspecteur 
serait au contraire un savant dont les recherches, utiles à 
la station dans laquelle il exerce, utiles surtout à tous ses 
coniVères, permettraient de se faire une idée quelque peu 
précise de l'action des eaux minérales. Quel est en effet 
ce programme à remplir? Voici comment s'exprime à ce 
sujet M. A. Robin: 

Pour pénétrer dans le secret de raction des eaux minérales, 
il faut connaître la manière dont elles influencent les échanges 
organiques, eu un mot, leur action sur la nutrition élémen- 
taire. 

On sait que derrière la plupart des aifections chroniques — 
et ce sont celles qui sont justiciables des eaux minérales — il 
existe des troubles nutritifs, originels ou acquis, antérieurs à la 

6 



82 — N« 6 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 8 Févribu 1889 



manifestation morbide et qui sont la condition fondamenlale de 
sa forme et de sa durée. Ces vices de la nutrition matérialisent 
cette manière d'être jadis indéfinissable, à laquelle nos pères 
ont donné le nom de diatbèse, et paraissent si bien conjugués 
à ridée représentée par cette dénomination, que les deux 
termes ne nous représentent plus que des synonymes. Pourtant, 
il ne faudrait pas oublier qu'un trouble de la nutrition, quel 
qu'il soit, reconnaît toujours une cause première dont il n'est 
que l'expression : aux oxydations accrues ou diminuées, aux 
dénutritions locales plus ou moins accentuées, aux fermenta- 
tions accélérées ou retardées, il est un trouble antérieur, 
encore mystérieux, auquel on pourrait conserver le nom de 
diathcse, celle-ci ne représentant pas le trouble nutritif lui- 
même, mais l'ensemble des causes qui lui donnent naissance. 

La connaissance de ce vice nutritif qu'engendre la diathcse, 
et dont le rôle essentiel est de préparer en quelque sorte le 
terrain de la maladie, nous donne le moyeu de préjuger du 
trouble originel, et nous indique le sens dans lequel doit agir 
la thérapeutique. Par conséquent, les divers moyens de traite- 
ment ne s'adapteront exactement aux affections contre lesquel- 
les ils sont dirigés, que si l'on a mathématiquement fixé, au 
préalable, les modifications qu'ils impriment à la nutrition élé- 
mentaire. Et tant que cette recherche n'aura pas été faite pour 
les eaux minérales, elles manqueront de l'un des éléments les 
plus importants parmi ceux qui permettent de juger de leurs 
indications et de leurs contre-indications. 

L'emploi des eaux minérales est un des plus sûrs moyens de 
produire ces modifications lentes et constitutionnelles, qui doi- 
vent aboutir aune inversion du mode nulrilif de l'individu; 
mais, au moins, faut-il savoir comment réagissent les échanges 
devant telle ou telle eau minérale ! 

C'est à cette étude, jusqu'ici trop négligée en France, que 
l'Académie convie les médecins hydrologues. Ils peuvent être 
assurés que cette voie, jusqu'à présent presque inexplorée, 
leur ouvrira de nouveaux horizons, et qu'elle sera peut-être le 
point de départ d'une révolution dans la clinique thermale. 

Voici le but à atteindre. Mais les médecins inspecteurs 
actuels et même les plus jeunes et les moins occupés 
parmi les médecins consultants, arriveraient difficilement, 
dans les conditions actuelles, à entreprendre et surtout à 
poursuivre longtemps les recherches si minutieuses et 
parfois si ingrates qui semblent nécessaires aujourd'hui. 
Pour que Ton puisse donner à Thydrologie médicale Tim- 
pulsion féconde que souhaite M. A. Robin, il faudrait créer 
dans chaque station un laboratoire thermal, y installer un 
chef de service qui sérail en même temps le médecin 
inspecteur de la station et qui, recevant un traitement fixe 
en rapport avec les services qu'il pourrait être appelé à 
rendre, se désintéresserait complètement de la clientèle 
active. Ne pourrait-on pas demander aux établissements 
thermaux une subvention suffisante pour assurer ce ser- 
vice ? Ke serait-il point possible de leur faire comprendre 
l'utilité qu*aurait, à tous les points de vue, l'installation 
d'un laboratoire d'où pourraient sortir des travaux sérieux, 
bien différents de ceux qui nous parviennent d'ordinaire et 
qu'on hésite à publier, supposant peut-être à tort qu'ils 
sont dictés par des préoccupations étrangères à la science? 
Et le médecin inspecteur ne se verrait-il point appelé par 
ses confrères à des consultations suivies d'analyses et de 
recherches scientifiques dont la rémunération légilime ren- 
drait sa situation plus enviable ? 

Si l'on adoptait cetle manière de voir; si, dans nos 
grandes stations hydrominérales, on étudiait plus scientifi- 
quement le mode d'action du traitement thermal, peut- 
être arriverait-on dès lors, comme le demande si justement 



M. A. Robin, à réglementer Phygiène alimentaire des 
malades et à obtenir des administrations et des hôteliers 
les réformes qui dès aujourd'hui s'imposent un peu par- 
tout. 

Dans cette voie tout reste à faire. On devra donc savoir 
gré à M. Robin d'avoir appelé l'attention de l'Académie et 
du ministre, sur un sujet qui devrait nous préoccuper 
davantage puisqu'il touche à une série d'établissements qui 
sont pour la France une source de richesse, pour les mé- 
decins une mine inépuisable d'observations et de recher- 
ches cliniques. 

— On lira plus loin, au compte rendu de TAcadémie des 
sciences (p. 94) une communication de M. Lœwenthal. 
En résumant devant l'Académie de médecine les intéres- 
santes recherches faites dans son laboraloire, M. Cornil a 
insisté sur les difficultés que l'on éprouve à en tirer des 
conclusions précises et immédiatement applicables à 
l'homme. Cela ne veut point dire que le salol ne devra pas 
être essayé chez les cholériques. Mais il serait bien pré- 
maturé d'en affirmer l'efficacité réelle et constante. 

— On pourrait reprocher à la communication si inté- 
ressante de M. Lancereaux sur les dangers de l'usage des 
poêles mobiles si répandus aujourd'hui dans les habi- 
tations, de venir un peu tard, alors que l'hiver va bientôt 
s'achever, si l'on ne savait, par expérience, avec quelle 
lenteur l'administration prend et exécute les mesures les 
plus utiles. En effet, lorsque le Préfet de police affichait 
sur tous les murs de Paris, par décision du 17 novembre 
1880, une ordonnance sur le mode de chauffage des 
habitations, il avait déjà pour but d'appeler l'attention 
publique sur les dangers de l'emploi des poêles mobiles 
et l'ordonnance qu'il portait ainsi à la connaissance de ses 
administrés reproduisait l'avis émis par le Conseil d'hygiène 
sept mois auparavant! De trop nombreux exemples ne ces- 
sent de montrer que cette ordonnance a été inutile et 
qu'il y avait lieu, suivant l'opinion du professeur Ar- 
nould, de lui préférer la réprobation pure et simple de ces 
appareils. En 1880, Boutmy, Vallin, Le Roy de Méricourl, 
Mathelin, Lagneau, E.-R. Perrin, Ida Remsen, etc., 
avaient déjà signalé des accidents graves survenus à la 
suite de l'usage si délicat des poêles à petite marche et à 
combustion ralentie; l'administration avait cru, sur la nû 
des fabricants sans doute, que l'on pouvait diminuer 
leurs inconvénients par des précautions convenables. 
L'événement ne cesse malheureusement de démontrer qu^il 
n'en peut être ainsi. Il y a donc lieu de proscrire désormais 
tous les appareils qui ne peuvent fonctionner économiquement 
qu'en introduisant dans l'air respirable des appartements 
un gaz aussi toxique et aussi subtil que l'oxyde de carbone. 
Les expériences de M. Gréhant, les observations anatonio- 
pathologiques de M. Brouardel, les constatations chimiques 
de M. Armand Gautier ne laissent aucun doute à cet égard. 
M. Vallin a montré, d'autre part, que c la température des 
locaux chauffés au poêle mobile est exagérée (18 à i9 de- 
grés dans une chambre dont la porte était-entrebàillée de 
:29 centimètres); dans un poôle mobile du modèle ordinaire., 
le tirage ne fait arriver au foyer que 4 centimètres cubes 
d'air par kilogramme de coke brûlé, alors que celte quan- 
tité de combustible exige au moins 9 mètres cubes d'air 
pour que tout le charbon soit transformé en acide carbo- 
nique. Il n'est donc pas étonnant que l'on trouve dans le 



8 FÉVRIER 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N*> 6 — 83 



tuyaa de fumée une quantité énorme (16 pour 100) d'oxyde 
de carbone ». Le poêle évacue à peine l'air de la pièce et, 
par suite, on y sent cette odeur fade, celle lourdeur, qui 
caractérisent nettement la présence de ces dangereux 
appareils, tant Toxyde de carbone en reflue facilement 
dans les appartements. Il est urgent d*en réclamer la sup- 
pression; l'Académie ne manquera pas de le faire lors- 
qu'elle aura à statuer, dans quinze jours, sur les résolu- 
tions que lui a présentées M. Lancereaux. 



Erratcm. — Dans le dernier numéro (p. 69), une erreur 
d'impression rend incompréhensible la formule de M. Vigier. 
Il faut lire : c On triture 193^50 de mercure, 2y%50 de vaseline 
blaucbe solide et 1 gramme d'onguent mercuriel. i 



Conseit supérieur de V assistance publique : L'inspection 

êe Vmmmlmtn.wkee publique ; rassistance médicale dans 
les eampagucs ; lo domicile de secouru. 

Le Conseil supérieur de l'assistance publique vient de 
terminer sa première session de 1889, session marquée par 
des débats du plus grand intérêt, empreints d'un esprit à 
la fois élevé et pratique et d'un remarquable bon vouloir 
de la part de tous ceux qui y ont pris part, à quelque cou- 
leur politique ou à quelque opinion philosophique qu'ils 
appartiennent. Cette session, qui n'avait été précédée, 
depuis Finstitution du Conseil, que par deux réunions plé- 
nières, était consacrée à l'examen d'un certain nombre de 
rapports préparés depuis plusieurs mois par les sections. 
Les résolutions qu'on devait discuter étaient d'ailleurs beau- 
coup plus des déclarations de principes qu'elles ten- 
daient à déterminer les détails pratiques d'application des 
mesures recommandées. Il n'en pouvait être autrement; 
car, en matière d'assistance publique, la législation est 
presque tout entière à créer en France, et l'administration 
réclame une organisation plus conforme aux nécessités 
sociales actuelles. 

Parmi les questions que vient d'examiner le Conseil supé- 
rieur de l'assistance publique, il en est deux qui intéres- 
^ent plus particulièrement le corps médical et qui répon* 
daieut précisément à l'ordre de préoccupations que nous 
venons d'indiquer. L'organisation de l'assistance exige en 
elTet une orientation déterminée ; aussi était-il indispen- 
sable, au début des études longues et laborieuses que le 
ConseU aura à entreprendre, de préciser les principes sur 
lesquels il y a lieu de baser l'inspection de l'assistance 
publique et l'assistance médicale dans les campagnes. Les 
rapporteurs de ces deux questions, nos savants et distingués 
confrères, MM. les D" Thulié pour la première et Dreyfus- 
Brisac pour la seconde, se sont parfaitement rencontrés 
dans l'exposé de la ligne de conduite à intervenir. Ils n'ont 
pas pensé qu'il fût d'ailleurs bien utile de faire ressortir 
les lacunes et les défectuosités de l'organisation de l'assis- 
tance dans les campagnes, si tant est qu'on puisse appeler 
de ce nom l'état de choses actuel. Sur presque tout le terri- 
toire de la France, il n'existe pas d'assistance médicale à 
proprement parler; quant à l'assistance hospitalière, elle 
est non seulement limitée aux grands centres, mais encore 
là où elle est organisée, elle est trop souvent dépourvue 
de ressources. La cause en est ordinairement dans l'impuis- 
sance où se trouvent les communes de subvenir aux frais de 
celte organisation ; c'est aussi pour cette raison que l'assis- 



tance est une si lourde charge pour les grandes villes et en 
particulier pour Paris. 

Comment remédier à un tel état de choses? Doit-on suivre 
les anciens errements et laisser Padministration de l'assis- 
tance médicale au bon vouloir des autorités locales, com- 
munales ou départementales? Vaut-il mieux confier à 
l'Etat le soin d'imposer l'obligation à tous et partout? 
Toutes les législations proclament la nécessité de l'assis- 
tance communale. Au point de vue du droit de la société, 
l'individu doit subvenir à tous ses besoins dans la mesure 
de ses forces et par son travail. Lorsqu'il est devenu inca- 
pable de se suffire à lui-même par suite d'infirmité, de 
maladie, c'est à sa famille à lui venir en aide; lorsque cette 
famille elle-même ne peut remplir celte tâche, il faut que 
l'action de la collectivité se fasse sentir. Aussi la commune, 
à défaut de la famille, doit-elle l'assistance aux nécessiteux, 
malades qui y ont leur domicile de secours ; il va de soi 
que plusieurs communes peuvent s' associer en syndicat pour 
remplir ce devoir social, si leurs ressources propres sont 
insuffisantes et comme le projet de loi actuellement soumis 
au Parlement l'autorise. Si la commune ou le syndicat de 
communes est incapable d'y subvenir, c'est à une famille 
plus vaste, au département, que ce soin incombe, et si le 
déparlement lui-inéme ne le peut pas, l'Étal doit alors inter- 
venir. C'est pourquoi le Conseil a pensé qu'il y avait lieu de 
modifier comme il suit la législation du domicile de secours 
pour les malades indigents : 

La femme a le domicile de secours de son mari ; les 
mineurs de seize ans, celui de leurs parents. Le domicile 
de secours se perd dans une commune ou syndicat de com* 
mqnes par une absence continue de deux ans; il s'acquiert 
dans une commune ou un syndicat de communes par un 
séjour de même durée. En cas d'accident ou de maladie 
aiguë, les indigents ont droit aux secours dans la commune 
où ils ont été atteints par l'accident ou la maladie. Pour les 
indigents qui n'auraient aucun domicile de secours com« 
munal, le domicile de secours est départemental, s'ils ont 
séjourné dans le déparlement deux années consécutives, ou 
national dans le cas contraire. 

Cette question si obscure aujourd'hui du domicile de 
secours une fois tranchée, il y avait lieu de se préoccuper 
des moyens d'organiser Passistance publique elle-même. 
Nous ne pouvons, en ce moment et à cette place, que donner 
les conclusions des importants débats auxquels celte ques- 
tion a donné lieu, débats au cours desquels des opinions 
diversesse sont fait jour, mais avec un vif désir de concessions 
mutuelles, si bien que les administrateurs de grandes 
villes, les législateurs, les juristes, aussi bien que les 
médecins et les personnes d'une compétence reconnue en 
la matière, n'ont pas tardé à se mettre d'accord sur les 
points les plus importants de ces difficiles problèmes : 

Il devra exister dans chaque commune ou syndicat de 
communes un Bureau d'assistance publique. Dans chaque 
département, le Conseil général déterminera, au mieux des 
convenances locales, le mode de fonctionnement du service 
de l'assistance médicale aux indigents. Ce règlement devra 
être approuvé par le Ministre de Pintérieur, après avis du 
Conseil supérieur de l'assistance publique. Les communes 
ou syndicats de communes qui justifieront remplir d'une 
manière complète leur devoir d'assistance envers leurs 
indigents malades pourront tire autorisés, par une décision 
spéciale du Ministre de Pintérieur, rendu après avis du 
Conseil supérieur, à avoir une organisation spéciale. 



81 - N- e 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 8 Février 1889 



Chaque année, le Conseil général fixera la part contribu- 
tive des communes dans les dépenses d'assistance de leurs 
malades indigents et la part contributive du département. 
Il devra tenir compte des ressources de chaque commune 
et du nombre d'indigents porté par elle sur la liste de ceux 
qui devront recevoir gratuitement les secours médicaux ou 
pharmaceutiques. Les dépenses qui résulteront pour les 
communes de l'application de Tarticle précédent sont obli- 
gatoires et pourront être imposées d'office, conformément 
à l'article 149 de la loi du 5 avril 1884. La liste des indi- 
gents admis à recevoir gratuitement les secours médicaux 
ou pharmaceutiques est préparée par le Bureau d'assistance 
publique et arrêtée par le Conseil municipal. 

Au cas où un département n'aurait pas, dans le délai 
fixé, organisé son système d'assistance, le gouvernement 
devra lui imposer d'office un règlement. Les dépenses 
résultant pour les départements de l'application du règle- 
ment fait par le Conseil général ou imposé au déparlement 
par le gouvernement, en exécution du paragraphe précé- 
dent, sont obligatoires pour lesdils départements et peu- 
vent leur être imposées d'office dans les conditions de Tar- 
ticle 61 de la loi du 10 août 1871. Il y a donc lieu de 
préparer, à cet effet, un règlement modèle. 

En ce qui concerne les secours à domicile, le Conseil 
a recommandé, dès à présent, les principes sur lesquels 
repose le système dit vosgien, dû à l'initiative et à la persévé- 
rance des docteurs Liétard, Lardier, Bailly, etc., et de 
M. Dœgner, préfet de ce département. On sait que ce système 
se caractérise à la fois, par la liberté du malade indigent de 
choisir son médecin, par la liberté du médecin et par une 
rémunération de celui-ci proportionnelleauxservicesrendus. 
Enfin, l'assistance médicale doit être organisée de telle 
sorte, que chaque commune soit rattachée à un dispensaire 
et à un hôpital. Les malades ne doivent être hospitalisés 
qu'en cas de nécessité. 

Une telle organisation doit être étroitement unie au 
pouvoir central ; car lui seul a laulorité et le désintéresse- 
ment nécessaires pours'élever au-dessus des rivalités locales 
et rappeler à ceux qui l'oublient, leur devoir social envers les 
malades et les misérables. Le Conseil, sur le rapport de 
M. le docteur Thulié, n'a pas craint de penser qu'il fallait 
créer au plus vile en France un service départemental 
d'inspection de l'assistance publique, composé d'agents de 
l'Etat. 

Cette inspection départementale de l'assistance publique 
exercerait, sous l'autorité du préfet et le contrôle des inspec- 
teurs généraux, sa surveillance sur tous les services et 
établissements, existant dans le déparlement, qui relèvent 
actuellement de la direction de l'assistance publique, au 
ministère de l'intérieur. En attendant qu'elle puisse être 
régulièrement organisée sur tous les poinis du territoire, 
l'administration pourrait provisoirement confier les fonc- 
tions d'inspecteur de l'assistance publique aux inspecteurs 
des enfants assistés, dans les départements où il sera pos- 
sible de le faire sans que le service des enfîinls assistés et 
protégés s'en trouve compromis. Les inspecteurs départe- 
mentaux de l'assistance publique doivent avoir entrée, 
avec voix consultative, dans les commissions administra- 
tives et conseils de tous les services et établissements visés 
dans les résolutions précédentes. Il y a intérêt à ce qu'un 
crédit soit inscrit, pour assurer le service de l'inspection 
départementale de l'Assistance publique, au budget du 
ministère de l'intérieur pour 1890. D'autre part, ces dis- 



positions ne sont pas applicables aux hôpitaux, hospices e( 
autres services hospitaliers relevant de l'administration 
générale de l'assistance publique de Paris, ni du Conseil 
général des hospices de la ville de Lyon qui sont soumis à 
une législation spéciale. 

Sans doute, ce service devra être simplifié lorsqu'il com- 
prendra à la fois tout ce qui concerne la santé publique, 
tout en tenant compte, pour son organisation, des habitudes 
administratives locales. Il devra être une aide et jamais une 
entrave aux bonnes volontés, et n'être imposé qu'à l'incurie 
coupable, si funeste en matière d'hygiène et d'assistance. 
Il y aurait beaucoup à dire sur le caractère que doit revélir 
un tel service, sur la part qu'y doit forcément prendre le 
corps médical et sur les garanties de compétence qu'il doit 
posséder; il serait facile, d'autre part, de montrer qu'il 
peut être organisé presque partout par une simplincnlioii 
des services existants, trop disséminés aujourd'hui et sans 
avoir à aggraver les charges budgétaires, locales ou géné- 
rales. Mais nous en avons assez dit dans les lignes qui pré- 
cédent, pour montrer tout l'intérêt qui s'attache aux 
premiers travaux de celte réunion et la voie pratique dans 
laquelle elle pourra entrer désormais. 



PATHOLOGIE GÉNÉRALE 

Causes et mécanisme de la snppnratlon. 

Jusque dans ces derniers temps la suppuration était 
regardée comme un aboutissant de l'inflammation. Un 
afflux trop considérable de liquides vers la partie enflam- 
mée, la nature irritante de l'agenl phlogogène, une débi- 
lité spéciale de l'organisme, telles étaient les causes qu'in- 
voquaient la plupart des auteurs. 

Pourtant dès 4822, Gaspard avait établi un fait d'une 
importance capitale: il avait montré que le pus, injecté 
sous la peau ou dans les séreuses, était capable de déter- 
miner une suppuration plus ou moins étendue ; introduit 
dans les veines, il produisait des abcès dans le poumon. 
Ces expériences furent répétées et confirmées par divers 
observateurs, parmi lesquels on peut citer Gûnther, d'Ar- 
cet, Castelneau et Ducrest et surtout Sédillot. 

Avec les recherches de M. Chauveau, la question devint 
plus précise. Ce savant démontra en 1872 que les pro- 
priétés phlogogènes du pus dépendent non pas du sérum, 
mais des parties solides; il fit voir de plus que les glo- 
bules de pus ont une propriété spéciale, caf il ne 
survient pas de suppuration, quand on injecte des matières 
minérales ou des cellules provenant des ganglions lympha- 
tiques. 

Tous ces résultats semblaient expliquer le mécanisme 
des abcès métastatiques ; restait à déterminer la nature cl 
la cause du foyer primitif. 

Lister invoqua l'influence des germes extérieurs, mai^ 
il supposa que la suppuration pouvait reconnaître d'autres 
causes, par exemple l'action des agents chimiques ou d'un 
trouble nerveux. A partir de celte époque, l'attention est 
attirée vers le rôle des infiniment petits ; aussi les tra- 
vaux se succèdent-ils rapidement. En 4875, M. Ikv- 
gerou constata la présence de vibrions dans le pus des 
abcès chauds. En 1878, M. Pasteur décrivit un diplocoque 
pyogène ; mais il admit que cet organisme n'agit que 
comme corps étranger; car, d'après lui, la suppuration 



8 FÉVRIER 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE _ N» 6 — 85 



pt^ul éire produite par l'inlroduclion dans les tissus d*un 
corps solide stérilisé par la chaleur, tel que le charbon 
ou la laine. 

A la même époque une autre idée prenait naissance. 
Kocher, examinant un grand nombre d'abcès, y trouva 
constamment des bacilles; aussi fut-il porté à conclure 
qa'il n'y a probablement pas de suppuration sans micro- 
bes. Ce fut aussi l'opinion de Cheyne, de Koch et de 
M. Cornil. 

Ces microbes de la suppuration furent bientôt isolés et 
étudiés grâce aux travaux de Ogston, de Rosenbach, de 
Tilanus, de Passet et de beaucoup d'autres. Aujourd'hui 
nous savons qu'il existe un très grand nombre de bactéries 
pyogènes: les unes ne semblent pas avoir d'autres pro- 
priélès sur l'organisme : les principales de ce groupe sont 
représentées par les staphylococcus pyogènes aureus, 
aUiu$ et citreus, le streptococcus pyogeneSy le bacillus 
pjjojenes fœtiduSy etc.; d'autres peuvent accidentellement 
amener la suppuration : c'est ce que pourrait faire quelque- 
fois le microbe typhique; c'est ce que déterminerait la 
hdéridie charbonneuse inoculée à des animaux réft'ac- 
tnires à cette maladie. 

Que le pus puisse se développer sous l'influence des 
microbes, c'est là un point tellement bien établi que nous 
n^avons pas à le discuter. Mais trois questions se posent 
({ui méritent de nous arrêter: La suppuration peut-elle 
être produite sans l'intervention des microbes? L'introduc- 
tion des microbes pyogènes est-elle fatalement suivie de la 
prodiiclîon d'un foyer purulent ou est-il nécessaire de 
faire intervenir diverses causes adjuvantes? Enfin par quel 
mécanisme les bactéries peuvent-elles amener la suppu- 
ration? 

I 

Hueter et ses élèves Dembczak, Rausche, Ilallbauer 
forent les premiers qui essayèrent de déterminer de la 
suppuration au moyen de subtances aseptiques. Ils injec- 
taient sous la peau une certaine quantité d'une solution de 
nitrate d'argent ou de chlorure de zinc; il ne survint pas 
d'abcès et les auteurs conclurent qu'il n'y a pas de pus 
Sans microbes. 

En 1883, M. Straus fit connaître le résultat de qua- 
rante expériences pratiquées sur des lapins, des cobayes et 
des rats. L'auteur avait introduit sous la peau les sub- 
stances les plus diverses: essence de térébenthine, huile de 
crotoi), eau stérilisée, mercure, morceaux de drap ou de 
moelle de sureau. Jamais il n'y eut de suppuration, sauf 
lorsque des germes avaient pénétré accidentellement ; dans 
ce dernier cas le pus contenait des microbes caractéris- 
tiques. 

Des résultats semblables furent obtenus par plusieurs 
autres expérimentateurs; Recklinghauscn, en introduisant 
sous la peau ou dans la cornée de l'acide phénique, ou du 
nitrate d'argent, n'obtint que des résultats négatifs. Même 
insuccès dans les expériences de Ruijs, qui injectait dans 
la chambre antérieure de l'œil du lapin de la térébenthine 
ou du pétrole ; il se faisait un exsudât fibrineux, mais 
Celui-ci se résorbait au bout de peu de temps. 

En 1885, la faculté de médecine de Berlin mit la ques- 
tion au concours. Klemperer remporta le prix: il avait 
constaté que la cantharidine, l'essence de moutarde, le 
pétrole déterminaient une inflammation très vive, sans 
suppuration; l'huile de crolon, le mercure, la térébenthine 



à petites doses, produisaient des exsudations séreusos; 
introduites à hautes doses, ces substances provoquaient un 
exsudât fibrineux avec nécrose de coagulation ; mais ici 
encore il n'y avait pas de pus. 

Nous pourrions citer aussi les expériences de Scheur- 
len, de Knapp, de Tricomi, de Zuckermann ; toutes ten- 
dent à faire admettre qu'il n'y a pas de suppuration asep- 
tique. Et pourtant Zuckermann n'a pas étudié moins de 
trente et une substances; il a fait soixante-huit expériences 
sur des chiens, des lapins et des souris et n'a jamais 
observé de pus sans microbes. 

Les nombreux travaux que nous venons de résumer, 
faits avec beaucoup de soin et par des expérimentateurs 
habiles, semblent au premier abord suffire à juger la 
question. Malheureusement nous pouvons citer maintenant 
toute une autre série de recherches, qui vont nous amener 
à des conclusions diamétralement opposées. C'est ainsi que 
Riedel obtint une suppuration aseptique en injectant du 
mercure dans le genou du lapin ; Cohnheim en introdui- 
sant de l'huile de crolon sous la peau du chien. Council- 
man reprit la question et eut recours à un procédé fort 
ingénieux : la substance à étudier était introduite dans un 
tube en verre qu'on fermait ensuite à ses deux bouts : on 
insérait le tube sous la peau de l'animal et on le brisait, 
quand la petite plaie était cicatrisée. De celte façon, l'au- 
teur, en employant des mélanges d'huile de croton et 
d'huile d'olive, obtint chez le lapin du pus sans micro- 
organismes. 

En opérant sur le chien, Uskoff" reconnut qu'il peut y 
avoir une suppuration stérile, quand on injecte sous la 
peau de grandes quantités d'eau distillée ou d'huile d'olive, 
mais la substance pyogène par excellence, c'est l'essence de 
térébenthine, qui donne toujours un résultat positif. Ces 
expériences furent reprises par Orihmann : avec l'eau, le 
lait, l'huile, le résultat fut négatif, et pourtant l'auteur 
injectait sous la peau des chiens jusqu'à 300 grammes de 
ces substances, mais le mercure et la térébenthine déter- 
minèrent une suppuration abondante, dépourvue de mi- 
crobes. 

C'est à Grawitz et de Bary que nous sommes redevables 
du meilleur travail sur ce sujet. Ces auteurs ont démontré 
que chez le lapin et le cobaye, on ne peut déterminer de la 
suppuration sans microbes ; mais chez le chien, il n'en est 
pas de même. Le nitrate d'argent en solution à 5 pour 100, 
l'ammoniaque concentrée et surtout la térébenthine ont pu 
amener des abcès aseptiques. 

r*i'y a-t-il pas dans ces expériences l'explication de bien 
des résultats contradictoires? Comme l'a très bien fait 
remarquer Rosenbach, la faute fondamentale des premiers 
expérimentateurs est d'avoir généralisé à toute la série 
animale les résultats obtenus sur une seule espèce. Diverses 
substances, particulièrement le mercure et la térébenthine 
sont pyogènes chez le chien, tandis qu'elles sont simple- 
ment phlogogènes pour le lapin et le cobaye. 

Tout récemment, M. Chrislmas, dans un intéressant tra- 
vail, a confirmé cette importante distinction. Chez le lapin, 
l'essence de térébenthine, le mercure, le pétrole, le chlo- 
rure de zinc, la glycérine, le nitrate d'argent n'ont pas pro- 
duit de suppuration, soit qu'on eût introduit la substance 
étudiée sous la peau, soit qu'on l'eût injectée dans la 
chambre antérieure de l'œil. Dans ce dernier cas pourtant, 
le mercure amène une suppuration abondante, qui s'arrête 
quaiul le globule métallique se trouve entouré de toutes 



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GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



8 Février 1889 



paris par Texsudat purulent et ne peut ainsi continuer à 
exercer son action nocive. Chez le chien, M, Christmas a 
amené la suppuration en injectant du nitrate d'argent, de la 
térébenthine ou du mercure. 

La question semble donc résolue, surtout pour certaines 
espèces animales; il peut y avoir des suppurations, pro- 
duites par des substances chimiques, en dehors de Tinter- 
vention des agents animés. 

II 

Les microbes n'en restent pas moins la vraie cause de la 
suppuration. Aussi est-il important d'examiner de plus 
près leur mode d'action et de préciser dans quelles condi- 
tions ils peuvent exercer leur influence nocive. 

Les expériences que Garré et Zuckermann ont faites sur 
eux-mêmes mettent hors de doute l'action pyogène du 
staphylococcus aureus chez l'homme bien portant. Sur la 
peau légèrement érodée, ou même complètement saine, ces 
auteurs ont appliqué des cultures de ce microbe : il s'est 
développé des panaris, des furoncles, un anthrax. Quand il 
n'y a pas eu de traumatisme préalable, on doit admettre 
que l'agent pathogène pénètre par les canaux excréteurs des 
glandes cutanées. Mais, dans la plupart des cas, la suppu- 
ration est consécutive à une plaie des téguments. Or, de 
nombreuses expériences démontrent que l'introduction des 
germes pyogènes n'est pas fatalement suivie de la produc- 
tion du pus. Il est' certaines circonstances qui favorisent 
l'action nocive des microbes et avant tout il faut tenir 
compte du nombre des agents introduits. 

Fehleisen a montré qu'une petite quantité du staphylo- 
coccus aureus ou du streptococcus injectée sous la peau 
n'amène aucun accident. Pour produire un abcès, il est 
nécessaire d'injecter 1 centimètre cube de culture. Si Ton 
force la dose et qu'on introduise 5 centimètres cubes, l'ani- 
mal succombe en dix-huit ou trente heures, sans qu'il se 
produise de suppuration. 

Watson Cheyne a obtenu des résultats semblables : il ne 
faut pas moins de 250 000 000 de coques pour amener un 
abcès chez le lapin; la mort survient rapidement si on en 
injecte 1 000 000 000. Cheyne a étudié l'action du proteus 
vulgaris, qui lui aussi exerce chez le lapin et le cobaye 
une action pyogène; il a reconnu que l'introduction de 
225 000 000 de microbes amène la mort en vingt-quatre ou 
trente heures; si l'on injecte 56 000 000, il se produit un 
abcès fort étendu et l'animal succombe en six ou huit se- 
maines; avec 8 000 000, l'abcès est plus petit et l'animal 
survit. Au-dessous de cette dose, il ne survient pas d'acci- 
dent. 

Odo Bujwîd donne des chiffres encore plus élevés. D'après 
lui, il ne survient pas de suppuration, quand on injecte 
1 000 000 000 de staphylocoques chez le lapin ou le rat, 
100 000 000 chez la souris. Il peut même se faire que la 
dose de 8 000 000 000 soit insuffisante pour le lapin, tandis 
que pour le rat elle est toujours mortelle. 

Si ces résultats peuvent s'appliquer à l'homme, nous 
pouvons conclure que les microbes déterminent difficile- 
ment la suppuration, lorsqu'ils s'attaquent à un organisme 
sain, et nous sommes conduits à rechercher quelles sont les 
conditions qui permettent aux agents pathogènes de triom- 
pher dans la lutte qu'ils engagent. Ici encore l'expérimen- 
tation a permis de serrer de près le problème et de préciser 
l'influence des causes secondaires. 

Grawilz, après avoir reconnu que l'injection des microbes 



pyogènes dans la cavité abdominale n'amène pas de suppu« 
ration, a montré que celle-ci survient lorsque les microbes 
sont suspendus dans un liquide caustique, lorsque le péri- 
toine contient de la sérosité dans laquelle les parasites 
trouvent un milieu de culture, lorsque la quantité de liquide 
injecté dépasse le pouvoir absorbant de la séreuse, enfm 
lorsque le péritoine est déjà malade ou qu'une plaie exté- 
rieure, par exemple la piqûre qu'on a faite pour l'introduc- 
tion des bactéries, permet l'entrée de l'air. Si l'injection est 
faite dans le tissu cellulaire sous-cutané, les résultats sont 
les mêmes. Il faut donc, pour obtenir la suppuration dans 
une partie saine, introduire avec les microbes une sub- 
stance qui diminue la résistance du tissu animal et per- 
mette ainsi la végétation de l'agent pathogène : parmi les 
substances qui réalisent cette condition on peut citer l'huile 
de croton, l'ammoniaque, l'essence de moutarde, la canthari- 
dine, le sucre. Ce dernier corps mérite de nous arrêter un 
instant; son action a été bien mise en évidence dans un tra- 
vail fort intéressant de Odo Bujwid. D'après cet expérirae»- 
tateur la quantité de staphylocoques qui pure n*esl pas 
nuisible, amène un abcès si on introduit en même temps 
1 centimètre cube d'une solution de glycoseà25pour 100. Si 
la solution est à 12 pour 100, une injection ne suffit pas : il 
faut la répéter pendant quatre jours de suite ; le résultat est 
négatif si l'on commence les injections quatre jours après 
l'introduction du microbe. Enfin, après avoir injecté du 
sucre dans les veines, si l'on introduit le microbe sous la 
peau, il se produit une gangrène cutanée que l'auteur rap- 
proche des gangrènes diabétiques. Il va sans dire que 
Bujwid s'est assuré qu'on n'obtient aucun résultat analogue 
en injectant les solutions sucrées pures ou en employant un 
liquide indifférent tel qu'une solution de sel marin. 

 côté de ces diverses substances chimiques, qui agissent 
en troublant la vitalité des tissus, on peut placer les diverses 
altérations relevant d'un agent physique ou d'un trouble 
physiologique. Ainsi la suppuration est favorisée par le 
refroidissement, l'embolie, la ligature des artères, le trau- 
matisme. L'influence du traumatisme a été mise en évidence 
par les expériences où l'on a vu les microbes de la suppu- 
ration, injectés dans les veines, aller se fixer sur les tissus 
préalablement lésés: c'est, par exemple, ce qu'on a pu faire 
pour l'endocarde et la moelle osseuse. Le résultat a du 
reste une portée générale, car on peut observer des faits 
analogues avec d'autres microbes, et particulièrement avec 
ceux de la pneumonie et de la tuberculose. 

Ces recherches récentes doivent être rapprochées de 
celles qu'avait publiées autrefois M. Chauveau; tout le 
monde se rappelle la célèbre expérience, dans laquelle ce 
savant a fait voir que l'opération du bistournage, suivie de 
l'injection intra-veineuse du bacille de la septicémie gan- 
greneuse, permet au microbe de se développer dans le tes- 
ticule lésé. De môme, plus récemment, MM. Arloing, Cor- 
nevin et Thomas ont montré qu'un échantillon atténué de 
charbon symptomatique peut retrouver sa virulence, quand 
on l'injecte avec une petite quantité d'acide lactique. Dis- 
cutant ce remarquable résultat, MM. Nocard et Roux ont 
reconnu que la substance chimique agit en altérant profon- 
dément le tissu musculaire, et de cette façon assure la vic- 
toire au micro-organisme qui n'aurait pu vaincre larésislauce 
d'un tissu normal. 

Tous ces faits ont une grande portée en patfcologie géné- 
rale et nous semblent de nature à expliquer bien des phé- 
nomènes observés en clinique. Peut-être mêime servenl-i's 



8 Février i889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHtRURGIE 



N» 6 — 87 



à comprendre la pathogénie des abcès métastatiques. Rinne 
fait justement remarquer que la production d'un foyer puru- 
lent, la puUulation des microbes, le développement d'une 
phlébite sont des conditions insufiisantes. Pour que les 
germes lancés dans la circulation se localisent, il faut au 
préalable une altération mécanique ou chimique des tissus, 
une déchéance de l'organisme favorisée par les produits 
morbides^ qui peuvent, dans quelques cas, prendre nais- 
sance au niveau du foyer primitif. 

III 

Ce que font les agents chimiques et physiques, les microbes 
peuvent le faire également, grâce aux substances phlogo- 
gènes qu'ils sécrètent. Cette propriété est démontrée pour 
plusieurs espèces bactériennes, et tout récemmentM. Arloing 
en a tait connaître un nouvel exemple. Les humeurs natu- 
relles ou les cultures de la péripneumonie possèdent, après 
slénlisation, un pouvoir irritant très marqué ; introduites 
sous la peau, elles déterminent un œdème considérable. Le 
résultat semble devoir être attribué à un ferment, qui est 
détroit par la chaleur, retenu par le filtre de porcelaine, 
qui précipite par l'alcool absolu, et se redissout dans l'eau 
cl la glycérine. 

Il est d'autres produits microbiens qui possèdent des 
propriétés analogues. Ainsi , dans un travail récent, 
Scheurlen a étudié l'action de l'extrait stérilisé de viandes 
pourries. Il a employé la méthode de Councilman, c'est-à- 
dire qu'il a introduit le liquide au moyen de petits tubes de 
verre qu'il insérait sous la peau et qu'il brisait après cica- 
trisation de la plaie cutanée. En tuant les animaux au bout 
de trois ou quatre semaines, il a trouvé à chaque bout du tube 
une masse jaunâtre, épaisse, ayant les caractères micro- 
scopiques du pus: ce foyer ne contenait pas de microbes et 
n'avait aucune tendance à s'étendre; il restait limité au 
point de l'injection. Ce résultat fort intéressant demandait un 
complément de recherches» car on sait combien sont nom- 
breuses les substances qui prennent naissance dans les 
matières pourries. Grawitz a tenté ce travail analytique en 
employant une ptomaine de la putréfaction, la cadavérine 
de Brieger. Suivant la dose introduite, il a observé chez le 
chien une tuméfaction œdémateuse ou une suppuration 
vraie. Pour obtenir ce dernier résultat, il faut employer 
1 centimètre cube d'une solution à 8 pour 100 ou 2 centi- 
mètres cubes d'une solution à 50 pour 100 : si l'abcès s'ouvre 
au dehors, il se développpe secondairement des microbes. 
Grawitz a fait voir encore qu'en introduisant simultanément 
la cadavérine et des staphylocoques ou des streptocoques, 
on obtient un violent phlegmon : les deux agents pyogènes 
agissent donc synergiquement et se prêtent un mutuel con- 
cours. Tout récemment Behring a obtenu également de la 
suppuration avec la cadavérine; mais celle-ci faisait défaut 
lorsque en même temps que l'alcaloïde on injectait une cer- 
taine quantité d'iodoforme. 11 est probable qu'il se produit 
alors une précipitation et partant une neutralisation de la 
base. Peut-être faut-il invoquer ce fait pour expliquer Faction 
favorable que l'iodoforme exerce sur les plaies, malgré son 
faible pouvoir antiseptique. 

Tout à fait semblables sont les résultats qu'a obtenus 
Fehleisen en opérant avec l'extrait d'une cuisse frappée de 
gangrène. En ajoutant une trace de staphylocoques à cet 
extrait, l'auteur a constaté que 2 centimètres cubes amènent 
un abcès local ; avec 5 centimètres cubes il se produit une sup- 



puration abondante, entraînant l'amaigrissement et aboutis- 
sant à la mort au bout de cinq semaines; enfin, 1 centi- 
mètre cube fait succomber l'animal en seizejours. Dans tous 
les cas, on ne trouve pas de suppuration dans les organes 
internes. 

Cette action adjuvante des produits de sécrétion des 
divers microbes ressort très nettement des expériences 
qu'on a faites avec le prodigiosus. Grawitz et deBary ont 
montré en effet qu'on amène la suppuration lorsqu'on injecte 
une petite quantité d'une culture stérilisée du prodigiosus 
et une trace de staphylococcus aureus. Cette action nocive 
du prodigiosus est telle qu'elle peut permettre le dévelop- 
pement de certains microbes auxquels l'animal est réfrac- 
laire. C'est ce que nous avons montré pour une variété de 
gangrène gazeuse qui n'agit pas sur le lapin, mais amène 
sûrement la mort de cet animal quand on injecte en même 
temps une certaine qudiXitité de prodigiosus. Les résultats 
sont identiques quand on associe le prodigiosus au charbon 
symptomatique, maladie à laquelle le lapin est également 
réfractaire dans les deux cas, le prodigiosus agit en sécré- 
tant une substance nocive, qui. par son insolubilité dans 
l'alcool et sa solubilité dans la glycérine, se rapproche des 
ferments solubles. 

A propos de ces actions nocives locales, nous pourrions 
citer encore les résultats si importants qu'ont obtenus 
MM. Roux et Yersin avec le microbe de la diphthérie. Cet 
organisme sécrète un poison qui peut agir sur toute l'éco- 
nomie et déterminer des paralysies analogues à celles 
qu'on observe en clinique; mais il produit en outre une 
substance nocive, amenant au point injecté de l'œdème et 
des altérations nécrobiotiques. 

Les faits que nous avons rapportés en dernier lieu sem- 
blent nous éloigner de notre sujet; ils nous y ramènent, au 
contraire, en nous montrant que certaines substances micro- 
biennes possèdent des propriétés phlogogènes, et nous porr 
tent à rechercher si la suppuration ne relève pas toujours 
des produits sécrétés par les bactéries du pus. C'est ce que 
démontrent en effet quelques travaux récents. 

Grawitz et de Bary, Scheurlen, Leber, Cliristmas ont fait 
voir que la suppuration peut être produite quand on injecte 
sous la peau ou dans la chambre -antérieure de l'œil des 
cultures stérilisées du staphylococcus aureus. Mais le pus 
ainsi produit ne possède pas de propriétés infectantes : ino- 
culé dans la chambre antérieure d'un autre lapin, il ne 
tarde pas à se résorber sans amener aucun phénomène réac- 
tionnel. 

Pour Leber, la substance pyogène se rapproche des alca- 
loïdes : c'est une matière cristal lisable, soluble dans Tal- 
cool, et possédant au plus haut degré le pouvoir inflam- 
matoire et nécrobiotique. L'auteur lui donne le nom de 
phlogosine et la distingue des alcaloïdes inactifs trouvés 
dans le pus par Brieger. Tout autre est le produit séparé 
par Christmas : c'est une substance qui précipite par Tal- 
cool, se redissout dans l'eau, et de même que les ferments 
solubles, est détruite par le chauffage à l!20 degrés; pour- 
tant elle traverse facilement le filtre de porcelaine. Son 
injection dans la chambre antérieure du lapin amène 
l'œdème de la conjonctive, la décoloration de l'iris et une 
légère suppuration. 

On peut donc conclure de toutes ces recherches que les 
microbes amènent la suppuration, non pas en agissant en 
tant qu'éléments vivants, mais en sécrétant des substances 
irritantes. Ces substances, dont la plupart rentrent dans le 



88 _ N» 6 -- 



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8 Février 1889 



groupe des zymases, doivent peptoiiifier la matière (Ibri- 
nogène, ce qui explique la présence de p^plones dans le 
pus et la non-coagulation de la fibrine (Klemperer). 

Nous voyons donc que les travaux récents nous ramènent 
aux anciennes idées humorales : le pus nous apparaît 
comme produit par la réaction de l'organisme vis-à-vis 
d'une matière plilogistique : qu'elle soit produite par des 
subtances inorganiques ou des agents animés, qu'elle soit 
aseptique ou microbienne, la suppuration relève toujours 
du même processus. Les causes peuvent être multiples, le 
mécanisme est unique. 

G.-H. Roger. 



REVUE DES COURS ET DES CLINIQUES 

HÔPITAL NECKER. — SERVICE DE M. LE PROFESSEUR GUYO.X. 
Exploration manuelle dn rein. 

Le rein, dont l'élude chirurgicale est aujourd'hui à 
Tordre du jour, manifeste sa souffrance par des troubles 
fonctionnels divers, portant soit sur l'appareil urinaire, 
soit sur des appareils divers, plus ou moins éloignés. 
L'élude approfondie de ce^ symptômes est indispensable, 
mais elle ne saurait suffire au chii-urgien. L'intervention 
opératoire ne saurait être entreprise si l'on n'a fait au 
préalable une enquête approfondie sur l'état local, sur la 
sensibilité, le volume, la mobilité du rein incriminé, sur 
l'unilatéralité ou la bilatéralité de ces lésions. Autant de 
questions que l'exploration physique peut seule résoudre. 

L Règles généi^ales de rexploration. — Les reins sont 
enfoncés dans les hypochondres. Ils sont séparés de l'ex- 
plorateur en arrière par la masse sacro-lotnbaire; en avant 
par les muscles et les viscères abdominaux. En haut, ils 
sont enserrés par la ceinture costale. Ces premières con- 
statations anatomiques font déjà pressentir que le rein 
normal ne doit pas être senti par la palpation. C'est vrai, 
sauf chez quelques femmes, en petit nombre, où l'on peut 
atteindre l'extrémité inférieure du rein droit. 

hsL position du malade a de l'importance. En général, 
on recommande le décubitus abdominal, et l'on explore la 
région lombaire. Depuis une vingtaine d années, M. Guyon 
préconise le décubitus dorsal, sans flexion des jambes: c'est 
en effet la seule position où les muscles soient tous relîi- 
chés. Or les muscles et leur contraction sont ici l'ennemi. 
Le malade ainsi disposé, si l'on place une main sur Tabdo- 
men et si l'on appuie en mesure, en faisant une pression à 
chamie expiration, on pénètre bien vers la prorondeur, à 
condition de ne s'enfoncer que peu à peu. Dans cette ma- 
nœuvre, on aura soin de faire glisser sous le rebord costal 
un ou deux doigts coiffés par la paroi abdominale antéro- 
latérale. On s'approche ainsi beaucoup de la paroi anté- 
rieure du rein. 

Cette simple palpation antérieure ne fournit pas des 
renseignements suffisants. Elle méconnaît les petites tu- 
meurs; elle détermine mal lo siège des grosses. Il est 
nécessaire de lui associer l'exploration de la face posté- 
rieure. Pour cela, on doit avant tout savoir avec précision en 
quel point il faut chercher le rein. Or cet organe est situé 
tout contre la colonne vertébrale, et sa face postérieure, un 
peu au-dessus du hile, est appliquée contre la douzième 
côte, que son extrémité inférieure déborde. La douzième 
côte se sépare à angle très aigu du corps de la douzième ver- 
tèbre dorsale. C'est là, dans l'angle costo-vertébral, au 
sommet de cet angle, que l'on arrive constamment sur le 
rein à travers les parties molles, après dissection et section 
de la masse sacro-lombaire et du carré des lombes. 

A travers une telle épaisseur de muscles, la palpation est ' 



impossible. M. Glénard (de Lyon) a proposé une manœuvre 
spéciale. Le malade étant couché sur le dos, les quatre 
derniers doigts sont glissés aussi haut (]ue possible dans 
l'angle costo-vertébral ; le pouce est appliqué sous les côles 
et s'avance en cadence, en suivant les mouvements d'expi- 
ration. On arrive ainsi à pincer pour ainsi dire le rein. C'est 
exact sur un sujet maigre; mais sur un sujet à ventre un 
peu gros la manœuvre devient infidèle. En outre, un seul 
doigt perçoit en avant les sensations à analyser. En réalité, 
il faut s'adresser ici à la palpation bimanuelle franche, à 
l'aide du maximum possible de doigts. Une main sera donc 
appliquée en arrière, dans l'angle costo-vertébral; l'autre, 
mise sur le ventre, près de la ligne médiane, puisque le 
rein est près du rachis, tâchera de s'enfoncer pour aller à 
la rencontre de la première. Mais dans cette longue tra- 
versée les obstacles sont nombreux, dus surtout à la con- 
traction musculaire, Vn artifice spécial permettra de les 
éluder au moment voulu. 

II. Telles sont les règles générales. En les appliquant 
il faut déterminer: 1° la sensibilité du rein; 2" son augmen- 
tation de volume ; 3» sa diminution de volume ; 4''sa mobilité 
et ses déplacements; 5* sa consistance. 

1° Sensibilité. — Celle étude est aisée. Il suffit de foire 
une pression localisée, avec un ou deux doigts, au sommet 
de l'angle costo-vertébral. A l'état normal, la souffrance est 
nulle. Presque toujours, à l'état pathologique, la simple 
pression postérieure révèle une exagération même légère 
de la sensibilité. Dans les cas douteux, il sera utile de lui 
associer une pression en avant. 

^ Augmentation de volume. — A Tétat normal, on ne 
sent pas le rein. Si donc on le seni, c'est qu'il est gros ou 
déplacé. Mais, vu la défense musculaire et l'épaisseur des 
parties, le simple palper bimanuel n'atteint le rein que si 
l'augmentation de volume est déjà notable : or il est surtout 
important d'apprécier les petites tumeurs. Ici intervient la 
manœuvre spéciale du ballottement. La main antérieure, 
applinuée près de la ligne médiane, est peu à peu enfoncée 
sous les côtes, comme il a élé dit. La main postérieure, 
insinuée dans l'angle costo-vertébral, imprime alors à h 
région lombaire une série de secousses. A chaaue fois, \f> 
rein vient au contact de la main antérieure. La brusquerie 
de l'exploration surprend la vigilance des muscles. Maij 
elle reste en défaut lorsqu'un étal douloureux notable du 
rein a accru cette vigilance. Dans ces conditions, l'exameii 
sous le chloroforme doit être pratiqué. 

3" Diminution de volume ou absence. — Ainsi, avec ou 
sans chloroforme, on arrive toujours à reconnaître si un 
rein est gros. Il n'en est malheureusement pas de même 
pour la diminution de volume, pour Tabsence unilatérale, 
si importantes cependant à reconnaître avant d'opérer. 
La palpation bimanuelle, le pincement de Glénard échouent. 
On a parlé de la percussion lombaire : M. Guyon n'a pu 
percevoir aucune différence de sonorité d'un côté à l'autre 
sur-un sujet auquel il avait, quelque temps auparavant, 
fait la néphrectomie. Peut-être l'incision lombaire explo- 
ratrice fournira-t-elle des notions utiles. M. Récamier a 
entrepris des recherches sur ce point à l'occasion de sa 
future thèse inaugurale; deux fois, sur le cadavre, l'explo- 
ration digitale au fond d'une incision lombaire lui a révélé 
l'atrophie du rein. Peut-être sera-t-on donc autorisé à 
recourir à cette opération bénigne lorsque l'on soupçon- 
nera la possibilité d'une atrophie rénale. Le point faible, 
il est vrai, est qu'on obtient ainsi un renseignement 
anatomique et non physiologique. 

^'^ Mobilité. — Les détails suivants sont importants pour 
reconnaître si la tumeur est bien rénale; si c'est un rein 
volumineux ou seulement un rein déplacé. 

La mobilité lombo-abdominale est tout simplement le 
ballottement. Elle n'existe que dans les tumeurs du rein. 



H FÉVRIER 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



N» 6 — 8VI 



î 



.<a constatation indique, en outre, que le rein n'a pas perdu 
le contact de la paroi lombaire. M. Guyon avait cru, au début, 
qu'elle était la preuve d'une tumeur libre, non adhérente; 
il a reconnu depuis que cette conclusion est erronée. 

La mobilité abdominale peut être transversale ou verti- 
cale. Transversale, c'est le degré maximum, et alors elle 
est toujours associée à la mobilité verticale, c'est-à-dire 
à la possibilité de faire descendre la tumeur en insinuant la 
main sons les fausses côtes. Cette association est pathogno- 
monique d'une tumeur rénale. La mobilité verticale seule 
est déjà presque pathognomonique. 

On doit dire qu'il j a mobilité abdomino-lombaire lorsque 
le rein saisi entre les deux mains s'échappe, pour ainsi dire, 
comme on noyau de cerise pressé entre deux doigts, pour 
rentrer brusquement dans sa loge lombaire. C'est un sym- 
ptôme caractéristique du rein flottant, mais il n'y est pas 
constant. Lorsqu'il fait défaut, il est vrai, on peut admettre 
une disposition anatomique un peu anormale. II est pro- 
bable que le rein s'est pédiculisé dans l'abdomen avec un 
repVi périlonéal formant méso. Une tentative de néphror- 
rhaphie a conduit récemment M. Guyon sur un rein de cette 
espèce. 

Ces recherches doivent être faites sur le sujet couché, 
assis ou même debout, car souvent le premier degré de 
Tedopie rénale n'est aopréciable que si la pesanteur inter- 
vient pour l'exagérer. Des coupes faites par M. Tnffier sur 
des cadavres congelés ont démontré que cette action de la 
pe.'^nteur sur le rein est indéniable. 

La palpatioft- permet enfin de savoir si la tumeur obéit 
aux moavenients respiratoires. Il est imprimé partout qu'il 
lien est rien. Cela est absolument faux. Au courant d'une 
iiéphrotomie, M. Guyon a vu le rein s'élever et s'abaisser 
alternativement pendant l'inspiration et l'expiration. Ce 
caractère ne saurait donc faire exclure l'idée de tumeur 
rénale. M. Glénard va cependant un peu loin quand il pense 
sentir fextrémité inférieure du rein passer et repasser dans 
l anneau vivant que forment, dans son mode de palper, ses 
qnatre doigts et son pouce. 

5* Consistance. — La consistance s'apprécie mal, car ici 
oa ne peut fixer la tumeur en arrière contre un plan 
suffisamment résistant. On reconnaît assez bien la réni- 
lente, mais souvent la fluctuation échappe. Le ballotte- 
ment fait percevoir les inégalités de la surface. La ponction 
exploratrice n'est que rarement indiquée, car en avant le 
irocart risque de blesser l'intestin et en arrière la peau <»st 
iiien loin du rein. 

Kn général, pourtant, on arrivera à diagnostiquer la 
nature de la tumeur, mais ce sera surtout en s'appuyant 
sur les sympti^mes subjectifs et la marche de la maladie. 
C'est un côté de la question que M. Guyon a volontairement 
passé sous silence dans les deux leçons que nous venons 
derésamer. A. B. 



TRAVAUX ORIGINAUX 

Cllnliiiie ekirmrgicale. 

Des kystes hydatiqueS supÉniEURS du foie, par M. le 
docteur Eug. Bœckel, chirurgien de l'hôpital civil de 
Strasbourg. 

M. Segond, dans son intéressante communication au 
iroisiènie Congrès français de chirurgie (1888, p. 520), dis- 
tingue quatre espèces de kystes du foie selon leur siège : 
l' les antéro-inférieurs ; 2» les antéro-supérieurs ; S^'^les 
imtér'fhsuperieurs ou sous-diaphragmatiques; 4° les 
Itostéro-inférieurs, très rares. 

Mais ses kjfstes antéro^supérieurs ne méritent guère ce 
nom, puisqu'il dit c qu'ils sont d'habitude intra-hépati- 

SrFPI.ÊMENT. 



ques dans la plus grande partie de leur étendue, ou même 
complètement enfouis dans le parenchyme glandulaire... 
On doit en général les découvrir par une incision parallèle 
au rebord des fausses côtes d'après la méthode dite de 
Lindemann-Landau. )» 

La place de l'incision montre déjà qu'il ne s'agit pas 
de kystes véritablement supérieurs et je préfère les 
nommer kystes intra-hépatiques ou centraux, qui ne font 
de saillie notable sur aucune des surfaces du foie, en 
opposition avec les kystes inférieurs qui proéminent à 
la face inférieure du foie dans la cavité péritonéale au 

fkoint de simuler quelquefois des kystes ovariques et avec 
es kystes supérieurs qui débordent vers la cavité thora- 
cique en refoulant le diaphragme plus ou moins haut; dans 
mon observation c'était jusqu'à la troisième côte. 

Je propose donc la classification suivante en trois espèces, 
qui me parait plus claire et plus simple que celle de 
Segond : 

1^ Kystes inférieurs développés vers la cavité périto- 
néale, de beaucoup les plus fréquents ; 

2*» Kystes intra-hépatiques ou centraux ; 

3° Kystes supérieurs, diaphraymatiques, qui font 
saillie dans la cavité Ihoracique, coifl^és par le diaphragme 
et qui ne peuvent être attaqués que par une résection de 
côte. 

Ces derniers kystes sont rares puisque Segond n'a pu 
en réunir que quatre cas, dont le premier a été opéré par 
Israël en 1879. Il y a joint deux observations personnelles 
dont l'une surtout est remarquable par la complication 
d'un abcès pulmonaire et d'une fistule bronchique. Enfin 
la malade dont je vais rapporter l'histoire serait jusqu'à 
présent le septième cas connu de cette affection. 

Obs. — Ky^ste hydatique suppuré du foie montant jusquà 
la troisième côte. Incision directe après résection costale, 
Guérison, — M"* H..., boulangère» de fiischheim, âgée de qua- 
rante-huit ans, mère de quatre enfants, généralement bien por- 
tante, tombe malade en mars 1888. Sou médecin, le docteur 
Adam, constate une hypertrophie du foie avec périhépatite et 
légcn» jaunisse qui disparaît et revient à plusieurs reprises. 

En juillet elle éprouve de petits frissons suivis d'une fièvre 
continue et est obligée de s'aliter. Au commencement d'août 
il s'y joint un point ae côté assez violent; elle se fait admettre 
à la maison des diaconesses, où le docteur Mûnch qui la prend 
en traitement constate un épanchement pleurétinue à droite. 
A pn''s plusieurs jours de traitement, voyant que la fièvre per- 
sistait, il fait une ponctiou avec la seringue de Pravaz et ramène 
de la sérosité avec dos flocons do pus épais. 

Le 14 août, je vois la malade avec le docteur Mûnch; nous 
concluons à un empyôme qui devra être opéré le lendemain. 

Etat actuel. — La malade est pâle, très amaigrie, ne tousse 
pas. Le côté droit du thorax est dilaté. En arrière il est mat à 
la percussion iusqu'à l'épine do Tomoplate. Souffle lointain eu 
bas, absence de vibrations. En avant la matité très compacte 
part de la troisième côte et se confond avec celle du foie. Celui- 
ci descend très bas dans le ventre, nous supposons que c'est 
par refoulement. Son bord inférieur part du milieu des fausses 
côtes gauches, passe à deux travers de doi^t au-dessous de 
romhiUc et descend jusque près de la crête iliaque droite. Le 
foie est ferme, presque dur, peu douloureux à la pression. I.e 
teint de la malade est jaunâtre, mais les scléroticfues ne sont 
pas ictériques ; Turine n'est pas foncée ; néanmoins les selles 
sont décolorées, grisâtres. La température monte tons les soirs 
au delà de 39 degrés jusqu'à 40<^,2 ; le matin elle oscille entre 
38 degrés et 38«,5. 

Opération le 15 août 1888 avec les docteurs Munch et Adam. 
Nettoyage de la peau, anesthésie, incision de 10 centimètres 
sur le milieu de la septième côte droite. Résection de C centi- 
mètres de cette côte. Avec la rugine je déchire la plèvre vers 
l'angle postérieur de la plaie, mais au lieu de pus, il en jaillit 
à notre ^rand étonnement un litre et demi a deux litres de 
sérosité citrine, transparente. Les trois quarts antérieurs de lu 
plaie laissent voir leroie recouvert par le diaphragme avec sou 
centre aponévrolique. En introduisant l'index bien désinfecté 
en arrière dans la plèvre je reconnais que le foie rem on le 



90 — N* 6 - 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



8 Février 1889 



dans la cavité thoracique jusqu'au niveau de la troisième côte, 
d'est dans cet organe que doit se trouver le pus ramené oar la 
jionction exploratrice, puisqu'il n'y en a pas dans la plèvre, 
j'y plonge donc une aiguille de Pravaz et la seringue se rem- 
plit instantanément de pus; celui-ci suinte mt^me à côté de 
raigui.lle. 

Avant d'aller plus loin, je vide bien la plrvre et j'essuie ses 
parois avec des bourdonnets de mousseline imbibés de sublimé 
et montés sur des pinces; puis, de peur que le pus n'y pénètre, 
je ferme l'ouverture de la séreuse avec des sutures perdues au 
catgut comprenant les muscles. 

Alors seulement je plonge un bistouri dans le foie à travers 
le diaphragme; il en jaillit un flot de pus à plus d'un mètre de 
distance et j'élargis 1 ouverture à 5 centimètres. Le pus est 
mêlé de centaines de vésicules d'échinocoques depuis le volume 
d'un pois jusqu'à celui d'une noix; sa quantité est évaluée à 
plus de deux litres. De droite à gauche une sonde pénètre à 
Û centiTnètres de profondeur, dans le sens antéro-postérieur 
à 9 centimètres. 

Je ramonne alors l'intérieur de cette vaste cavité avec des 
bourdonnets de mousseline au sublimé et j'en ramène de grands 
lambeaux blanchâtres de la paroi kystique ; puis j'y place deux 
gros tubes. Suture de la plaie extérieure autour des tubes. 
Pan5emcni. 

Le soir de l'opération la malade se sent très soulagée, mais il 
faut déjà changer le p.insement qui est imbibé tle sérosité 
bilieuse. 

17 août. Les tubes donnent issue à une forte quantité de 
sérosité et de mucosités bilieuses sans pus; il faut les raccourcir 
parce qu'ils débordent la plaie. La malade se sent bien, n'a 
plus de lièvre, ses selles sont redevenues jaunes. 

2â août. Su[ pression des sutures et des tubes. La plaie four- 
nit de la bile presque pure sans apparence de pus. La sonorité 
et le bruit respiratoire sont revenus dans le côté droit presque 
jusqu'en bas. 

2o août^ Depuis deux jours un peu de fièvre causée par 
une petite collection purulente sous la partie postérieure de 
l'incision, qu'on fend d'un coup de bistouri. 

Le 31 août, la plaie est presque ferméee et ne donne plus de 
bile, mois il y a de nouveau un mouvement de fièvre qui fait 
monter le thermomètre le soir jusqu'à 39",7. Kn auscultant la 
malade on découvre un foyer pleurétique en arrière et à droite : 
matité, souffle, pas de toux ni d'expectoration. L'appétit est 
conservé. 

5 septembre. En faisant le pansement on voit sourdre un fllet 
de pus d'un point de la plaie. La sonde cannelée y pénètre en 
haut et en arrière vers le foyer de la matité. J'élargis le trajet 
en y forçant le petit doigt et il s'en écoule 250 grammes de pus 
crémeux. Drainage. C'est probablement un abcès sous-pleural, 
plutôt que pleural. 

A partir de ce moment la flèvre disparait délinitivement et 
la convalescence marche sans accrocs. 

Le 1" octobre la malade rentre chez elle entièrement guérie, 
ayant repris des forces et de l'embonpoint. 

Le 12 novembre elle se représente en parfaite santé. Par la 
percussion je m'assure de l'état du foie; il s'étend de la cin- 
quième côte à un faible centimètre au-dessous du rebord des 
fausses côtes et ne dépasse plus la ligne médiane. 11 a donc 
repris à peu près ses dimensions normales. La cicatrice forme 
un sillon fortement déprimé. Le bruit respiratoire s'entend de 
nouveau à droite dans toute la hauteur de la poitrine. 



Diagnostic des kystes hydatiques supérieurs du foie. 
— Sans ponction exploratrice suffisante le diagnostic de 
ces kystes est très difficile à faire et on les confondra le 
plus souvent avec un épanchement pleurétique. En effet, 
dans les deux affections le côté droit de la poitrine est le 
siège d'une matité qui monte plus ou moins haut; il y a 
absence de vibrations thoraciques, et, si le foie déborde les 
fausses côtes, on peut l'attribuer à son refoulement par la 

Eleurésie aussi bien qu'à son hypertrophie à la suite d'un 
yste. 

Une ponction avec la seringue de Pravaz n*est même pas 
suffisante pour nous éclairer si le kyste est suppuré, parce 
que l'aiguille est trop fine pour laisser passer les vésicules 
hydatiques. On amènera du pus et, si rien ne donne l'éveil, 



on conclura à. un empyème comme cela nous est arrivé. 
Heureusement que ce h*est pas au détriment du malade, 
puisque dans les deux alternatives il faut ouvrir la collec- 
tion après résection de côtes. 

Si le kyste n'est pas encore suppuré, la ponction avec tin 
instrument même très fin vous fournit un liquide clair 
comme de Teau de roche qui dénote immédiatement la 
nature hydatique du kyste et e.xclnt la pleurésie. 

Mais avant la ponction eu l'ouverture spontanée, cer- 
taines particularités dans les antécédents ou la marche 
de la maladie pourraient donner l'éveil si le môme méde- 
cin, ce qui est rare, suivait le patient depuis le commen- 
cement de son mal jusqu'au moment de 1 opération. Ainsi 
dans notre cas, les petites jaunisi^es répétées du débuU les 
douleurs dans la région hépatique indiauaient une maladie 
de foie ; seulement l'épanchement pleurétique qui est 
survenu plus tard en s'annonçant par un violent point de 
côté a masqué les symptômes. La matité du foie remou- 
tant dans la cage thoracique se confondait avec celle de 
l'épanchement; sans doute la percussion antérieure qui 
s'exerçait en réalité sur le foie donnait une résistance' 
plus considérable au doigt que celle du dos, mai.s cVl 
un signe trop vague pour assurer un diagnostic. 

En somme, dans les kystes supérieurs du foie il n'y n que 
la ponction au moyen d'un ti*ocart aspirateur assez giùs \m\\' 
laisser passer les vésicules hydatiques qui puisse éclairer In 
situation. 

Traitement, — Le seul chemin rationnel pour atteindre 
ces kystes hydatiques supérieui*s consisfte à réséquer une 
côte pour pénétrer directement dans le foyer. C'est la voie 
qu'Israël a eu le mérite de choisir dès le premier cas. 11 Ta 
nommée Vincision transpleurale, qui est en môme temps 
trans-diaphragmatique et transpéritonéale. En effet, 
après avoir enlevé une certaine longueur de côte, on tra- 
verse la paroi thoracique avec la plèvre costale et Ion 
arrive sur la voiUe du diaphragme, refoulé en haut par le 
kyste. En incisant le diaphragme on devrait tomber dans le 
péritoine et puis seulement sur la surface du foie qui con- 
tient le kyste. Si l'on songe qu'en ouvrant ce dernier un 
flot de liquide infectieux s'échappe au dehors et passe sur 
les deux séreuses, il y a de quoi frémir, et cependant la 
plupart des tnalades ainsi opérés ont guéri. 

Les précautions prises y sont peut-éti*e pour quelque 
chose. On suture les lèvres do l'incision diaphragmatique à 
la paroi thoracique pour fermer la plèvre. Puis, pour fer- 
mer le péritoine, on commence par vider le kyste, mis à nu 
avec un gros trocart; alors seulement on l'incise et l'on' 
suture ses parois à la peau. Théoriquement ce serait par- 
fait, mais en realité c'est insuffisant, car le liquide qui osl 
renfermé dans le kyste à haute pression ne sort pas uni* 
quement par la canule du trocart, mais suinte toujours à, 
côté, et une seule goutte de ce liquide pénétrant dans le 
péritoine peut y semer une septicémie mortelle. | 

D'ailleurs ces précautions n'ont pas touiours été p^ise^;| 
on a incisé directement sans sutures préalables, comme je | 
l'ai fait pour ma part, et les malades ont tout de même 
guéri. A mon avis, cela tient à cette circonstance que (fatisl 
beaucoup de cas on pénètre dans ces kystes supérieum 
sans ouifir la plèvre, ni le péritoine. Cette assertion peut i 
paraître paradoxale, mais je m'explique. I 

Pour la première de ces séreuses on n'a qu'à se report^^r, 
à mon observation et l'on veiTa que la plèvre avait l'i»?! 
repoussée eu arrière par la saillie progressive du foie dans 
la cavité thoracique. 

Je l'ai ouverte par mégarde à la partie toute postérieure 
de mon incision parce qu'elle était distendue par du liquide, i 
mais dans le reste de la plaie le foie, recouvert ou o^^^i 
phragme, se présentait sans interposition de plèvre. i 

L'absence de péritoine s'explique en admettant qtie i •] 



X Février 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



N« 6 



1)1 



kystes en question se sont développés dans cette partie de 
la face supérieure du foie dépourvue de péritoine qui est 
circonscrite par les ligaments coronaire et latéraux. Cette 
particularité rendrait même compte pourquoi ces kystes 
proéminent tellement dans la cavité thoracique. De fait, 
dans toutes les observations que j'ai pu relire, on n*a jamais 
va la cavité du péritoine ouverte. Pour l'expliquer, on parle 
d'adhérences qui unissent les deux parois de la séreuse, 
mais c'étaient probablement les adhérences physiologiques 
des ligaments suspenseurs. 

Quoi qu'il en soit, je donnerai le conseil d'ouvrir ces 
kystes supérieurs du foie aussi haut et aussi en avant que 
possible pour ne traverser ni la plèvre, ni le péritoine. 
Enlevez un morceau de la septième côte, plutôt que de la 
haitième ou de la neuvième, et vous avez grande chance 
d'éfiler le péritoine; que ce fragment soit pris entre la 
\i«:ne axiliaire et la ligne mamillaire et vous ne blesserez 
pas la plèvre. La déclivité de l'incision n'est pas nécessaire 
dans ces abcès, qui se vident par rétraction de leurs parois 
et par pression élastique des organes voisins; 

Cependaniy comme on n'est jamais sûr de ne pas rencon- 
trer les séreuses, il faut inciser couche par couche, et si l'on 
HTonnait une de ces cavités, il faut procéder par suture 
roinme Ta fait Segond et comme je l'ai décrit plus haut. 



Paiholop^le interne. 

AcRODYNiK ET ARSENiciSME. — Notc adressée à l'Académie 
de médecine, séance du 31 octobre 1888, par M. le doc- 
teur Marquez, médecin en chef honoraire de l'hôpital 
d'Hyèrcs (Var), correspondant de l'Académie de médecine. 

I Au cours de l'hiver dernier et, comme la plupart des 

' médecins d'Hyères, j'ai eu l'occasion de voir plusieurs per- 
sonnes atteintes de la grippe et chez lesquelles il y a eu, à 
un degré qui m'a paru remarquable, un affaiblissement, 
une lassitude musculaire et une lenteur de la convalescence 
peu en rapport avec la durée des manifestations de la 
maladie sur l'appareil respiratoire. — . L'hiver n'élait pas 
beau. Ici, presque autant que dans le reste de la Provence, 
le temps, plus humide et plus variable que de coutume, 
était pour bien des malades énervant et amollissant. 

A un certain moment, dans quelques cas et surtout dans 
la classe des travailleurs, le brisement des forces dont je 
Tiens de parler est allé jusqu'à de l'amyosthénie, et nous 

! avons fini par avoir là, en outre de la dyspnée, des acci- 

I dents pulmonaires et des troubles digestifs de la grippe 
eatarrhale, le cortège, sans ordre et à des degrés variables 
d'importance, de phénomènes attribués à l'acrudynie : dou- 
leurs et chaleur incommode, fourmillements, crampes et 
contractures dans les membres, aux pieds et aux mains, 
surtout aux pieds ; de la bouffissure de la face; de l'œdème 
des jambes; de la conjonctivite; de la pharyngite; de l'hy*- 
peresthésie, souvent de l'anesthésie ; de la rachialgie dorso-* 
lombaire; une défaillance des membres et surtout des 
membres inférieurs allant jusqu'à de la paralysie, plus sou- 
vent de la parésie ou de 1 akinésie; à la peau, des taches 
bronzées, quelquefois des pustules ; des phlyctènes aux 
orleils; des poussées d'érylhème plus ou moins étendues, 
sur les membres ou sur le tronc, suivies plus tard d'exfo- 
liation par lamelles ou par furfur; à la plante des pieds et 
à la paume des mains, large desquamation accompagnée 

I d un état d'humidité désagréable, rendant la peau particu- 
lièrement sensible et prolongeant ainsi la difficulté de la 

I station debout et de la marche. 

! J'ai cru à de Tacrodynie, une maladie rarement rencon- 
trée et qui a pour caractère principal un ensemble de 
troubles de la motililé, de la sensibilité et de la nutrition 



qui la font dépendre d'une affection médullaire. En quête 
d'une cause plausible, j'ai cherché et demandé aux circum- 
fusa, aux applicala, aux gesta et ingesta l'explication du 
phénomène. 

Un de nos confrères, le docteur Décugis, soignant, sur la 
propriété d'un M. de V..., des malades atteints d'accidents 
gastro-intestinaux à marche bizarre, avait été amené à sus- 
pecter le vin bu par ces ouvriers; mais il avait été dérouté 
par l'assurance avec laquelle la pureté du vin lui fut 
affirmée. — Plus heureux et absolument mis sur la voie 
par l'observation de ce fait qu'une jeune femme, seule à ne 
pas boire de vin dans une famille assez nombreuse, était 
seule aussi à n'être pas malade comme son entourage, le 
docteur Charles Roux parvint à établir que le coupable des 
accidents constatés de divers côtés, à la campagne aussi bien 
qu'à la ville, était du vin provenant d'un chai ouvert par 
le susdit M. de V... Révélation officielle de cette découverte 
fut faite à la Commission d'hygiène, le 16 avril. Deux jours 

filus tard, M. Roux nous confiait que le vin incriminé par 
ui et analysé à sa demande par un chimiste de Toulon, 
M. Sambuc, ancien professeur de l'Ecole navale, devait sa 
nocuité à do l'arsenic. — Bienlôt M. Sambuc, commis par 
la Justice pour analyser les vins saisis chez M. de V.,,, est 
arrivé : l"" à démontrer que des échantillons du vin mis en 
consommation, les uns étaient parfaitement purs, tandis que 
d'autres contenaient de l'arsenic, depuis des traces jusqu'à 
G centigrammes par litre ; i** à établir que, par imprudence, 
la vendange d'un foudre avait été plâtrée avec de l'acide 
arsénieux; 3* à mettre hors de doute que l'on se trouvait 
en présence, non pas d'une manipulation intentionnelle et 
coupable, mais bien d'un accident, d'un fait sans crimina- 
lité de la part de M. de Y... 

Cela posé, et attendu que les malades présentant les phé- 
nomènes dont il a été question plus haut avaient tous fait 
usage plus ou moins suivi et plus ou moins copieux de vin 
pris au chai de M. de Y..., vin dont la toxicité a varié selon 
l'atténuation par la pratique du mouillage et du coupage, 
notre grippe acrodynique, nonobstant les résultats négatifs 
de diverses analyses de vin et d'urines, est devenue et 
demeure un empoisonnement par l'arsenic, un empoison- 
nement lent, une intoxication remarquable par l'irrégula- 
rité et l'inconstance de ses allures et, dans la pluralité des 
cas, par la lenteur de l'évolution et de l'extinction des 
symptômes auxquels elle a donné lieu. 

Mous les connaissons. Il suffirait de revenir au résumé 
séméiologique que j'ai donné tout à l'heure, alors que j'en 
étais à l'idée de l'acrodynie et d'ajouter la miliaire aux phé- 
nomènes éruptifs précédemment indiqués. Je ne dois 
cependant pas passer outre sans relever quelques points qui 
procèdent du caractère de ce Prêtée, un réparateur ou un 
malfaiteur, selon l'usage que l'on en fait; un tonique, 
presque un analeptique à doses médicinales; un hyposthé- 
nisant insidieux lorsque Ton force la dose et, si l'on 
dépasse la mesure, un agent parfois brutal de sidération de 
l'influx nerveux. Les accidents gastro-intestinaux, avec ou 
sans fièvre, avec ou sans vomissements, rarement sans 
diarrhée ou coliques, ont été la manifestation la plus ordi- 
naire du début de la maladie, la première protestation de 
l'économie contre l'introduction d'un élément morbifiquc; 
il leur est arrivé rsrrement de faire défaut ou de ne pas 
précéder les symptômes podalgiaues qui apparaissent aussi 
aux premiers temps de la maladie et dont l'un, les four- 
millements, est particulièrement tenace et ne s'use que 
très à la longue. — Le mouvement fluxionnaire sur les 
voies respiratoires a créé une situation grave, alors seule- 
ment qu'il s'est rencontré là avec une maladie préexistante, 
déjà grave et compromettante par elle-même : tuberculose, 
sur un sujet jeune; catarrhe chronique, chez un vieillard 
un peu alcoolisé. — Un homme de cinquante-cinq ans, sujet 
à de fréquentes crises d'asthme, n'en a plus eu depuis quatre 



9-2 



N* 6 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



« Févwer m\) 



ou cinq mois qu'il est lombé malade(l). — Sur une femme de 
cinquante-trois ans, couverte de larges plaques bronzées, 
particulièrement h la taille et sur les épaules, de Toedème 
des jambes, avec douleurs à la marche et chaleur insup- 
portable, la nuit surtout, après avoir duré trois mois, a 
commencé à céder, il y a quatre ou cinq semaines, en 
même temps qu^apparaissaient aux pieds de larges plaques 
brunâtres, faisant bottines, et que la marche devenait plus 
fiicile. — Le mari, soixante-sept ans, vieux goutteux, en 
état de parésie depuis près de trois mois, a fait peau neuve 
et a repris en juin le libre exercice de ses jambes. Plus tard 
(5 août) et alors qu'il paraissait absolument rétabli, cet 
homme est venu consulter pour une ulcération du gland, 
ayant tout l'aspect d'un chancre huntérien. A cette occasion, 
if m*a refait son histoire et signalé que, dans les premiers 
temps de sa maladie qu'il supposait n'être qu'un accès de 
goutte, sa respiration et son haleine avaient eu une odeur 
d'ail détestable. — L'odeur alliacée et les chancres syphi- 
litico more de l'arsenic sont parfaitement connus. On con- 
naît moins, ce me semble, le fait de troubles visuels d'une 
certaine importance à mettre à la charge du toxique qui 
nous occupe. J'en ai rencontré deux exemples : homme de 
quarante-cinq ans, grand buveur et ayant souffert, il y a 
trois ans, d'une violente névralgie occipito-fronlale ) à une 
période avancée de la convalescence d'une grippe crue 
acrodynique, amblyopie par œdème de la rétine, sans hal- 
lucinations de la vue et sans aboutir à la cécité; retour à 
plus de netteté de la vue, à mesure que l'état général s'est 
amélioré et que se perdaient les fourmillements des 
membres en même temps que se dissipait l'opacité nébu- 
leuse du fond de l'œil. — Sur un homme de même âge et 
de mêmes habitudes que le précédent, semblable altéra- 
tion de la vue, progressive et décroissante d'avril en août, 
aux périodes d'état et de déclin d'une intoxication qui avait 
débuté, en février, par des accidents aigus, une angine 
gutturale avec accès de fièvre aux trois stades de la fièvre 
intermittente, plus tard éruption miliaire particulièrement 
abondante au cou et h la partie supérieure de la poitrine, 
podalgie, fourmillements aux mains et aux pieds, paréso* 
plégie qui a été de courte durée, mais qui, la liberté des 
janibes recouvrée, a laissé le malade dans un état d'ana- 
phrodisie absolue (et persistant encore an moment actuel, 
novembre). 

Les troubles visuels par intoxication arsenicale pourraient 
bien n'être pas d'une rareté absolue. Un de mes confrères, 
le docteur Dnbrandy, médecin du Rureau de bienfaisance, 
qui a vu deux fois plus de malades que moi, dans cette 
affaire, m'a dit avoir observé deux ou trois cas analogues à 
ceux (jue je viens d'indiquer et peut-être une cataracte par 
arsenicisme. — L'amaigrissement est allé jusqu'à l'atrophie 
musculaire chez un jeune homme sur les gencives duquel 
s'étalait un large liseré ardoisé, comme dans l'intoxication 
saturnine, et dont les urines, à une période avancée de 
la maladie, sont devenues notablement albumineuses. 
Il y a de singuliers traits de ressemblance entre les phé- 
nomènes de i'acrodvnie et ceux de l'intoxication lente par 
l'arsenic. Est-ce à dire que l'acrodynie pourrait bien n'être 
une de l'arsenicisme méconnu et qu'elle devrait être rayée 
(tu cadre nosologique? A lui intenter procès, en n'ayant 
pour essayer de le justifier que les données de l'événement 
malheureux qui nous occupe et dont les effets sont encore 
en cours d'observation, je préfère me borner à l'aveu d'hé- 
sitations qui peuvent n'avoir pas été sans excuse et m'arrê- 
ter, jusqu'à plus ample informé, sur le dire, vieux mais 
toujours juste : a Nil magni faciès ex merà opinione aut 
hypothesi. » 

15 novembre. — Dans un rapport sur cette communica- 
tion et sur celles de deux de mes confrères, relatives, 

(1) Celle noie a dtd ^rtl0 le 25 juillet. Le 15 octobre suivtnt, le malade dont il 
^.<l question a âïfi pris d'un léger accès d'asthme, le premier depnii huit mnî«. 



,1 



comme la mienne, à l'affaire du vin de M. de V..., rapport 

Srésenté à l'Académie de médecine, le 6 de ce mois, par 
[. Ollivier, en son nom et au nom de M. Vidal (de Paris) 
{Bulletin de l'Académie de médecine, t. XX; n" 45, G no- 
vembre 1888), je trouve la justification de ma réserve à 
juger des acrodynies anciennes par les phénomènes patho- 
logiques que nous venions d'observer à Hyères. Pas plus 
que moi, «malgré des similitudes indiscutables, le rapport 
ne voit dans l'évolution et la nature de la maladie d'Hycres, 
une application qu'on puisse adapter intégralement aui 
épidémies d'acrodynies connues. > Les données de notre cas 
nous laissent avec une myélite déterminée par une intoxi- 
cation qui s'est produite lentement et dont les symptômes, 
longtemps variables suivant les individus, n'ont pas facile- 
ment mis sur la voie de la cause du mal; elles ajouteni 
une page à la douloureuse histoire des méfaits et des per- 
fidies de l'arsenic, et elles mettent en évidence, une fois de 
plus, le danger que l'on court à ne pas surveiller mieux 
u'on ne fait la vente de l'acide arsénieux, en exécution 
es.ordonnances du 29 octobre i8i6 et du 26 février 1875. 



3 



Cllalqoe médlcole 

Péritonite tuberculeuse localisée, d'origine trauma- 

TIQUK; symptômes d'occlusion intestinale et TROrnLKS 
respiratoires; laparotomie, amélioration CONSIhK- 

rable, par M. le docteur Em. Duponciiel, professeur 
agrégé au Val-de-Gràce. 

L'application de la laparotomie au diagnostic et au trai- 
tement des maladies de l'abdomen n'est assurément plus 
une nouveauté; en ce qui concerne le traitement chirur- 
gical de la péritonite tuberculeuse, il suffit de rappeler la 
statistique de Pribram (de Prague), qui en 1887, à la 
Société centrale des médecins de la Bohême, relatait déjà 
trente cas personnels. Les résultats obtenus par ce chirur* 
gien ont été très satisfaisants, et quant aux conséquences de 
l'acte opératoire, elles se bornaient à deux décès pour 
vingt-huit guérisons. 

Mais la laparotomie est tout particulièrement indiqii(M>. 
quand il s'agit de cas dans lesquels l'état du malade s\ii(- 
grave progressivement, au point que l'issue fatale ne parait 
guère douteuse, bien que le diagnostic précis de la lésion 
en cause n'ait pas encore pu être formulé. On doit alors 
intervenir sans trop temporiser, ni attendre l'apparition 
d'accidents qui rendraient beaucoup plus aléatoire le résul- 
tat de l'opération. Celle-ci permettra du môme coup de 
trancher le diagnostic et de taire le traitement, si la lésion 
cachée est une de celles auxquelles il est possible de remé- 
dier. C'est ce double résultat qui a été obtenu dans le cas 
suivant; aussi tout isolé qu'il soit, il nous parait cependant 
mériter d'être rapporté. La netteté de l'étiologie par trau- 
matisme de la péritonite tuberculeuse observée, l'incerti- 
tude du diagnostic due à une symptomatologie incomplète 
et quelque peu spéciale, la constatation de troubles respi- 
ratoires caractérisés par de l'inspiration saccadée ryth- 
mique du cœur, phénomène assurément imprévu dans la 
péritonite tuberculeuse, la gravité du pronostic avant 1 in- 
tervention chirurgicale, l'innocuité absolue de l'opération 
et la précision de ses résultats, constituent autant de cir- 
constances véritablement instructives. 

Obs. — M..., militaire, détenu au pénitencier de Bicétre, n'a 
rien à signaler dans ses antécédents héréditaires ou personnels. 
II était de très bonne sauté quand il est entré au service mili- 
taire en décembre 1885. Au mois d'octobre 1837, en faisant !♦' 
pansage, il reçoit un coup de pied de cheval, qui porto dîins 
rhypochondre droit ; le traumatisme est si violent que le sujci 
perd connaissance. A la suite de cet accident il a été traité n 



8 Février 1889 



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_ N» 6 — 93 



l'innrmerie de son régiment ; il éprouvait de vives douleurs 
(ians Fabdomen, surtout au niveau de Tendroit contusionné ; 
pendant trois jours il n'a pu supporter ni les aliments ui 
même le bouillon, mais il n*a jamais eu de Tomissements Ter- 
dâtres, pas de sang dans les garde-robes, ni dans les urines. 
Tous les symptômes s'amendèrent rapidement et au bout de 
quinze jours, M... put sortir de l'infirmerie, conservant seu- 
lement dans la région où il avait été frappé, une douleur à 
laquelle il ne prêtait pas grande attention, et qui ne l'a pas 
eoQpéché de continuer son service militaire. 

Envoyé au pénitencier de Bicétre en décembre 1887, pour y 
subir une condamnation à deux ans de prison, il continue à tra- 
vailler réffulièremeot jusqu'au mois de mars 1888, époque à 
laquelle il commence à remarquer des constipations opiniâtres; 
il ne va à la selle que tous les trois ou quatre jours, tandis 
qu'anlérienrement il y allait régulièrement tous les jours. En 
même temps les douleurs de l'hypochondre droit deviennent 
plus vives, surtout quand il marche, et après plusieurs entrées 
aViofirmerie M... est envoyé dans mon service à l'hôpital du 
\al-de4irace. 

Etat du malade le il juillet 1888. — Au moment de son 
cotrée \es signes observés se résument comme il suit: douleur 
5;>ontaoéedans l'hypochondre droit, s'cxagérant sous rinfluence 
de /a marche et de la pression, tout à fait insupportable quand 
on explore les régions profondes ; elle présente son maximum 
DQ peu au-dessus et en dehors du point d'inter ection du bord 
eiterne du muscle grand droit du côté droit et de la matité 
hépati<jue; elle rayonne dans un espace de 10 à 12 centimètres, 
mais n atteint pas la région caecale. Le rythme respiratoire est 
très rapide, et présente cette particularité, qu'il est presque 
coQsiamment synchrone avec les bruits cardiaques, de sorte que 
l'on entend, en plaçant le stéthoscope sur le deuxième espace 
intercostal ou rians la région avoisinante, un premier temps 
constitué par le bruit inspiratoire du poumon et le premier 
bruit cardiaque, un second temps constitué par l'expiration et 
le bruit diastolique. La respiration est du reste saccadée, de 
sorte que Ton entend deux ou trois saccades inspira toi res pré- 
cédant le premier bruit cardiaque ; le phénomène d'ausculta- 
tion observé semble donc bien constituer le signe décrit sous 
le nom d'inspiration saccadée rythmique du cœur. La percus- 
sion et l'auscultation des sommets pulmonaires donnent des 
renseignements douteux, un' début de tuberculose parait à 
craindre, mais il est impossible d'être tout à fait affirmatif. La 
constipation est habituelle, le malade mange peu et vomit après 
ses repas; Tétat général est assez bon; pas d'amaigrissement 
prononcé; pas d'ascite ; pas de ballonnement du ventre, pas de 
tameur iotra-abdominale, perceptible à la palpation. 

M'nxke de la maladie. — Les symptômes se modifient peu 
durant les premiers jours qui suivent Tentrée à Thôpital, mais 
leur gravite et leur intensité s'accroissent de plus en plus les 
semaines suivantes ; la douleur devient très pénible et confine 
le malade définitivement au lit ; les selles de plus en plus 
rares sont obtenues difficilement une fois ou deux par semaine 
à Taide de purgatifs et de lavements ; les vomissements sont 
constants et suivent de près les repas, mais ne sont jamais 
verdâlres; le lait lui-même est incomplètement supporté; des 
hêraorrlioîdes apparaissent, la région stomacale se ballonne 
légèrement; point d'ascite; point de faciès abdominal ni de 
I teint jaunâtre. L'expiration ne tarde pas à se montrer rude et 
prolongée au sommet droit, où la percussion révèle à la fin du 
mois (foctobre de la submatité; aes sueurs profuses^ quelques 
apparitions de fièvre, permettent en outre de devenir affirma- 
tif au point de vue ae la tuberculose, Tamaigrissement est 
modéré. Au mois de décembre, tous ces signes s'accentuent, 
la fièvre devient continue, avec exacerbât ions vespérales allant 
à 3î)*^, l'état général commence à devenir alarmant. 

Diagnostic. — Si le diagnostic précis de la lésion abdomi- 
nale en cause est difficile, si de nombreuses hypothèses sont 
possibles, certains faits restent acquis : 

1» Tétiologie semble très nette, c'est bien le traumatisme oui 
a été la cause occasionnelle sinon efficiente de Tapparition des 
accidents, et ceux-ci sont certainement localisés; 

2* (Juelle que soit l'affection abdominale en cause, phlegmon 

Srofond, tumeur, péritonite tuberculeuse ou enkystée, lésion 
e rintestin, lésion du caecum, de la vésicule biliaire, du pan- 
créas ou du rein, kyste hydatique du foie, lésion des vaisseaux 
profonds, etc., il y a un diagnostic symptomatique qui n'est pas 
douteux ; le sujet est atteint d'occlusion partielle des voies di- 



gestives, siégeant dans les parties les plus élevées du tube in- 
testinal, vers les régions pyiorique ouduodénale; 

3" On peut affirmer en raison du rythme respiratoire que le 
diaphragme est intéressé ; 

4° La tuberculose pulmonaire, dont l'existence n'est plus 
douteuse, est consécutive à la lésion abdominale, à l'insuffi- 
sance de l'alimentation, résultat forcé des vomissements ; le 
séjour dans un milieu confiné et peuplé de tuberculeux a pu 
du reste en favoriser l'évolution. 

Telles sont les seules conclusions qu il soit permis de formu- 
ler au point de vue du diagnostic. 

Pronostic* — En dehors de toute considération sur la nature 
véritable de la lésion abdominale dont la détermination exacte 
restait douteuse; en tenant compte de l'occlusion intestinale 
qui s'accentuait chaque jour, de l'apparition des signes de 
tuberculose pulmonaire, de l'état général qui s'aggravait à 
vue d'œil, le pronostic pouvait être considéré dés les premiers 
jours du mois de décembre 1888, comme très grave et même 
fatal dans un délai modérément éloigné. 

Traitement. — Tous les révulsifs locaux, tous les moyens 
préconisés contre l'occlusion intestinale, ayant été successive- 
ment employés, une seule ressource thérapeutii|ue subsistait : 
celle de la laparotomie destinée à explorer la région, fixer le 
diagnostic causal, enfin détruire, si on le rencontrait, Tobstacle 
qui s'opposait à la circulation des matières alimentaires. Notre 
opinion très formelle étant que le malade était définitivement 
condamné à une mort prochaine, si l'on n'intervenait pas chi- 
rur^içalement, nous fîmes appel à notre collègue de chirurgie 
M. le professeur agrégé Vautrin, qui partagea notre manière 
de voir, et voulut bien pratiquer l'opération de la laparotomie, 
sans attendre une période où l'extrême gravité de l'état général 
aurait été susceptible d'en compromettre le succès. 

Constatations faites dans le cours de l'opération (U dé- 
cembre 1888). — L'abdomen étant ouvert sur la ligne médiane 
dans une étendue de 20 centimètres, la main de l opérateur va 
à la recherche des lésions dans la région douloureuse, c'est-à- 
dire dans le flanc droit; elle ne découvre ni foyer purulent, ni 
tumeur, ni bride péritonéale ; le rein est à sa place et sa face 
antérieure est lisse ; les recherches dans la cavité du flanc droit 
donnent en somme un résultat négatif. Mais sur le péritoine 
pariétal, dans la région correspondant au siège de la douleur, 
il est facile de sentir une plaque de péritonite tuberculeuse de 
la largeur de la paume de la main occupant la face profonde 
de la paroi abdominale. 

\jSl main de l'opérateur se dirige alors du côté du creux épi- 
çastrique, glisse entre l'estomac et le lobe gauche du foie 
d'une part, le diaphragme d autre part; une première recherche 
ne donnant rien, on attire doucement en dehors la partie pyio- 
rique de l'estomac, qui est saine ; les régions proiondes sous- 
épigastriques sont alors explorées, on ne trouve rien, le pan- 
créas est normal. En explorant une seconde fois la cavité du 
diaphragme, on finit par découvrir une bride peu épaisse, de 
3 à 4 centimètres de longueur, reliant le péritoine diaphragma- 
tique au tube digestif en un point qu'il est impossible de pré- 
ciser exactement. Au point d'implantation de cette bride sur 
le diaphragme, le péritoine diaphragmatique est recouvert daiis 
un espace large comme la paume de la main, dun semis tuber- 
culeux abondant, qui est très nettement perçu. La bride est 
déchirée, les parties remises en place ; après nettoyage complet, 
la suture de la paroi abdominale est pratiquée. Les précau- 
tions antiseptiques les plus rigoureuses ont été prises. 

Suites de r opération. — Elles sont très simples ; le malade 
qui avait une température de 39*',5 quelques jours avant l'opé- 
ration, conserve un peu de fièvre jusqu'au 26 décembre, mais 
les exacerbations vespérales ne dépassent jamais 38'',2; il 
absorbe de la glace, des bouillons glacés, du vin de canelle. Le 
20 décembre il demande à manger, il n'a plus eu un seul vomis- 
sement, il rend des ffaz par l'anus ; le 23 il mange un œuf, le 
26 il est allé à la selle, le 27 il mange une côtelette et la sup- 
porte bien, la réunion de la plaie est complète. 

Etat du malade le ib janvier lb89. — Les résultats ont été 
aussi favorables que possible, le malade mange de très bon 
appétit, il se promène toute la journée, et ne songe nullement 
à garder le lit, il ne vomit plus, il a des selles quotidiennes, 
il ne sent plus de douleur dans l'abdomen, il engraisse visible- 
ment; plus de fièvre, plus de sueurs, et si l'on observe encore 
au sommet droit les signes d'une induration pulmonaire mé- 
diocrement accentuée, la respiration n'en a pas moins repris 



94 _ N* 6 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



8 Février 1889 



son rythme normal, et l*on ne perçoit plus le signe de l'inspira- 
tion saccadée rythmique du cœur. 

Déductions. — Le fait précédent confirme divers points 
de doctrine et de pratique d'un haut intérêt ; peut-être 
éclaire-l-il en outre une question nouvelle et très obscure 
de séméiologie médicale. 

l"" Au point de vue doctrinal, il montre une fois de plus 
Tinfluence directe du traumatisme sur l'apparition des 
tubercules, et la relation est ici d'une netteté vraiment re- 
marquable; de plus la tuberculose a bien certainement 
débuté au point contas, car les signes observés au sommet 
des poumons au moment de l'entrée à l'hôpital étaient 
insignifiants, tandis que les symptômes abdominaux dataient 
déjà d'assez longtemps. La localisation de la péritonite et 
sa non-extension méritent aussi l'attention. 

i^ Au point de vue de la séméiologie médicale, nous 
voyons que l'inspiration saccadée rythmique .du cœur 
décrite par Grasset au Congrès de Toulouse en 1887, et 
qui existait chez notre malade, avait chez lui comme expli- 
cation fort simple, la coïncidence d'une inspiration sacca- 
dée et d'une respiration accélérée, laquelle, sous l'in- 
fluence d'une péritonite tuberculeuse diapnragrnatique, était 
devenue synchrone aux battements du cœur. En considérant 
que sur les douze cas rapportés par Grasset, sept fois il 
s'agissait de tuberculeux avérés, n est-on pas en droit de 
se demander si le phénomène si obscur jusqu'à présent de 
l'inspiration saccadée rythmique du cœur ne pourrait pas 
s'expliauer, au moins dans certains cas, par cette coïnci- 
dence d'une inspiration saccadée et d'une lésion diaphrag- 
matique? Que celle-ci porte sur la face supérieure (plèvre) 
ou sur la face inférieure (péritoine), elle peut évidemment 
accélérer le rythme respiratoire (c'est là le caractère géné- 
ral des lésions diapbragmatiques) au point de le rendre 
synchrone aux battements du cœur? 

3" Au point de vue pratique, il n'est guère de faits plus 
susceptibles d'établir la nécessité de la laparotomie tant 
pour éclairer les diagnostics insolubles, dans les maladies 
graves de la cavité abdominale (laparotomie exploratrice) 
(|ue pour assurer la guérison de certaines occlusions 
intestinales partielles ou totales Haparotoroie curative). 
Ces occlusions peuvent être considérées comme presaue 
toujours incurables parles moyens médicaux, tandis qu'elles 
sont fort aisément supprimées quand il ne s'agit que de 
simples brides péritonéates, comme celle dont notre malade 
était porteur, circonstance que l'on est souvent en droit 
d'espérer. En ouvrant l'abdomen, on a donc la perspective 
d'un résultat complètement favorable; le risque est mé- 
diocre quand on intervient assez tôt, et Ton doit être 
encouragé dans cette voie par la quasi-certitude d'une 
issue fatale, si la maladie est abandonnée à elle-même. 

Enfin dans le cas que nous venous de rapporter, non 
seulement le processus tuberculeux n'a pas été précipité 
dans son évolution par l'intervention chirurgicale, mais H 
a été manifestement enrayé, probablement sous l'influence 
des lavages antiseptiques. 



SOCIÉTÉS SAVANTES 

Aeadémle des •eiences. 

Sur la virulence des cultures du bacille cholérique et 
r action que le -salol exerce sur cette virulence^ par M. W. 
Lœwentiial. — L'auteur croit devoir présenter quelques 
observations, à propos de la communication faite à l'Acadé- 
mie, par M. Hueppe, le 14janvier(voy. p. 60). L'historique 
de la préconisation dû salol contre le choléra lui paraît 
pouvoir se résumer comme il suit : 

« M. Hueppe, en prenant part à la discussion sur la pro- 
phylaxie et le traitement du choléra, au Congrès de Méde- 



cine interne à Wiesbaden, le 11 avril 1888, dit incidem- 
ment <c qu'il faudrait essayer des remèdes qui traversent 
« l'estomac et ne se décomposent que dans Tinteslin, tels 
« que le tribromophénol, le salicylate de bismuth ou le 
« salol "h; il ajoute immédiatement: c Je ne veux nulle- 
€ ment prétendre que ces remèdes soient des spécifiques; 
( j'aurais simplement voulu laisser entrevoir le chemia à 
« prendre pour arriver à une thérapie étiologique( FerÂa». 
€ dlungeUy p. 205). » 

« M. Sahli fut le premier à essayer le salol en thérapeu- 
tique, mais c'était comme succédané du salicylate de soude 
dans les affections rhumatismales, et notamment dans le 
rhumatisme articulaire (Correspondenzblattfûr Schweizer 
Aerzte, n°' 12 et 13 de 1886). En même temps, M. Sahli 
recommanda d'essayer le salol dans un grand nombre de 
maladies, le choléra entre autres.... 

< Il est inutile, dit en terminant M. Lœwenthal, d'in- 
sister sur la différence entre ces recommandations et la 
démonstration expérimentale de ma proposition, qui part 
d'un point de vue nouveau, à savoir l'influence du suc pan- 
créatique sur le bacille du choléra. 

<( M. Hueppe révoque en doute cette influence; il se 
demande si ce n'est pas la vie anaérobie, que le bacille est 
supposé mener dans ma pâte, qui rend toxiques les cultures. 
Cette supposition me parait peu fondée. Les cultures, dans 
une pâte de même consistance, ne sont pas toxiques si la 
pâte ne contient pas de pancréas; d'autre part, les cultures 
au bouillon pancréatisé sont toxiques^ tandis que les cultu- 
res au bouillon ordinaire ne le sont pas. Il est donc évident 
que la question d'aérobiose ou d'auaérobiose, tout impor- 
tante qu'elle puisse être dans d'autres circonstances, n'a 
rien à voir dans la toxicité de mes cultures. > 

{Séance du 28 janvier.) 

Passage du bacille de Koch dans le pus de séton de 
sujets tuberculeux. Application au diagnostic de la tuber- 
culose bovine par V inoculation au cobaye du pus de séton, 
par M. F. Pëugh. — Plusieurs séries d'expériences ont 
démontré à l'auteur que le pus de séton d'une vache atteinte 
de tuberculose transmet cette maladie au cobaye. Dès lors, 
dans les cas douteux, il est possible d'établir, d'une ma- 
nière certaine, le diagnostic de cette affection et d'appli- 
Îuer rationnellement les mesures sanitaires prescrites par 
e décret du 28 juillet 1888, pour lès bétes bovines tuber- 
culeuses. 

Résumant ensuite ses expériences, l'auteur arrive à la 
conclusion suivante : 

4C J'estime donc que, dans le cas de suspicion de tuber- 
culose, l'inoculation du pus de séton au cobaye permet 
d'établir sûrement le diagnostic, et d'appliquer ainsi, avec 
parfaite connaissance de cause, des mesures de police sani- 
taire. » (Séance du 28 janvier.) 



Ammdémd9 4e médeelBe. 

SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1889. — • PRÉSIDENCE 
DE M. MAURICE PERRIN. 

M. le docteur Fontan (de Toulon) prie FAcadéniie d'accepter le dépôt d'un Pli 
cacheté. — [Accepté.) 

M. le docteur Staze envoie le relevé des vaccinations et revaccinations qu'il i 
pratiquées au Havre en 1888. — M. H docteur Girard adresse un mcmoire sur lu 
variole et la vaeeine au Sénégal. 

M. le docteur Margutt el M. lo docteur Tuf fier envoieot des ouvrages pour le 
concours du Prix L^borie en 1889. 

M. le docteur Millard (de New- York) se porte candidat au titre de correspoo- 
dant étranifer dans la division de médecine. 

ÎIL. Riche fait hommage d'un ouvrage sur VArt de V essayeur qu'il vient de publivr 
avec M. Gélis. 

M. Le Roy de Méricourt présente un mémoire imprimé de M. le doclenr Maurel 
(de Toulouse) sur le traitement de la pleurésie par le régime lacté. 

M. Larrty fait don de plusieor a coUectlons de jonrnuvx de scieoce et de méde- 



8 Févribb 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRORGIE 



— N'8-- 



95 



eine, ainsi que d'un exemplaire de «on rapport à l'in&titut sur les Iravatus de 
si.rtutique adre$Ȏ* pour le eoncoura de 1888. 

M. Rochard présente un Rapport manuscrit do M. lo docteur CanoUe sur une 
épidémie de variole observde à «Nossi-Bé en 1886-1837 et sur les vaceinatiom 
fraiiqtiées dans cette colonie. 

M. Constantin Pûul dépose un travail de MM. les docteurs Kalindero et Baben 
;dc Bucharest; sur la maladie d'Àdditon. 

U. de ViUien présente plusieurs ouvrages de M. le docteur Verrier sur 
Vkygiène de Venfanee. 

Allaitement par le nez. — M. Ta rmVr ayant présenté 
un mémoire de M. le docteur Saint-Philippe (de Bordeaux) 
dans lequel se trouve relaté le fait d un enfant atteint 
du muguet, qui ne pouvait être alimenté ni par la bouche^ 
ni par une gaveuse, on recourut à Tinlroduction du lail par 
les fosses nasales et le succès fut complet. A ce propos, 
M. Hervieux fait remarquer que M. le docteur Henriette a 
indiqué ce moyen il y a déjà longtemps. M. Tarnier ajoute 
que ce procédé a été signalé autrefois à Lorain par un 
médecin étranger qui suivait son service. H.Brouardel con- 
tinue le fait dont il a été lui-même témoin ; un enfant 
atteint de pneumonie fut également alimenté de cette façon 
avec succès. 

Strophantus. — Revenant, à roccasion du procès-verbal, 
sur la discussion concernant l'emploi du strophantus dans 
les maladies de cœur, M. Germain Sée explique la confusion 
qui lui a été reprochée à propos du mémoire de Fraser cité 
par lui. Il ajoute que les faits contre ce médicament s*accu- 
mulenttous les jours, si l'on en juge par les déclarations 
qu il reçoit en ce moment de divers côtés dans ce sens. 

Eaux minérales. — Sur des rapports de M. Constantin 
Paul, TAcadémie émet des avis favorables pour la source 
Fontdevie à Coren (Cantal) et pour la source Saint-Janvier à 
Marcols (Ardèche). 

Thérapi:utique du choléra. — Les bacilles du choléra, 
après s*étre développés et multipliés en grand nombre dans 
) intestin, ne franchissent pas les limites de la cavité intes- 
linale ; ils infiltrent dans une certaine épaisseur la 
muqueuse autour des glandes, mais ils ne paraissent pas 
aller plus loin, ni pénétrer dans le sang et la lymphe. Le 
poison qu'ils sécrètent est seul absorbé et c'est ce poison 
qui jusqu'à plus ample informé est le seul agent des phéno- 
mènes généraux graves ou mortels du choléra. Si l'on 
pouvait arrêter la multiplication des bacilles dans Tintestin, 
on supprimerait par cela même la fabrication des poisons 
chimiques absorbables et l'on préviendrait l'attaque cholé- 
riforme. H. Lœwen est arrivé à ce résultat de tuer les 
bacilles de Koch, de supprimer immédiatement leur vitalité 
et leur développement ultérieur avec une substance inoffen- 
$ive pour l'homme et les animaux, le salol. M. Cornil rend 
compte des recherches et des expériences que l'auteur a 
failesà ce sujet, en cultivant les bacilles cholériques dans 
une pâte leur rendant leur propriété toxigène et ensuite en 
essayant de démontrer l'action curative du salol sur des 
animaux infectés par les bacilles-virgules et manifestement 
malades. 

Intoxication par les poêles mobiles. — M. Lancereaux 
relate plusieurs cas d'empoisonnement oxycarboné par des 
poêles mobiles, même placés dans des pièces plus ou moins 
voisines de celles qui servaient à l'habitation. Il appelle 
{attention sur les phénomènes parfois inaperçus de l'empoi- 
sonnement oxycarDoné, et celle des pouvoirs publics sur les 
dangers du chauffage par les poêles à combustion lente, 
qui, par raison d'économie, se trouvent aujourd'hui dans la 
plupart de nos habitations. Aussi propose-t-il l'adoption des 
mesures ci-après : 1' n'autoriser la vente des poêles qu'à la 
condition que le tirage soit suffisant pour transformer tout 
le carbone en acide carbonique et s'opposer ainsi à la for- 
mation de l'oxyde de carbone ; 2* n'autoriser l'ajustement 
d'un tuyau d'un poêle mobile à une cheminée quelconque 
qu'à la condition que cette cheminée ait un tirage conve- 



nable et suffisant pour le dégagement facile des vapeurs ; 
3** exiger, avant la pose d'un poêle, l'examen des cheminées 
voisines de façon à éviter le refoulement ou la filtration des 
gaz d'une cheminée dans une autre et à préserver les inté- 
ressés ou leurs voisins de l'empoisonnement oxvcarboné à 
distance ; 4** prévenir le public du danger qu'il court en 
laissant séjourner la nuit un poêle à combustion lente dans 
une chambre où l'on couche ou même dans une chambre 
voisine. 

H. firou(7rd^/ appuie la proposition de M. Lancereaux; il 
fait, en outre, observer (|ue l'intoxication oxycarbonée peut 
se produire même en plein air ou dans une pièce assez aérée, 
contrairement à l'opinion généralement répandue. 

Le globule sanguin se charge de ce gaz et le collecte en 
quelque sorte, ainsi que le montre nettement l'examen 
spectroscopique. 

M. Armand Gautier signale divers cas de cette intoxi- 
cation par des poêles mobiles, des chauffrettes dans les 
voitures publiques, d'autant plus qu'il a été prouvé que ce 
gaz, même à la dose d'un demi-dix millième dans l'air, suf- 
fit à détruire la huitième partie de la quantité totale du 
sang. Le spectroscope ne suffit pas toujours à reconnaître 
la présence de ce gaz ; on y parvient plus sûrement par la 
méthode de saturation. — M. Ollivier ajoute qu'on constate 
fréquemment de la glycosurie chez les personnes intoxi- 
quées par l'oxyde de carbone. — M. le Président renvoie 
cette discussion à une séance ultérieure. 

Hygiène de l'enfance. — M. le docteur jR. Blache com* 
munique la statistique générale du service de protection de 
l'enfance dans le département de la Seine pendant l'année 
1887 ; il insiste sur les excellents résultats obtenus grâce 
à l'intervention de plus en plus fréquente des médecins 
inspecteurs. La mortalité sur les enfants surveillés qui était 
de 9,72 pour 100 en 1882 n'a pas cessé de s'abaisser depuis 
cette époque; elle a été en 1887 de 7,37 pour 100. 

Néphrorrhaphie. — m. le docteur Terrillon commu- 
nique un cas heureux de néphrorraphie pratiquée dans la 
région lombaire gauche chez une femme ue quarante-deux 
ans, pour un rein flottant hypertrophié et très douloureux. 

Rétrécissement de l'urèthre. — H. le docteur Lavaux 
préconise la dilatation rapide dans le traitement des rétré- 
cissements uréthraux. 

— L'ordre du jour de la séance du 12 février est fixé ainsi 
u'il suit : 1"* Communication de M. Hayem sur la genèse 
e la fièvre ; 2^ Discussion sur le tétanos. — Inscrits : 
MM. Nocard, Trasbot, Verneuil, Leblanc; S"" Communica- 
tion de M. Lagneau sur la mortalité des soldats et marins 
dans les colonies. 



a; 



Société de eklrtirifrle. 

SÉANCE DU 30 JANVIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. LE DENTU. 

Sature de la rotule : MM. Klrmiuon. Delene, Luoas-Ghampioniilère, 
Deeprès. — Hyet6ropexie : M. Terrier. — Tumeur de la queue du 
souroU : M. Larger. — Extirpation de l'astragale et du aoapholde 
pour pied bot : M. Lebeo (Rapporteur : M. Sohwarta; Disousaion : 
MM. Lucas-Championnière, Berger, Quènu. Le Dentu). — Plaie 
pénétrante de l'abdomen par armes à feu : MM. Berger. Nélaton. 
— Fraoture du oràne : M. Reolus. ~ Modification de l'amputation 
de Chopart : M. Chaput. 

M. Kirmisson présente le malade dont il a parlé dans la 
dernière séance et auquel il a fait la suture de la rotule. 
Le rapprochement n'a pu se faire qu'après avoir enlevé un 
petit rragment interméaiaire. Le malade marche très conve- 
nablement quoique avec un peu de raideur. 



96 — N* 6 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



8 Février 1889 



î 



M. Delens a eu roccasion de faire celle sulure pour une 
fraclure datant de trois mois. L'opération se fit sans diffi- 
cultés, la guérison sans accidents, mais le résultat fut 
médiocre. 

M. Lucas-Championnière a eu à traiter une fracture de 
rotule par la simple extension et la compression et a obtenu 
un résultat apparent très bon; une chute ayant amené la 
rupture du cal, la sulure fut faite, mais avec de réelles 
diriicultés. Chez un second malade la sulure fut pratiquée 
dix-sept jours après raceidenl et chez un troisième deux 
jours après; dans ces deux derniers cas l intervention fut 
bien plus facile et la guérison plus complète et plus rapide. 
D'où M. Charapionnière conclut qu'il faut inlervenir de 
très bonne heure afin d'enlever les fragments osseux, les 
caillots, les lambeaux de synoviale, etc., qui empochent 
la réunion. C'est le traitement de choix chez les sujets 
jeunes. 

M. Després rappelle encore qu'il a envoyé en 1884 à la 
Société trois malades ayant un cal osseux (ce qui fut vérifié 

ar l'autopsie dans un cas) et traités par Tancienne méthode. 

«a compression et l'élévation du membre, le pied étant 
suspendu à i mètre au-dessus du plan sur lequel est cou- 
ché le malade, permettent au blessé de marcher au bout 
de cinquante jours. M. Després accorde que la suture est 
cependant le seul procédé qui reste pour les fractures 
itératives. 

M. Kirmisson ajoute qu'il a été étonné de la quantité 
de tissus interposés, fongosités synoviales, caillots, tissus 
fibreux qu'il a dû enlever entre les fragments. Il pense 
aussi que pour les fractures itératives, la suture est la mé- 
thode de choix. 

— M. Terrier lit une observation d'hystéropexie pour 
prolapsus utérin avec hypertrophie de l'organe. La trompe 
gauche malade fut enlevée et l'utérus fixe par trois fils de 
catgut. Il y a encore un peu de cystocèle, mais l'utérus reste 
maintenu à 4 centimètres de la vulve. 

— M. Larger communique un cas de tumeur de la queue 
du sourcil tendant à prouver qu'à côté des kystes dermoïdes 

3u'on trouve dans cotte région, il y a aussi des tumeurs 
'origine exclusivement traumalique et de structure toute 
différente. Développée sous une cicatrice de la queue du 
sourcil et examinée par M. Réitérer, la tumeur s'est 
montrée formée de tissu conjonclif sans papilles, sans poils, 
sans matière sébacée. 

— M. Schwartz lit un rapport sur un mémoire de M. Le- 
bcc concernant l'extirpation de l'astragale et du scaphoïde 
chez une jeune fille pour pied bot varus équin avec enrou- 
lement de la planle au pied. On dut compléter l'opération 
par la section sous-cutanée du tendon d'Achille et du liga- 
ment plantaire, et actuellement la malade marche d'une 
façon très satisfaisante. 

M. Lucas-Championnière pense que la tarsotomie pos- 
térieure est une opération excellente chez les sujets encore 
jeunes ; elle est d'ailleurs d'une grande simplicité, ne né- 
cessite pas une immobilisation régulière et ne demande un 
appareil solide que quand les malades se mettent à 
marcher. 

M. Berger professe la même opinion au sujet de l'opé- 
ration, mais pense qu'il est des cas où elle est insuffisante, 
lorsque l'enroulement du pied l'emporte sur l'équinisme. 

M. Quénu croit, comme M. Championnière, que l'immo- 
bilisation absolue n'est pas 1res utile et peut parfois être 
gênante ; il y a trois semaines, après une extirpation de 
l'astragale, il a vu l'appareil plâlré boucher le drain et 
donner lieu à un peu de rétention de pus. 

M. Schwartz reconnaît également l'innocuité de l'abla- 
tion de cette partie du tarse, mais préfère un appareil 



plâtré restant en place à la condition de mettre dans la 
plaie des drains très courts. 

M. Le Dentu a enlevé chez un malade l'astragale, une 
partie du calcanéum, le cuboïde et une partie du scaphoïde, 
et a obtenu un excellent résultat. 

— M. Berger rapporte une observation de plaie pénélranle 
de Tabdomen par balle de revolver de 6 millimètres. Li 
malade fut opérée moins de onze heures après l'acciileiil; 
l'épiploon était perforé; l'intestin grcle prés de la valvulo 
iléo-cœcale portait deux perf(»ralions qui avaient détruit 
une grande partie de sa circonférence; au tiers supérieur 
deux autres perforations permettaient le passage du doijrl ; 
le côlon transverse était également troué en deux endroits. 
La malade mourut quatre heures après l'opération, qui en 
avait duré trois. A Taulopsie on ne trouva pas d'autres 
lésions; les sutures étaient parfaitement étanches. L'ope- 
ration a été faite dans des conditions en apparence des plus 
favorables et néanmoins la péritonite septique a été hMée 
par rintervenlion. 

Il y a quinze jour?, chez une jeune femme ayant reçu 
dans le ventre un projectile de 7 millimètres, M. Berger 
préféra l'expectation. La malade avait eu un vomissement 
de sang noir, la région du foie était extrêmement doulou- 
reuse; la situation fut loin d'être rassurante pendant quatre 
jours. A l'heure actuelle la malade mange, ne souffre plus 
et peut être considérée comme guérie. M. Berger ne 
renonce pas ;i l'intervention opératoire, mais attend 
toujours depuis deux ans un cas suivi de succès. 

M. ^élaton lit trois observations de plaies de l'inleslin 
l'une par coup de couteau, les deux autres par baltes de 
revolver. Dans la première le malade guérit après suture 
faite grâce à un large débridement; dans la seconde la mort 
eut lieu au bout de trois jours et dans la troisième, le len- 
demain, une des sutures faites pour les sept perforations 
ayant laissé filtrer des matières. Dans ce dernier cas, 
M. Kélaton a vu l'intestin rouge en état de péritonite déjà 
trois heures après l'accident. Entre les deux pratiques 
extrêmes, intervention dans tous les cas ou aoslentioa 
systématique, ilfiiut choisir; le parti intermédiaire qui con- 
siste à opérer quand la péritonite est manifeste, n'est pas 
pratique selon M. Nélaton. 

— M. Beclus présente un malade qui, à la suite d'une 
chule sur le crâne, resta plusieurs jours dans le coma el 
eut des attaques épileptiformes; quatre fragments de la 
région temporale représentant une surface de !24 cenli- 
mèlres carrés furent enlevés, le sinus latéral fut ouvert el 
comprimé par un tampon de gaze; la connaissance revint le 
quatorzième jour et le dix-huitième tout était réuni. 

— M. Chaput présente un malade auquel, pour un mal 

Eerforant de l'avant-pied, il pratiqua une amputation de 
hopart modifiée à l'aide d'un procédé nouveau et qui a 
remédié au renversement du moignon. 

P. VlLLEMlN. 



Société de biologie. 

SÉANCE DU 2 FÉVRIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE H. DROWN-SÉQUARD. 
Mécanisme de la fièvre dans la maladie pyocyanique: MM. Charrln 
et Ruffer. — Sur les procèdes de dosage de l'oxygène du sang: 
M Lambliog. -^ Sur le temps de réaction chez les hystériques et 
chez les èpUeptiques: M. Fèré. —Inoculation au lapin du charbon 
symptomatique : M. Roger. — Morphine et cocaïne : M. Chouppe- 
— Influence des mouvements respiratoires sur le cœur: 
M- Brown-Séquard. — Action du chlorure d'èthylène sur la 
cornée : M. R. Dubois. 

M. Charrin a essayé de déterminer avec M. Bupr It^ 
mécanisme de l'élévation de température qui suit rniocii- 



8 Févuier 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MEDECINE ET DE CHIRURGIE ^ N« 6 — 97 



Jation aux lapins du bacille pyocyanique. Les auteurs ont vu 
que la fièvre se développe sous Tinfluence des produits 
solubles des cultures absolument privées de tout germe 
comme sous l'influence du microbe lui-même. Cette fièvre 
parait être en rapport avec ractivilédes éléments cellulaires 
(le Torganisme nui luttent contre les microbes; mais elle ne 
dépend pas absolument de cette cause, et, dans le mécanisme 
de cetle hyperthermie, un rôle doit être laissé à Taction des 
substances chimiques proprement diles, puisque les produits 
solubles des cultures ont la même influence sur la tempé- 
rature. 

— M. Gley présente une note de M. Lambling (de Lille) 
sur la cause des difl'érences trouvées dans Toxygène du sang, 
suivant qu'on Texlrail au moyen de la pompe à mercure ou 
qu'on le dose par le procédé de Schulzemberger. M. Lambling 
montre que ces écarts tiennent à ce que le sang, abandonné 
dans le vide de la pompe à GO ou 70 degrés, consomme lui- 
mîMiie une partie de son oxygène, mais cet oxygène sert 
â To^ydalion de principes organiques autres que les 
matières colorantes. 

— M. Féré a étudié, au moyen de Tappareil que M. d'Ar- 
sonval a antérieurement présenté à la Société, la difTérence 
da temps de réaction, pour diverses sensations, chez les 
hystériques et les épileptiques. 

— M. Roger^ poursuivant ses recherches sur Tinfluence 
des associations microbiennes, a réussi à inoculer le 
charbon syraptomatique au lapin en associant au charbon 
le bacillus prodigiosus. L'expérience a réussi d'une façon 
constante. 

M. yocard croît que ces expériences sont du même ordre 
que celles qu'il a faites avec M. Roux sur l'augmentation 
de virulence du charbon par l'acide lactique. Par des injec- 
tions préalables d'acide lactique ils ont pu en efl'et donner 
le charbon à des lapins; c'est que par ce moyen on diminue 
la résistance de la fibre muscuUire. D'autres substances 
qui agissent sur le muscle comme l'acide lactique ont le 
même effet. Or les cultures de bacillus prodigiosus 
donnent naissance à une certaine quantité de trimé- 
thylamine. 

-- M. CAoupp^ a noté, dans les observations de cocaînisme 
chronique présentées par H.Magnandansla dernière séance 
de la Société, que les malades dont il s'agissait ont pu 
supporter d'emblée des doses énormes de cocaïne ; il 
attribue ce fait à ce que ces malades étaient des morphino- 
manes. 11 a eu efl'ectivement l'occasion de voir un sujet qui 
s était adonné à la cocaïne et dont les accès de cocaînisme 
étaient arrêtés par l'injection de 3 à 5 centigrammes de 
morphine. 

— M. Rrown-Séquard rappelle qu'il a vu autrefois qu'à 
chaque mouvement respiratoire, à la fin de l'inspiration, 
chez les animaux â thorax ouvert, le cœur s'arrête un 
instant. Il a récemment observé le même fait sur des chiens 
et des lapins à l'état normal, mais respinint un mélange 
d'acide carbonique et d'oxygène; les inspirations sont très 
profondes et, à chacune d'elles, lo cœur s'arrêlc. Quelquefois 
même il a pu constater, au cours de ces expériences, que 
TelTort expiratoire inhibait aussi le cœur dans ces con- 
ditions. 

— M. Gley dépose une note de M. /?. Dubois sur l'action 
du chlorure d'élhylène sur la cornée, dans laquelle 
M. Dubois décrit les modifications des cellules épithéiiales 
de la membrane de Descemet qui se produisent sous celte 
influence. 



Soclolë de thérapcntlqae. 

SÉANCE DU 23 JANVlEn 1889. — PRÉSIDENCE DE M. FEUNET. 

Du sulfonal : M. Bouloumië. — Traitement thermal de la graTeUe 
urique : M. Dorand-Fardel (Dlsoussion : MM. G. Paul, Dujardln- 
Beaumetz, H. Huchard). 

M. Bouloumié adresse une lettre dans laquelle il fait 
savoir que, sur deux essais qu'il a faits du sulfonal, il a 
constaté chez l'un des deux malades, à la dose de i"',50, les 
malaises au réveil qui ont déjà été signalés. 

M. C. Paul est d'avis qu'il vaut mieux donner en deux 
prises la dose de P'^bO, à quelques heures d'intervalle. 

— M. Durand'Fardel donne lecture d'une note sur le 
traitement thermal de la gravelle urique. La goutte et la 
gravelle urique sont le fait du même trouble de ralentisse- 
ment ou d'anomalie de nutrition, mais la goutte est plus 
essentiellement diathésique; la gravelle est plutôt une ano- 
malie qui peut être transitoire : on guérit la gravelle, on 
ne guérit pas la goutte. Le traitement de la gravelle con- 
siste à favoriser l'issue des concrétions déjà formées et à 
prévenir la formation de concrétions nouvelles. Deux sortes 
d'eaux minérales peuvent remplir ce but : les bicarbonatées 
sodiques telles que Vichy et Vais, dont on peut rapprocher 
Fougues; les sulfatées calciques bicarbonatées, telles que 
le groupe des Vosges : Contrexévilley Vittel, Martigny, dont 
se rapprochentégalement Capvern ou la Preste. Enfin on peut 
utiliser Evian, qui est une eau indéterminéCé Les eaux de 
Contrexéville, froides et peu minéralisées, agissent surtout 
par lavage ; on les prend à la dose de dix à douze verres 
dans la matinée. Elles servent surtout à modifier les sur- 
faces qu'elles lavent. Elles sont indiquées lorsqu'il y a une 
souffrance rénale habituelle ou continue et que l'on sup- 
pose un embarras rénal par infarctus urique; l'élat d'irri- 
tabilité des voies urinaires les contre-indiquent. — Les 
eaux de Vichy à température et minéralisation élevée, se 
donnent à moindre dose; elles agissent sur la diathèse 
elle-même: goutte, diabète, obésité, diathèse urique. Elles 
sont d'autant meilleures dans la goutte, que celle-ci est 
régulière ; dans le diabète, qu'il n'y a pas de cachexie ; dans 
l'obésité, qu'elle n'est pas périviscérale. Il ne faut pas 
d'ailleurs compter obtenir la guérison complète, mais une 
amélioration, très notable. La colique néphrétique est une 
indication, s'il n'y a pas de signes d'accumulation de gra- 
viers dans les bassinets, ou de pyélite; la contre-indication 
est formelle avec les phénomènes inverses, ou l'irritabilité 
rénale. La source des Célestins, plus spécialisée pour les 
voies urinaires, e&t précisément plus aangereuse dans le 
cas où existe une lésion véritable dans un point de cet 
appareil. Souvent, à Vichy, on voit de gros calculs s'éli- 
miner sans crise néphréliq[ue. Les calculs ne sont pas modi- 
fiés, mais ce sont les surtaces muqueuses ; leur formation 
nouvelle est entravée. — Les eaux de Fougues sont inter- 
médiaires comme degré d'action à Vichy et à Contrexéville ; 
elles sont bien tolérées pour les voies digestives. La Freste 
à une action résolutive analogue à celle de Contrexéville ou 
de Fougues, Joint une action sédative manifeste. Evian 
peut agir par lavage, mais surtout peut-être par l'hydrothé- 
rapie et les excellentes conditions climatériques. En 
résumé; Vichy est indiqué comme traitement de la gravelle 
urique diathésique; s'il y a irritabilité rénale qui conlre- 
indique Vichy, on choisira Fougues, ou Contrexéville, ou 
Capvern pour obtenir une action résolutive des catarrhes. 
Evian devra être préféré lorsqu'on désirera utiliser le inini- 

. mum d'action médicamenteuse. 

— M. C. Paul mentionne les bons effets des Eaux- 
Chaudes, désulfurées à l'air libre, dans les cas de gravelle 
urique. Il faut distinguer la petite gravelle et la grosse gra- 
velle. La première se dissout par l'usage des eaux minérales 



- N* 6 - GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MEDECINE ET DE CHIRURGIE 



8 Février 1889 



appropriées ; dans la seconde, on n'obtient que ia désagré- 
gation de la gangue muqueuse et gluante qui englobait les 
concrétions. Aussi, en pareil cas, la pierre dans la vessie 
devienl-elle plus irritante pour la muqueuse vésicale 
débarrassée elle-même du mucus qui ia recouvrait. Le fait 
est très connuà Contrexéville. Il signale en outre deux médi- 
cations souvent fort utiles pour combattre la gravelle 
urique : le phosphate de potasse et de soude, en pilules de 
25 centigrammes de chacun, qui amène rapidement Téli- 
mination des gros graviers douloureux ; et l'eau oxyazo- 
tique donnée en boisson le matin à la dose de 500 grammes, 
pour dissoudre la gravelle urique. 

Il cite un cas de gravelle urique considérable survenu 
chez un diabétique, après une poussée congeslive hépa- 
tique très intense, et qui a rapidement disparu sous l'action 
de l'eau oxyazotique. 

M. Dujardin-Beaumelz demande à M. Durand-Fardel ce 
qu'il pense des eaux azotées en pareil cas, et quel parallèle 
on peut établir entre l'action du traitement médicamen- 
teux par la lilhine et les balsamiques, et celle des eaux 
minérales. 

M. Durand'Fardel sait que les Eaux-Chaudes et les 
sources douces de Luchon sont bien tolérées par les sujets 
ayant de l'irritabilité vésicale, mais il ignore leur action 
directe sur la gravelle urique. Il ne saurait d'îiilleurs 
admettre la dissolution de la petite gravelle sous l'action 
d'une eau minérale quelconque; il y a seulement arrêt de 
production. Il n'a aucun renseignement sur l'action des 
eaux azotées en pareil cas. Enfln, si le traitement médica- 
menteux peut suffire chez un graveleux accidentel, il faut 
le traitement thermal contre la diathèse chez ceux qui font 
des concrétions. 

M. H. Huchard cite un cas dans lequel les eaux de Vichy 
ont amené l'expulsion facile d'un gros calcul chez une 
femme arthritique présentant des hématuries rebelles. Mais 
elles ont paru agir moins efficacement contre la diathèse 
elle-même qui a continué à se révéler par des troubles 
multiples. — D'autre part, bien que Tantipyrine « ferme le 
rein » ainsi qu'on l'a (lit, et que l'on recherche au contraire 
les diurétiques pour les graveleux, il a vu l'antipyrine non 
seulement calmer les douleurs néphrétiques, mais amener 
au bout de quelaue temps la diminution, puis la disparition 
de la gravelle. Il se contente de signaler ce fait en appa- 
rence paradoxal. 

M. Durand'Fardel fait observer que l'on ne peut s'at- 
tendre à ce que le traitement de Vichy guérisse la diathèse ; 
peut-on jamais arriver à un pareil résultat? Mais il la 
modifie souvent avantageusement et amène, en effet, assez 
fréquemment l'expulsion indolore de gros calculs : c'est ce 
qui a eu lieu chez la malade de M. Huchard. 

— La séance est levée à cinq heures trois quarts. 

André Petit. 



REVUE DES JOURNAUX 

THÉRAPEUTIQUE. 

De l^aellon phyulologlque du bornéol, par M. StOCKMANN. — 
Dans ce mémoire, l'auteur étudie comparativement le camphre 
de Bornéo, le camphre N'gai et un produit isomère retiré de l'es- 
sence de térébenthine, le bornéol ; en un mot, les propriétés 
physiologiques du groupe des camphres. Administrées à la gre- 
nouille, au lapin, au chat et au cobaye, ces substances provo- 
quent des phénomènes paralytiques. Chez les mammifères, on 
observe d*abord des convulsions épileptiformcs ; puis des acci* 



dents comparables à ceux d*une intoxication alcoolique. Les 
lapins ne sont pas atteints de convulsions. 

Les battements du cœur diminuent de fréquence, mais leur 
amplitude est augmentée ainsi que la pression artérielle. Il 
existe de plus une notable dilatation des vaisseaux, du ralen- 
tissement de la respiration, enfin de la glycosurie. 

M. Stockmann conclut de ces faits que les substances de ce 
groupe ont des affinités puissantes avec les alcools, et que leurs 
propriétés convulsi vantes augmentent à mesure que le nombre 
des atomes d'hydrogène est moins considérable. Ce sont des 
agents stimulants du système nerveux et du cœur à la raanièn' 
des alcools. Enûn, le bornéol possède des propriétés moins irri- 
tantes que le camphre. {Journ. of physy 2iO(ki 1888.) 

Eipériooee» sar raellon diurétique dr« «el» de nierenrp, 

par MM. Roseniieim et Silva. — Le premier de ces observa- 
teurs isolait le rein gauche de chiens de forte taille, introduisail 
des canules de verre dans les vaisseaux et l'uretère, et injec- 
tait dans l'artère des solutions d'oxyde mercurique dans leau 
chargée de 5 pour 100 d'asparagine. La solution étail-elle faible? 
Pas de modification de la vitesse d'écoulement du sang, ni de 
l'énergie sécrétoire du rein. 

Avec une solution forte, correspondant à trois doses de calonipl 
de 20 centigrammes administrées pendant trois jours, la diunse 
était augmentée dans le rapport de dix-sept fois, mais diminuait 
dans l'espace de dix minutes. La quantité de sang écoulé par 
la vessie pendant ce même temps était accrue, de sorte qu'on 
peut expliquer ces phénomènes diurétiques par l'irrilation de 
l'épithélium. (Zeits. f. klïn, Med., 1888, Bd. 14.) 

M. Silva attribue les effets diurétiques des mercuriaux chez 
les cardiaques aux causes suivantes : !• une hyperglycémie 
artillcielle et la dilatation des vaisseaux rénaux par irritation 
des canaliculi coniorti; ^^ la dilatation des vaisseaux rénaux 
chez les hydropiques : cette dilatation facilitant TafAux du sang 
dans l'artère rénale et conséquemment augmentant la vitesse de 
l'écoulement dans la vessie. Ce sont là des indications favorables 
à Taccroisscment de la diurèse. 

Pour cette môme raison, la sécrétion urinaire augmenterait 
chez les fébricitants quand les vaisseaux rénaux sont en dilata- 
tion. De là, sans nul doute, l'impuissance des mercuriaux comme 
diurétiques chez ces derniers, puisqu'ils ne peuvent pas provo- 
quer une dilatation existant déjà en vertu du processus fébrile. 
{Central /. klin. Med., i888^ n° 19.) 



BIBLIOGRAPHIE 

Etudes sur les maladies du foie i Cancer (épithé' 
Home), Sarcome, Mëlauomes, Kystes non paraNl- 
falres, Angiomes, par MM. Y. HaNOT et A. GlLBEIlT. 

Avec 30 figures en chromotypographie et 7 figures en 
noir. — Paris, 1888. Asselin èi Houzeau. 

Cet ouvrage représenle le premier volume d'une série 
d'études sur les principales questions de la pathologie 
hépatique : il est exclusivement consacré à l'histoire des 
néoplasies du foie. 

On peut dire qu'il se décompose, envisagé dans son 
ensemble, en deux parties distinctes : une intéressante 
et très complète étude du cancer du foie, et un gioupe de 
chapitres, forcément plus brefs, consacrés à la description 
de néoplasmes rares observés au niveau du foie : le sar- 
come, les tumeurs mélaniques, les kystes non parasitaires 
et les angiomes. 

Les documents fournis par les auteurs sur ces diverses 
lésions hépatiques sont d*autant plus précieux que leut' 
étude a été, en général, fort négligée, ou même complète- 
ment passée sous silence dans les monographies antérieures 
ou dans les traités didactiques. 

La sarcomatose hépatique primitive n'est élablicjus((tn^' 



8 FÉVRIER 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE _ N« 6 — 



99 



qae sur un trop petit nombre d^observations, dont quelques- 
unes assez peu péremptoires, pour qu'il soit possible de lui 
consacrer une description bien topique; mais il en est au- 
trement du sarcome secondaire, dans ses diverses Tormes : 
fuso-sarcorae, globo-sarcome, lympho-sarcome, chondro- 
sarcome, iéio*myo-sarcome, etc. Leur symptomatologie 
rappelle d*ailleurs de très près celle du cancer secon- 
daire, si Toifi excepte Tàge ordinairement peu avancé des 
sujets, les particularités inhérentes au siège du néoplasme 
prirailif, et le long intervalle entre Tapparilion de celui-ci 
et la métastase au niveau du foie. 

Lamélanose pathologique (-par opposition à la mélanose 
de patréfaction) se divise en fausse mélanose hématique 
dans laquelle la matière colorante est Thématine du sang 
altérée, et en mélanose vraie ou mélaninique avec grains 
de pigment constitués par la mélanine. A la première se 
rapportent le foie pigmenté palustre et sans doute le foie 
du diabète bronzé ; à la seconae appartiennent les néoplasies 
mélaniqaes ou mélanomes qui. se répartissent en trois 
mlèlés: mélanomes simples, mélano- sarcomes, et mélano- 
épiibéliomts. Elles sont robjet d'une complète description 
densemble, analomique et clinique, fixant l'histoire de ce 
groupe de néoplasies du foie consécutives à des mélano- 
mes développés dans l'œil ou au niveau de la peau. 

Enfin, les kystes non parasitaires : kystes simples, séreux 
ou biliaires, si souvent coexistant avec la dégénérescence 
kystique du rein, et les angiomes du foie terminent la 
liste des néoplasies rares étudiées par MM. Ilanot et Gil- 
bert, qui donnent de ces derniers une interprétation patho- 
géniqae dilférente de celle de Virchow et très voisine de 
I l'opinion émise par Chervinsky. Pour eux, Tabsence de 
néoformation vasculaire et d'hépatite interstitielle, et la 
ressemblance de ces angiomes acquis avec les plaques con- 
gestives du foie, autorisent à les considérer comme des 
zones de congestion excessive, irrémédiable, nettement 
limitée, avec élargissement excessif des capillaires nor- 
maux et tassement des éléments interposés; déplus, il se 
produira un certain degré de néoformation conjonctive et 
I des communications, par usure ou rupture, entre les 
I lacunes vasculaires. Ce sont, en résumé, de véritables 
angiectasies caverneuses. 

Tels sont, brièvement analysés, les divers sujets qui 
composent cette seconde partie de l'ouvrage; nous avons 
tenu à endoner une idée succincte, nous réservant d'insis- 
ter plus particulièrement sur les importants chapitres con- 
sacrés à l'étude anatomique et clinique du cancer du foie. 

Le cancer du foie présente deux variétés : le cancer pri- 
mitif et le cancer secondaire. Cette dernière est depuis 
longtemps bien connue et décrite avec soin dans tous les 
ouvrages classiques, aussi nous semblerait-il supperflu de 
nous y arrêter longuement; signalons seulement les inté- 
ressants paragraphes consacrés à l'histogenèse et à la 
palhogénie, par embolie intracapillaire, des nodules carci- 
nomateux développés secondairement dans le foie. L'étude 
microscopique du cancer secondaire montre au'il appar- 
tient, suivant les cas, à divers types : épithéiiome pavi- 
menteux, absolument exceptionnel*; épithéliome cylindrique 
avec stroma alvéolaire ou tubulé sur lequel s'implantent 
perpendiculairement les cellules cylindriques; enfin épi- 
tbéiiomes glandulaires conservant d'une façon générale 
leur forme originelle et présentant les dispositions soit 
alvéolaire, soit tubulée de leur stroma conjonctif. 

Le cancer primitif, moins bien connu jusqu'ici, et dont 
l'existence même était mise en doute il y a peu de temps 
encore par quelques-uns, a été l'objet, de la part de 
MM. Hanot et Gilbert, d'une étude approfondie qui a mis 
définitivement en pleine lumière ce chapitre important 
<le la pathologie hépatique. 

Le cancer primitif affecte trois formes anatomiques diffé- 
rentes d'aspect : le cancer massif, le cancer nodulaire et le 



cancer avec cirrhose. Le cancer massif a été déjà fort bien 
décrit par H. Gilbert dans sa thèse inaugurale, et l'analyse 

3ui en a été donnée à Tépoque dans ce journal nous permet 
e ne pas insister. Il s'agit alors d'un gros foie, non dé- 
formé, non bosselé, renfermant une masse néoplasique 
volumineuse, lardacée, siégeant plus souvent dans le lobe 
droit et pouvant affecter la disposition dite en amande. 
Assez souvent, il existe quelques noyaux plus petits dans 
le reste du parenchyme. Presque jamais on ne constate 
d'ascite ou d'ictère ; la rate est grosse. 

Le cancer nodulaire présente un aspect assez semblable 
au cancer secondaire; mêmes nodosités hérissant le foie 
augmenté de volume et déformé, même variabilité de 
forme et de dimension de ces nodosités, même dépression 
centrale sur quelques-unes : périhépatite et ascite à peu 
près constantes. 

Enfin le cancer avec ciiThose, sur lequel l'accord n'est 
peut-être pas encore fait d'une façon délinilive, est essen- 
tiellement constitué par la coexistence de lésions cirrho- 
tiques et de lésions cancéreuses : nodules cancéreux par- 
semant un foie cirrhose, mamelonné, et d'ordinaire peu 
augmenté de volume. Est-ce un cancer hépatique ? MM. Hanot 
et Gilbert n'hésitent pas à le considérer comme tel, et à 
l'assimiler entièrement aux autres formes du cancer du 
foie. On sait que c'est à cette lésion que Sabourin a donné 
le nom d*adénome, et qu'un certain nombre d'auteurs se 
sont ralliés à son opinion. Nous ne voulons pas reprendre 
ici cette intéressante discussion, fort brillamment résumée 
par M. Dreyfas-Brisac dans une récente revue critique 
(voy. le n* du 14 décembre 1888); nous nous contenterons 
de rappeler que, pour Lancereaux, la sclérose hépatique 
serait consécutive à l'infiltration adénomateuse; pourBris- 
saud et Sabourin, la cirrhose est primitive, l'adénome n'en 
est qu'une complication, comme elle d'ordre inflammatoire 
et non spécifique, maispouvantseiransformer en néoplasme 
infectant : c'est une sorte d* avant-marche (Schûppel) du 
cancer ; pour Hanot et Gilbert, la cirrhose et l'aclénome 
évoluent simultanément, l'agent irritatif agissant à la fois 
sur le tissu conjonctif et l'élément épithélial. Il s'agit donc 
d'une hépatite épithcliale amenant la formation d'un épi- 
théliome; ce qui ramène, comme le fait fort justement 
observer Dreyfus-Brisac, vers l'opinion, si dénigrée 
depuis, de Portai et de Broussais sur l'origine inflam- 
matoire des processus cancéreux. Il s'agit, d'ailleurs, d'une 
forme de cancer hépatique un peu différente dans son 
aspect et en particulier dans ses allures : au lieu de la 
propagation par le système lymphatique, c'est l'envahisse- 
ment du système veineux qui sert à la propagation du néo- 
plasme. 

Nous voudrions nous arrêter sur l'intéressante étude his- 
togénique du cancer primitif du foie, si bien exposée parles 
auteurs, mais nous ne saurions rendre cette analyse plus 
longue, bien qu'il s'agisse d'un des points les plusimportants 
de l'ouvrage : ils montrent que le cancer du foie est un 
épithéliome parenchymateux à forme alvéolaire ou trabé- 
culaire. Bien que chacune de ces variétés histologiques ne 
réponde pas d'une façon absolue à une forme anatomique, 
cependant on peut dire qu'en général les cancers massif 
et nodulaire sont des épithéliomes alvéolaires, tandis que 
le cancer avec cirrhose est constitué par l'épilhéliome 
trabéculaire. Enfin, Texamen histologique des coupes 
montre nettement que le processus de multiplication cel- 
lulaire n'est pas limité aui points manifestement atteints 
par le cancer ; très souvent le foie est lésé dans sa presque 
totalité et les nodules cancéreux visibles à l'œil nu ne 
correspondent qu'à « des maxima de lésion ». 

Ajoutons que les descriptions cliniques fort soignées et 
les nombreuses observations inédites jointes au texte 
seront fort appréciées des médecins qui prendront connais- 
sance de cet important ouvrage. André Petit, 



100 



N" 6 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 8 Février iggO 



VARIETES 

Concours d*agi\éoation de médecine. — Voici la suite des 
questions que les candidats ont eu à traiter : 

M. Royer: Troubles du système nerveux dans les maladies du 
cœur. 

M. Brault: Des crises daos les maladies aiguës. 

M. Chantemesse : De la désinfection comme moyen prophy- 
lactique des maladies transmissibles. 

M. Jeannel : Pathogénie de la suppuration. 

M. Âubry : De la cachexie cardiac|ue. 

M. Marie : De l'influence éliologique du froid dans les ma- 
ladies. 

M. Roque : De la thrombose. 

M. Colin : Transmission des maladies contagieuses dans le 
mariage. 

M. Letulle : De Térysipèle à répétition. 

M Grenier : De Fictcrc dans les maladies infectieuses. 

Association médicale mutuelle. — L'assemblée générale de 
TAssociation fondée par M. le docteur Gallet Lagoguey aura lieu 
le dimanche 10 février, dans le grand amphithéâtre de la 
Faculté de médecine, à trois heures très précises. 

Ordre du jour : 1' Vote pour Tadmission déûnitive des 
confrères provisoirement admis et prooosés àTunanimité par le 
Conseil; ^"^ Allocution du président; ô"* Rapport du secrétaire 
général; i** Rapport du trésorier; Approbation des comptes; 
5"* Election du bureau. (Messieurs les membres honoraires sont 
éligibles à toutes les fonclions). 

iV. B. — Ainsi qu'il a été décidé à la dernière Assemblée 
générale, le trésorier sera, de deux heures et demie à trois 
heures, à la disposition dos associés qui Touront faire des ver- 
sements anticipes. 

Asile Sainte-Annb. — A partir du 6 février, M. le docteur 
Rouillard, chef de clinique de la Faculté, médecin-adjoint des 
asiles d'aliénés de la Seine, fera des conférences cliniques sur 
les maladies mentales, dans les pavillons de la clinique à 1 asile 
Sainte-Anne, tous les mercredis à quatre heures de l'après- 
midi. 

ÉCOLE d'Alger. — Par décret, en date du 31 décembre 1888, 
l'Ecole préparatoire de médecine et de pharmacie d'Alger est 
transformée en Ecole de plein exercice. 



Souscription Ducuenne (de Boulogne). 

Cinquième liste. 

MM. de Watteville, rédacteur du Brain, 

à Londres 1 00 fr. i 

Féréol 50 > 

Duguet 20 » 

Sanchez Roledo 20 » 

J.-W. iNunn (de Londres) 25 » 

Total 2Ï5 r 

Montant des listes précédentes. 2490 > 

Total général.. 2705 fr. > 



Académie royale de médecine de Belgique. — Programme 
des concours 1888-1889. — l'» Etablir et discuter les moves de 
diagnostic difl*érentiel des tumeurs du ventre. Prix : 600 francs. 

— Clôlure du concours : 15 mars 1889. 

2" Faire Télude de Térysipèle charbonneux ou rouget du porc, 
au point de vue de ses causes, de ses manifestations, de ses 
lésions, de sa prophylaxie el de son traitement; établir éven- 
tuellement ses rapports avec les affections charbonneuses, bac- 
téridiennes et bactériennes. Prix : 600 francs. — Clôture du 
concours : 15 mars 1889. 

3" Faire connaître, en s'appnyant sur des recherches person- 
nelles et inédites, une mélhode exacte el facilement réalisable 
pour le dosage des alcaloïdes dans les substances médicamen- 
teuses et dans les préparations pharmaceutiques. Prix : bOO francs. 

— Clôture du concours : 15 décembre 1889. 



A" Déterminer par de nouvelles recherches le mode de for- 
mation des globules rouges et blancs du sang. Prix : 5u0 fran^. 
— Clôture du concours : 15 décembre 1890. 
• 5" Prix fondé par le docteur da Costa Alvarenga. — Ain 
termes du testament de M. Alvarenga, c l'intérêt capilal coa- 
slituera un prix annuel qui sera appelé : Prix d'Akaremjn, 
de Piauhy (Brésil). Ce prix sera décerné, à raniversaire dudée*^ 
du fondateur, à Fauteur du meilleur mémoire ou ouvrage ioédii 
(dont le sujet sera au choix de Fauteur) sur n'importe quelle 
branche de la médecine, lequel ouvrage sera jugé digoe de 
récompense, après que Ton aura institué un concours auQuei 
et procédé à Texamen des travaux envoyés selon les règles ara< 
démiques. Si aucun des ouvrages n'était digne d'être rècom- 

Çensé, la valeur du prix serait ajoutée au capilal. > Pm: 
00 francs. — Clôture du concours : 15 décembre 1889. 

Conditions du concours, — Les membres titulaires et W 
membres honoraires de l'Académie ne peuvent point prendre 
part aux concours. 

Les mémoires, lisiblement écrits en latin, en français ou eu 
flamand, doivent être adressés, francs de port, an secrétaire do 
l'Académie, à Bruxelles. 

Sont exclus des concours : !• le mémoire qui ne remflil|i3* 
les conditions précitées; â^* celui dont Fauteur s'est fait w 
naître directement ou indirectement; 3* celui qui est publié, «n 
tout ou en partie, ou présenté à un autre corps savant. 

L'Académie exige la plus grande exactitude dans les citations, 
ainsi que la mention de 1 édition et de la page du texte ori{riii<i' 
Le mémoire de concours et le pli cacheté dans leuuel le nom «t 
l'adresse de lauteur sont indiqués doivent porter la même l'i • 
graphe. Le pli annexé à un travail couronné est ouvert par Ir 
président en séance publitjue. Lorsque l'Académie naccorJf 
Qu'une récompense à un mémoire de concours, le pli oui Vf^i 
joint n'est ouvert qu'à la demande de l'auteur. Cette demaml' 
doit être faite dans le délai de six mois. Après rexpiraiion k 
ce délai, la récompense n'est plus accordée. Le manusctii t>a 
voyé au concours ne peut pas être réclamé ; il est déposé aui 
archives de la Compagnie. Toutefois l'auteur peut, après h\>'' 
clamât ion du résultat du concours, faire prendre copie «le ^î 
travail. 

L'Académie accorde gratuitement à Fauteur du niéipoirt 
dont elle a ordonné Fimpression cinquante exemplaires lire^ s 
part et lui laisse la faculté d'en obtenir un plus grand Donibr: 
a ses frais. 

NÉCROLOGIB. ~ M. le docteur Peulevé Victor vient !• 
mourir à Amiens. Ancien interne des hôpitaux, il se fil remarf ^ 
par son dévouement pendant l'épidémie cholérique de \0'>''^ 
il devint chirurgien en chef de FHôlel-Dieu et professeur t: 
pathologie externe à FEcole secondaire. 



Mortalité a Paris (4« semaine, du 20 au 2»') ja"*";^ 
1889. — Population : 2260945 habitants). — Fièvre typhoïde, li 
— Variole, 5. — Rougeole, 49. — Scarlatine. 4. - <>f "^ 
luche, 13. — Diphthérie, croup, 43. — Choléra, 0. - l'I»"''''; 
pulmonaire, 188. — Autres tuberculoses, 10. — Tumeur i 
cancéreuses, 29 ; autres, 5. — Méningite, 26. -7 Cojij'cj 
tion et hémorrhagies cérébrales, 63. — Paralysie, i 7 
Ramollissement cérébral, 11. — Maladies organiques du cœur, »' 
-— Bronchite aiguë, 39. — Bronchite chronique, 43. — Broncti& 

Kneumonie, 41. — Pneumonie, 63. — Gastro-entérite: sein, j 
iberon, 34. — Autres diarrhées, 6. — Fièvre et péritonite m 
pérales, 3. — Autres affections puerpérales, 2. — Débilite f^j 
génitale, 33. — Sénilité, 43. — Suicides, 8. — Aulrei^im>rt] 
violentes, 6. — Autres causes de mort, 177. — ^*"'^ 
inconnues, 19. — Total : lOiO. 



OUVRAGES DEPOSES AU BUREAU DU JOURNAL 

Guide pratique de petite chirurgie, par M. le docteur Michel Gan^rolitl'C. 1"^' ' 
d'une Icllrc do M. le professeur iLéoii Tripler. 1 vol. iii-l2 de IW !«}.'''*• ^^ 
4 planches hors Icxic. Paris. 0. Doiu. 

Vhygiine du vélocipédiste, par U. le docteur P. Tîsslê. I joli t(i\ame in-J\^ 
390 pages et 40 ligures, cartonné avecfcrs spéciaux Paris, 0- I^oi"- *' "' 



G. Masson, Propriétaire-Gérant. 



i8i68. — MoTTBROZ. — Imprimerie» réuoios. A, nie Mignofli -. ''*'^'* 



8 Kéviuek 1889 GAZETTK HEBDOMAMIKK DE MÉDECINE ET DE CHIKUKGIE — N" 6 - 10( 

SUPPLÉMENT THÉRAPEUTIQUE 

DE LA 

GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CIIIUUHGIE 



TIIëUAPEUTIUUE 

D« l'eniplot da I««c(aeortaiii. 

Par M. le docteur Dklmis. 

M est un cerlain nombre de médicaments qu'un engoue- 
utcut un peu irréfléchi a fait négliger pour les alcaloïdes, 
/e< i^/ucosides et les produits dérivés du goudron dont la 
«îniuie a récemment enrichi la thérapeutique. Le premier 
liiument d'enthousiasme passé, la plupart des praticiens 
<iiiit sagement revenus aux préparations qui^ depuis 
longtemps, avaient fait leurs preuves* Au nombre de ces 
dernières se trouve le Sirop de lactucarium d*Âubergier, si 
ellicace contre les rhumes, les bronchites, les toux nerveuses 
ei spasmodiques, qui tiennent à l'irritabilité de l'arbre 
(rachéo-broncbique. 

Le médecin, heureusement pour lui et pour l'humanité, 
n'est pas uniquement appelé à soigner des maladies graves 
où la vie est immédiatement en péril et où son intervention 
(luit être énergique; il est souvent consulté pour des indis- 
positions légères qu'il doit empêcher de s'aggraver, ou bien 
il doit remédier à un symptôme morbide, peu dangereux 
par lui-même, mais susceptible d'exaspérer la maladie 
principale. 

Qu'un enfant, au moment de l'évolution dentaire, soit pris 
d'une ces toux quinleuses à caractère laryngé, \b premier 
devoir du médecin sera de calmer ces quintes sous peine de 
les voir dégénérer en véritable bronchite et même d'ouvrir 
la porte au bacille de la pneumonie. Qu un phthisique pris 
de toux opiniâtre vomisse ce qu'il vient de manger, que 
le repos de ses nuits soit troublé par la violence même des 
quintes, et la maladie principale en recevra un fameux coup 
de fouet. 

Et les arthritiques, les asthmatiques, les emphysémateux, 
les cardiaques, combien leur affection n'est-elle pas 
a<,'gravée par la fatigue de la toux, que le médecin doit 
combattre de prime abord ! 

Pour des syndromes aussi complexes que la toux et l'in- 
somnie que tant de causes peuvent provoquer, les médi- 
caments simples, univoques, ne conviennent pas ou doivent 
être employés à des doses énormes. Sans vouloir contester 
la su|>ériorité fréquente des alcaloïdes sur les extraits, il est 
cependant un grand nombre de cas où ces derniers sont à 
juste titre préférés par les praticiens. C'est ce qui fait que 
Ion emploie les préparations de digitale plutôt que les 
diiîitalines, que la méco-narcéine, dont M. Labordc entre- 
tenait dernièrement l'Académie de médecine, est bien plus 
active que la narcéine presque inerte; enfin, pour parler du 
dernier venu dans cette série, que l'extrait de strophantus 
nspire plus de confiance que la strophantine (1). 

Ui buciiuoy, Académie de médecine, soaacc du 8 janvier 1880. 



La même raison explique la supériorité du Sirop de 
lactucarium d'Aubergier, malgré la quantité très faible 
d'opium qu'il contient et qui serait absolument inefficace si 
elle était employée seule. Le savant et persévérant doyen de 
la Faculté des sciences de Clermont qui, à force de recher- 
ches et d'essais, est parvenu à cultiver en grand dans les 
plaines de la Limagne la laitue vireuse {Lactuca virosa 
altissima), a passé une partie de son existence à démontrer 
les propriétés calmantes et adoucissantes de cette plante. 
L'Académie de médecine finit par se rendre à l'évidence et 
approuva celte préparation qui fut inscrite au Codex 
de 1862. Bien rares, on le sait, sont les formules pharma- 
ceutiques qui ont obtenu cette suprême consécration. 

Mais il est nécessaire que le Lactucarium soit préparé 
avec des précautions spéciales très minutieuses qui ne sont 
nullement observées pour le Lactucarium du commerce que 
l'on cherche à obtenir avant tout à bon marché (1). Il est 
indispensable de conserver dans le suc du Lactucarium 
tous les principes correctifs qui exaltent les propriétés de 
l'opium tout en diminuant ses efl*ets irritants. Aussi le Sirop 
d'Aubergier possède-t-il les propriétés caïman* es et sédatives 
de l'opium, sans provoquer aucun des symptômes de con- 
gestion cérébrale, de constipation ou d'inappétence, ce 
qui lui permet d'être parfaitement toléré par tous les tem*^ 
péraments. 

Ainsi que le disait, un jour, un de nos maîtres en théra- 
peutique, le docteur Jules Simon, médecin de l'hôpital des 
Enfants, c'est un excellent médicament de la coqueluche et 
du faux croup des enfants. Employé au début des rhumes, il 
fait cesser toute irritation et fait merveille comme calmant 
nocturne, là où les opiacés eux-mêmes échouent ou pro- 
duisent mauvais effet, ainsi que l'ont démontré les expé*- 
riences (2) de H. Deschamps d'Aval Ion et de Debout. 

En somme, c'est une excellente préparation que les pra- 
ticiens ont eu raison de continuer à prescrire en dépit de 
l'avalanche des nouveautés thérapeutiques, parce qu'elle 
agit selon les préceptes de l'ancienne médecine, citOy tuto 
et jucunde. 

(1) Le Lactucarium, obtenu par incUion dc« tigea do la lactuca virosa 
altittima, revient à 300 francs lo kilogrammo. Le Lactucarium du cumincrcu, 
|irci>aro à cliiiud avec toute la laitue ordinaire, coûte âO francs, mais est cumplc- 
tomenl inerte. 

(i) Compcndinm de hoschaïups («l'Avallon), p. 3ii, ul Matière médicale el thé- 
rapeutique de MoHcliurdnl, p. 70. 

(Gazelle dea héintaax*) 



102 



N" 6 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



8 FÉVRIEII i8»<.l 



THÉRAPEUTIQUE 



IMaladlcci du cceiir. 



Les alTections cardiaques comptent parmi les plus nom- 
breuses et les plus graves maladies de notre époque. Les 
excès, les passions, la lutte pour la vie dans les villes, les 
intempéries, les fatigues du travail pénible dans les cam*- 
pagnes, les font naître et se développer chacjue jour de plus 
en plus. Il est facile, en parcourant les bôpilaux, de recon- 
naître celte vérité. 

Malheureusement, nos ressources thérapeutic|ues ne sui- 
vent pas la même progression, el c'est à peine si le médecin 
arrive aujourd'hui à calmer les douleurs de la lente agonie 
du cardiaque. La digitale a toujours été jusqu'à présent le 
cheval de bataille dans ce genre de maladies, mais c'est 
une arme à deux tranchants qu'il faut employer avec dis- 
cernement, car elle est dangereuse, a dit M. Fernel à la 
Société de thérapeutique, lorsqu'elle est administrée hors 
de propos ou sans mesure. Ses indications en sont bornées 
et passagères, et on comprend la désolation de l'homme de 
l'art, obligé de rester l'arme au bras, spectateur inactif des 
soulfrances qu'il ne peut ni prévenir, ni arrêter dans une 
évolution parfois si longue, qu'elle fait du malade un véri- 
table martyr. 

Cela explique aussi pourquoi la thérapeutique ne se lasse 
pas de demandera la matière médicale des ressources nou- 
velles contre les affections cardiaques. Aussi, il y a deux 
ans, avait-on salué avec enthousiasme la révélation du pro- 
fesseur G. Sée sur les vertus diurétiques et sédatives du 
muguet, mais les aveux de M. Moutard-Martin, de M. Fer- 
rand et de la plupart des docteurs qui l'ont employé ont 
empêché le Convallaria maialis de remplir la lacune pro- 
fonde qui existe dans le traitement des maladies de cœur à 
la période où la digitale est inutile ou dangereuse. 

Dernièrement M. G. Sée vient de faire à l'Académie une 
importante communication sur les propriétés de la slro- 
^ phantine dont il exalte avec enthousiasme la puissance et 
qu'il emploie à la dose d'un à deux cinquièmes de milli- 
gramme, ce qui indique assez l'activité de ce médicament. 
Jusqu'ici les praticiens, M. Bucquoy entre autres, ne se 
servaient que du strophantus dont ils obtenaient des effets 
remarquables, et dans cette même séance de l'Académie, 
un savant académicien, répondant à M. G. Sée, établit les 
raisons qui doivent faire préférer le strophantus. 

Il y a, dit-il. actuellement cinq variétés de strophantine 
el mênio une slrophantidine, toutes nocives au plus haut 
degré, mais plus ou moins. A laquelle accorder la préfé- 
rence? l^eur prescription peut donner lieu à dos erreurs 
fatales. 11 se passe donc ici ce qui a déjà lieu pour les 
variétés de digitaline, tandis que le strophantus est un bon 
médicament presque su|3érieuràla digitale, d'après l'hono- 
rable académicien. Mais ici encore, poursuit-il, on se 
trouve dans un certain embarras; il existe plusieurs espèces 
de teintures, il y a la teinture au cinquième, au dixième, 
au vingtième; il y a aussi l'extrait de strophantus! N'est-il 
pas préférable, pour éviter des erreurs dangereuses, d'em- 
jiloycr la poudre de strophantus au lieu des teintures varia- 
oies et de la strophantine, de même nu'on emploie la digi- 
tale au lieu de la teinture et de la digitaline? S'il est un 
point sur lequel tout le monde est d'accord, c'est celui-ci : 
que la poudre de digitale a une action complexe bien plus 
efûcace que la digitaline!! Il en est de même pour la pou- 
dre de strophantus qui met les praticiens à l'abri d'erreurs 
faciles dans la prescription d'un alcaloïde qui agit si puis- 
samment à si petites doses. 

La poudre de strophantus est une des bases de la compo- 
sition des dragées toni-cardiaques Le Brun, chacune d'elles 



en contient un centigramme, et le praticien, en les em- 
ployant à doses progressives et en débutant par trois dragées 
par jour, n'a point d'erreurs à redouter. 

Les dragées Le Brun contiennent encore deux aulro> 
éléments de succès, la caféine et l'iodoforme. 

D'après le docteur Huchard, la caféine est sujjérieurc ;i 
la digitale par sa rapidité d'action, car elle produit rapide- 
ment la diurèse en douze ou vingt-quatre heures, de plus 
elle ne fatigue pas l'estomac, elle ne s'emmagasine poiiii, 
tant elle s'élimine rapidement ;auand la digitale est impuis- 
sante ou nuisible, par exemple dans le cas de dégéné- 
rescence graisseuse et quand i'asystolie se complique d'un 
véritable état cardioplégique, la caféine peut dans ces con- 
ditions rendre de réels services. 

Le docteur Henri Huchard conclut en disant que la caféine 
est un médicament cardiaque; Gubler, lui, la re;;ardait 
comme « un diurétique idéal aussi efficace qu'inolTensil ». 

Le professeur Lépine, de Lyon, et le docteur (lirard, 
dans sa thèse remarquable, disent que la caféine à iost^ 
thérapeutique détermine la diminution de fréquenco du 
pouls, l'augmentation de la tension artérielle et de la séné 
lion urinairc, enfin (ju'elle rend les plus grands servies 
dans le traitement des maladies du cœur arrivées à leur 
dernière période (rétrécissement et insuffisance mitrale, 
tricuspidienne, athéromes de la mitrale, etc.). 

Mais dans presque toutes les maladies du cœur, il y a 
des symptômes qui fatiguent horriblement les malades; la 
dyspnée, les étouffemenls, la toux, la fièvre, les vertiges, 
l'insomnie, oui accompagnent presque infailliblemenl les 
lésions valvnlaires et des orifices. En outre, la plupart des 
maladies du cœur sont compliquées d'athéromasie due à 
l'usage des vins presque tous alcoolisés aujourd'hui. Il nous 
restait à les amoindrir et à les faire disparaître el pour y 
parvenir l'iodoforme procure la ressource la plus précieuM* 
par ses verlus résolutives. 

D'après M. Testa, Viodo forme agit très favorablenieni 
dans les cas de lésions organiques du cœur et dissipe raj'- 
ment tous les troubles fonctionnels symptomatiqucs d'uuc 
lésion des valvules ou des orifices. 

L'iodoforme agirait d'une part en combattant les dégéné- 
rescences ou les tendances à la dégénérescence scléreuse, 
d'autre part en ralentissant les contractions cardiaques, ce 
qui permet au cœur de mieux se vider de son contenu. 

Grâce à ces trois agents puissants, les dragées toni-car- 
diaques procurent une sédation rapide sur les cardiaquei^ 
les plus gravement atteints. 

Lorsque l'œdème est extrême, les selles rares, ou iJi 
miction insuffisante, les purgatifs drastiques, m denv 
verres à bordeaux le matin de Royale honaroise, soulajieni 
beaucoup le malade et facilitent l'action des dragées loni- 
cardiaques^ qui agissent alors plus promptemenl. 

Au résumé, ralentissement et régularisation des baU»'- 
nients du cœur, disparition de la toux, de la dyspnée, nc> 
concrétions scléreuses, tonification des fibres cardiaques, 
diurèse abondante et prompte, possibilité de continuer sans 
danger une médication bienfaisante, tels sont les avantai^es 
que les dragées toni-cardiaques de Le Brun présentent sur 
la digitale et qu'on constate avec un ou deux flacons, si o» 
augmente hardiment la dose jusqu'à ce que la diure^c 
s'établisse. 



G. Masson, Propriétaire-Gérant 



18iG8. — lioiTEROZ, Imprimeries réunies, ▲, lue Mignon, î. P*"*' 



Trente-sixième année 



W 7 



15 Février 1880 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CBIRIRGIE 



PARAISSANT TOUS LES VENDREDilS 



COMITÉ DE RÉDACTION 

M« LB D' L. LEREBOULLET, Rédacteur en chef 
liM. P. BUCHEZ, E. BRISSAUD, G. DIEULAFOT, DRETFUS-BRISAC, FRARCOIS-FRARCK, A. HÊROCQUE, A.J. lARTIH, A. PETIT, P. RECLUS 

Adresser tout ee qui concerne la rédaction à M. Lireboullr, 44, rue de Lille (avant le mardi de préférence) 



S^OHMAIRB. — Bulletin. Académie de médecine. — THénAPBUTlQUE. Les 
miiitaWoQ» thérapeutiques des mercuriaux comme diurétiques. — CONTRIBU- 
TiO!«$ PHARIACSUTIQUKS. Les Uvemcnts narcotiques. — Rbvub des couns'BT 
i)a amifiUKS. Hospice de la Salpôtrièro : M. le professeur Charcol. — Tra- 
VACX ORiciNAVX. Patlioloçic générale : Nouveaux faits confirmant l'origine 
ri}ttine du tétanos. — SOCIETES savantes. Acadômie de médecine. >- Société 
is«JicaIt) des bàpiUux. — Société de cliirargte. — Société de biologio. ~ 
Bibliographie. De réliologie de la pUthisio pulmonaire et laryngée. — VAniÉ- 
T!^'*. Reforme de Toxamcn d'aptitude des roddccins-roajors de rarmée.— Concours 
d'agrégation de médecine et do cliirurgie. 



BULLETIN 

Paris, 13 février 1889. 
Académie de médecine : Le tétanos. — L'origine do la 

fièvre. — La mortalité dans l'armée et la Ootte. 

La discussion de l'étiologie du tétanos est rouverte devant 
] Académie et nous publions aujourd'hui un nouveau tra- 
rdil de M. Verneuil à l'appui des considérations qu'il dé- 
fend avec tant de conviction et d'énergie. Hier, dans un 
Iticellent discours, aussi net et concis dans la forme que 
riche d'observations personnelles et d'expérience clinique, 
k. Nocard est venu affimer à son tour que le tétanos était 
vae maladie infectieuse et inoculable, par conséquent 
^raiismissible d'un animal à un autre ou de l'animal à 
Ihomme par contact médiat. Pas plus que M. Leblanc, 
H. Nocard n'admet la contagion directe. Comme lui, il croit 
fi rinfluence de causes générales et de prédispositions in- 
dividuelles. Mais ce sont là des arguments que M. Verneuil 
ne contredit point. Il en est de même pour toutes les ma- 
ladies infectieuses. Il faut un certain degré de réceptivité 
individuelle pour qu'un virus, quel qu'il soit, puisse se 
ilf'ielopper dans l'organisme. Il faut souvent qu'une in- 
luence extérieure, déprimante comme le surmenage ou 
ictive comme le refroidissement, vienne mettre cet orga- 
Qisme en état de[réceplivité, pour que la maladie se'déclare. 
Cela ne veut point dire d'ailleurs que celle-ci n'est pas 
provoquée soit par un microbe spécifique, soit plus souvent 
encore par les produits de sécrétion de ce microbe. M. Le- 
klauc, dont la grande expérience apportait au débat toute 
loe série d'observations très intéressantes à examiner, a 
en\isagé la question du tétanos au point de vue de la con- 
tagiosité telle qu'on l'admettait jadis. Jamais, a-t-il dit, on 
ke voit un cheval transmettre à son voisin la maladie dont 
il est atteint. M. Trasbot, qui sans doute parlera mardi pro- 
èfiâin dans le même sens, avait déjà devant la Société de 
Uiérapeulique (voy. Gazette hebdomadaire, 1888, p. 774), 
I «• Siais, T. XXVI. 



insisté dans le même sens. Mais n'en est-il pas de même pour 
le charbon ; ne faut-il pas que la bacléridie charbonneuse ait 
passé par le sol pour transmettre la maladie à tout un trou- 
peau? N'en est-il pas également ainsi pour la fièvre 
typhoïde ? Et n'en faut-il pas conclure que si la contagion 
médiate, c'est-à-dire Tinoculation des produits virulents, 
réussit dans un grand nombre de cas, ce n'est point à dire 
pour cela que la maladie ainsi inoculable soi; directement 
contagieuse. 

Quant à l'influence des causes extérieures sur la propa- 
gation du tétanos, elle est considérable et M. Nocard a bien 
eu raison de rappeler qu'il en est de même pour la pneu- 
monie... et beaucoup d'autres maladies aujourd'hui recon- 
nues pour être microbiennes. Cela ne veut pas dire toute- 
fois qu'il faille nier l'existence ou l'influence du microbe. 
La guérison du tétanos par une amputation secondaire 
semble bien prouver qu'il existe, qu'il reste localisé dans 
les tissus où il a été inoculé et que ses produits de sécré- 
tion vont se porter un peu partout et déterminer la'maïadie. 

Après un assez long débat, que l'intervention de M.Trélat 
a fait résoudre conformément au règlement de l'Académie 
et aux intérêts scientifiques que celle-ci a pour mission de 
protéger et de défendre, il a été décidé que M. Hayem ferait 
mardi prochain un rapport sur le travail qu'il venait de 
présenter au nom de sou élève M. Roussy. Il convient d'es- 
pérer que, durant cette semaine, M. Roussy se décidera à 
faire connaître la source ou la nature du produit pyrétogène 
qu'il a découvert. On ne peut discuter devant une Académie 
ni sur un remède secret ni sur les résultats d'un procédé de 
laboratoire que son auteur ne divulgue pas. Il nous semble 
que si M. ^Roussy prétend garder secrets ses procédés de 
recherche, M. Hayem ferait mieux de ne pas lire de rapport 
à ce sujet. Les plis cachetés existent pour assurer la prio- 
rité de découvertes encore trop peu précises pour pouvoir 
être officiellement divulguées. 

— L'important travail de M. Lagneau sur la mortalité 
comparative des marins et des soldats français dans les 
diverses colonies comble une lacune qui avait été signalée 
depuis longtemps, notamment par nos confrères de la 
marine. Il a toujours semblé que les administrations publi- 
ques redoutaient les investigations des démographes et 
qu'elles fuyaient la lumière ; cependant il n'en est pas une 
qui n'y ait puisé des renseignements utiles et qui n'ait eu 
finalement à s'en féliciter. M. Lagneau, avec une patience 
et une érudition qu'on ne saurait trop reconnaître, a fait à 
lui seul ce travail considérable que l'administration n'avait 

7 



102 — N» 7 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 45 Février 1889 



pas encore osé tenter. Les résultats qu'il en a tirés montrent 
les immenses services rendus à Thygiène coloniale par le 
corps de santé dans les diverses contrées où la France a 
planté son drapeau; ils montrent aussi sur quels points 
particuliers ces efforts, dévoués et autorisés, devront por- 
ter. A ces divers titres, cette communication aura un grand 
retentissement. 



THÉRAPEUTIQUE 

Les indications thérapeutiques des mercnrlaux 
comme diurétiques. 

On n'a pas oublié — c'est de l'histoire contemporaine — 
l'étonnement que causa le mémoire où, dans les Deutsche 
Archiv, fur klinische Medic, de 1886, Ernst Jendrassik 
annonçait aux thérapeutes la puissance diurétique du 
calomel. 

On s'étonna, mais bien à tort ; il ne s'agissait ni d'une 
révélation, ni d'une découverte originale, mais seulement 
d'une restitution. Le hasard de l'expérimentation clinique 
venait, en effet, de rendre au calomel une vertu que nos 
anciens, sans pouvoir en donner raison, attribuaient à 
diverses préparations mercurielles. 

Paracelse, J. Frank, Boerhave, Hoffmann, étaient de 
ceux-là. Plus près de nous, à la page 408 de son Traité de 
médecine pratique, Vierre Franck n'avait-il pas écrit une 
phrase que les modernes inventeurs de cette ancienne 
médication liront, je pense, avec intérêt et dans laquelle il 
précisait les indications de son emploi diurétique en disant: 
€ On a vu une petite quantité de mercure doux dissiper, 
par un flux abondant d'urine, une ascite compliquée d'ana- 
sarque. y> Il ajoutait encore : « Par l'addition au calomelas, 
d'une petite quantité d'opium, on prévient l'effet purgatifs; 
il remarquait ainsi, comme d'autres l'ont fait depuis, que cette 
action diurétique du calomel est indépendante de son action 
purgative. 

Vint Stokes. Plus affirmatif encore, il recommandait 
chaleureusement le calomel contre n l'anasarque, accom- 
pagnant l'affaiblissement du cœur et sa dilatation i> et en 
attribuait l'action thérapeutique, non pas au ptyalisme, non 
pas à un effet spécifique du mercure, mais bien à ses pro- 
priétés diurétiques. 

Ces citations suffisent. Je rappelle seulement que Saharjin 
a fort opportunément insisté sur la méthode du médecin 
anglais dans le n** 1 du Centralblatt fur die gesammte 
Thérapie de 1886. Je rappelle encore que M. Longuet a 
aussi insisté l'un des premiers sur ce point d'histoire, et 
je passe outre pour me placer au point de vue, le seul d'ail- 
leurs intéressant ici, des indications thérapeutiques, de 
la physiologie et de la posologie des mercuriaux comme 
diurétiques contre les hydropisies. 

1 

Revenons donc, dans le présent, à la première observa- 
tion de Jendrassik. On l'a souvent reproduite : elle est 
classique ; je l'abrège. 

Nous sommes à la clinique de M» Wagner, à Buda-Pest, 
en présence d'un hydropique. Son anasarque est considé- 
rable. D'où vient-elle? De troubles circulatoires. A quelle 
cause attribuer ces derniers ? M. Jendrassik l'ignore. Il 



pense cependant à la syphilis. C'est d'intuition; il Tavouc; 
ce n'est pas un diagnostic ferme. Et puis quand on hésile 
c'est si commode, la syphilis... et parfois si réel I 

Il prescrit donc le calomel, non pas le calomel seul, mais 
une préparation purgative fort classique, un mélange de 
calomel et de jalap à petites doses. Deux jours se passent, le 
malade urine abondamment et l'œdème disparait. 

Encouragé par ce résultat inattendu, M. Jendrassik entr& 
prend des essais systématiques, sur sept cardiaques. L'étal 
général de ces malades est grave; ils accusent des troubles 
respiratoires, de l'asystolie, de l'hydropisie, de rœdèmc des 
membres inférieurs et de l'oligurie. Leur cœur et leurs 
vaisseaux ont résisté à la digitale. Même impuissance de la 
caféine. H. Jendrassik administre le calomel, et voici que, 
le surlendemain, c'est-à-dire après quatre ou cinq doses 
quotidiennes de chacune 20 centigrammes, la diurèse 
augmente et rapidement s'élève à 7, 8 et même 9 litres par 
vingt-quatre heures. 

Il est vrai que cette diurèse s'atténue bientôt en raison 
directe de la résolution de l'anasarque, que cette action 
diurétique s'épuise, et qu'après un temps plus ou moin^ 
long et la cessation du calomel, les hydropisies récidivent, 
H. Jendrassik revient à la préparation mercurielle: mêmes 
effets thérapeutiques. Bref, ce que Stokes avait écrit avani 
lui, M. Jendrassik le voyait à son tour. 

Le calomel posséderait donc des vertus diurétiques et les 
seuls inconvénients de son emploi seraient ceux du mercu^ 
rialisme commençant: la saveur métallique, le ptyalisme, 
la stomatite et parfois la diarrhée. Le thérapeutiste hongrois 
l'affirme : c'est sa conclusion. 

D'autres observateurs, dont le nombre est aujourd'hui fori 
grand, ont reconnu et étudié ces vertus. Ils les ont vanléei 
avec une admiration parfois enthousiaste, et actuellement| 
après un long oubli, ils proposent de rendre au mercure ni 
rang élevé dans l'arsenal assez pauvre de la médication 
diurétique. 

Après les observations de M. Jendrassik, celles (h 
M. Stiller. Dans le Wiener medicinische Wochenschrifl 
de 1886, cet observateur n'hésitait pas à proclamer la palS' 
sance hydragogue du calomel, ce qui était assez classique, ei 
à célébrer — ce qui l'était moins — sa supériorité sur \\ 
digitale. 

A cet effet, il énumérait ses essais et ses succès. Ceux-c 
sont aussi nombreux que ceux-là. Quatorze cardiaques ingc 
rent du calomel ; tous urinent abondamment du troisiètm 
au quatrième jour. Pas un seul revers ! De telles victoire 
ne sont-elles pas inaccoutumées, avec les meilleurs agent 
de la matière médicale ? 

Même satisfaction de la part de M. Mendelsohn {Deui 
medicin, Woch,^ 1886, iV 45). Il afûrme celte souveraini 
puissance diurétique du calomel à laquelle aucun de se 
malades n'a pu résister. C'est plus qu'une victoire, c'est ui 
triomphe ! 

£n février 1887, Nothnagel dépose à son tour en faveur d< 
cette médication. Du hautdesachaire magistrale, il proclama 
son efficacité contre les hydropisies réfractairesàladigitale,i 
la caféine et au salicylate de soude. De plus — fait noté pal 
Stokes — il déclare, lui aussi, que l'action diurétique dt 
calomel n'est pas immédiate, qu'elle se fait parfois attende 
et qu'elle peut manquer, malgré l'ingeslioa régulière d( 
doses convenables durant plusieurs jours. 

Il remarque aussi, toujours après Stokes, dont on onblii 
souvent de citer le nom, que cette infidélité est éphémère 



15 Février 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MEDECINE ET DE CHIRURGIE 



N» 7 — 103 



Le calomel a échoué une première fois. Est-ce un motif d'en 
fesser l'usage ? Non ; il faut répéter la prescription. Un 
premier échec ne doit pas rebuter le Ihérapeulisle et faire 
abandonner le médicament. Le médecin anglais l'avait dit; le 
médecin viennois le répète : « Il faut y revenir à plusieurs 
reprises, ^ 

M. Nothnagel rapporte Thistoire de deux malades. 
C'est peu, ce serait même très insuffisant. Voici heureuse- 
ment M. Rosenstein qui présente seize cas de cardiopa- 
thie, traités par le calomel. C'est mieux. 

Treize fois, déclarait-il le 7 mars 1887 à la Société de 
mdecine interne de Berlin, il a par cette méthode provoqué 
f une polyurie paroxysmale :», après l'échec de la digitale 
et Fadministration inutile de la caféine. Trois fois seule- 
ment Taclion diurétique ne se produisit pas. Voilà des 
rêsnllats un peu différents de ceux annoncés par Jendrassik, 
)Iendelsohn et Stiller. Ils auraient été de nature à modérer 
l'aotesiasme, si le même observateur ne les avait exa- 
gérés en proclamant à tort l'utilité fort contestable du 
calomel dans huit cas de néphrite. Onze fois cependant il 
avait observé, avouait-il, des stomatites et des diarrhées pro- 
foses justiciables seulement de l'opium. 

Quelques jours après, le23 mars, devant la même Société, 
M. Leyden apportait à son tour un contingent de preuves 
cliniques sur la valeur de cette médication. Son témoignage 
était plus réservé. Dans trois cas de cirrhose hépatique avec 
ascite, une seule fois l'ascite cédait à l'action diurétique 
du calomel. Dans quatre cas de cardiopathie avec asysto- 
lie, H. Leyden avait été plus fortuné et avait obtenu quatre 
fois la disparition de l'hydropisie. Son collègue, M. Bast, 
n'avait pas été moins heureux chez un cardiaque artério-sclé- 
reux et hydropique. Enfin, même succès dans une série 
de neuf cardiopathies où M.| Biro employa cette médica- 
tion. 

Cependant voici un autre témoignage. Il est moins opti- 
miste. M. Furbringer l'a professé devant la même Société 
berlinoise : c J'ai bien, répondait-il à ses collègues, obtenu 
nne abondante diurèse par l'administration du calomel, 
mais cette action diurétique est éphémère. Elle cesse 
prompiement, et — aveu de franchise — il n'existe pas un 
seul cas dans lequel je puisse me vanter d'avoir pu, par 
cette inédicatioUf prolonger pendant un instant la vie d'un 
ml malade. > 

MM.Fraenkel et Drasche (de Vienne) ne formulent-ils pas 
les mêmes réserves, et ne donnent-ils pas à entendre que, 
si le calomel échoue, on ignore la t^ause de l'échec, et que, 
s'il réussit, on ne peut donner la raison de son succès ? Au 
demeurant, jusqu'à présent, il n'y a pas eu de l'autre côté 
du Rhin cet accord unanime des observateurs, dont, tout 
dernièrement, on nous affirmait l'existence. 

Tout récemment, d'autres travaux ont été publiés dans le 
but de préciser la question: tels ceux de Schwass (Berliner 
klinische Woch., 17 septembre 1888) ; de Wladislas 
Bieganski et de Stinlzing {Deut. Arch. fiir klin. Med., 
Bd 43, 1887); d'Ignajteff {Petersburger med. Woch,,n^' 44, 
^888); tel surtout celui de M. Terray {Wien. med, Press, 
1888, n" 50), se plaçant au point de vue plus général 
dû traitement des hydropisies de causes diverses par ce 
médicament. A son avis, qui de jour en jour devient celui de 
la majorité des médecins allemands, le calomel rend des 
services contre l'hydropisie des cardiaques. Par contre, ces 
tertus sont moins fidèles et moins précieuses, pour com- 
battre les anasarques d'origine rénale. Il n'est pas seul à le 



déclarer; on va le voir; les médecins italiens partagent 
cette opinion. 

Passons en Italie. Là aussi l'action diurétique du calomel 
a une histoire. Dès 1887, à la réunion de l'Association 
médicale italienne, H. Silva et M. Balestreri (de Gênes) 
reconnaissaient les propriétés diurétiques de ce médica- 
ment. De plus, à la page 38 des Annali universali di medi^ 
cina de cette même année, M. Brugnatelli leur rendait un 
chaleureux hommage, mais — circonstance à noter, — men- 
tionnait dans l'observation qu'il publiait l'association du 
sel mercuriel avec le jalap. Ces résultats thérapeutiques se 
partageaient donc entre l'agent purgatif et le médicament 
diurétique ; on se demande auquel des deux le succès 
appartient. Est-ce à l'émonction intestinale ou bien à 
l'éraonction rénale que l'on doit l'attribuer? 

Sous ces réserves, ces trois observateurs raisonnent 
en cliniciens avisés et adoptent une opinion moyenne. 
Pour eux le calomel est un diurétique de choix chez les 
cardiaques et tout au plus un diurétique de nécessité che2 
les rénaux ! 

En Hollande, semblables essais. Dans le service de cli« 
nique de M. Pel, à l'Université d'Amsterdam, M. Meyzes 
administre le calomel à vingt-sept cardiaques, et obtient des 
résultats favorables, mais inconstants. Chez ces malades, il 
existait de l'asystolie, de la myocardile graisseuse et des 
lésions valvulaires anciennes. 

En Angleterre, les tentatives ont été moins nombreuses 
ou plus discrètes. Malgré le nom de Stokes attaché à cette 
médication, il semble que ses compatriotes ont résisté à 
cet enthousiasme contagieux. Une communication de 
H. Talfour Jones au Congrès de 1888 de TAssociation 
médicale britannique s'y rapporte. Elle a pour objet un cas 
d'ascite hépatique traité par le calomel. C'est un fait à rap« 
prêcher de ceux dont Obolenski (de Moscou) a publié 
l'histoire en 1885 ; ce n'est pas un document décisif. 

Revenons en France. Il est temps. Malgré la prudence de 
nos compatriotes à l'égard de cette médication, rappelons, 
puisqu'on a omis de citer son nom et son travail, que 
M. Lannois, l'un des premiers, sinon le premier parmi 
nous, la signalait dans le Lyon médical de 1886, au 
retour d'un voyage en Autriche et d'une visite à la clinique 
de Wagner. Depuis, avec des fortunes variables, elle a été 
essayée dans les hôpitaux de Paris. M. H. Huchard en fait 
usage sans résultats décisifs jusqu'à présent (Rertte générale 
de clinique et de thérapeutique, 1889 n*» 6), et M. A. Mathieu 
a conseillé tout récemment de la mettre à Fessai {Gaiette 
des hôpitaux, 1889, p. 53). Quand à M. G. Sée, il se déclare 
plus satisfait et dans l'une de ses dernières Leçons il en 
proclame les mérites, après ces observateurs de nationalités 
si diverses, après Collins, après Masius, après Snyers et 
après d'autres encore. 

J'arrête ici cette énumération. Elle est incomplète, je le 
sais, et cependant elle me paraît suffisante pour dégager 
une première conclusion pratique, à savoir : que l'action 
diurétique du calomel, observée par Stokes et quelques 
thérapeulistes d'autrefois, n'est pas une illusion thérapeu- 
tique. Loin de là; elle peut même, mais exceptionnellement 
et à défaut d'autres, devenir, entre des mains expérimen- 
tées, une ressource suprême de la médication hydragogue. 

II 
Essayons au moyen de ces documents d'en dégager les 
indications. 



104 



N« 7 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 15 Février 1889 



Après les premiers succès de Jendrassik et de ses émules, 
les expérimenlaleurs se disaient, ceux d'Allemagne surtout : 
le calomel serait-il donc le médicament de toutes les 
hydropisies? On le prescrivit donc contre les épanchements 
pleuraux, lesascites d'origine hépatique, les ascites rénales, 
comme on venait de l'ordonner contre les anasarques des 
cardiopathies. 

Or les épanchements pleuraux lui résistent; Rosenstein 
Ta montré. Heureusement que contre eux le clinicien 
dispose d'autres ressources, et, comme je le rappelais 
récemment à cette place, d'un diurétique plus usuel et 
mieux maniable, le lait (Gazette hebdomadairey 1888). 

Les ascilesde la cirrhose hépatique cèdent-elles à l'action 
diurétique du calomel? Non pour les uns, qui, avec Rosens- 
tein et Schwass, en considèrent l'emploi comme inutile ; 
« quelquefois pour Leyden, Talfour Jones, Obolenski et 
M. Lannois; rarement, sinon jamais, pour d'autres. Bref, 
la question est en suspens ; il y a désaccord entre les 
observateurs. 

Ils ne s'entendent pas mieux quand il s'agit de le 
prescrire contre les ascites d'origine rénale. Silva, Bales- 
treri et Brugnatelli en condamnent l'administration aux 
individus porteurs de néphrites et de glomérulo-néphrîtes ; 
mais Rosenstein, qui le redoute moins. Ta vu dans quatre 
cas sur huit, provoquer une favorable diurèse. 

Restent les hydropisies cardiaques. Ici, on s'entend mieux. 
C'est contre elles que l'on en fait le plus fréquent usage. 
Au total, les observations publiées par Jendrassik, Leyden, 
Bast, Rosenstein, Nothnagel, Brugnatelli et Ignatjeff, sont 
au nombre de 79, et, dans les 79 cas, on a constaté — 
série singulièrement heureuse, — la résolution de Thydropi- 
sie et le soulagement de l'asystolie. 

En vérité, voilà des succès bien différents de ceux de 
Stintzing qui, sur 19 cas d'hydropisies traitées par le 
calomel, mentionne 11 succès et 8 insuccès (Cent, fur 
klin. Med., 8 septembre 1888). Ils diffèrent aussi des 
résultats obtenus par M. G, Sée. Dans une série de six car- 
diaques soumis à cette médication, trois seulement, dit-il, 
furent amendés; bref, ne méconnaissons pas l'action diuré- 
tique du calomel, mentionnons les chiffres allemands, mais 
avouons qu'en bonne clinique et avec une sage prudence, il 
faut mettre une sourdine à tant d'enthousiasme. 

Un autre enseignement se dégage de ces faits. Il est pra- 
tique d'en tenir compte, car il donne la clef de la plupart 
des succès et des revers obtenus. 

Cet enseignement, quel est-il? Je veux parler de l'in- 
tégrité relative des éléments glandulaires du foie et du rein 
des malades qui sont dociles à l'action diurétique du calo- 
mel. Cette dernière se manifeste plus souvent chez les 
bydropiques en puissance de cardiopathies que chez ceux 
dont Tascite est secondaire à des lésions hépatiques ou ré- 
nales. J'en appelle aux documents que je viens d'énumérer. 
Parmi les auteurs, les uns repoussent son emploi dans la 
cirrhose, et les autres — c'est le plus grand nombre — vont 
plus loin et le condamnent dans le cours des néphrites et 
des glomérulo-néphrites. En d'autres termes, je conclus, 
dès à présent, que, s'il y a lieu parfois de prescrire le calo- 
mel aux cardiaques, atteints d'hydropisie, il y a presque 
toujours contre-indication de l'administrer aux hépatiques 
et aux rénaux. 

La physiologie motive-t-elle cette conclusion ? Essayons 
de le prouver. 



III 

Quelle est l'interprétation physiologique de l'action diu- 
rétique des mercuriaux et en particulier du calomel? 
Notons d'abord l'absence d'effets diurétiques appréciables 
sur les individus en état de santé. Autrement on ne s'ex- 
pliquerait pas que cette action ait pu échapper des siècles 
durant à Tatlention des cliniciens qui chaque jour pres- 
crivent le mercure aux syphilitiques. 

Dans certains états morbides, il en est tout autrement : 
à preuve l'utilité, anciennement reconnue, de préparer 
et d'augmenter les effets diurétiques de la scille et de la 
digitale par l'association d'un composé mercurieU 

Or quels sont les phénomènes physiologiques qui sui- 
vent l'administration du calomel? On observe une augmen- 
tation de la diurèse, vers le deuxième ou le troisième 
jour après l'ingestion des premières doses. Cette augmen- 
tation est considérable : les urines s'élèvent de trois ou 
quatre cents centimètres cubes par vingt-quatre heures 
à trois, quatre et même cinq et six mille. 

Cette c polyurie paroxysmale > n'est pas immédiate, et la 
raison de ce retard se trouve dans la lenteur de l'absorp- 
tion intestinale du composé mercuriel. De plus, cette aug- 
mentation de la diurèse persiste pendant trois, six, huit et 
parfois dix jours, puis s'atténue et finalement le chiffre 
de l'urine, même quand on continue l'administration du 
médicament, se rapproche du chiffre normal et graduelle- 
ment l'atteint. En d'autres termes, les faits cliniques le 
prouvent : l'action diurétique n'est pas proportionnelle à la 
quantité de calomel ingéré; elle est plutôt en rapport avec 
l'étendue de l'hydropisie. 

S'accompagne-t-elle de modifications qualitatives de 
l'urine? D'après Terray, ce liquide perdrait de son poids 
spécifique : c'est une modification de médiocre importance, 
puisque, en augmentant d'abondance, l'urine, on le sait, 
est toujours moins concentrée. 

Cependant elle devient plus riche en éléments solides 
(Talfour Jones) et en chlorures, plus pauvre en albumine, 
quand, — cela s'entend, — il existe de ralbuminurie, enfin, 
plus riche en urée. Ce dernier phénomène a été conslalé 
par maints observateurs, entre autres par.Lewins (The med. 
Record, 1867, p. 405) après l'ingestion du calomel comme 
purgatif, et par Burrow (The med. Times and 6aJ., 1850, 
t. II, p. 53), après des frictions mercurielles. 

Ce dernier phénomène présente une incontestable im- 
portance physiologique et clinique. Je le retiens donc : 
car il peut donner, sinon la raison, du moins une interpré- 
tation de l'action diurétique des sels de mercure et des 
indications ou des contre-indications de leur emploi. 

Deux théories prétendent expliquer leur action. L'une, 
Ia théorie rénale, professée d'abord par Furbringer: elle 
consiste à dire : les sels de mercure font uriner en vertu 
d'une action élective sur l'épithélium rénal. Est-ce là une 
interprétation physiologique? On la motive bien par l'ana- 
lyse chimique dévoilant la présence du mercure dans les 
urines des individus ingérant les sels de ce métal, ou 
par une irritation exercée sur le rein à la manière de 
celle des médicaments dits rénaux. Une action élective, 
soit. Il conviendrait de s'expliquer et de ne pas répéter 
Molière en déclarant que le mercure- fait uriner... quia 
hahet proprietatem diureticam. En vérité, ce serait trop 
commode. 
Proclamer la théorie de Taction élective du mercure sur 



15 Février 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DÉ CHIRURGIE 



— N» 7 — 105 



le rein, c'est affirmer un fait; ce n*est pas le prouver; c'est 
encore moins rinlerpréler, 

L'autre théorie, la théorie hépatique, s'efforce d'être 
plus physiologique et plus clinique. A défaut d'autres, ce 
sont des qualités. 

Le mercure, dit-elle, agit sur le foie, en augmentant 
l'activité de ses éléments, la production du glycogène et 
celle de l'urée. De plus, elle le prouve et avec M. Silva 
{Centrait, f. klin. Med.j 1888, n« 19, p. 346), invo- 
que d'une part l'existence du sucre en excès dans le sang 
des animaux ingérant le calomel depuis plusieurs jours, 
d'autre part, le rapport de causalité démontré par Noël 
Palon entre l'exagération de la sécrétion biliaire, la des- 
truction des globules rouges et l'augmentation de la pro- 
duction de l'urée. 

N'est-ce pas d'ailleurs un fait de connaissance banale 
que la provocation de la diurèse par l'urée accumulée 
dans le sang ? D'où la dilatation des vaisseaux du rein ; 
d'où /'irritation des éléments sécréteurs de cet organe, 
constatée par l'autopsie des animaux observés par M. Silva; 
d'où, enfin, ces néphrites, ces glomérulo-néphrites, ces 
allérations profondes du parenchyme rénal produites 
expérimentalement, démontrées, il y a longtemps déjà, par 
H. Hénocque et d'autres (Société de biologie, 1878) après 
des intoxications hydrargyriques et explicables tout à la fois 
par l'émonction rénale d'une partie du mercure ingéré et 
par celle de l'urée en excès dans le sang. 

Ce sont là, m'objecte-t-on, des considérations très phi- 
losophiques et peu pratiques. Non, soyons indulgent : leur 
adaptation à la clinique et à la théi-apeutique donne faison 
des conti-e-indications, des insuccès et des inconvénients 
des sels mercuriels inconsidérément administrés contre 
l*anasarque de cause hépatique ou rénale. 

Dans les cirrhoses du ''foie la destruction des éléments 
nobles ferme la glande, ralentit la sécrétion biliaire et 
diminue la production de l'urée : de là, dans ces cas, l'im- 
puissance des sels de mercure comme médicament hépa- 
tique et l'absence si fréquente d'effets diurétiques. 

Dans les hydropisies consécutives aux néphrites étendues 
et avancées, la même interprétation ne justifie-t-elle pas 
encore la variabilité des résultats thérapeutiques? Les sels 
de mercure augmentent bien, alors, la sécrétion biliaire et 
la production de l'urée; cette dernière s'accumule bien 
encore dans le sang, mais l'obstacle à TeiTet thérapeutique 
vient du rein dont les éléments glandulaires, détruits ou 
altérés, ne répondent plus à l'action irritante de l'urée. 
Bref, c'est le rein qui est fermé et c'est lui qui fait obstacle 
à l'action diurétique des sels de mercure. 

Après cela il devient aisé de répondre à ceux qui se 
demandent quelle place on doit donner aux mercuriaux 
dans la hiérarchie des médicaments diurétiques? Inutile de 
trop s'attarder à celte question ; mieux vaut reconnaître les 
lacunes des classifications les plus récentes des diurétiques, 
admettre la nécessité de les réviser, et de créer un groupe 
nouveau entre celui des diurétiques cardio-vasculairesy 
agissant sur le cœur, les vaisseaux ou la masse du sang 
el celui des diurétiques rénaux vrais, dont l'action se 
localise sur le rein. Là du moins il y aurait place pour les 
médicaments qui, cholalogues par vocation, deviennent 
des diurétiques par occasion. Ce sont, qu'on me par- 
donne l'expression, des diurétiques hépatiques. Comme les 
autres sels de mercure, le calomel est de ceux-là. 

J'ajoute que les notions vulgaires sur les propriétés des 



mercuriaux permettaient de prévoir les inconvénients de ces 
sels comme diurétiques. Aussi les avocats les plus convain- 
cus de leur emploi reconnaissent ces dangers: ici ptyalismé; 
là coliques et diarrhées. Ces inconvénients sont bien 
connus, on les redoute el on les prévient. On sait que le 
chlorate de potasse et l'antisepsie buccale agissent contre le 
premier, on sait aussi que l'opium combat les secondes. 
C'est classique : je passe oulre. 

IV 

Quel est le moment, et quel est le mode d'administra- 
tion du calomel aux hydropiques? Sur ce point, pas de 
désaccord. 

Il convient de ne pas établir d'emblée ce traitement. Son 
heure est celle où les autres agents diurétiques, scille, 
digitale, spartéine, convallaria, strophantus , indurés, 
caféine et surtout régime lacté, sont en défaut ou cessent 
d'agir. La médication mercurielle des hydropisies est donc 
seulement celle des grands jours el des graves nécessités. 

Elle peut cependant rendre des services dans des circon- 
stances moins solennelles. Stokes le pensait aussi ; d'autreâ 
aujourd'hui, pensent encore de môme. Ils prescrivent le 
calomel dès le début des hydropisies, mais en les associant 
aux autres diurétiques, digitale, scille ou strophantus, dont 
le sel mercuriel favorise l'action. Au lit du malade on tire 
donc un double parti de l'action diurétique des mercuriaux, 
soit comme agents principaux de la médication diurétique 
{Méthode de Stokes renouvelée par Jendrassîk), soit comme 
agents auxiliaires des divers diurétiques {Méthode mixte). 

Les observations de Stokes et les faits signalés par les 
autres cliniciens démontrent bien qu'il n'est pas indifférent 
de débuter par l'une ou par l'autre de ces méthodes. En 
voici la preuve. On prescrit un sel mercuriel ; la diurèse 
se produit, Thydropisie disparaît. Quelque temps se passe 
et voici que*, chez le même malade, on veut combattre le 
retour des accidents par l'emploi des diurétiques clas- 
siques. Vaine tentative: ces médicaments n'agissent plus; 
et pour obtenir un nouvel effet diurétique, on doit de nou- 
veau faire appel aux sels de mercure, dont l'action ne 
s'épuise pas. 

En effet, tous les travaux modernes le prouvent, le calo- 
mel s'administre aisément à plusieurs reprises, et continue 
d'agir encore après les premiers succès. 

Ce n'est pas touf ; autre circonstance à noter. On ne doit 
pas se rebuter après un échec initial. L'action diurétique 
manque après les premières doses de sel mercuriel, soit ; 
on attend quelques jours, puis on revient à son admi- 
nistration et souvent on obtient alors le résultat positif que 
l'on avait cherché inutilement. 

Au reste, la posologie de cette médication est des plus 
simples. Elle consiste à faire ingérer quotidiennement 
aux malades trois ou quatre prises de 15 à 20 centi- 
grammes de calomel. M. Jendrassik prescrit les doses les 
plus élevées sans crainte du mercurialisme. D'autres, par 
prudence, adoptent les doses les plus petites; mais tous 
s'entendent pour suspendre la médication après deux, 
trois ou quatre jours et dès que la polyurie s'établit. 
M. Terray va, il est vrai, plus loin : il attend les pre- 
mières manifestations de Tinloxication mercurielle : sto- 
matite et diarrhée. 

Se produit-il des effets purgatifs sous l'influence du 
calomel? Dans ce cas, et cela s'explique, l'action diurétique 
est faible ; mais cet accident ne fait pas obstacle au succès 



106 — N* 7 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 15 Février 1889 



final. On le comprend aisément, Taclion purgative étant 
au même titre que l'action diurétique l'un des moyens de 
la médication hydragogue. Quelques thérapeutistes, entre 
autres, M. Brugnatelli, regardent la diarrhée comme un 
avantage. Ils la cherchent et volontairement la sollici- 
tent par l'association du jalap au calomel. 

La propriété de provoquer la diurèse chez les hydro- 
piques est-elle un privilège appartenant en propre au 
calomel, ou bien une vertu commune au mercure et à ses 
composés? Ici, il existe une lacune dans l'histoire théra- 
peutique de ce métal et de ses sels. Naguère Burrow avait 
utilisé l'action diurétique des frictions mercurielles contre 
l'ascite de la cirrhose hépatique. Depuis, M. Rosenstein 
n'a pu obtenir le même succès contre les hydropisies cardia- 
ques. Que conclure de résultats aussi contradictoires? 

Le dernier de ces observateurs a essayé le sublimé sur 
six hydropiques. Une fois l'action diurétique parut réelle ; 
une autre fois elle fut douteuse et quatre fois elle manqua. 
En outre les effets de l'iodure jaune et du chlorure de 
mercure ont été analogues, de sorte que, sans préjuger 
le résultat d'essais ultérieurs, on doit admettre provi- 
soirement la supériorité du calomel sur les autres mer- 
curiaux en raison de la facilité de son maniement, de 
l'aisance de son administration et de la faiblesse relative 
de sa toxicité. 

En résumé, voici ma conclusion : l'action diurétique du 
calomel peut rendre des services contre les hydropisies des 
cardiopathes; mais après et malgré l'échec des autres diu- 
rétiques; — elle manque souvent et son emploi n'est pas 
sans danger dans la cirrhose et dans les néphrites avec 
anasarque. 

Est-ce à dire, avec ceux qui l'ont en vain prescrit contre 
ces dernières hydropisies, que ce sel agit plus volontiers 
sur les individus en puissance de cardiopathies et jouerait 
le rôle d'un médicament cardiaque? Non «assurément, 
car il ne modifie ni l'énergie, ni le rythme du cœur. 
Si pendant la durée de son action thérapeutique, on voit 
bien, il est vrai, le pouls se régulariser, ce phénomène 
secondaire est en rapport avec la résolution de l'hydropisie 
et non pas avec une modification de la motilité cardiaque, 
par l'agent médicamenteux. 

On ne doit donc pas demander à cette médication plus 
qu'elle ne peut donner. C'est pourquoi je termine en répé- 
tant ce que j'ai déjà écrit plus haut : le calomel est un 
médicament de nécessité contre les hydropisies cardiaques; 
ce n'est pas un médicament de choix et en rappelant ce 
qu'un ancien médecin, Lentin, disait judicieusement du 
mercure : Ubi omnia alia remédia fatescunt, menu- 
rius sanai, 

Ch. Eloy. 



CONTRIBUTIONS PHARMACEUTIQUES 

liCS lavements nareoilqnea. 

On a souvent l'occasion de prescrire des lavements des- 
tinés à procurer aux malades un sommeil calme et suffi- 
samment prolongé. On administre dans ce but le laudanum, 
le chloral, etc. Il est préférable de remplacer le laudanum 
par la teinture d'opium qui ne renferme pas de narcotine 
et calme davantage. Huit à dix gouttes de teinture d'opium 
suffisent à faire supporter les lavements d'hydrate de 



chloral parfois irritants, même lorsqu'ils sont pris dans du 
lait. Mais il vaut mieux encore administrer le chloral 
(2 grammes), le sulfonal (même dose) ou l'hypnone (dix ou 
vingt gouttes), en les associant à la gomme et à l'huile d'a- 
mandes douces. Yoici la formule que nous recommandons : 

Hypnone X à XX gouttes. 

Gomme en poudre 3 grammes. 

Huile d'amandes douces. 5 — 

Eau 150 — 

Pour un lavement. 

Mélangez dans un mortier l'huile et la gomme, ajoutez 
l'hypnone, puis l'eau, petit à petit, en battant continuelle- 
ment. Au bout de cinq (minutes Témulsion est parfaite. On 
peut remplacer l'hypnone par 1 ou 2 grammes de chloral 
ou de sulfonal. Ces corps introduits dans cette émulsion 
sont moins irritants pour la muqueuse/cctale. 

Pierre Vicier. 

^ 

REVUE DES COURS ET DES CLINIQUES 

HOSPICE DE LA SÂLPÊTRIÈRE : H. LE PROFESSEUR CnARCOT. 

Chorée molle. — Le 8 décembre il vient à la consul- 
tation externe une femme paraisssant atteinte d'une hémi- 
plégie gauche qui ne serait autre chose qu'une hémichorée 
molle consécutive à une hémichorée ordinaire. Il est bon 
de rappeler à cette occasion que la chorée molle n'est pas 
autre*chose que la chorée ordinaire modifiée. Il n'est pas 
absolument rare, chez les enfants choréiques surtout, de 
voir survenir brusquement une paralysie qui peut atteindre 
les quatre membres, la moitié du corps ou un membre 
seulement. Cette paralysie est complète, ne s'accompagne 
pas de troubles de la sensibilité et a pour caractère con- 
stant (comme l'hémiplégie hystérique du reste) de ne pas 
présenter de déviation de la face. 

C'est là un grand point pour le diagnostic de ces troubles 
passagers avec l'hémiplégie organique vulgaire. M. Charcot 
croit cependant avoir vu une fois, au temps où on ne con- 
naissait pas encore l'bémispasme glosso-labié, la face 
prise dans une hémiplégie choréique. 

Hémiplégie faciale. — Vient ensuite un homme atteint 
d'une hémiplégie faciale à type périphérique. H. Charcot 
indique, à propos de ce malade, la manière de faire le dia- 
gnostic du siège de la lésion. Il suit le facial dans son 
trajet depuis Técorce jusqu'au trou stylo-mastoïdien, insiste 
sur les paralysies d origine protubérantielle, montre les 
effets concomitants produits par la destruction en tout ou 
en partie du facial et du faisceau pyramidal son voisin et 
indique les symptômes résultant de cette division et capa- 
bles d'éclairer le diagnostic. En procédant par exclusion 
on arrive à penser que le malade a une paralysie faciale 
d'origine auriculaire. 

Amyotrophïe articulaire. — Il y a six semaines un ou- 
vrier est pris sans cause appréciable de douleurs dans 
l'épaule. Au bout de quatre jours ces douleurs sont si 
vives qu'il interrompt son travail. L'arthrite cède, mais on 
constate bientôt une atrophie énorme du deltoïde et égale- 
ment une atrophie de tous les muscles du bras et de 
l'avant-bras. Les réflexes sont forts. Il s'agit véritablement 
là de l'amyotrophie d'origine articulaire. Conformément à 
la règle, I extenseur de la jointure (deltoïde) est le muscle 
le premier et le plus atteint. En six semaines il a donc pu 
survenir une atrophie aussi considérable du fait seul de 



i5 FÉVRIER 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— NM — 107 



l'arlhrite. Ces faits justifient la théorie de Yuipian basée 
sur le retentissement spinal de la souffrance articulaire; 
théorie que M. Charcot a faite sienne par le développe- 
oieiU et les preuves cliniques c|u'il lui a donnés. 

Le professeur rappelle le fait d'un malade qui pris de 
plusieurs jointures successivement eut du retentissement 
spinal avec exaltation réflexe tels qu'un médecin des 
hôpitaux crut avoir affaire à une double paraplégie (supé- 
rieure et inférieure) spasmodique ayant produit aes désor- 
dres articulaires. (Leçon du 8 décembre.) 

ÂTAxiE ET HYSTÉRIE CHEZ LE MÊME SUJET. — Fort heu- 
reusement pour les nosographes il n'y a pas d'hybrides en 
pathologie; malgré une intrication d'apparence indéchif- 
frable, il est toujours possible au clinicien de faire la part 
des maladies distinctes réunies par hasard chez un même 
sujet. M. Charcot, le H décembre 1888, montre à son 
cours une femme, du reste entachée d*hérédité nerveuse 
dès Tenfance, qui présente réunis le tabès et l'hystérie. Le 
professeur attire I attention sur les troubles oculaires pro- 
duits dans le présent cas par les deux affections; chacune 
imprimant aux symptômes son cachet particulier. 

Du fait de son tabès la malade a du myosis et le signe 
d'Argyli Robertson ; du fait de l'hystérie elle a un beau 
rétrécissement du champ visuel avec transposition du 
rouge.M. Charcol établit la différence qu'il y a entre l'achro- 
matopsie hystérique et l'achromatopsie tabétique. La pre- 
mière (que présente la malade) consiste en un rétrécisse- 
ment concentrique régulier du champ visuel, rétrécisse- 
ment qui atteint naturellement et fait disparaître progres- 
sivement le bleu, le jaune, le rouge, le vert, le violet. 
Parfois le cercle du rouge est rejeté au centre par une 
transposition assez fréquente. 

L'achromatopsie tabétique consiste en un rétrécissement 
irrégulier allant du centre à la périphérie et non de la 
périphérie au centre et atteignant les cercles des couleurs 
(sans transposition du rouge) en sens inverse de l'achro- 
matopsie hystérique. Rien que par l'examen des yeux on 
peut donc, chez cette malade, faire le diagnostic de tabès 
et d'hystérie. L'analyse clinique ne fait qu'aider à consta- 
ter le dualisme pathologique. 

SCLÉROSB EN PLAQUES ET HYSTÉRIE. — Une jcuno fille 

du service de la clinique est atteinte de ces deux affections. 
Du côté des yeux elle présente du fait de la sclérose en 
plaques : 

1' Une paralysie associée des yeux (cause de diplopies 
transitoires) ; du vague dans le regard ; 

^ Du nysiagmus ; 

3' Une sorte de myosis différant du myosis tabétique 
en ce qu'il s'agit dans l'espèce' d'un myosis sthénique 
d'une véritable convulsion ; 

4' y.ûe décoloration spéciale de la papille (cause d'am* 
l^lyopie, de cécités plus ou moins passagères) absolument 
différente de la papille nacrée des labétiques. C'est une 
décoloration spéciale du nerf optiaue qui amène rarement 
une cécité incurable. Il s'agit là d une maladie inflamma- 
toire, d'une véritable névrite. La fatalité est moindre que 
dans l'atrophie papillaire du tabès. Dans ce cas l'achroma- 
topsie de la sclérose en plaques se traduil fonctionnelle- 
nient, comme celle de l'ataxie, par une disparition du bleu 
et du jaune. Du fait de l'hystérie nous trouvons le rétré- 
cissement concentrique habituel avec transposition du 
l'OQge, nous avons donc une espèce de fusion sans confu- 
sion, cependant des troubles oculaires dus à la névrite 
optique de la sclérose en plaques et du rétrécissement 
concentrique avec achroraatopsie et transposition du rouge 
de l'hystérie. (Leçon du il décembre 1888.) 

Folie du doute. — Il faut continuer à donner ce nom 
aux troubles mentaux ajipartenant à cette catégorie, bien 



que tous les malades ne présentent pas la folie du doute 
à nroprement parler. M. Cnarcot présente à sa leçon une 
collection curieuse de bouts d'allumettes, de feuilles, de 

Seaux d'oranges, de cailloux, de morceaux de viande, 
'os, etc., etc. La malade qui collectionne ces objets dé- 
goûtants est une commerçante des plus intelligentes, mer- 
veilleusement organisée pour les affaires. Les collection- 
neurs, les onomatomanes, les scrupuleux de toute nature, 
les arythmonomanes, les mysophobes, les métallophobes, 
constituent un grand groupe naturel auquel on a donné le 
nom assez impropre de dégénérés. Malgré le correctif de 
supérieur appliqué à certains de ces dégénéHSy le terme 
est mauvais. Ces malades sont avant tout des héréditaires. 

Tabès et maladie de Basedow. — A une des der- 
nières séances de la Société médicale des hôpitaux M. Barié 
a présenté un malade atteint de maladie de Basedow et de 
taoès. Loin de considérer les deux maladies comme deux 
affections juxtaposées et sans autre lien entre elles que le 
lien de la famille neuro-pathologique, M. Barié a voulu 
voir dans les troubles buloaires de Basedow, des signes 
d'une propagation au bulbe de la sclérose des cordons pos- 
térieurs. M. Charcot, à l'appui de l'opinion contraire à 
celle de M. Barié et soutenue par H. Joffroy à la Société 
des hôpitaux, montre un malade atteint de tabès et de 
maladie de Basedow ; chez cet homme c'est la maladie de 
Basedow qui a commencé. On serait donc mal venu à dire 
que c'est le tabès, venu plusieurs années après, qui s'est 
propagé au bulbe. 

Le professeur montre ensuite un autre tabétique atteint 
en même temps de paralysie générale progressive. S'agit-il 
donc d'une propagation cle la lésion spinale au cerveau ou 
de la lésion cérébrale à la moelle.... On peut le soutenir, 
mais la vérité est que la série est la même. On peut avoir 
le tabès seul, ou le tabès avec la paralysie générale, ou le 
tabès avec une des formes de l'aliénation mentale, surtout 
la mélancolie. (Leçon du 21 décembre 1888.) 

P. B. 



TRAVAUX ORIGINAUX 

PatholOfcle f^énérale. 

Nouveaux faits confirmant l'origine équine du tétanos, 
par M. le professeur Verneuil, 

Je ne puis que me réjouir de l'activité avec laquelle on 
poursuit les recherches sur la nature et les origines du 
tétanos. Les communications se multiplient dans les Sociétés 
savantes et dans la presse et à en juger par les progrès que 
la question a faits depuis le temps relativement court où 
elle a été nettement posée, on peut espérer oue la lu- 
mière ne tardera pas beaucoup à se faire sur les points 
principaux. 

Je crois d*abord que la nature infectieuse et parasitaire 
n'est plus guère contestée, mais je reconnais que l'origine 
animale et l'origine tellurique se disputent encore (comme 
cela est juste d'ailleurs) la priorité. Je compte reprendre 
cette question le plus tôt possible devant l'Académie de 
médecine et exposer de nouveau la théorie que j'ai déjà 
formulée dans ma conférence du mois de janvier dernier; 
mais en attendant, pour entretenir le zèle de mes bienveil- 
lants collaborateurs et provoquer de nouvelles adhésions, 
j'emprunterai les colonnes de la Gazette hebdomadaire 
qui se sont si souvent ouvertes déjà, pour publier d'intéres- 
santes observations inédites, bien favorables à mon hypo- 
thèse. 

Yoiei d'abord un fait modèle, par sa netteté et sa puis- 
sance démonstrative. Je le dois à l'obligeance de M. le 



108 — N* 7 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 15 Février 1889 



docteur Peltier, médecin aîde-major au 25« de ligne, à 
Cherbourg ; il a été recueilli aux environs de Rennes. 

Obs. I. — Tentative de castration faite sur l'homme par un 
castreur de chevaux. Tétanos au cinquième jour. Mort le 
lendemain, — M..., menuisier, âgé de quarante-deux ou qua- 
rante-trois ans, est mort il y a quinze jours de tétanos suraigu. 
Le décès à peine connu, la rumeur publique affirme que cet 
homme s'est fait opérer ou plulôt mutiler peu de temps aupa- 
ravant par un individu dont la seule profession est de castrer 
les jeunes animaux, en particulier les chevaux. 

La justice s'émeut de ces rumeurs et je suis requis, en l'ab- 
sence du confrère civil, pour aller constater ce qu'il pouvait 
y avoir de fondé dans ces bruits. 

Palpant les bourses des deux côtés en môme temps, je trouve 
les deux testicules en place, mais à la partie postéro-infériéure 
du scrotum, du côté gauche, je constate la présence d'une 
plaie peu étendue, dont les lèvres sont renversées en dedans 
de manière à former un petit infundibulum à roriOce duquel se 
trouve un bourdonnet de charpie imprégné de pus et maintenu 
par un suspeusoir. Il n'y avait pas eu castration, mais vrai- 
semblablement intervention quelconque, la plaie n'étant pas 
un simple trajet. 

Le hongreur que désignait la rumeur publique est interrogé 
et il ne fait aucune difficulté d'avouer que, cédant aux sollicita- 
tions réitérées de M..., il avait, le 17 novembre, consenti, 
moyennant 5 francs, à lui faire cette opération. M..., espèce de 
maniaque au cerveau mal équilibré, voulait même qu'on lui 
enleva les deux testicules dont il souffrait, disait-il. Le hon- 
greur décrivait avec complaisance l'opération pratiquée : 
u s'était servi pour cela de ses instruments ordinaires ; ayant 
incisé les bourses, il avait fait sortir, disait-il, le testicule, 
appliqué un fil ciré et coupé net avec son canif. Il ne s'était 
pas produit d'hémorrhagie, et l'opération n'ayant pas eu de 
suites fâcheuses, les deux compères étaient allés, aussitôt 
après, prendre un café au cabaret voisin. L'opéré continua les 
jours suivants de vaquer à ses occupations habituelles comme 
si de rien n'était. Le 21, qvatre jours après, dans l'après-midi, 
voulant fumer un cigare, il s'aperçoit qu'il a quelque difficulté 
à en couper le bout avec ses dents ; il se met au ht seulement 
dans la soirée et meurt brusquement le lendemain 22, à six 
heures du soir, après avoir présenté les symptômes caractéris- 
tiques du tétanos. 

Avis télégraphique est envoyé au parquet, qui se rend dans 
l'endroit avec un médecin chargé de pratic|uer l'autopsie. 

Prolongeant en haut et eu bas l'incision existante pour 
ouvrir les bourses, on trouve un foyer dans lequel les tissus 
sont dilacérés et imprégnés de pus. La partie inférieure du 
testicule a été sectionnée; la surface de section est recouverte 
d'un exsudât fibrineux grisâtre; le parenchyme de la glande est 
infiltré de pus dans une certaine profondeur ; les éléments du 
cordon, dans la partie extra-inguinale, sont agglutinés entre 
eux et difficiles à dissocier. Pas de péritonite ; tous les viscères 
abdominaux sont parfaitement sains. Congestion pulmonaire, 
caillot volumineux dans le cœur droit. Veines et sinus de la 
dure-mère distendus par du sang noir, iie tissu cérébral est 
ferme, ne présente pas d'altérations visibles à l'œil nu, le 
niqueté est peut-être un peu plus marqué qu'à l'état normal. 
Rien dans les pédoncules ni dans le bulbe. 

« Je n'ai, cher maître, que ce seul fait à vous présenter. Il 
est au moins authentique : i'ai vu moi-même le malade 
avant sa mort; le trismus, ropisthotonos avec redouble- 
ments convulsifs très marqués ne permettent pas le 
moindre doute sur le diagnostic; j*ai assisté à l'autopsie, 
qui démontrait qu'une plaie avait été faite au scrotum, 
intéressant le cordon et le testicule ; enfin j'étais présent à 
l'interrogatoire de l'homme qui avait fait cette opération et 
dont la profession, comme l'indique son enseigne d'ailleurs, 
est affranchisseur de chevaux. 

e Quant à l'assertion de cet homme qui prétendait avoir 
extirpé complètement le testicule, elle s'explique parce 
fait que M... devait être atteint d'un varicocèle volumineux 
et douloureux (il prenait tous les jours deux bains de siège 
froids par ordonnance de médecin cl portait un suspensoir; 
de plus il avait déclaré à son opérateur que la "partie 
gauche se gonflait parfois considérablement, descendant 



Sresque jusqu'à mi-cuisse). Après incision des enveloppes 
es bourses, le paauet variq\ieux faisant hernie aura été 
pris pour le testicule par l'empirique, qui aura tiré dessus 
et fait une ligature en masse. 

€ J'ajouterai que l'individu qui fait l'objet de cette obser- 
vation n'était nullement alcoolique mais sujet à des crises 
nerveuses de nature indéterminée qui le rendaient malade 
parfois plusieurs jours de suite. 

« Il eût été certainement fort important de savoir si le 
hongreur avait soigné antérieurement des chevaux léU- 
niques, mais on n'a pas songé à prendre ce renseignement. 

( Recevez, cher maître, etc., etc. 
c 3 décembre 1888. » 

Le fait peut je crois se passer de commentaire, car il 
faudrait plus que du scepticisme pour ne pas voir ici Tori- 
gine équine et la contagion médiate par l'homme ou se< 
instruments. 

La lettre suivante m'a été adressée le 39 juillet dernier 
par M. le docteur Justin Carié, médecin en chef dcTh^- 
pital espagnol de Buenos-Ayres. 

Vénéré confrère, 

J'ai été vivement frappé de l'exposition que vous avez faili» 
sur la nature du tétanos dans votre conférence à rAssociatioii 
française. En rassemblant mes souvenirs, j'ai reconnu la juv 
tesse de votre hypothèse, qui sera, je crois, oientôt admise par 
tous... Je ne saurais faire ici avec la ri^eur scientifique né- 
cessaire le récit des faits aue j'ai autrefois rencontrés, mais je 
me promets, à l'avenir, a'examiner à ce point de vue les ras 
nouveaux ; le suivant, tout récemment observé avec M. le doc- 
teur Carrera, semble tout à fait confirmalif. 

Obs. II. — Plaie du sourcil avec la mèche d'un fouet. 
Tétanos au huitième jour; mort rapide. — C. J..., quarani<»- 
quatre ans, charretier, bonne santé habituelle, se fait, en fouet- 
tant son chevaly une petite blessure au-dessusdu sourcil gauchf» 
au niveau du trou sus-orbitaire. Le lendemain, œdème considé- 
rable de la paupière supérieure, puis petit abcès qu'on ouvre 
et d'où sort un peu de pus de bonne nature. Pansement avec la 
glycérine phéniquée. Deux jours après, cicatrisation complète 
et disparition de l'œdème ; tout semblait fini au bout du cin- 
quième ^our. 

Trois jours plus tard, c'est-à-dire au huitième jour de racri- 
dent, le blessé se plaint d'un froid qui f empêche d'ouvrir In 
bouche. Le médecin diagnostiaue un trismus tétanique et pres- 
crit le chloral à haute dose et la pilocarpine. 

Le lendemain, M. Carié constate le trismus absolu, la contrac- 
ture des muscles du pharynx et du larynx, et des accès violents de 
suffocation. Injections de morphine et de cocaïne et lavement 
de chloral. A onze heures la contracture cède, la respiration se 
rétablit; mais deux heures plus tard les accidents reparaissent 
et le malade succombe après une demi-heure d'une lutte 
horrible. 

M. Carié fait ressortir avec raison les points suivants : 
la profession de charretier; l'instrument vulnéranl, lei 
fouet, lequel venait précisément d'être en contact avec le 
cheval ; la marche suraiguô ; la terminaison rapide ; la 
limitation de la contracture aux muscles de la face, du 
larynx, du pharynx et de la respiration: ceux de la| 
nuque, du dos* de l'abdomen, et des membres n'ayant pas 
été atteints. A quoi j'ajouterai à mon tour que la termi- 
naison a été 1res rapide précisément à cause de l'envahis- 1 
sèment en auelque sorte primitif des muscles dé la déglu- 
tition et de la respiration. I 

Le même agent vulnérant, c'est-à-dire la mèche de fouet 
frappant la même région dans les mêmes circonstaiices, se 
retrouve dans les deux observations suivantes, que j'extrais 
de Texcellente thèse de M. le docteur d'Oliveiro Luzès (D. 

ObS. m. — Cocher, vingt et un ans; fouettant ses chevanv, 
la mèche du fouet frappa l'œil gauche ; plaie conlusc de la , 
cornée. 

(1) TtlnnOt thèse soutenue à IJsb jnno dans le cuui*ant do tSHJ?, p. 9*- 



i5 Février 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



N* 7 



109 



Cinq jours après, premiers svraptômesd'un tétanos qui guérit 
par le bromure de potassium, Je sulfate de soude et le séné en 
lavement. 

D' Ântonib Da Silva Oleiro. 

Obs. IV. — Blessure grave de Vœil gauche par la mèche 
d'un fouet. Tétanos au 9« jour; guérison (D*^ Luzès, obs. 
personnelle. Thèse, p. 95). — F..., trente-quatre ans, charre- 
tier, forte constitution, bonne santé, entre à Thôpital le 31 dé- 
cembre, service de clinique du professeur Oliveira Feijâo. 

En fouettant son cheval, il se frappe Fœil gauche avec la 
mèche du fouet ; il en résulta une hémorrbagie abondante, la 
perle de la vue et au bout de deux jours Télimination du globe 
oculaire. 

Traitement par les lotions avec Tarnica et le sulfate d'atropine. 

Le 9 janvier, dans la nuit, difficulté pour ouvrir la bouche et 
pour mastiquer, déviation de la commissure buccale droite. 

Le 10, tremblements dans tout le corps augmentés, par la 
lumière et le bruit. 

Le 1 1,1e patient est transféré à la salle San Carlos où M. Luzès 
lui-même constate : fflobe de rœil cncavé, contracture des 
muscles de la face, douleurs de la nuque, pouls fréqueut, 110; 
température» 39 degrés; tétanos conûrmé. 

Traitement par 1 hydrate de chloral, guérison complète le 
9 AHrier. 

Voici encore un autre fait du même genre, dans lequel 
le tétanos et la blessure eurent pour intermédiaire une 
panophthalmie. 

Obs. V. — Un jeune garçon de dix-neuf ans reçoit dans rœil 
gauche un coup de fouet. Deux jours et demi après, panophthal- 
mie. Huit jours après la blessure, trismus; au neuvième jour, 
contraciures des membres, puis paralysie partielle du moteur 
oculaire commun de Toeil gauche; au onzième jour, opisthoto- 
nos avec contractions ioniques et classiques des membres. Délire 
et mort au quatorzième jour. 

Le malade avait présenté en même temps des phénomènes 
(J'ophthalmie sympathique à gauche. A Tautopsie, pas de mé- 
ningite. Quelques ecchymoses dans le péricarde viscéral, Thy- 
perlrophie de la rate et des ganglions mésentériques, la colo- 
ration foncée, laquée, du sang dans les grosses veines, font 
conclure à l'existence d*une maladie infectieuse. Lésions di- 
verses des cellules du bulbe et de la moelle épinière (Becker, 
Arckiv. fur Psychiatrie, 1872, vol. XII, fasc. I, p. 250-251). 

J'ai déjà signalé, dans mon long ménioire inséré dans 
la Revue de chirurgie^ la mèche du fouet comme un dan- 
gereux agent vulnérant et cité d'assez nombreux faits à 
rappui. 

Je ti'ouve encore dans la thèse de M. Luzès, p. 94, un 
cas de tétanos par morsure de cheval, à ajouter aux nom- 
breux faits de même ordre que la science possède déjà, 
il s*agissait d'un charretier de vingt-deux ans, blessé au 
petit doigt de la main droite le 30 mars. Entré à Thôpital 
le même jour, il fut pris le 3 avril d*un tétanos auquel il 
succomba. 

H. le docteur Legrip, ({ui exerce depuis de longues années 
à Chatou, a observé trois cas de tétanos, dont Tun chez un 
menuisier à la suite d'une morsure de cheval (1). 

M. le docteur Germain (de Château-Thierry), qui m*a 
jadis fourni des documents, vient de m'en envoyer un 
nouveau. 

Au mois de juillet dernier : Un boucher possédant plusieurs 
chevaux pour son commerce se pique à la main avec une 
esquille osseuse et meurt du tétanos. 

M. le docteur Nègre, exerçant acluellemenl à Saint- 
Mandé a observé autrefois à Rodez le fait suivant : 

lue femme de charretier, âgée de quarante ans, tenant une 
auberge et soignant elle-même tous les jours ses chevaux, se 

(1) Dans lo3 deux aulref cas, il «'ad^issaii d'un ciiltivalour qui tombant sur la 
(ac« dans um cliainp, se fit uno lar^ écorchura au nex et au front ; il guérit en 
qaaire »einaines ; puis d'un tonnelier qui, atteint do brûlures multiples, succomba 
iîin rapidement. Ces cas étant loiatains, H. Legrip n'a pu me donner de détails 
plas précis. 



fait à la main droite une légère blessure qui ne Tempêche pas 
de continuer à panser ses animaux. Quelques jours après, 
elle est prise d'un tétanos subaigu dont elle est soignée et 
guérie par le docteur Albespy (de Rodez). 

L'observation suivante m'a été communiquée par M.Paul 
Berger, chirurgien de l'hôpital Lariboisière. 

Obs. VI. — Maréchal-ferrant de Sceaux, se fait le 14 août 
1888, à neuf heures du soir, une plaie profonde à la face dor- 
sale de la main, en brisant un carreau ue verre ; hémorrbagie 
artérielle arrêtée par la charpie et le perchlorure de fer, pas de 
phénomènes inflammatoires ; bains et pansements phéniqués à 
partir du 16. 

Le âO août, le blessé, se sentant mal à l'aise, va à Thôpital 
Cochin ; on le panse à Tiodoforme. En rentrant chez lui, il res- 
sent du trismus et de la raideur des muscles de la nuque et du 
dos ; aussitôt, lavement de chloral et injection de morphine. 

Le 21, aggravation et extension de la contracture, sauf aux 
membres ; point de convulsions ; pouls, respiration, température 
à rétat normal. 

Chloral et morphine à hautes doses sans succès, la contrac- 
ture se généralise, convulsions et accès d*asphyxie. 

Le 23, malgré le sommeil chloralique, le patient est courbé 
en arc ; le moindre attouchement provoque une suspension pro- 
longée des mouvements du diaphragme, contracture dcrœ- 
sophage, crise violente consécutive a Fessai du cathélérisme 
œsophagien ; température, 40 degrés ; pouls variant de 60 à 
140 pulsations. 

Mort dans la nuit suivante. 

Le malade avait ferré des chevaux le jour même où il s'était 
blessé. 

J*ai cité déjà des faits analogues dans mes publications 
antérieures; ceux que je relate ici sont inédits, sauf un, 
et me sont parvenus dans ces derniers temps, ce qui démon- 
trerait, soit dit en passant, qu'ils ne sont point rares. 

Je voudrais qu ils fussent pris en considération par 
quelques personnes qui, un peu à la légère et sans paraître 
bien au courant de la Question, déclarent simplement que 
la provenance équine au tétanos humain est certainement 
inadmissible ; puis par ceux encore qui croient plutôt à la 
provenance telluri^ue. C'est même pour ces derniers que 
j'écris aujourd'hui cette note, en leur faisant remarquer 
que chez aucun des malades cités plus haut les blessures 
n'ont été en rapport avec la terre. 

Je terminerai par la relation de trois faits précieux. Les 
deux premiers établissent de la façon la plus nette la con- 
tagion équino-humaine directe. Je les dois à M. le docteur 
Santallier, médecin de la marine à Saint-Denis (Ue de la 
Réunion). 

Obs. VII. — Un mulet laissé à Técurie, & cause d'un accident 
survenu pendant la ferrure, se blesse à l'épaule en faisant des 
efforts pour s'échapper. 

Un Indien, B..., palefrenier, chargé de le panser, en hachant 
des herbes pour couvrir la plaie, se blesse lui-môme à la main, 
mais continue son service sans s'en préoccuper. 

La semaine suivante, le mulet est emporte par le tétanos. 

Dix jours plus tard, le palefrenier est pris lui-même de tétanos 
et succombe. 

Ceci se passait en 1887, dans la banlieue de Saint-Denis, dans 
un établissement de vidange où il y avait environ quarante 
mulets et de nombreux coolies. 

Quelques temps après, à Saint-Pierre, dans un autre établis- 
sement de vidange appartenant au même propriétaire, un 
incendie éclate; un mulet assez profondément olessé et gardé à 
l'écurie est pris de tétanos et eu meurt. 

Quelques jours après, son palefrenier, oui lui-même avait été 
légèrement brûlé, est pris de trismus et o opisthotonos. 

Un médecin appelé aussitôt institue le traitement et parvient 
à sauver le malacie. 

Qu'en diront ceux qui avancent ^u'on n'a jamais vu les 
gens soignant les chevaux tétaniques être atteints eux- 
mêmes de cette maladie? 

Enfin le fait suivant, unique à ma connaissance, montre 



110 — N* 7 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DÉ MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 15 FÉVRreR 1889 



comment un cheval non tétanique, — mais certainement 
tétanifère suivant moi, — peut servir d'intermédiaire entre 
un homme récemment blessé devenant tétanique et un 
cheval antérieurement affecté de tétanos. 
Je le dois à M. le docteur Tapie. 

Obs. VllI. — Le 16 octobre 1887, à Auch, un sous-lieutenant 
de chasseurs, en promenade, tombe de son cheval, la main gauche 

Srise sous le piea de ranimai. Le chaton de la bague portée au 
oigt annulaire coupe les parties molles et ouvre les gaines ten- 
dineuses. 

Dix minutes plus lard, la main était plongée dans une solu- 
tion de sublimé puis recouverte d'un pansement antiseptique 
bien fait. 

Les jours suivants la blessure a bonne apparence et suppure 
à peine. Cependant, vers le douzième jour, Irismus et raideur 
du cou. 

Le lendemain, Topistliolonos et les convulsions conûrment le 
diagnostic. 

Le malade traité par la chaleur, Tobscurilé, le repos absolu 
et le chloral à la dose de 12 grammes par jour, se rétablit. 

Le vétérinaire du régiment apprit à M. le docteur Tapie 

Sue dans Tëcurie occupée par le cheval du lieutenant, 
eux chevaux avaient été atteints de tétanos trois mois 
auparavant ; ils avaient guéri. 

L'année précédente, dans le même régiment, on avait 
observé un cas de tétanos humain. 

N'est-il pas logique d admettre que le cheval du lieute- 
nant, bien sain en apparence, portait sur lui, à Tétat latent 
et sans en être incommodé, les germes tétaniques pris dans 
l'écurie contaminée huit mois auparavant et les transmettait 
à son maître à l'occasion d'une légère blessure, et malgré 
un traitement antiseptique local très précoce. 

On voudra bien me rendre cette justice que si, ayant 
émis une hypothèse, je cherche de mon mieux à la faire 
prévaloir, je me fais un devoir de l'appuyer sur des faits 
aussi nombreux et aussi précis que possible. 



SOCIÉTÉS SAVANTES 

Académie de médeelne. 

SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE H. MAURICE PERRIN. 

M. le docteur Motait (d'Angers) se porte candidat au titre de correspondant 
national dans la première division {Anatomie) et M. le docteur Félix (de 
Bruxelles), candidat au titre de correspondant étranger dans la deuxième division 
{Chirurgie). 

MM. les docteurs Prieur (à Gap) et Huguenari, médecin-major de 2* classe au 
6* régiment de hussards, envoient les relovés des vaccinatUmt et revaccinationt 
qu'ils ont pratiquées en 1888. 

M. le docteur Ripault adresse un mémoire sur les dangert des purgatifs vrais 
dans les maladies infectieuses, 

M. le docteur J. Comby envoie une Notice sur le professeur Boyer et invite 
l'Académie à souscrire au monument qui doit être érigé h sa mémoire à Uxerche 
(Corrèze). 

M. Roehard présente un volume sur l'hygiène de la vue, par MM. les docteurs 
Calezowshi et Kop/f, 

M. Larrey dépose un ouvrage de M. le docteur de Séré sur la virilité et Vdge 
critique de l'homme et de la femme et fait don de plusieurs collections de recueils 
scientiflques et d'hygiène. 

M. il. Robin présente le premier numéro de la Revue des Pyrénées et de la 
France méridionale, publiée par MM. Sacaze et F. Garrigou. 

M. A. Gautier dépoie un mémoire de M. Œchsner de Coninck sur les acides 
oxybenseilque et bcMoîque, 

Tétanos. — La discussion sur l'éliologie du tétanos, 
soulevée au mois d'octobre dernier par M. Verneuil, reprend 
par un discours de M. Nocard. Pour lui, les faits expéri- 
mentaux sont venus si complètement confirmer les données 
de la clinique qu'il n'est plus possible de contester l'inocu- 
labilité du tétanos traumatique; car, dans tous les cas où 



l'on connaît le traumatisme d'où procède le tétanos, il suffit 
d'inoculer le pus de la plaie, les bourgeons charnus ou 
même les tissus de la cicatrice, pour rendre tétaniques la 
plupart des animaux aptes à contracter la maladie. Or, le 
tétanos spontané ne diffère pas du tétanos traumatique, 
quant à ses symptômes, à sa marche et à ses modes de 
terminaison, d'où il est permis de conclure que l'un el 
l'autre ont une cause identique; ce qui les distingue seule- 
ment, c'est que dans un cas Ton connaît et dans l'autre on 
ignore la porte d'entrée du contage. Il est, il est vrai, plus 
difficile d'interpréter le rôle indiscutable du froid dans bon 
nombre de cas de tétanos, mais il est ici permis d'admettre 
que le bacille tétanigène existe dans l'organisme comme le 
pneumocoque dans celui des pneumoni()ues, préalablement 
au coup de froid, qu'il est resté inoffensif tant que leur santé 
a été parfaite et que la perturbation résultant du refroidis- 
sement en a tout à coup permis la diffusion et la prolifé* 
ration. 

Comme M. A. Guérin, M. Nocard ne croit pas que le 
tétanos soit transmissible par l'air, d'autant qu il ne sau- 
rait donner au mot infection la signification restreinte 
qu'on lui accordait autrefois. Si le pansement de Lister est 
impuissant à prévenir cette affection, ce n'est pas parce 
qu elle ne proviendrait pas d'un agent infectieux, mais plu- 
tôt parce que le contage tétanique possède une extrême ré- 
sistance aux causes naturelles de destruction, ainsi que 
M. Nocart en fournit de nombreux exemples. Dans les cas 
de tétanos chirurgical ce sont surtout les instruments da 
chirurgien qui portent le contage sur la plaie opératoire; 
d'où l'indication très nette de les aseptiser par le flambage 
ou par rimmersion dans un bain d huile chauffé au delà 
de 120 degrés centigrades. Depuis 1882, M, Nocard a fait 
17 autopsies complètes de chevaux tétaniques; à part l'aug- 
mentation notable et constante du liquide céphalo-rachi- 
dien, il n'a rien constaté d'anormal ; l'inoculation de tous 
les produits supposés infectieux, notamment de la sub- 
stance nerveuse, a toujours été négative, sauf une fois. 
Le contage tétanioue semble donc rester confiné au voisi- 
nage de la plaie a'où procède la maladie, de même que 
dans la diphthérie le microbe pathogène n'existe nulle 
part ailleurs que dans la fausse membrane. Enfin, la gra- 
vité du tétanos paraît être en raison inverse de la durée 
de son incubation ; mortel lorsqu'il apparaît du septième 
au huitième jour, il guérirait lorsqu'il survient du vingtième 
au vingt-cinquième jour, si bien que le médecin trouve- 
rait dans la date de l'accident un élément précieux pour 
établir son pronostic. 

Dans un long et important mémoire, M. Leblanc cri- 
tique les diverses observations d'origine équine du tétanos, 
communiquées par MM. Verneuil et Ricochon. II /ail 
remarquer que aans ces cas les personnes blessées n'avaient 
été en contact qu'avec des chevaux sains ou avec des bœufs, 
des moutons ou des porcs ; il ne peut admettre en principe 
qu'un animal puisse transmettre à l'homme une maladie 

3u'il n'a pas. Examinant, par contre, les faits si nombreux 
e la pratique vétérinaire, il estime (|ue dans cette ques- 
tion on doit tenir] compte de la prédisposition; le germe 
n'agit que sur le sujet prédisposé et ce germe, s'il existe, 
réside dans le sol. Il ne croit pas à l'infection, encore 
moins à la contagion du cheval au cheval et du cheval à 
rhomme. Si l'infection était la seule cause du tétanos, 
l'autopsie devrait donner des résultats positifs et elle a 
échoué dans des cas nombreux. Aussi attendlra-t-il des 

(preuves nouvelles avant de se convertir à la doctrine de 
'infection, cause unique du tétanos. 

M. Verneuil craint que M. Leblanc n'ait examiné qu'une 
partie des observations qu'il a présentées el qui sont plus 
nombreuses que celles dont il vient de parier. Il se réserve 
de répondre en détail mardi prochain, en faisant l'expose 
de sa doctrine à l'égard du tétanos. 



15 Février 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N*7— IH 



Patbogénie de la FtÈVRE. — M. Hayem communique 
un mémoire dans lequel M. le docleur Roussy rend compte 
d expériences qui lui ont permis d'isoler d'un micro-orga- 
nisme une substance chimique à laquelle il donne le nom 
de pyrétogénine et qui, inoculée à raison d'un demi-milli- 
gramme par kilogramme d'animal, détermine, chez le chien 
tout au moins, un accès de fièvre intense. D'où il conclut 
que la fièvre observée dans les différentes maladies est 
causée par une substance chimique identique ou sem- 
blable à celle-ci. De même il existerait des substances ana- 
logues, qui auraient des propriétés frigorigènes. 

Ce mémoire sera discuté par l'Académie, lorsque 
M. Hayem aura donné lecture du rapport qu'il est chargé 
de faire. 

Mortalité militaire aux colonies. — M. Gustave 
Lagneau présente un tableau comparatif delà mortalité des 
marins et des soldats français dans les colonies. Après avoir 
rappelé que nos jeunes gens de vingt à trente ans, en géné- 
ral, onl une mortalité annuelle de 8 à 10 sur iOOO, il mon- 
tre d'abord que les militaires à l'intérieur, en France, bien 
que soumis à l'élimination de tous les infirmes et débiles 

Sardes exemptions, dispenses et réformes, qui déchargent 
e nombreux décès l'obituaire de l'armée, présentent une 
mortalité au moins égale, de 9 à 11 sur 1000, par suite 
principalemeut de Tencombrement humain de la caserne. 

Passant à l'Algérie, il rappelle que la mortalité, de 77 
sur lOX) de 1837 à 1848, est descendue actuellement à la 
proportion d'environ 11 à 12 sur 1000, peu différente de 
telle de l'armée à l'intérieur. 

Pareillement, mais plus rapidement la mortalité de nos 
soldats, de 61 sur 1000 en Tunisie en 1881, serait actuelle- 
ment descendue à 12 sur iOOO. 

La mortalité de nos militaires est remarquablement faible 
dans nos possessions océaniennes, de 8 à 9 sur 1000 à 
Tahiti, à la Nouvelle-Calédonie. 

Bien que la mortalité ait considérablement diminué aux 
Antilles françaises, où de 91 sur 1000 d'effectif, d'un 
onzième, de 1819 à 1855, elle serait arrivée à n'être guère 
ordinairement qu'environ deux fois plus forte qu'en France, 
elle s'élève bien davantage lorsque sévit la fièvre jaune. 

Quoique beaucoup moindre pour les militaires que pour 
les colons cultivant le sol, la mortalité à la Guyane s'est 
montrée énorme lors d'épidémies de fièvre jaune, qui ont 
fait périr jusqu'à 237 hommes sur 1000 comme en 1855, 
près d'un quart de l'effectif. 

Dans les Indes françaises, à Pondichéry, la mortalité 
serait d'environ 37 sur 1000. 

Dans la Cocbinchine, la mortalité considérable durant 
les premières années de l'occupation, de 115 sur 1000 en 
1861, soit de plus d'un neuvième de l'effectif, serait pro- 
gressivement descendue à n'être guère que le double qu'en 
France. Mais, pour cette colonie, comme pour toute autre, 
on ne peut exactement déterminer la mortalité réelle due 
au séjour colonial, par suite du rapatriement de nombreux 
malades, dont un certain nombre succombent ultérieure- 
ment. 

Vu la diversité plus grande des saisons, le Tonkin serait 
plus salubre. Mais par suite de leur nombre insuffisant, les 
soldats fatigués seraient parfois fortement éprouvés. De 
1882 à 1885, leur mortalité annuelle aurait été d'environ 
40 sur 1000. Mais, en 1885, à partir d'août, durant quelques 
mois, le choléra fit périr 96 sur 1000 de l'effectif.. 

A la Réunion, la mortalité de nos soldats et marins serait 
modérément élevée, si dans ses hôpitaux ne venaient mourir 
les malades de Madagascar et des îles voisines. Aussi la 
mortalité ordinaire de 29 à 30 sur 1000 s'élève-t-elle de 70 
à 113 sur 1000 lors de certaines expéditions dans les Iles 
Madecasses. 

Parmi nos colonies les plus insalubres, le Sénégal sem- 



ble le plus redoutable. La mortalité moyenne de 148 
sur 1000 de 1832 à 1837, a diminué de moitié, et est ac- 
tuellement de 73 sur 1000, çrâce à la moindre durée du 
séjour et au rapatriement rapide de 150 malades sur 1000 
d'effectif, malades qui trop souvent succombent ou restent 
valétudinaires. Dans cette colonie, les épidémies de fièvre 
jaune font périr parfois plus de la moitié des Européens ; 
en 1830, en 1859, en 1878, il succomba 573, 610 et 526 
malades sur 1000 Européens. 

Pour atténuer la morbidité et la mortalité de nos troupes 
coloniales, non seulement de plus en plus on abrège leur 
temps de séjour; on les envoie dans des sanatoria à des 
altitudes plus ou moins grandes, dans des îles assainies par 
les brises de mer ; on rapatrie promptement les convales- 
cents et les malades transportables ; mais il faut surtout de 
plus en plus substituer les troupes indigènes tout accli- 
matées, aux troupes européennes, dont l'acclimatement est 
si difficile. Des volontaires doivent seuls fournir au recru- 
tement des cadres et de quelques rares corps spéciaux. 

En se créant des colonies, la France, non seulement 
accroît son importance politique et ses relations commer- 
ciales, mais aussi favorise notre émigration, nui en offrant^ 
à nos nationaux, de larges débouchés, de nombreux moyens 
d'existence et de richesse, augmente le bien-être général et 
accroît notre natalité, actuellement si restreinte. Mais, 
ainsi que le font d'autres nations, ainsi que le fait l'Angle- 
terre, la France doit publier les documents statistiques 
relatifs à la morbidité et à la mortalité de nos marins, de 
nos troupes coloniales. La nation qui fournit les hommes, 
les Parlements qui décident de la prise de possession de 
telle ou telle contrée, doivent connaître la dîme mortuaire 
de chaque campagne, de chaque occupation territoriale. 
Dans notre pays, plus riche que populeux, il importe que 
l'évaluation précise du nombre ues malades et des morts 

[lermette d'appliquer constamment les mesures hygiéniques 
es plus propres à en restreindre les proportions. Il importe 
aussi que la mission périlleuse de nos troupes coloniales 
étant mieux appréciée, on sache récompenser nos soldats, 
nos marins proportionnellement aux dangers uu'ils courent 
pour étendre et maintenir au loin l'autorité de la France. 

— L'ordre du jour de la séance du 19 février 1889 est 
fixé ainsi qu'il suit : 1° Rapport de M. Hayem sur un mé- 
moire de M. le docteur Roussy concernant la pathogénie de 
la fièvre ; 2'' Communication de M. Guyon sur la néphror- 
raphie ; S** Discussion sur le tétanos. Inscrits : MM. Ver- 
neuil, Trasbot ; 4'' Lecture de M. le docteur Pinard sur une 
observation de laparatomie dans un cas de grossesse extra- 
utérine. 



Soel^lé médleAle des hôpitaux. 

SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1889. — PRÉSIDENCE DE 
M. CADET DE GASSICOURT. 

Réformes hygiéniques dans les serv^ioes hospitaUers : K. MiUard 
(Dltousaion : MM. Rendu. LaUler). — Du strophantos dans les 
maladies du oœur: M. Buoquoy. — Rapports du goitre ezophthal- 
mique et de l'atazie : BCM. Féréol, BaUet (Disoussion : MM. Re- 
nault, OUivier, DumontpaUier, E. Labbé). — Donations A la 
Société). 

A l'occasion du procès-verbal de la précédente séance, 
M. Millard fait savoir qu'il a appuyé auprès de l'adminis- 
tration les justes réclamations formulées par ses collègues 
Cour l'exécution de réformes hygiéniques dans les hôpitaux 
rousseau et des Enfants-Malades. L'administration fait 
preuve depuis longtemps déjà des meilleures intentions en 
vue des améliorations de cette nature ; elle a été déjà saisie, 
l'an dernier, d*un projet d'organisation de l'antisepsie 
médicale, et sur les instances de M. Grancher, formulées 
dans une lettre dont M. Millard donne lecture, elle a voté 



il2 — N» 7 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 15 Février 1889 



une sorarae de 27924 francs, destinée aux réformes récla- 
mées dans cette lettre, et à Tinstallation d'une étuve à 
vapeur humide sous pression du système Geneste et 
Herscher. Une seconde aécision, toute récente, a destiné à 
des réformes semblables la somme de 500000 francs, pro- 
venant du ministère de l'Intérieur et prélevée sur la rede- 
vance des paris mutuels aux courses de chevaux. Sur le 
rapport de M. de Salverle, les crédits suivants ont été 
votés: 180000 francs pour envoi à titre d'essai d'enfants 
scrofuleux dans les stations thermales ou maritimes; 
120 000 francs pour remplacement des étuves à désinfection 
par le nouveau système; 200000 francs pour l'amélioration 
du mobilier des services non seulement de chirurgie, mais 
de médecine et d'accouchements. 

H. Rendu reconnaît le bon vouloir de l'administration, 
mais il fait observer que tant qu'on mettra vingt malades 
dans une salle où dix seulement peuvent respirer, tant que 
les services seront encombrés de brancards, on ne pourra 
réaliser une bonne hygiène et une désinfection suffisante. 

M. Lailler pense qu'il vaudrait mieux répartir les 
• 200000 francs votés sur certains services spéciaux et non 
sur la masse, car alors on n'arrivera qu'à des avantages 
insignifiants pour chacun d'eux. 

M. Millard répond que telle est en effet l'intention de 
M. Monod, directeur au ministère de Tlntérieur. Peut-être 
la Société des hôpitaux pourra-l-elle, en temps opportun, 
émettre un vœu à ce sujet. 

— M. Bucquoy offre son travail sur le slrophantus dans 
les maladies du cœur. Il fait savoir à ce propos que l'admi- 
nistration, sur l'avis formel du pharmacien en chef des 
hôpitaux, a décidé qu'elle ne délivrerait pas de strophantus. 
Les motifs allégués ne sauraient être valables puisaue le 
strophantus du commerce, abondant sur le marché de 
Londres, est bien spécifié comme graines du strophantus 
Kombé, que son prix de revient est loin d'être excessif, et 
que ce n'est plus un médicament à l'essai, mais au'il est 
employé régulièrement dans toutes les capitales de I Europe 
et aux Etats-Unis. H. Bucquoy propose à ses collègues de 
faire un certain nombre de bons pour des pilules d'extrait 
de strophantus, destinées à leurs services respectifs ; il 
espère que l'on pourra ainsi forcer la maiu à l'adminis- 
tration. 

— M. Féréol ne veut pas entrer dans la discussion des 
rapports du goitre exophthalmique et de l'ataxie; mais il 
tient à remercier M. Barié d'avoir rappelé que, dès 1874, 
il avait signalé le tremblement comme un des symptômes 
de la maladie de Graves. 11 relate une observation de goitre 
exophthalmique développé chez un homme de cinquante 
ans et dont la guérison a été complète sous l'influence 
de l'iode intus et extra. Il rappelle aue, si la guérison de 
la maladie de Graves n'est pas rare chez les jeunes sujets, 
par contre elle est exceptionnelle chez les gens âgés, qui 
succombent d'ordinaire soit à une cachexie profonde, soit 
à une affection organique du cœur, ou à une sorte de con- 
somption hyperpyrétique spéciale. 

M. Ballet reconnaît la coexistence indéniable, signalée 
par H. Barié, du goitre exophthalmi(|ue et de l'ataxie, mais 
li ne saurait admettre, comme lui, que la maladie de 
Basedow soit la conséquence des lésions tabétiques du 
bulbe. M. Barié admet sans doute la maladie de Basedow, 
névrose, dont la réalité ne saurait être niée en présence de 
son étiologie par émotion morale, de la brusquerie de son 
apparition, de ses rémissions, de sa guérison et de ses réci- 
dives possibles. La discussion ne saurait s'engager sur ce 
point, mais sur celui de savoir si des lésions tabétiques 
bulbaires peuvent engendrer la maladie de Basedow. A pro- 
pos du malade présenté, en 1874, devant la Société, par 



M. Féréol, M. Ballet lui-même, cherchant l'explication des 
phénomènes de tremblement, d'hémiparésie avec hyperes- 
thésie à droite et hémianesthésie du côté opposé, avait 

[lensé à l'existence d'une lésion bulbaire; mais, depuis lors, 
es notions acquises en neurologie ont modifié son opinion,' 
et il n'est pas douteux qu'il s'agissait de Thystérie associée, 
chez ce malade, au soitre exophthalmique. Dans les cas 
analogues à ceux de M. Barié, on peut émettre deux hypo- 
thèses. La première, admise par M. Joffroy et par M. Ballet, 
mais que repousse M. Barié, est celle de la coexistence de 
l'ataxie et de la maladie de Graves. Il ne s'agit pas, d'ail- 
leurs, d'une coïncidence fortuite; elle résulte (l'une lare 
originelle, ordinairement héréditaire, prédisposant certains 
individus à l'éclosion de différentes affections nerveuses. 
Les exemples de ce fait abondent : coexistence de plusieurs 
délires, de l'hystérie et des vésanies, des vésanies et de la 
chorée,de l'hystérie et du goitre exophthalmique, de Tataxie 
et de la neurasthénie. C'est presque une loi de la patholo- 
gie nerveuse; donc, rien de surprenant à Tassociation de 
l'ataxie et de la maladie de Basedow, manifestations d'une 
même cause : l'hérédité nerveuse. La seconde hypothèse, 
celle de H. Barié, parait, par contre, inadmissible. Il fau- 
drait admettre que les lésions tabétiques ont intéressé le 
noyau bulbaire du pneumogastriaue; mais, lorsque ce 
noyau dégénère, dans la sclérose latérale amyotrophiçiue, 
par exemple, on observe bien de la tachycardie, mais il 
s'agit alors d'un trouble ultime, sans apparition des autres 
signes de la maladie de Basedow. En terminant, M. Ballet 
rappelle que M. Joffroy admet qu'au cours de l'ataxie, on 
peut observer une tachycardie, sans qu'on doive la reprd r 
comme indiquant la coexistence de la maladie de Graves. 
Sur quels arguments cfiniques s'appuie-t-il pour différen- 
cier la tachycardie de Basedow de celle qu'il rattache direc- 
tement au tabès? — En résumé : l'association possible de 
la maladie de Graves et du tabès est chose bien établie. 
L'hypothèse d'une lésion bulbaire dépendant de l'extension 
du processus tabétique ne paraît pas admissible. Il faut 
voir, dans les faits de ce genre, avec MM. Charcot et Joffroy. 
un exemple de ces associations d'affections nerveuses qui 
ne sont pas rares chez les héréditaires et les dégénérés. 

M. Renault rapporte un cas de goitre exophthalmique 
très net, avec exophthalmie, goitre médiocre, et tachycar- 
die, dans lequel tous les accidents disparurent après un 
accouchement à terme. 

M. Ollivier a observé, chez un ataxique, une hyperhydrose 
et une séborrhée ayant disparu au bout de quelques mois 
alors que les symptômes du tabès continuaient à évoluer. 
Ces accidents paraissent relever d'un trouble du sympathi- 
que et démontrer, en particulier, l'influence du système ner- 
veux sur la sécrétion sébacée. 

M. Ballet rappelle qu'on observe assez fréquemment des 
troubles de même ordre chez les ataxiques : crises de diar- 
rhée passagère, poussées de rougeur éphémère à la peau. 
Il a vu, une fois, une sialorrhée assez intense. 

M. DuMontpallier est surpris d'entendre parler de la^ 
guérison du goitre exophthalmique ; il n'en connaît aucune' 
observation, et n*en a jamais eu d'exemple parmi les nom- 
breux goitres qu'il a rencontrés. 

M. Ballet répond que les cas de guérison ne sont pas rares 
si l'on envisage non pas seulement les faits de goitre exoph- 
thalmique typiques, mais les formes frustes. Dans les cas 
les plus caractérisés la guérison est encore possible, bien 

au'el le soit relativement rare. lien rapporte unexemplei 
es plus concluants. Bien des observations probantes ont 
été recueillies à la Salpétrière après l'emploi des courants 
électriques et surtout aes courants continus. 

M. E. Labbé avait cru jusqu'ici que le goitre exophthal- 
mique ne guérissait pas. Il a observé, pour sa part, plu-i 



13 Févbier 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N- 7 — H3 



sieurs fois l'association de la maladie de Basedow et de 

FaUxie. 

La séance est levée à cinq heures et quart. 

André Petit. 

~ Suite de la liste des donations a la Société : 
MM. Baillai^er, 50 francs; Charcot, 100 francs; Duraont- 
pallier, 500 francs ; [Grancber, 1000 francs ; Bourdon, 
■iO francs: Labric, 500 francs; Lereboullet, 100 francs; 
R. Moulard-Marlin, 100 francs; Hallopeau, 100 francs; 
£. Labbé, 200 francs; Ilayem, 100 francs; Ferrand, 
liJO francs; Gouraud, 50 francs; Monteils (membre corres- 
pondant à Mende, Lozère), 100 francs ; Hutinel, 100 francs. 



Soeléi^ de chirargle. 

SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1889. — PRÉSIDENCE DE 
M. LE DENTU. 

Kyste dermolde de la Joue : K. Lannelongue. — Plaie pénétrante 
de l'abdomen : M. Baadon (Rapporteur: M. Ohauvel. Diaousslon : 
XM. Kirmlsaon, Terrier, Quènu, Berger, Peyrot). — Anèvrysme 
de la soos-daviére : K. VlUadarèe (Rapporteur : K. Nèlaton. Dis- 
ausion : MM. Terrier, Kirmiason, Marc 8èe. Vemeuil). — Myômes 
otëriBa pédicules douloureux : M. TerriUon (Diecusaion : MM. Des^ 
prëa, Routier. Terrier). — Laparotomie exploratrioe : M. Dupon- 
ehel. — Amputation de Lisfrano : M. ChauTel. 

M. Lannelongue dépose une autre observation de kyste 
dermolde de la joue à ajouter à celles qu'il a communiquées 
récemment. Il existait depuis la naissance une petite tache 
éreclile précisément là où se montra la tumeur. 

— M. Chauvel donne lecture de deux observations de 
plaies pénétrantes de Tabdomen par armes à feu, suivies 
deguérison sans intervention, par M. Baudon (de Nice). 
H. Chauvel a fait le relevé des cas de laparotomie faits 
pour les accidents de ce genre et a constaté qu'en Amérique 
du moins, la proportion des succès va en augmentant. Si 
l'on est moins heureux en France, cela tient à ce qu'on 
opère trop tard. 

M. KirmissoTty au sujet du cas que M. Berger a rapporté 
dans la dernière séance, rappelle que tout le monde est 
d'accord en ce qui concerne les plaies de l'estomac, qu'elles 
guérissent spontanément dans la plupart des cas et qu'il 
faut en faire une classe à part. Le pronostic est bien diiïé* 
rent pour les blessures de l'intestin grêle, et si en Amé- 
rique on obtient la guérison dans un tiers des cas, c'est 
que les chirurgiens les opèrent tous et très promptement. 

M. Terrier pense qu'il faut ouvrir l'abdomen quel que 
soitle viscère atteint. Si les Américains réussissent, cela 
tienlàccque les blessés sont transportés très rapidement 
et trouvent à l'hôpital un chirurgien assistant qui opère 
dès leur entrée. En France l'intervention la plus hâtive 
ne peut pas se faire avant six ou huit heures. 

M. (fuénti, appelé une demi-heure après l'accident auprès 
d'une malade qui avait une plaie de l'estomac, n'intervint 
point quoiqu'il fût dans de bonnes conditions. Malgré le 
iraiiemcnt médical, la malade mourut de péritonite au 
cinquième jour. Pour H. Quénu, il ne faut pas être demi- 
interventionniste; la règle est d'agir toutae suite ou pas 
du tout. 

; M. Berger fait remarquer que s'il est facile de trouver et 

! de suturer la plaie de la face antérieure de l'estomac, celle 

^ela face postérieure se cache si bien dans l'épiploon qu'il 

^st parfois impossible de la rencontrer même à l'autopsie. 

M. Peyrot raconte l'histoire d'une laparotomie faite 
^eize heures environ après le coup de feu; des perforations 
(ioubles de l'estomac, du côlon transverse et du duodénum 



furent facilement trouvées et suturées ; le projectile entouré 
de fragments de vêtement était logé derrière le duodénum. 
Le malade mourut vers le quatrième jour. 

— M. Nélaton lit un rapport sur une observation d'ané- 
vrysme de l'artère sous-cfavière traité par les courants 
continus et guéri en cinquante-cinq jours par M. Villada- 
rès. L'interprétation de celte cure est assez difficile à 
donner à cause des lacunes que renferme l'observation. 

M. Terrier. Comme on a simultanément traité le ma- 
lade qui était syphilitique par l'iodure de potassium, il n'y 
a pas à chercher ailleurs que dans son influence la cause 
de la guérison. D'ailleurs les anévrysmes en général même 
chez les sujets non syphilitiques s'améliorent copeidérable- 
ment par les iodures et surtout par l'iodure de sodium. 

il, Kirmisson rappelle que récemment M. Jaccoud a 
réuni une douzaine d'observations d'amélioration d'ané- 
vrysmes de l'aorte sous l'influence des iodures, et M. Marc 
Sée que l'Académie a adopté la môme opinion sans con- 
teste. 

M. Verneuil pense que les chirurgiens ne profitent pas 
assez de cette méthode qui appartient à Bouillaud. 

— M. Terrillon lit un mémoire sur l'extirpation des 
mvômes utérins pédicules douloureux. Ce n'est pas le 
volume de ces tumeurs qui est la cause de l'intervention 
opératoire, c'est d'une part la douleur spontanée, exagérée 
par la pression, la station debout, la marche, douleur tou- 
jours vive et que le décubilus dorsal seul soulage; d*autre 
part ce sont des troubles intestinaux, nausées, crampes 
douloureuses, vomissements, tous symptômes attribués 
presque toujours à une maladie d'estomac. Quoique ces 
librômes sous-séreux coïncident le plus ordinairement avec 
des fibromes interstitiels ou avec des tumeurs semblables 
faisant saillie sous la muqueuse dans la cavité utérine, 
M. Terrillon s'est contenté dans les quatre cas qu'il a 
opérés d'enlever la tumeur pédiculée et les douleurs ont 
complètement cessé. Il attribue ces vives soufl'rances à des 
adhérences entre le grand épiploon et ces tumeurs ma- 
melonnées, irrégulières, flottant dans de larges limites ' 
dans l'abdomen ; quant aux adhérences, elles seraient 
provoquées par des poussées de péritonite partielle, 
comme la clinique a permis de l'observer dans un cas. 

H. Després ne s'explique pas que des malades conser- 
vant des fibromes interstitiels après ablation des pédicules 
ne souffrent plus. 

M. Routier a enlevé un corps fibreux de 2 kilogrammes 
et demi flottant à côté d'un utérus énorme; grâce à la cas- 
tration faite simultanément la malade a guéri. 

M. Terrier croit que si les adhérences épiploiques sont 
l'origine des douleurs, il y a aussi les inflammations des 
annexes à invoquer comme cause dans presque tous les 
cas. 

M. Terrillon n'a envisagé que les fibromes pédicules 
douloureux par eux-mêmes, sensibles à la pression et indé- 
pendamment de toute autre tumeur de l'utérus. 

— M. Duponchel présente un malade atteint de troubles 
digestifs variés à la suite d'un coup de pied de cheval sur 
l'abdomen. Des plaques de péritonite tuherculeuse furent 
reconnues par une laparotomie exploratrice et depuis 
l'opération le malade est complètement rétabli. 

— M. Chauvel montre 'un malade auquel il a pratiaué 
une amputation de Lisfranc avec un lambeau plantaire plus 
long que celui qui est conseillé dans les livres classiques. 

M. Delens a fait une opération semblable selon la mé- 
thode classique et a obtenu un très bon résultat. 

— M. Horteloup présente un nouveau modèle de sonde 



lU 



N- 7 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



15 Février 1880 



dans lequel est supprimé le cul-de-sac qui existe entre 
Tœil de la sonde et son extrémité. Cette modification en 
rend le nettoyage facile et Tantisepsie plus parfaite. 

P. ViLLEMIN. 



Société 4e biologie. 

SÉANCE DU 9 FÉVRIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. BROWN-SÉQUARD. 

Sur la crampe des èorivalns : M. Fëré. — Sur la structure de la 
glande pinèale : BCM. Mathias-Duval et Kalt. — Les sauterelles en 
Algérie : M. Kûnckel d'Herculals. — Influence de la respiration 
sur les contractions cardiaques : K. Broi^m-Sèquard. — Des mi- 
crobes de l'estomac : M. Abelous. — Dosage de l'acide benzoïque 
et de l'acide salicylique : M. Oesohner de Goninck. — Sur l'estomac 
du cachalot : MM. Beauregard et Pouchet. — A propos d'une alté- 
ration des ongles : M. Chouppe. — Effet de l'excitation du bout 
périphérique du nerf vague sur la respiration : M. Laulanié. 

M. Féré a observé un cas de crampe des écrivains survenu 
à la suite d*émotions répétées chez un musicien (un flû- 
tiste) ; il y eut d'abord impotence fonctionnelle des doigts 
qui s'appliquent sur la flûte, puis crampe des muscles 
antagonistes. Conformément à la théorie d'après laquelle 
cette afl'ection dépend surtout d*un épuisement général, 
M. Féré la traita avec succès par le massage et par la sur- 
alimentation. 

— M. Kalt a étudié avec M. Mathias-Duval la structure 
chez Torvet et chez différents oiseaux de la glande pinéale, 
qu'il faut, comme on sait, considérer comme un troisième 
œil; elle diffère sur certains points chez ces animaux et 
chez les mammifères. 

— M. Kûnckel d'Herculais a étudié les sauterelles qui 
Tannée dernière ont envahi l'Algérie; ces sauterelles 
n'appartiennent pas, comme on l'avait cru, à l'espèce 
Acridium peregrinum; M. Kûnckel d'Herculais a d'abord 
déterminé cette nouvelle espèce, puis ses conditions de vie, 
les conditions dans lesquelles les œufs sont pondus, etc. 
Toutes ces recherches n ont pas été inutiles à la détermina- 
tion des meilleurs procédés à employer pour la destruc- 
tion des criquets. 

— M. Broum-Séquard a continué ses expériences, dont 
il a parlé dans la dernière séance, relatives à l'influence 
inhibitoire des mouvements respiratoires, particulière- 
ment de l'inspiration, sur les contractions cardiaques ; il 
présente des tracés qui montrent bien cette influence. 

— M. Abelous (de Montpellier) fait une communication 
sur les microbes de l'estomac; il en a déterminé seize 
espèces Qu'il a cultivée en différents milieux : les uns agis- 
sent sur les substances hydrocarbonées, les autres sur les 
aliments azotés; il en a retrouvé plusieurs espèces dans 
les matières fécales ; d'autres espèces doivent se retrouver 
dans la salive. 

— M. Quinquaud mésenie un Iravail de M. Oeschner de 
Coninck sur une méthode de dosage de l'acide benzoïque 
et de Tacide salicylique, quand ils se trouvent en même 
solution. 

— M. Beauregard fait en son nom et au nom de M. Pou- 
chety une description sommaire de l'estomac du cachalot, 
estomac proprement dit, jabot, sac duodénal. 

— M. Chouppe a observé, à la suite d*inbection, 
une altération trophique de l'ongle du médius qui, au bout 
de (luelque temps, fut suivie d'une altération semblable se 
produisant au médius de l'autre main. 

— M. Chauveau présente une note de N. Laulanié sur 
l'arrêt de la respiration causé par l'excitation du bout péri- 
phérique du nerf pneumogastrique. 



BIBLIOGRAPHIE 

De l'éllologle de la phthlale pulmonaire el laryng^ée ei 
de leur Iraltemenl h toute* leo pértodeo de la maladie, 

par H. le docteur Libermann , ancien médecin principal 
de l'armée. — Paris, 1888, G. Masson. 

Ainsi que le dit l'auteur de ce Iravail, il peut paraître 
hardi, en présence de la doctrine microbienne qui domine 
actuellement la pathologie, d'avancer sur la phthisie pul- 
monaire une théorie nouvelle où le microbe ne joue aucun 
rôle. Ce n'est pas que M. Libermann nie l'existence du 
bacille de Koch. Ce bacille, il l'a vu, dit-il, non seulement 
dans les crachats des phthisiques, mais aussi dans ceux de 
la bronchite simple et de la pneumonie catarrhale, et pour 
cette raison même il le regarde comme le produit et non 
comme la cause de la tuberculose. Celle^^i ne serait, selon 
lui, que le terrain propice au développement du micro- 
organisme. Tout autre et non microbienne est pour 
H. Libermann l'origine de la phthisie pulmonaire. Ayant 
remarqué que presque tous les phthisiques présentent, dès 
le début de leur mal ou même avant, une altération de la 
voix, il a été porté à examiner le larynx de ses tuberculeux, 
et chez tous il a trouvé une paralysie d'une des cordes 
vocales ou même des deux. Ces altérations vocales ne pou- 
vant, dans sa pensée, se rattacher qu'à une lésion du nerf 
pneumogastrique, il s'est mis à étudier l'état de ce nerf 
chez les phthisiques, et de ses recherches analomiquesila 
déduit les conclusions que voici : 

Le nerf pneumogastrique, toujours enflammé chez lis 
phthisiques, passe dans ses altérations par quatre phases 
ou degrés successifs qui sont : la congestion, Texsudation 
séreuse, la prolifération du tissu conjonctif et enfin Tintil- 
tration graisseuse du nerf. A chacun de ces degrés corres- 

f tondrait une lésion'plus ou moins avancée du poumon ou du 
arynx. Au premier degré répondraient les troubles de l;i 
voix et la paralysie des cordes vocales, signes précurseurs 
de la tuberculose à venir; au second, l'apparition des gra- 
nulations grises du larynx ou du poumon ; au troisième, les 
troubles fonctionnels du poumon et l'hémoptysie; au qua- 
trième, l'infiltration caséeuse du parenchyme pulmonaire et 
les altérations profondes de la muqueuse laryngée. Déplus 
la lésion du poumon siégerait toujours du même côté que la 

tiaralysie de la corde vocale. Enfin, toutes les lésion? 
aryngo-pulmonaires seraient d'ordre trophique et la con- 
séquence d'une inflammation à frigore du nerf pneumo- 
gastrique. 

Voilà assurément une théorie aussi nouvelle qu'inat- 
tendue, aussi simple qu'originale, mais qui, nous le crai- 
gnons fort, trouvera bien des incrédules et soulèvera plu^i 
d'une objection. On se demandera surtout si la tuberculose' 
des organes autres nue le larynx et le poumon, n'est pas»j 
elle aussi, la suite d une névrfte. Ce point, que l'auteura] 
laissé dans l'ombre, aurait mérité d'être élucidé par liii| 
dans l'intérêt même de sa doctrine. Mais nous ne prétendons 
ici ni critiquer ni louer l'œuvre de M. Libermann. iNous 
nous bornons à l'analyser et nous laissons le soin de la 
juger aux médecins des hôpitaux, mieux placés que "oaJ 
pour contrôler sur le cadavre les recherches anatonio- 
pathologiques de l'auteur, et sur les malades le Irailcmeflt 
qu'il préconise contre la phthisie pulmonaire. Ce traitenieflt 
aussi original et aussi inattendu que la théorie dont u 
découle, vise exclusivement l'inflammation du pnemno* 
gastrique. Pour décongestionner ce nerf, il suffirait de 
l'électriser deux fois par jour, dans son parcours cervical, » 
l'aide de courants continus. M. Libermann dit avoir w^ 
avorter par ce moyen des phthisies pulmonaires coinnu^n- 
çantes et ne se traduisant encore que par des signes ration-* 
nels, tels que la paralysie de la corde vocale et les héniopti' 



15 FÉVRIER 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



N* 7 — 115 



sies. Ce traitement préviendrait même l'éclosion de la 
tuberculose chez les sujets héréditairement prédisposés. Il 
serait donc à la fois curatif et prophylactique. Quant à la 
phthisie confirmée avec productions caséeuses, les courants 
ToUaîques n'ont pas de prise sur elle et le traitement des 
sTmptdmes lui est seul applicable. Nous ne suivrons pas 
i. Libermann dans Texposé du traitement symptomatique 
qu'il a adopté. Qu'il nous suffise d*avoir résumé et mis en 
relief ce que le mémoire de notre excellent confrère et ami 
offre de neuf et d'original. 

V. WlDAL. 



VARIÉTÉS 

RÉFORME DE l'EXAMEN D'APTITUDE DES MÉDECINS-MAJORS 
DE l'armée. 

Une eicellente mesure vient d'être prise par la direction du 
semce de santé. L'examen d'aptitude des médecins de Tarmée, 

aa lieu d'être subi au siège de chacun des grands commande- 
meals mililaires et jugé par les directeurs régionaux du service 
de santé, sera désormais confié à un jury spécial. De plus, cet 
eiamen sera facultatif pour les médecins-majors de l" classe. 
lien résultera, nous aimons à l'espérer, que cet examen pourra 
devenir un peu plus sérieux que par le passé, el conférer dès 
ioFS un titre sérieux à ceux qui l'auront mérité. Nous ne souhai- 
tons plus qu'une chose, c'est que Ton revienne aussi, au moins 
pour les médecins-majors de 1" classe, à la division du concours 
en concours de médecine et concours de chirurgie. Il serait 
vraiment déplorable d'emf>écher à partir de ce grade une spé- 
cialisation nécessaire. Voici les principaux passages de la note 
ministérielle. 

L'examen d'aptitude institué par les décisions des 26 avril et 
aimai 1883 restera facultatif, sans condition d^ancienneté, pour 
les médecins-majors de l'* classe, el obligatoire pour les méde- 
cins et pharmaciens-maiors de S'^ classe appartenant à la moitié 
la plus ancienne du caare. 

Les professeurs agrégés du Yal-de-Grâce, les répétiteurs de 
TEcolede Lyon, ainsi que les médecins ayant précédemment 
satisfait aux épreuves de Tancien concours pour le service hos- 
pitalier, en seront seuls dispensés. 

Les médecins-majors de v^ classe, les médecins et pharma- 
ciens-majors de ^ classe ne pourront être proposés pour le jg^rade 
supérieur, sauf en campagne, qu'autant qu'ils auront subi avec 
succès Teiamen d'aptitude qui comprendra les épreuves déter- 
minées par la circulaire du il mai 1883. 

Toutefois, pour la quatrième épreuve, les candidats pourront 
être interroges non seulement sur les lois, décrets, instructions 
et règlements énoncés par ladite circulaire, mais sur toutes les 
dispositions nouvelles ayant un caractère général ou concernant 
spécialement le service de santé. 

Le jury d'examen est composé de trois membres, savoir : 

Pour les médecins : le médecin inspecteur général, ou un 
médecin-inspecteur, président ; deux médecins principaux, dont 
QQ professeur du Val-de-Grâce. 

Pour les pharmaciens: le pharmacien inspecteur, président; 
OQ médecin principal ; le pharmacien professeur au Val-de- 
(iràce. 

Le ministre désigne les présidents et choisit les membres des 
jurvs sur une liste présentée par le comité technique de santé. 

L'épreuve écrite est éliminatoire : 
. La composition est faite par les candidats partout le même 
jour, à la même heure et au lieu de leur résidence. 

Le sujet de cette composition, choisi par le jury, est envoyé 
aux directeurs du service de santé de chaque corps d'armée, sous 
autant de plis cachetés qu'il y a de garnisons possédant des can- 
didats. Le directeur provoque les ordres nécessaires pour que 
ceux-ci soient convoqués et réunis à l'heure et au jour fixés et 
fait parvenir les plis cachetés, par Tintermédiaire du comman- 
Qement, aux commandants d*armes. 

La décision du jury est notifiée par le ministre (7* direc- 
tion) aux candidats. Ceux qui ont été déclarés admissibles sont 
ÇOQvoqués à Paris (hôpital du Yal-de-Gràce) où ils subissent les 
«preuves définitives. 

, L'ordre dans lequel les candidats sont appelés à subir les 

'ipreuves définitives, ainsi que les questions auxquelles ils 



doivent répondre, sont déterminés par le sort. Le nombre des 

questions mises dans l'urne est toujours double de celui des 

candidats. 
Les épreuves sont notées de à 20 par chaque membre du 

jury- 
La moyenne des notes ainsi obtenues à chaque épreuve est 

multipliée par les coefficients suivants : 1"» épreuve : coeffi- 

cienl,12; 2" épreuve: coefficient, 15; 3« épreuve: coefficient, 10; 

4* épreuve ; coefficient, 8. 
L admissibilité exige un minimum de 132 points. 
Nul candidat n'est admis s'il n'a obtenu 495 points au moins 

pour l'ensemble des épreuves. 



Concours d'agrégation de chirurgie. — Le jury se trouve 
constitué de la manière suivante : président, M. Verneuil; juges 
titulaires, MM. Trélat, Le Fort, Duplay, Tarnier, Ollier (de 
Lyon), Lannelonguc (de Bordeaux), Dubreuil (de Montpellier), 
Gaulard (de Lille); juges suppléants: MM. Panas, Reclus, Budio, 
Pinard. 

Les candidats sont, d'après l'ordre de la Faculté pour laquelle 
il se sont fait inscrire : 

Paris. — Chirurgie : MM. Baretle, Bazy, Beurnier, Broca, 
Castex, Clado, Hartmann, Marchant, Ménard, Michaux, Nélatoh^ 
Phocas, Picqué, Pollosson, Ricard, Rochard, Routier, Truffier, 
Verchère, Villar et Walther. — - Accouchements : MM. Auvard, 
Bar, Boissard, Bonnaire, Bureau, Doléris, Lêpage, Olivier, 
Planchard, Potocki, Tissier. 

Lyon. — Chirurgie: MM. Gangolphe, Genevey-Montaz, Rochet, 
Vallas. 

Lille. — Chirurgie: MM. Carpentier, Coppens. — Accouche* 
ments : M. Turgard. 

Bordeaux. — Chirurgie : M. Courlin. — Accouchements : 
MM. Chambrelent, Rivière. 

Montpellier. — Chirurgie : MM. Ester, Février. 

Concours d'agrégation (Médecine).— -Les dernières questions 
orales ont été les suivantes : MM. Balzer : Du collapsus. — 
Davezac: Des agents pyrétoeènes. — Gilbert: De la vaccination 
antivariolique. — Babinski : Des réactions cellulaires en présence 
des microbes pathogènes. 

Concours du Bureau central. — Un concours pour la nomi- 
nation à deux places de chirurgien du Bureau central s'ouvrira 
le 25 mars à midi. 

Le registre d'inscription des candidats sera ouvert le lundi 
25 février et sera clos le lundi 11 mars à deux heures. 

— Un concours pour la nomination à une place d'accoucheur 
du Bureau central sera ouvert le lundi 6 mai a midi. Le registre 
d'inscription sera ouvert le lundi i*' avril et clos le mercredi 17 
à trois heures. 

Médecine. — Ont été désignés pour faire partie du jury du 
prochain concours du Bureau central {Médecine), sous réserve 
des changements qui pourraient ultérieurement se produire : 
MM. Dreyfus-Brisac, Potain, Gombault (de Beaujon), Desnos, 
Dujardin-Beaumelz, Labadie-Lagrave, Richet. 



Association générau: des médecins de France. — L'Assem- 
blée générale de l'Association qui devait avoir lieu le dimanche 
28 avril est reportée, à cause de l'Exposition universelle, au 
dimanche 12 mai. 

Association générale des ^ médecins de France {Séance 
annuelle de la Société centrale). — Le 3 février dernier se 
réunissaient, sous la présidence de M. Lannelongue, les membres 
de la Société centrale. Dans un discours très applaudi, le président 
a fait ressortir le rôle moralisateur de la Société et la satisfaction 
que, les premiers, en éprouvent ceux qui ont la mission de 
répartir pour le mieux les économies communes. € Notre nombre 
augmente, a-t-il dit, nos ressources augmentent plus rapidement 
encore, mais l'Association générale des médecins de France est 
une œuvre à laquelle nous devons tous chercher à imprimer une 
impulsion continue. » 

Après M. Lannelongue, M. Piogey, secrétaire, a rendu compte 
des actes de la Société. Le nombre des pensionnaires s^st 
élevé de 80 à 100. Les ressources de la Société augmentées^ 
grâce aux legs de MM. Roth et Bell, lui permettent de venir en 
aide à un plus grand nombre d'infortunés. 



116 — N* 7 — 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 15 Févrikh 1889 



M. Drun, trésorier, annoDCQ qu'il a touché le legs de 
i50000 francs fait par H. Roth. Il y a actuellement, ajoute-t-il, 
826 sociétaires, dont 185 versent une cotisation supérieure à la 
cotisation réglementaire et yariant de 15 à 1000 francs, sans 
compter les 35 cotisations perpétuées par des membres décédés. 
6850 francs ont été distribués en secours à 53 personnes ; c'est 

Feu, mais la plupart de ces personnes étaient étrangères à 
Association. La Société centrale a fourni une contribution 
volontaire de 2000 francs à la caisse de pensions de retraites de 
FAssociation. 

La Société centrale est donc dans une situation financière 
cxcellenle ; elle possède 61 U2 fr. 43 de fonds disponibles; 
1844 francs de rente française p6ur cotisations perpétuées, et 
sa participation au fonds commum de l'Association générale, ce 
qui lui a permis de faire allouer deux pensions, chacune de 
600 francs, à deux sociétaires âgés et infirmes et d'en réclamer 
deux autres lors de la prochaine assemblée générale. 

Au cours de la séance, M. le docteur Bucquoy a été élu, à 
l'unanimité des membres présents, vice-président de la Société, 
en remplacement de M. Le Roy de Méricourt, démissionnaire, et 
à la On de la séance ont été élus membres de la Commission 
administrative: MM. les docteurs Jules Besnier, Bonin, Bourot, 
Diday, Raymond Durand-Fardel, Hervé de Lavaur, Gustave 
Lefèvre, Moreau (de Tours), Ozenne, Paul Reynier, Turner et 
Voelker. 

Association médicale mutuelle de la Seine. — Cette Asso- 
ciation, fondée par M. le docteur Lagoguey, a tenu dimanche 
dernier, dans le grand amphithéâtre de la Faculté de médecine, 
sa deuxième assemblée générale annuelle. 

L'effectif de la Société qui était, l'année dernière, de 
76 membres, avec un capital de 6721 francs, s'est élevé à 
147 membres, avec un capital de 15800 francs. Le nombre des 
membres honoraires a augmenté dans des proportions notables, 
et parmi eux, on compte six professeurs de la taculté. 

L'Association est donc moralement et matériellement très 
prospère. Le rapport du trésorier, M. Fissiaux, est concluant à 
cet égard. Les recettes, pendant ces deux premières années, se 
sont élevées à 20259 francs; les dépenses a 4902 fr. 75 ; parmi 
ces dernières, figurent surtout 329 lournées de maladies, répar- 
ties entre plusieurs confrères. Il reste en caisse près de 
16000 francs sans compter les recettes courantes. 

Société protectrice de l'enfance. — L'Assemblée générale 
de la Société aura lieu dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, 
rue de la Sorbonne, 15, le dimanche 17 février 1889, à deux 
heures précises, sous la présidence d'honneur de M. Rousse, de 
TAcadémte française. 

Ordre du jour: 1° la protection de l'enfance, par M. le docteur 
Marjolin; 2*" compte rendu moral et financier, par M. le docteur 
Bladie ; 3** rapport sur les mémoires pour la question de prix, 
par M. le docteur Fauvelle ; 4° rapport sur les récompenses 
décernées aux médecins-inspecteurs, par M. le docteur Beclère ; 
5'^ rapport sur les récompenses accordées aux mères-nourrices, 
par M. Mansais, référendaire au sceau de France. 



liA HÉPRESSION DES REMÈDES SECRETS. — On annOnce que, sur 
une Commission rogatoire de M. Guillot, juge d'instruction, des 
flacons contenant des drogues diverses devant guérir les mala- 
dies les plus secrètes ont été saisis et que les médecins dont les 
noms figurent sur les étiquettes de ces flacons, seront poursuivis 
pour exercice illégal de la médecine s'ils ne peuvent justifier du 
titre de docteur. 

Il serait à désirer que Ton pût saisir de même les nombreux 
médicaments secrets qui sont vendus en si grand nombre, grâce 
aux réclames de prospectus aussi insinuants que mensongers 
N'est-ce pas commettre le délit d'escroquerie ou celui de trom- 
perie sur la qualité de la marchandise vendue que d'abuser aussi 
audacieusement de la crédulité publique? On peut et Ton doit 
autoriser les spécialités pharmaceutiques. Il faudrait pouvoir 
poursuivre les médicaments secrets. 

Banquet offert a M. Diday. — Le 31 janvier dernier les 
membres de la Société nationale de médecine de Lyon se sont 
réunis pour ofl'rir un banquet à leur ancien secrétaire fi[énéral 
M. Diday. De nombreux toasts ont été portés au médecin de l'An- 
tiquaille, au publiciste éminent, au secrétaire général, qui a 
bien mérité de la science et de la médecine lyonnaise. 



CREATION D un FONDS D'ENCOURAGBMENT POUR LES ETUDES 
SUR LA GUÉRISON DB LA TUBERCULOSE. 

Vivfïi-cinquième liste, 

M-« Raymond 500 fr. 

Direction générale des bains de mer de Monaco. 300 
Société de médecine vétérinaire pratique à Paris • 200 

M. le professeur Lannelongne 200 

M. le professeur Ghauveau 100 

M. le professeur Nocard 100 

M.Verneuil 100 

Conseil général de l'Oise 59î) 15 

Commune de Nogent-sur-Marne 100 

— . de Beaume-la-Rollande 06 70 

— de Lanthenay 53 (m 

— de Doulaincourt 50 

— d'Haulmont 49 40 

— deHam 40 

— de Verneuil 37 

— de Varcddc 31 

— de Carvin 25 

— d'Avallon 25 

— du Perreux 20 

— de Sainte-Geneviève-des-Bois 20 

— de Vaux 14 

— de Sainte-Preuve 10 

— d'Escosse 10 

— de Champagnole ^Û 

— de Quessy ^ 

— de Guercny 5 

— de Boran 1 

Total 2.671 fr. iXl 

Montant des listes précédentes. . . 74.656 8i 

Total général.. 77.328 fr. Ti 



Société médicale des hôpitaux (séance du vendredi 22 février 
1889). — Ordre du jour : A l'occasion du procès-verbal: 
M. Sevestre : Mode de transmission des maladies. — M. de 
Beurmann : Un cas de mort par tétanie dans le cours d'une dila- 
tation de l'estomac. — M. Huchard ; Sur un nouveau syndrome 
cardiaque : l'embryocardie. — BI. Debove : Présentation de 
malade. 



NÉCROLOGIE. — Le docteur Jules lïonnoral, ancien interne des 
hôpitaux de Lyon, médecin des hôpitaux de Vienne, vient de 
succomber aux suites d'un empoisonnement septique. Notre 
confrère venait d'opérer un enfant atteint du croup, il se blessa 
avec le bistouri dont il venait de se servir. Une lymphangite des 
plus graves se déclara aussitôt. Le docteur J. Honnorat emporte 
en mourant l'estime et les regrets de tous ses collègues. 



Mortalité a Paris (5'' semaine, du 27 janvier au 2 février 
1889. — Population : 2^60945 habitants). — Fièvre typhoïde, IS. l 

— Variole, 3. — Rougeole. 39. — Scarlatine, 4. — Coque- 
luche, 6. — Diphlhérie, croup, 5i. — Choléra, 0. — Phthisie 
pulmonaire, 190. — Autres tuberculoses, 23. — Tumeurs:, 
cancéreuses, 50 ; autres, 3. — Méningite, 40. -;- Conges- 
tion et hémorrhagies cérébrales, 58, — Paralysie, 10. — 
Ramollissement cérébral, 9. — Maladies organiques du cœur, ni. 

— Bronchite aiguë, 29. — Bronchite chronique, o2. — Broncho- | 
pneumonie, 63. -- Pneumonie, 62.— Gastro-entérite: sein, IK 
biberon, 35. — Autres diarrhées, 1 . — Fièvre et péritonite puer- 
pérales, 2. — Autres affections puerpérales, 1. — Débilité con- j 
génitale, 18. — Sénilité, 29. — Suicides, 9. — Autres morts | 
violentes, 16. — Autres causes de mort, 196. — Causes 
inconnues, 1 4. — Total : 1 1 1 1 . j 



G. Masson, Propriétaire-Gérant. 

18384. — MOTTEROZ. — Iiupriiuorios réuniof, A. rue Iliguoo» i$ I^^"^* 



Trente-sixième année 



N-8 



22 Février 1889 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CflIRURGIE 



PARAISSANT TOUS LES VENDREDIS 



COMITÉ DE RÉDACTION 
M. LB D' L. LBREBOULLET, Rédacteur en chef 
MM. P. BUCHEZ, E. BRISSAUD, 8. DIEULAFOY, DBEYFUS-BRISAC, FRAHCOIS-FRARCK, A. NEROCQUE. A. J. IARTIR. A. PETIT. P. RECLUS 

Adresser tout ce qui eonoeme la rédaction à M. Liriboullet, 44, rue de Lille (avant le mardi de préférence} 



SOMMAIRE. — BULLITIN. — DéiiOGRAPUiE. Da degré de fréquence des prin- 
ci|4lei causes de mort à Paris pendaat V»nnée 1888. » Travaux originaux. 
hllKi(«;tc générale : Sur le rôle des poisons d'origine microbienne dans les 
mjiidki intectieuêes. — Séméiologie : Note sur l'exploration manuelle du rein. 
-RtvuK DBS COURS BT DIS CLINIQUES. HApital de la Charité : M. le profcs- 
}t-]ir Pouln. — SociBTés SAVANTBS. Académie des sciences. — Académie de 
niédecioe. — Société do chirurgie. — Société de biologie. " Société de théra- 
pt^ytMfue.— BiBLiooRAPHlB. Anaiomie des centres nerveux. — Études thcrapeu- 
ti()HC> el bactériologiques sur le furoncle de Toreille. — Traité d'iiystérotomic. — 
Treiiê pratique de baictériologie. — VARlirés. 



BULLETIN 

Paris, 20 février 1889. 
Acndémie de médecine : Képhrorrhaphle. — Trépanallcn 

dans on ea« dVpUepaie. — Société dcs hôpitaux : Lc« 

■sladica coatagleuac*. 

La discussion sur le tétanos a été continuée par M. Tras- 
boletM. Vemeuil. Nous attendrons que M. Verneuil ait 
complété la réponse qu'il a commencée hier pour résumer 
les arguments développés de part et d'autre. 

Dans cette même séance deux communications chirur- 
gicales, du plus haut intérêt ont été faites à l'Académie. 
M. le professeur Guyon a magistralement exposé les motifs 
qui doivent faire préférer la néphrorrhaphie à la néphrec- 
lomie, précisé le mode opératoire de la fixation du rein et 
donné à l'appui de ces considérations cliniques deux obser- 
vations d'ectopie douloureuse du rein traitées avec succès 
par la néphrorrhaphie. 

L'observation communiquée à l'Académie par M. Péan, 
en son nom et au nom de MM. Gilbert Ballet et Gélineau, 
aura le plus grand et le plus légitime retentissement. Elle 
prouve en effet avec quelle précision, quelle certitude les 
élèves de M. Charcot peuvent aujourd'hui, de la doctrine 
des localisations cérébrales, déduire les applications pra- 
tiques si bien indiquées autrefois par H. J. Lucas-Champion- 
"ière. X'est-ce pas en s'appuyant sur tous ces travaux que 
H. Gilbert Ballet a pu , avec une sûreté diagnostique 
vraiment admirable, marquer sur la boite crânienne le point 
précis où devait être appliquée une rondelle de trépan ? Et 
ne convient-il pas de louer aussi le docteur Gélineau qui a 
^u reconnaître par les caractères de son aura intiale l'épi- 
l^psie partielle dont était atteint le malade et, par consé- 
<)uenl la cause pathologique de ses accès ? Après avoir 
rendu pleine et entière justice à Thabilelé opératoire du 
•'liirurgien qui a mené à si bonne fin une opération des 
l'Ius délicates, ne convient-îls pas, avec M. Péan, qui l'a 
to lui-même et en excellents termes, de proclamer haute- 
1* Stâii, T. IX VI. 



ment qu'en France, aussi bien qu'en Angleterre, la doctrine 
des localisations cérébrales a rendu les plus grands services. 

— Nous devons également appeler l'attention de nos 
lecteurs sur l'important travail qu'a bien voulu nous donner 
M. le professeur Bouchard (p. 120) et qui résume si nette- 
ment ses remarquables découvertes sur le rôle des poisons 
d'origine microbienne. 

— La Société médicale des hôpitaux va commencer, à 
l'occasion de la communication qui lui a été faite par M. Mil- 
lard (voy. p. 111), une discussion qui sera des plus intéres- 
santes et des plus utiles si des conclusions tant soit peu 
précises en peuvent être déduites. Tout en reconnaissant, 
en effet, l'immense service que rendrait à l'hygiène hospi- 
talière l'adoption de toutes les mesures dont M. Grancher a 
si nettement précisé Tutilité; tout en constatant les résul- 
tats si remarquables qu'a déjà obtenus M. Sevestre, nous 
devons cependant affirmer encore la nécessité de bien con- 
naître, alors qu'il s'agit de maladies infectieuses, le mode 
suivant sur lequel se fait la contagion et la durée de celle-ci. 
Ce sont là des questions sur lesquelles, dans sa lettre à 
l'administration de l'assistance publique, M. Grancher 
appelle l'attention des cliniciens ; ce sont celles qui devront 
être sérieusement discutées devant la Société des hôpitaux. 

Or, si Ton se place non pas seulement au point de vue 
de l'hygiène hospitalière mais au point de vue de la 
pratique médicale, il faut bien avouer que ces diverses 
questions sont loin d'être définitivement résolues. Parmi 
les maladies de l'enfance, la rougeole et la diphthérie, nous 
dit M. Grancher, sont les plus contagieuses et au point de 
vue de la mortalité les plus redoutables. La scarlatine, la 
varicelle, la fièvre typhoïde, la coqueluche, etc., peuvent 
être contractées dans les salles mais le sont rarement. 
Admettons-le pour l'hôpital. En est-il de même en ville? 
Au point de vue de la contagiosité, la rougeole qui se trans- 
met avant que l'éruption se soit manifestée, c'est-à-dire 
alors que, le plus souvent, elle est encore méconnue, qui 
dès lors en dix à douze jours frappe tous les enfants d'une 
même famille, est évidemment des plus contagieuses. Dès 
qu'un enfant rubéolique se trouve atteint, il est presque 
toujours trop tard pour lisoler et préserver ses frères et 
sœurs; mais le germe contagieux est-il aussi persistant, 
aussi tenace que celui de la scarlatine? Peut-il rester 
adhérent à un lit, à une chambre? Est-il nécessaire de 
désinfecter longuement et minutieusement les appartements 
où l'on a traité un rubéolique? Faut-il pendant quarante 
jours interdire à celui-ci la vie commune; et les règlements 

8 



118 -~ N» 8 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 22 Février 1889 



qui rempêchent de reprendre ses éludes ne sont-ils point à 
cet égard trop rigoureux? En ce qui concerne la scarlatine, 
les conditions ne sont-elles point tout à fait différentes? 
La maladie est-elle contagieuse dès l'apparition des pre- 
miers symptômes (vomissements et lièvre) ou même dès 
que l'éruption s'est manifestée? Ne peut-on pas espérer, 
par un isolement rigoureux, préserver, dans un-même appar- 
tement, plusieurs enfants qui cependant n'eussent pas 
échappé à la contamination rubéolique? Par contre ne faut- 
il pas isoler très longtemps, peut-être même plus de qua- 
rante jours, l'enfant atteint de scarlatine? Ne sait-on pas 
que le germe de cette maladie reste attaché avec une téna- 
cité désolante aux meubles, aux tentures, à la literie? Les 
prescriptions universitaires et les règlements sanitaires 
imposant la désinfection ne doivent-ils pas être infiniment 
plus sévères quand il s'agit de la scarlatine que lorsqu'on a 
affaire à la rougeole? Et pour la coqueluche? A quelle date 
commence le danger de transmissibilité de la maladie? 
N'est-ce point dès le début, avant même que la toux ne 
présente ses caractères spécifiques? N'est-ce point long- 
temps encore après que la période aiguë de la maladie a 
cessé? Contentons-nous de poser aujourd'hui toutes ces 
questions. Si elles pouvaient être discutées par les savants 
expérimentés qui, à la Société des hôpitaux, ont toute auto- 
rité pour les résoudre, les médecins praticiens auraient 
grand intérêt à écouter leurs avis et à suivre leurs conseils. 

— Cette élude de la contagiosité des maladies épidé- 
miques a de nombreux points de contact avec celle qui a 
pour objet l'évaluation numérique des décès que courent à 
Paris les maladies contagieuses. Aussi avons-nous pensé 
rendre service à nos lecteurs en demandant à notre distin- 
gué confrère, M. le docteur Jacques Bertillon, l'article 
quon lira ci-dessous. Les bulletins statistiques que nous 
publions chaque semaine, s'ils permettent de connaître 
avec précision le mouvement des maladies épidémiques, ne 
peuvent en effet faire apprécier les résultats que donnent au 
point de vue de la mortalité les progrès de l'hygiène ou de 
la thérapeutique. Il faut, pour y arriver, additionner tous 
les chiffres que nous donne si exactement M. Derlillon et 
les comparer aux chiffres des années précédentes. C'est ce 
travail qu'a bien voulu établir pour nous le savant et zélé 
directeur de la Statistique municipale. 

On remarquera, dans les tableaux dressés par M. Bertil- 
lon, l'atténuation si notable du chiffre des décès occasion- 
nés par la fièvre typhoïde. C'est le résultat le plus impor- 
tant à signaler. On verra de plus qu'à tous les points de vue 
— nous ne parlons que des maladies épidémiques — l'an- 
née 1888 a été bien partagée. Les décès par rougeole, 
variole, scarlatine et coqueluche, ont été inférieurs à ceux 
des années précédentes. On lira aussi avec un vif intérêt 
ce qui nous est démontré au sujet de l'état sanitaire de la 
presqu'île de Gennevilliers. 



DÉMOGRAPHIE 



Du degré de fréquence de« prlnclpaleii cnuacs de uiort 
& Parla pendant Tannée 1888. 

L'année 1888 s'est fait surtout remarquer par la rareté 
relative de la fièvre typhoïde et de la rougeole. La plupart 
des autres maladies ont eu une fréquence à peu près nor- 
male. 

La fièvre typhoïde n'avait jamais été si rare à Paris de- 



puis que la statistique parisienne est publiée régulière- 
ment, c'est-à-dire depuis vingt-quatre ans. On verra par la 
lecture de la colonne 2 de noire tableau II, que jusqu'en 
1879, cette fièvre conservait* une fréquence voisine de 
50 décès annuels pour 100000 habitants (sauf le siège el 
l'épidémie de 1876). En 1880, cette fréquence double brus- 
quement; pendant cinq ans de suite la fièvre typhoïde con- 
serve cette fréquence exagérée; enfin, dans les quatre 
dernières années, elle a diminué peu à peu ; le chiffre de 
1887 est analogue à ceux d'autrefois et celui de 1888 est 
plus favorable encore. 

Comme toujours (1), la fréquence de la fièvre typhoïde a 
été au minimum en juin (45 décès pendant ce mois); elle 
s'est relevée à partir de septembre. 

TABLEAU I. — Ville de Paris. — Sur 100000 habitants, 
combien de décès causés par chaque maladie? 

MALADIES CAUSES DE OÉCÈS. t89I. 188^. 

Fièvre typhoïde Cl 33 

Variole 17 11 

Rougeole 72 -10 

Scarlatine.. iO 8 

Coqueluche 19 12 

Diphthérie et croup 70 77 

Erysipèle 9 7 

Autres maladies épidémiques 1 1 

Phthisie pulmonaire 4i6 i30 

Autres tuberculoses 55 «Vî 

Tumeurs cancéreuses 99 102 

Méningite simple 78 7i 

Congestion et hémorrhagie cérébrales. 105 110 

Rarooliissemeut cérébral !22 25 

Maladies organiques du cœur 133 13i 

Bronchite aiguë 59 63 

Bronchite chronique 85 85 

Pneumonie et broncho-pneumonie 190 18i 

Castro entérite (de à 5 ans) 168 167 

Diarrhée (plus de 5 ans) 11 10 

Affections puerpérales 1i 11 

Débilité congénitale 53 58 

Sénilité 62 08 

Suicide 38 35 

Autres causes de décès 458 iO! 

Total des décès pour 100000 habitants. ^2335 ' 2-200 

Comme toujours, le quartier le plus frappé a été le Gros^ 
Caillou (environ 70 décès pour 100 000 habitants), où sd 
trouvent plusieurs casernes. Parmi les quartiers éprouvés, 
il faut citer les Quinze-Vingts (06 décès pour 100000 habi^ 
lants) (2). * 

Variole. — Cette maladie est extrêmement irréguliérfi 
dans ses apparitions, ainsi qu'on le verra par la colonne ii 
de notre tableau II. L'exemple de TAIlemagne prouve 
qu'on peut la supprimer entièrement par Tobligation de la 
vaccine et de la revaccine. Sa fréquence en 1888 a M 
faible, étant donnés les chiffres ordinairement observés à 

(1) De l'augmenta lion de frèqueiice deg principala maladies épidémiquet à 
Paru et de leura saisons d'élection (1805-1883), par Jacques Ucrlilloo (Annitaire 
statistique de Paris 1883 et Congres d'Iiygicnc de la Uayo). 

(â) Conformément à un usage qui s'est per|icuic de 1805 à 1880, nous ne comp' 
tons pas dans le nombre des décès parisiens les décès d'individus dom ciii<--< 
dans la banlieue, et qui ne sont venus à Paris que pour se faire soi^^.ier à j'iiôpilil 
de maladies onntractëcs dans leurs communes. Nous sommes obligé d'agir aimi 
pour pouvoir comparer les chiffres qui précèdent 1880 et ceux qui siiivciil idin 
date. Mais il faut compter autrement lorsque Ton compare la mortalité de lnûi 
k colle des villes étrangères (Décision du Congrès de Budapest). Les chiffres que 
nous citons sont toujours rapportés à 100 000 habitants (et pour la banlieue à lOOOfl 
seulement). Ces chifl'res ne sont encofii à présent que provisoires, mais ils ne dif- 
fcroront vraiseml)lablemont pas des chiffres déliuitifs. 



îî Février 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N» 8 



119 



Paris. Conirairement aux autres maladies épidémiques, la 
Tariole n*a pas de saison d'éleclion. En 1888, elle a été plus 
fréquente pendant les six premiers mois de Tannée que 
pendant les six derniers. 

Le quartier le plus frappé a été la Villette (58 pour 
100000 habitants). 

TABLEAU II. — Pour iOOOOO habitants, combien de décès 
par chacune des maladies indiquées f 



iT«iES. 


TYPHOÏDE. 


VABMLE. 


ROUOBOLE. 


SCAnLATINB. 


GOQUBLUCUB* DIPIITHÉRII 


M. l. 


Col. 2. 


Col. 3. 


Col. 4. 


Col. 5. 


Col. 6. Col. 7. 


1805.. 


6i 


42 


19 


8 


12 53 


m,. 


53 


32 


45 


4 


. 10 45 


m:.. 


48 


17 


34 


4 


11 36 


m.. 


51 


33 


34 


7 


12 41 


m... 


5i 


36 


27 


14 


7 41 


\ni.. 


\'3i 


531 


42 


12 


12 27 


ix:i.. 


243 • 


149 


32 


14 


14 30 


M71.. 


54 


5 


31 


7 


10 62 


m... 


55 


0,9 


30 


5 


4 64 


i87i... 


43 


2 


33 


4 


13 53 


1875... 


53 


13 


34 


4 


15 67 


18711... 


102 


19 


44 


7 


10 79 


1877... 


6i 


7 


33 


5 


26 121 


1S78... 


40 


4 


32 


3 


13 93 


18711... 


53 


43 


43 


4 


13 84 


\m... 


92 


99 


44 


16 


24 94 


18X1... 


87 


44 


40 


20 


22 99 


iHXi... 


143 


28 


45 


7 


9 100 


1883... 


88 


20 


49 


4 


30 84 


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67 


3 


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7 


20 86 


1x85. . . 


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8 


68 


6 


12 73 


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42 


9 


54 


18 


25 67 


1887... 


61 


17 


72 


10 


19 70 


\m. . . 


33 


11 


40 


8 


12 77 



Rougeole, — Cette maladie a nolablement augmenté de 
fréquence depuis 18G5; après s^ôlre maintenue jusqu'en 
1878 aune proportion voisine de 33 décès pour 100000 ha- 
bitants, elle s'est élevée bien au delà pendant les neuf 
années suivantes. Elle est revenue à 40 pendant Tannée 
dernière. 

La rougeole est une maladie très régulièrement saison- 
nière; toujours son maximum se rencontre vers juin et son 
mininium en octobre. En 1888, le maximum a été un peu 
relardé (juillet, 90 décès; et août, 90 décès); son minimum 
aéiécomme toujours en octobre (42 décès). Sa fréquence 
a beaucoup augmenté en décembre. 

On peut dire que la fréquence de la rougeole dans les 
diiTérents quartiers de Paris se proportionne exactement 
au degré d'aisance de la population. Aussi les quartiers du 
centre sont presque tous épargnés ; les seuls parmi eux qui 
aient été atteints sont les quartiers relativement peu aisés de 
la Sorbonne (dont la partie inférieure est très misérable), de 
Saini-Avoie, Saint-Merri et Saint-Gervais. Parmi les fau- 
bourgs, les plus frappés sont les plus pauvres, la Gare 
(l:i4 décès pour 100000 habitants), la Maison-Blanche 
(155 décès pour 100000 habitants), et enfin Charonne 
(in décès pour 100000 habitants). 

Scarîatitie. — Cette fièvre, toujours rare à Paris, a pré- 
senté cette année un chiffre moyen (8 décès pour 100 000 ha- 

tîlauts). 

Coqueluche. — L'augmentation de la coqueluche dans 
'^t's dernières années n'a pas été progressive comme celle de 



la diphthérie, ni brusque comme cellede la fièvre typhoïde; 
elle s'est manifestée par des poussées épidémiques plus 
fréquentes (colonne 6 du tableau II). En 1887 et surtout en 
1888. elle est revenue aux proportions qu'elle avait ordi- 
nairement avant 1876. 

Diphthérie. — Cette maladie augmente très régulièrement 
de fréquence à Paris depuis vingt^qualre ans (colonne 7 du 
tableau II). On peut résumer les chiffres de la colonne 7 
de notre tableau II de la façon suivante : pour 100 000^ ha- 
bitants, il ya eu à Paris : 

En 1865-67 ib décos |)ar diphlhérle. 

En 1868-69 cl 1872-78 64 — 

En 1879 82 99 — 

En 1883-88 76 -- 

Malgré cet accroissement incessant, .la diphthérie est 
moins redoutable à Paris que dans la plupart des villes 
allemandes, mais les villes anglaises en sont beaucoup 
moins atteintes. 

En 1888, la fréquence de la diphtérie (77) a été à peu 
près double de ce qu'elle était il y a vingt ans ; mais ce 
chiffre, qui aurait seml^é naguère considérable, doit être 
aujourd'hui regardé comme moyen. 

La diphtérie est assez régulièrement saisonnière. Fré-» 
qucnte en février, mars et avril, elle décroît jusqu'en août, 
septembre et octobre où se trouve son minimum. C'est pré- 
cisément ce qui est arrivé en 1888 (février, 203 décès; 
mars, 178; avril, 182; mai, 184... août, 99; septembre, 70). 

De même que la rougeole, la diphthérie est rare dans les 
quartiers riches, fréquente dans les quartiers pauvres. Des 
quarante quartiers du centre, le seul qui soit frappé par la 
diphthérie est le Gros-Caillou (environ 133 décès pour 
100000 habitants), tandis que presque tous les quartiers 
de la périphérie (quartiers pauvres) sont sérieusement 
atteints. Nous citerons notamment: Picpus (131); Necker 
(140); Grenelle, (164); Javel (171); et enfin les faubourgs 
les plus pauvres de Paris : la Salpêlrière (118) ; la Gare 
(151); les Carrières d'Amérique (181), et Charonne (145 
décès pour 100000 habitants). 

Nous n'insisterons pas sur les autres causes de mort dont 
la fréquence ne varie guère d'une année à l'autre. Elles ont 
été en 1888 ce qu'elles sont à peu près chaque année. On 
rem'arquera la fréquence sans cesse croissante du suicide, 
qui a fait l'année dernière plus de victimes que la fièvre 
typhoïde. 

État srinitaire de la plaine de Gennevilliers irriguée 
à Veau d'égout. — L'enquête sanitaire que le Préfet de la 
Seine, sur ma proposition, a prescrite dans toutes les corn- 
munes du département de la Seine, m'a permis de pour- 
suivre les recherches que j'avais entreprises Tannée der- 
nière (Revue scientifique du 3 mars 1888) sur l'état sani- 
taire de Gennevilliers et autres lieux arrosés à l'eau d'é- 
gout. 

La plaine irriguée (étendue irriguée, 600 hectares) se 
trouve située dans la presqu'île de Gennevilliers formée au 
nord de Paris par une boucle de la Seine. La petite ville 
de Gennevilliers est située au milieu de ce vaste champ 
d'irrigation, et les villes d'Asnières et de Colombes y sont 
enclavées par leur côté est et leur cùté nord. La totalité de 
la plaine reçoit en moyenne, par jour, 85000 mètres cubes 
d'eau d'égout (sur 300000 mètres cubes que produit la 
ville de Paris). La plaine irriguée est entièrement drainée; 



120 — W 8 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 2^2 Février 1889 



la quantité d*eau qui sort des drains est incomplètement 
connue (les compteurs trouvent 18000 mètres cubes d*eau 
par jour). Cette eau est aussi limpide que l'eau de roche. 
On sait combien a été discutée Tinfluence des irrigations 
sur l'état sanitaire. Notre tableau III montre que celte 
influence est nulle. Les maladies épidémiques (1) ne sont 
ni plus rares ni plus fréquentes dans la plaine irriguée 
qu'elles ne le sont dans le reste de l'arrondissement de 
Saint-Denis. La rougeole y est même plus rare. D'autres 
maladies (et notamment la pneumonie) sont plus rares à 
Gennevilliers qae dans les autres communes du nord de 
Paris et en somme la mortalité y est plus faible. Il va 
de soi que ces heureux résultats ne viennent pas des 
irrigations, mais seulement de ce que Gennevilliers, 
Asnières, Colombes ne sont pas habités par une popula- 
tion vouée à la grande industrie, comme le sont Saint- 
Denis, Clichy, etc. 

TABLEAU UL — Sur 10000 habitantSy combien de décès 
causés par chaque maladie? 



MALADIES CAUSES DB MORT. 

Fièvre typhoïde 

Variole 

Rougeole 

Scarlatine 

Coqueluche 

Diphthérie 

Phthisie et autres tuberculoses. 

Tumeurs (cancer, etc.) 

Méningite simple 

Apoplexie cérébrale, paralysie, 

ramollissement 

Maladies organiques du cœur... 
Pneumonie et bronchite aigué. . 

Bronchite chronique 

Diarrhée (athrepsie, etc.) 

Fièvre et péritonite puerpérales. 
Autres maladies puerpérales. . . 

Débilité congénitale 

Sénilité 

Suicide 

Aulres morts violentes 

Autres causes de mort 

Causes inconnues 

Total des décès pour 10 000 hah. iÔÔ" 257 !2i)2 "^ 

Tel est renseignement qui ressort de ce tableau. Il 
ressort avec la même netteté des chiffres relatifs aux 
années 1885 et 1886. Ce qui fait leur intérêt, c'est leur 
monotonie ; les mêmes chiffres se retrouvent à chaque 
colonne, montrant ainsi qu'ils ne sont en rien influencés 
par les irrigations. 

Peut-être répondra-t-on que Peau d'égout ne contamine 
pas Pair (parfaitement inodore, soit dit par parenthèse) de 
la région irriguée, mais qu'elle souille les légumes qu'elle 
arrose; que ce sont ces légumes que Ton doit mettre. en 
suspicion légitime; que ces herbes transportées à Paris 
pour y être vendues, peuvent porter sur elles quelque mi- 
crobe malfaisant et donner la fièvre typhoïde à ceux qui 

(i) Naturellement les individus domiciliés dans les communes suburbsincs, mais 
morU à Paris, ont été comptés comme s'ils étaient morts à leur dmoicilc. 



GENNKVILLIKRS 


AUTIIES COMMUNES DE 


ASMÈRES 


l'arronoissement 


COLOMBES. 


DE SAINT-OBNIS. 


Total: 33 302 hab. 


Total • 


31i8iOhab. 


■ — ^ 


^-^ — 


■ — - ""^^ 


, g— ^ 


1887. 


1889. 


1887, 


1888. 


7 


7 


7 


6 


i 


1 


i 


3 


3 


3 


9 


5 


1 


2 


1 


1 


1 


1 


3 


2 


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13 


10 


12 


51 


46 


52 


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9 


13 


4 


11 


13 


10 


23 


23 


21 


21 


12 


17 


U 


U 


n 


20 


30 


35 


9 


10 


10 


9 


20 


20 


32 


33 


2 


2 


2 


1 


> 


> 


2 


1 


7 


l 


G 


7 


11 


8 


9 


10 


6 


i 


5 


A 


5 


5 


4 


4 


37 


48 


II 


45 


1 


1 


2 


2 



les mangent; que là seulement est le danger, et que su 
ce danger nos chiffres ne nous fournissent aucune lumière 
Mais je pense que le lieu du monde où Ton mange 1 
plus de légumes de Gennevilliers doit être Gennevillier 
lui-même; si donc ces légumes étaient dangereux, no 
chiffres nous en auraient dit quelque chose ; or ils ne nou 
montrent rien de pareil. 

Jacques Bertillon. 



TRAVAUX ORIGINAUX 

' PailiolOfcle générale. 

Sur le rôle des poisons d'origine microbienne danî 

LES MALADIES INFECTIEUSES, par M. Ch. BOUCHARU. 

M. Hayem a lu à l'Académie de médecine, dans la 
séance du 12 février dernier, une note de M. Koussy dont 
les conclusions figurent au Bulletin. Les règlements de 
TAcadémie s'opposant à ce que la discussion s'engage sur 
les travaux d'un savant étranger à cette compagnie tant 
qu'ils n'ont pas été l'objet d'un rapport, et, d'autre part, le 
rapport qui devait être lu dans la séance du 19 février 
ayant été ajourné, je me décide à publier les réflexions 
qui m'ont été suggérées par la lecture faite par M. Ifayein. 
Les faits qui y sont relatés intéressent cette conception 
nouvelle de la virulence d'après laquelle les agents pallio* 
gènes des, maladies infectieuses seraient nuisibles surtout 
par les matières chimiques qu'ils sécrètent. A vrai dire la 
conception n'est pas nouvelle; elle a provoqué des recher- 
ches déjà anciennes qui la rendaient vraisemblable ; mai< 
sa démonstration expérimentale définitive est de dale 
récente. 

Les faits de M. Roussy n'ont trait qu'à un côté spécial 
et restreint de la virulence, à l'état fébrile. Quand les pro- 
messes de cette communication seront réalisées, ces faits 
prendront place à la suite de ceux qui établissent déjà 

aue, dans certaines maladies infectieuses, la fièvre est pro- 
uite par des matières pyrétogèneSy comme on disait il y 
a plus d'un quart de siècle, sécrétées par les microbes 
pathogènes. Quand enfin M. Iloussy aura établi que la sub- 
stance dont il parle est un corps chimiquement défini, il 
aura le mérite d'avoir isole le premier l'un de ces corps 
qui n'ont encore été étudiés que physiologiquemenl cl qui 
donnent aux produits de sécrétion de certains microbes 
leur propriété pyrétogène. Malheureusement cetle substance 
n'est pas encore définie; et plus malheureusement encore 
on se refuse à nous dire par quel microbe elle est fabri- 
quée. 

Sans m'arrêter à une question de procédure, je ne veux , 
voir dans celte communication que les promesses dont la 
réalisation très désirable ne peut manquer de nous être 
apportée prochainement par M. UouSsSy et à son très grand ' 
honneur. Us m'offrent Toccasion que je saisis d'exposer les 
résultats de recherches poursuivies dans la même direc- î 
tion soit par moi, soit par quelques-uns de mes collabo- 
râleurs. | 

Celte question de Tintoxication par les matières cbi- 
miques solubes résultant de la vie des microbes a eu deux | 
phases distinctes : l'une concerne la septicité, Taulre la i 
virulence proprement dite. Entre les deux la distinction 
n'est pas fondamentale, plusieurs microbes des pulréfac- j 
tiens étant capables de s'élever à la dignité de virus. 

Quand Gaspard produisait la maladie et la mort par Tin- 1 
jection des matières putrides, il ne concevait comme pos- ' 
sible et ne discernait que l'intoxication là où d'autres, ijlus 
tard, n'ont voulu voir que l'infection. Il a fallu deux tiers | 



îi Février 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N<» 8 — 121 



(le siècle pour élucider celle question qui, po«ée en 182:2, a 
récuses derniers développements en décembre 1887, dans 
ua mémorable travail de MM. Roux et Chamberland. Les 
malières putrides, débarrassées de tout microbe, tuent par 
iiuoiication ; parmi les microbes des putréfactions, les uns 
peuvent être sans danger introduits dans le corps des ani- 
maux vivants, d'autres sont capables de détruire la matière 
ïivanle comme la matière morte ; mais ces derniers ne pro- 
duisent la maladie et la mort que parce qu'ils sécrètent 
dans l'économie vivante les mêmes poisons qu'ils fabri- 
quaient dans la matière morte. 

Pour les maladies virulentes proprement dites, la question 
s'est posée dans les mêmes termes. 

Le 15 avril 1878, M. Toussaint formule, à titre de pure 
hypothèse et sans preuve, l'idée que la bactérodie charbon- 
neuse secrète une matière loxinue, soluble, phlogogène. 

Le iO novembre 1879, M. Cnauveau invoque la même 
\^k pour expliquer des faits constatés expérimentalement : 
le (liarbon qui tue nos moutons indigènes rend seulement 
nialades les moutons algériens; M. Chauveau pense que ce 
malaise éprouvé par les moutons algériens est dû à un poi- 
son soluble fabriqué par les bacléridies. 

llfallait vérifier expérimentalement celte hypothèse. C'est 
ee qu'avaient fait déjà, en 1878, et avecun résultat négatif, 
)iM. Tiegel et Zahn qui, injectant la culture charbonneuse 
lillréc constatèrent qu'ils ne provoquaient aucun trouble 
morbide. 

Le 3 mai 1880, M. Pasteur fournît le premier document 
e\périmental favorable à cette théorie : il injecte à une poule 
l'exlrail de 120 centimètres cubes de culture filtrée du 
choléra des poules, l'animal reste pelotonné et somnolent 
comme les poules inoculées avec le virus. Ces symptômes, 
à vrai dire, ne sont pas bien spéciaux ; l'expérience prouve 
au moins que l'extrait de la culture d'un microbe pathogène 
peut élre toxique. 

Le 20 novembre 1880, M. Chauveau reproduit avec plus 
de fermeté son hypothèse en vue d'expliquer les phéno- 
mènes morbides graves provoqués chez des moutons réfrac- 
taires par l'injection de 15 à 70 centimètres cubes de sang 
charbonneux renfermant jusqu'à deux cent milliards de 
bactéridies. 

L*idée que la virulence consiste en une intoxication par 
des poisons que sécréteraient les microbes se faisait vrai- 
î^emblable mais ne s'imposait pas encore. 

En novembre 1884, j'ai démontré que si l'on injecte dans 
les veines du lapin l'urine de l'homme cholérique filtrée 
ou cbautTée, on produit, indépendamment des phénomènes 
propres à l'injection de l'urine normale, certains effets spé- 
ciaux singulièrement analogues aux symptômes cholériques: 
cyanose des muqueuses, hypothermie considérable, crampes 
des membres postérieurs, diarrhée d'abord stercorale, puis 
blanchi'ilre et rougeâtre avec desquamation de Tépilhélium 
intestinal, absence de bile dans l'intestin et distension de 
la vésicule, albuminurie progressivement croissante abou- 
tissant à l'anurie, enfin la mort après trois ou quatre jours 
de maladie. Ce n'était pas le choléra, c'était une mtoxication 
à son image. Le poison cholérique était démontré ; il était 
sécrété par le microbe palhogène ou par les cellules 
humaines aux prises avec ce microbe. Je posai l'alternative 
sans la trancher auand je communiquai ces faits au Congrès 
de l'Association trançaise pour l'avancement des Siences, 
tenu à Grenoble en septembre 1885. 

Parmi les alcaloïdes fabriqués parles microbes, il en est 
un que M. Briegera extrait en 1885de la culture du bacille 
d'Eberth: c'est la typho-toxine qui produit une intoxication 
dont quelques caractères rappellent certains symptômes ou 
accidents de la fièvre typhoïde de Thomme. Il n'est pas 
démontré que cette substance soit le vrai ou le seul poison 
lyphique, mais il y avait dans celte constatation une raison 
de plus de soupçonner que dans les maladies infectieuses 



certains phénomènes morbides sont d'ordre toxique et que 
le poison est sécrété dans le corps de l'individu malade par 
le microbe pathogène. 

La démonstration expérimentale de la réalité de cette 
opinion a était faite d'une manière définitive par M. Char- 
rin, dans mon laboratoire. M. Charrin avait établi que si 
l'on inocule au lapin le bacille pyocyanique de manière à 
ne pas produire une mort rapide, soit qu'on ait conféré à 
l'animal un certain degré d'immunité par une vaccination 
antérieure, soit qu'on choisisse un microbe peu virulent, 
soit qu'on injecte la culture de ce microbe en petite quan- 
tité, soit enfin qu'on l'introduise sous la peau et non dans 
les veines, on produit la fièvre, la diarrhée, l'albuminurie, 
l'amaigrissement, une monoplégie ou une paraplégie spas- 
modique sans lésions anatomiques nerveuses ou muscu- 
laires, la paralysie vésicale et la mort, tout cela évoluant 
en un temps qui peut varier de quinze jours à plusieurs mois. 

Dans une note publiée le 24 octobre 1887, M. Charrin a 
montré que ces symptômes, y compris les paralysies spas- 
modiques, peuvent être provoqués chez le lapin par l'injec- 
tion de cultures pyocyaniques débarrassées de tout microbe 
par le filtre ou la chaleur. 

Ces poisons morbides que le bacille pyocyanique fabrique 
ainsi in vitro, il les sécrète aussi dans le corps des ani- 
maux inoculés. Je l'ai démontré le 4 juin 1888, en recueil- 
lant les urines des animaux atteints de la maladie pyocya- 
niaue et en injectant ces urines dépourvues de tout microbe 
à des animaux sains. J'ai reproduit ainsi les symptômes 
caractéristiques de la maladie pyocyanique y compris les 
paralysies spasmodiaues. 

Mes injections d urines cholériques avaient démontré 
deux choses : elles établissaient l'existence de poisons mor- 
bides dans certaines maladies infectieuses, poisons aux- 
quels sont dus les principaux symptômes de ces maladies; 
elles prouvaient de plus que l'économie est capable de se 
débarrasser de ces poisons, qu'elle les élimine par les 
émonctoires, spécialement par les reins. Mes injections 
d'urines pyocyaniques prouvaient que ces poisons morbides 
éliminés par les urines étaient d'origine microbienne, 
fabriqués dans l'organisme animal infecté comme ils le 
sont m vitro, 

MM. Charrin et Armand Rûffer ont apporté un surcroît 
de preuves à cette manière de voir, dans une communica- 
tion en date du 13 octobre 1888. Ils injectent à un lapin 
sain la culture chauffée et filtrée du bacille pyocyanique, 
recueillent ses urines et les injectent à un autre animal 
sain; ils voient se développer chez ce dernier animal les 
symptômes de la maladie pyocyanique et en particulier 
une monoplégie spasmodique. 

La réalité de Texistence de poisons morbides fabriqués 
par les microbes que M. Charrin avait démontrée pour la 
maladie pyocyanique en octobre 1887, a été prouvée égale-* 
ment par MM. Roux et Chamberland pour la gangrène ga- 
zeuse en décembre 1887; par MM. Cnantemesse et Widal 
Cour la fièvre typhoïde en février 1888 ; par MM. Roux et 
ersin pour la diphthérie en décembre 1888. J'avais moi- 
même, au commencement de cette même année, démontré 
que si les cultures charbonneuses semblent n'être pas 
toxiques, il y a dans la sérosité de l'œdème charbonneux, 
une matière éminemment vénéneuse. 

A ne considérer que l'état fébrile, élément important 
mais contingent de la virulence, et qui est seul visé dans la 
note de M. Roussy, on soupçonnait depuis longtemps qu'il 
pouvait être produit, dans les maladies infectieuses, par des 
substances solubles, et, à ce point de vue, 0. Weber, dès 
1864, avait déjà distingué les matières pyrétogènes des 
matières phlogogènes. La réalité de cette hypothèse a été 
surabondamment démontrée par M. Chauveau, dans ses 
injections de matières putrides stérilisées. 



122 



N» 8 - 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 22 Février 1880 



Ces expériences, à ia vérité, ne prouvaient pas que cette 
matière soluble pyrétogène fut d'origine microbienne, car 
les extraits des tissus d'animaux sains, non putrides, peu- 
vent provoauer la fièvre. Le ferment soluble de la coagula- 
tion, introduit dans les veines, peut élever la température 
jusqu'à 44 degrés, et MM. Charrin et Armand Rûffer ont 
établi que le bouillon ordinaire, non altéré, introduit dans 
les veines ou sous la peau, produit un accès fébrile avec 
élévation thermique de 2 degrés, dont l'évolution totale 
peut varier de huit à douze heures. Il y a des substances 
d'origine végétale, des alcaloïdes en particulier, qui pro- 
duisent la fièvre : la vératrine, la cocaïne, par exemple. 

Le même effet a été obtenu avec des alcaloïdes d'origine 
putride. C'est ce qu'a vu M. Brieger, à la suite de l'injection 
de la mydaléine. Mais, comme cette substance a été extraite 
non de cultures pures mais de tissus animaux putréfiés, on 
pourrait peut-être, à la rigueur, prétendre que son origine 
microbienne n'est pas absolument démontrée. Les expé- 
riences faites dans mon laboratoire, par MM. Charrin et 
Armand Rûffer, communiquées le 1" février 1889, démon- 
trent d'une manière décisive qu'un microbe pathogène, 
même cultivé dans un milieu inerte, produit des substances 
qui, injectées à l'animal sain, donnent lieu à un état fébrile 
cyclique, avec élévation thermique de 2%5, avec acmé au 
bout de trois heures, et avec une durée totale qui peut 
atteindre et dépasser quarante-huit heures. C'est avec la 
culture stérilisée, chauffée et filtrée du bacille pyocyanique 
que ces résultats ont été obtenus. 

Nous avons la pensée, mes collaborateurs et moi, que les 
choses se passent de la même façon dans la pathologie 
humaine ; que les poisons pyrétogènes peuvent être sécrétés 
dans le cours de certaines maladies infectieuses, et qu'ils 
peuvent s'éliminer par les urines comme les autres poisons 
normaux ou pathologiques. En effet, tandis que les urines 
normales, comme je l'ai établi, sont hypothermisantes, 
MM. Charrin et Armand Rûffer ont reconnu que l'injection 
de Turine des animaux pyocyaniqucs provoque la fièvre, et 
la même constatation *a été faite avec l'urine d'un malade 
atteint de pneumonie tuberculeuse. 



Sémélologle. 

Note sur l'exploration manuelle du rein, 
par M. le docteur Franlz Glénard. 

Les résultats que l'on peut obtenir, grâce à l'exploration 
manuelle du rein, sont, de jour en jour, plus appréciés, 
non seulement en médecine, mais encore en chirurgie. 
Dans l'une de ses dernières cliniques {Gaz. Iiebd.y p. 88), 
M. le professeur Guyon qui, depuis plus de vingt ans, 
a fait connaître et perfectionné les procédés d'exploration 
destinés à déterminer la sensibilité du rein, ses varia- 
tions de volume, sa mobilité, ses déplacements, etc., a 
bien voulu parler de mes recherches à cet égard. Je 
me considère dès lors comme autorisé à préciser encore 
ce que j'ai désigné sous le nom àepalpation néphroleptique 
et à appeler l'attention des lecteurs de la Gazette hebdoma- 
daire sur les résultats que peut donner cette palpation. 
Comme il arrive souvent que 1 on me cite parmi ceux qui se 
contentent de l'exploration du rein à I aide d'une seule 
main, je crois devoir tout d'abord reproduire ici la des- 
cription que j*ai souvent donnée de l'exploration néphro- 
leptique. «: J'élreins (1) largement et solidement de la main 
gauche, — pour la recherche du rein droit, — pouce en 

(1) F. Glénard, A propo* d'un eaê de neuraslh'sie gastrique {entéronéphropiote 
traumaVque). Diagnostic de Ventéroptose. Conférence clinique faite à l'HôlcI- 
Dicu de Lyon le 8 mars 1887. Province médicale, 18 avril 1837 el n" suivants. 



avant, médius en arrière, la zone des parties molles immé- 
diatement sous-jacente au rebord costal. Les doigts forment 
ainsi un anneau étroit, qui sera complété à sa partie interne 
en arrière par la colonne vertébrale, en avant j)ar la main 
droite; celle-ci déprime en effet la paroi antérieure dans le 
prolongement de l'extrémité du pouce gauche, oui se trouve 
à la hauteur et au-dessous de l'extrémité de la neuvième 
côte droite..., la main droite étant chargée surtout de 
déprimer, le pouce gauche surtout chargé de palper. C'est 
à ce pouce gauche que doit être dévolu le rôle intelligent... 
Lorque la néphroptose parait avoir atteint la limite infé- 
rieure de son incursion, — sous l'influence d'une forie 
inspiration, on augmente brusquement la constriciion 
exercée à travers les tissus par les doigts, en rapprochant le 
plus possible l'une de l'autre les extrémités du médius ot du 
ponce gauche. Pendant ce temps la main droite veille à ce 
que la ptôse ne soit pas déviée vers la ligne médiane et 
n'échappe ainsi à la pression ou à la préhension de la inaiu 
gauche. :» 

Sur un sujet à ventre un peu gros, la manœuvre que 
je viens d'indiquer peut, il faut en convenir, devenir infi- 
dèle, mais c'est à la condition que ce ventre soit non seulement 
gros, mais tendu; car si le ventre, tout en étant gros est en 
môme temps flasquç et dépressible, le pincement de Glé- 
nardj comme dit M. le professeur Guyon, est encore réali- 
sable. Il n'est réellement infidèle que si le ventre est gros 
et tendu. Or, dans des cas pareils, aucun procédé ne peut 
éclairer la mobilité du rein. 

Je n'ai d'ailleurs jamais prétendu sentir rexlrérailé infé- 
rieure du rein passer et repasser dans l'anneau vivant que 
forme la main. Bien au contraire, je me suis exprimé de la 
manière suivante, relativement au premier degré que je 
propose d'admettre dans la mobilité du rein (néphroptose): 
<ic II est évident, ai-je dit, que ce diagnostic du premier 
degré ou pointe de néphroptose serait contesté par tout 
médecin qui serait appelé à le contrôler sans avoir déjà, 
par devers lui, une grande expérience de la palpation du 
rein mobile. Car, dans ce cas, on ne sent que le pôle infé- 
rieur du rein. Il ne s'agit plus ni de capture, ni ae sillon; 
c'est à la fln du temps d'affût, au moment où Ton espère 
saisir la ptôse, que l'on sent profondément un corps orbe. 
lisse, dur, du volume d'une noix, qui, sous l'influence de la 
pression brusque, exercée par les extrémités du médius et 
du pouce gauche (pour le rein droit), saute comme une bille 
et s échappe en haut, en laissant aux doigts une sensation 
analogue à celle qu'ils éprouvent lorsqu'ils viennent de 
projeter par pression un noyau de cerise. Telle est pour moi 
ta pointe de néphroptose ou néphroptose du premier degré, 
car on ne peut atteindre le rein à tétat normal. » 

La preuve que telle est bien ma manière de voir, c'est que 
j'ai publié la statistique suivante : sur une série de 950 ma- 
lades, atteints de troubles divers des fonctions digestives el 
chez lesquels j'ai cherché délibérément la mobilité du 
rein par le procédé que je recommande, j'ai trouvé 145 as 
de rein mobile à divers degrés et, sur ces 145 cas, 62 cas 
seulement des premier et deuxième degrés réunis, -; l6 
deuxième degré de néphroptose se distinguant du premier, 
parce que l'on peut retenir « capturer », entre les doigts, le 
rein que vient d'abaisser l'inspiration, tandis qu'au premier 
degré il est si peu abaissé qu'il glisse en haut sans pouvoir 
être retenu; se distinguant du troisième degré, parce que 
dans celui-ci on peut pincer Thypochondre au-dessus du 
rein et déprimer un sillon entre le rein et le foie. En 
somme, je n'ai pu déceler nettement ces deux premiers 
degrés de mobilité (néphroptose) du rein, que 62 fois sur 
950 malades (1). Cette faible proportion des cas dans 
lesquels on l'observe, les degrés insensibles que Ton note 

(1) Celle statistique acqaiorl une singulière valeur do ce fait que, «ur une 
seconde série de 4i3 malades, j'ai trouvé G7 cas de néphroptose et, sur r<V'* 
07 cas, non seulement la même proportion relativement au sexo, m.iis la mémù 



ii Février 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N'» 8 



123 



en clinique entre la mobilité légère (néphroptose du 
premier degré) dans un cas et la mobilité extrême 
inéphroptose du quatrième degré); dans un autre cas, 
eiiGn, les traits manifestes de parenté que Ton observe dans 
rallure du syndrome (entéroptose) chez les divers malades, 
présentant des degrés variés de néphroptose, autorisent à 
dire, d'abord que c'est bien le rein que l'on fait c sauter » 
lorsqu'on atteint cette petite tumeur mobile, et ensuite que, 
paisqu*il est atteint par les doigts, c'est qu'il a une mobilité 
anormale et qu'il est déjà proiabé; sinon, on ne l'atteindrait 
pas, ce qui est la règle, ainsi que je m'en suis assuré chez 
les sujets bien portants, quelque maigre et flasque que soit 
leur abdomen. 

Tels sont les seuls points au sujet desquels j'ai cru devoir 
insister dans cette courte note. lis se rapportent à des 
faits cliniques aisés à vérifier et qui, en raison de Timpor- 
tance qui s'attache aujourd'hui aux recherches de ce genre, 
me paraissaient devoir être rappelés. 



REVUE DES COURS ET DES CLINIQUES 

HOPITAL DE LA CHARITÉ. — M. LE PROFESSEUR POTAIN. 
Traliemeni dea ttenlaa. 

Après avoir insisté sur les difficultés que présente parfois 
le diagnostic de l'helminthiase et sur la nécessité de n'insti- 
tuer une médication que lorsque Ton a reconnu la nature du 
ver intestinal qu'il faut combattre, M. Potain examine 
quelle est la valeur des différents txnicides. Les uns, dit-il, 
agissent par traumatisme sur le ver. Ce sont les poudres de 
fer, d'élain, de zinc, de charbon. 

II en estd'autres qui sont des poisons chimiques, depuis 
le pétrole et la noix vomique, jusqu'au cyanure de potas- 
sium, que M. Peter a indiqué comme ayant, par hasard, 
guéri un Américain. 

Dans une autre classe, il faut ranger les stupéfiants tels 
que l'acide carbonique, Téther, l'alcool. Dans quelques cas, 
on a vu le parasite rendu à la suite d'une forte absorption 
de liquides alcooliques. Mais ce sont là des exceptions. Les 
médicaments tsenicides sont en général des spécifiques. En- 
core la plupart d'entre eux donnent-ils des résultats médio- 
cres. Trois des principaux appartiennent à la matière médicale 
exotique. C'est d'abord le Mucenna, sorte d'acacia dont on 
donne l'écorce en poudre et qui serait très utile en Afrique ; 
en France, les résultats sont beaucoup moins beaux, et on n'a 
guère à enregistrer que des revers. Vient ensuite le kamala, 
qui provient du fruit d'une euphorbiacéc de l'Inde; on en 
administre 12 grammes dans un purgatif huileux. Jadis en 

pruporlion relativement aux degrës de la népliroptose. Je ne m'attendais vmimenl 

l»as à une aussi exacte confirmation : 

Proportions relative» à la fréquence, à la répartition, tuivant Us axes et au 

degré de la néphroptose {rein mobile) dans les affections chroniques de 

VapparcU digestif observées à Vicl^y. 

Séri«> I: 950 ca« observés, 145 népliroploscs, 15,2 pour 100. 

Série II : 423 cas observés, 67 néphroptoics, 13.4. 

Proportion des néphroptoses relative au sexe. 
Série I: 145 nëphroptoses, 198 femmes, 88,S pour 100. 
Série 11 : G7 néphroptoses, 5'J femmes, 88,0 pour 100. 

Proportion des néphroptoses relatives au degré. 

Série I: 145 néphroptORes, 47 premier et deuxième degrés, 2i pour 100. 

St'rie II: 67 néphroptoses, 21 premier et deuxième degrés, 31 pour 100. 

Oa pcui donc considérer comme exactes (au moins pour lu clinique de Vichy où 
e-^ observations ont été relevées) les proportions suivantes, basées sur l'examen 
de 1373 malades (077 hommes, 606 femmes). 

Sar 100 malades, il y a 14 cas de néphroptose (rein mobile). 

Sur 100 cas de néphroptose, il y a 88 femmes et 12 hommes. 

Sur 100 cas do néphroptose, il y a 32,5 cas de néphroptose dos premier et 
deuxième degrés. 



o(leur de sainteté, ce médicament est aujourd'hui délaissé. 
Vient enfin le kousso qui, pendant quelque temps, a été à 
peu près le seul médicament prescrit en France. On fait 
macérer puis infuser les fleurs de cet arbrisseau à la dose 
de 20 grammes, et on avale le mélange. L'activité des fleurs 
mâles et femelles difl'ère ; telle est là peut-être la cause de 
la variabilité des résultats obtenus. La préparation est 
d'ailleurs nauséeuse. On a alors essayé de granuler le mé- 
dicament, mais il faut avaler 48 grammes de ces granules 
pour ne prendre que 16 grammes de fleurs. Sur 737 cas, 
Bérenger-Féraud n'a relevé que 07 succès, soit 1 pour 10. 
En Abyssinie, le kousso est très employé, mais ce n'est 
pas pour se guérir du parasite qu'on l'emploie. Les Abys- 
siniens se contentent d'en évacuer une partie. Le ver se 
régénère peu à peu et sa présence provoque des contrac- 
tions intestinales favorables contre la constipation qui 
est, chez eux, endémique. Parmi les médicaments tirés 
de plantes indigènes, il faut citer, en première ligne, 
la fougère mâle. Son rhizome renferme une huile volalile 
qui s'emploie sous forme de poudre ou d'extrait élhéré. On 
prescrit d'ordinaire 4 grammes de poudre en suspension 
dans une potion. Trousseau donnait à la fois l'extrait et la 

rioudre et terminait par trois gouttes d'huile de croton : 
'application du traitement était difficile. 

Il faut préférer les capsules contenant de l'extrait éthéré 
etducalomel; mais pour réussir il faut en avaler 16 au 
moins, ce qui complique le traitement. De plus, il est 
certain que si certaines plantes sont actives, comme celles 
que l'on recueille dans les Vosges, il en est d'autres qui 
restent inactives, par exemple celles de Normandie. 

La graine de courge vient ensuite. On doit employer les 
graines du potiron commun, les autres sont inactives ou 
mal connues. La partie utile serait le péri«perme qui ren- 
ferme une sorte de résine verdàtre; cependant quelques 
médecins ou eu moins de succès avec ce pcrisperme. il faut 
donc mieux employer les graines, mais après les avoir 
mondées ; 50 à 60 grammes de graines bien mondées 
représenteront 140 grammes de semences entières. On pilera 
en pâte et on administrera le médicament soit sous forme 
d'êlectuaire, soit, ce qui est mieux, en émulsion dans du 
lait. Ensuite, on fera prendre un purgatif quelconque. 
Bérenger-Féraud a relevé 20 succès sur 349 cas, soit 
4 pour 100. Mais peut-être les résultats seraient-ils plus 
brillants si l'on avait soin de noter la provenance des 
graines. 

La racine de grenadier, déjà employée par les anciens 
Romains, est l'un des médicaments to^nifuges les plus 
recommandés dans ces derniers temps. On emploie l'écorce 
de la racine et celle des branches en rejetant les rameaux 
de l'année. Quand elle est fraîche, celte écorce est très 
active ; elle s'altère, du reste, assez facilement. Cette alté- 
ration spontanée se remarque pour la plupart des ta^ni- 
fuges^ et c'est une des raisons pour lesquelles il vaut mieux 
choisir ceux qui proviennent de plantes indigènes. Le 
kamala, le kousso, par exemple, deviennent inactifs au bout 
d'un an et demi à deux ans. 

Pour le grenadier, on se sert de la poudre, de l'infusion, 
de l'extrait. Il faut prescrire 60 grammes de poudre, prépa- 
ration désagréable et peu efficace. L'infusion est plus utile 
et se fait avec 60 grammes d'écorce fraîche ou sèche. L'état 
de dessication importe peu parce que, s'il y a moins de sub- 
stance active, il y a moins d'eau ; par contre, il ne faut 
jamais employer d'écorce vieillie. On met les 60 grammes 
d'écorce dans 750 grammes d'eau que l'on fait bouillir, on 
laisse macérer vingt-quatre heures, puis on évapore à 
500 grammes. On termine le traitement en donnant un 
purgatif approprié à l'état des voies digestives du malade. 
Bérenger-Féraud, sur 832 cas, a relevé 50 pour 100 de 
succès. L'extrait donne des résultats médiocres. On pour- 
rait essayer de l'administrer en cachets et de Aiire boire 



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GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 22 Févbier 1889 



ensuite au malade une certaine quantité d'eau; car celte 
dilution a pour objet de faciliter et de rendre plus rapide 
l'évacuation du médicament dans l'intestin où il agît et 
d'empêcher son absorption dans l'estomac. 

Le principe actif de la racine de grenadier est la pelletié- 
rine. C'est un alcaloïde liquide qui peut former un sulfate 
solide. Le sulfate de pelletiérine devient actif quand il est 
associé au tannin, qui le rend cependant beaucoup moins 
soluble ; la nature exacte du corps qui se forme alors n'est 
pas bien établie. Mais grâce à cette préparation on a obtenu 
G5 et même, dans ces derniers temps, 79 pour 100 de suc- 
cès. Au début, on donnait 0,70 centigrammes ; actuelle- 
ment, on a reconnu que 0,30 sont suffisants. Une dose forte 
est loin, en effet, d'être inoffensive. La racine de grenadier 
cause des vertiges, des palpitations, de l'angoisse prêcor- 
diale, des nausées, des vomissements, de la faiblesse géné- 
rale, des crampes dans les membres inférieurs. Quelquefois 
il y a des accidents persistants, de la paralysie tenace des 
muscles intestinaux. De là la nécessité d'administrer des 
purgatifs assez énergiques et d'attendre quelque temps 
avant de recommencer le traitement. 

Quel que soit l'anthelminthique choisi, un certain nom- 
bre de précautions sont à prendre. L'animal doit être 
expulsé pendant l'engourdissemenL Un purgatif prescrit la 
veille a des inconvénients, car il est d'observation que,^ quand 
le tc^Buia est irrité, il se cramponne davantage. On se bor- 
nera donc à ordonner la diète lactée dès la veille et un lave- 
ment purgatif pour vider le gros intestin. L'anthelminthique 
sera donné en deux fois à une demi-heure d'intervalle et le 
malade restera au lit pour éviter, autant qiie possible, les 
étourdissements et les nausées. La nature du purgatif est à 
peu près indifférente, mais celui-ci devra être donné après 
un intervalle ni trop long, ni trop court. On le fera prendre 
quand certains mouvements dans l'abdomen indiqueront 
que le ver se détache, c'est-à-rdire une demi-heure à trois 
quarts d'heure après l'administration du spécifique. Quand 
on le donne trop tôt, le spécifique n'a pas le temps d'agir ; 

3uand on le donne trop tard, le ver est sorti de son engour- 
issement. Il faut bien recommander au malade de se placer 
au-dessus d'un vase plein d'eau pour rendre le parasite, de 
ne pas tirer sur l'animal, s'il sort peu à peu, au lieu de 
tomoer en bloc. S'il tarde à sortir, on recourra à un lave- 
ment purgatif. Si on échoue, il faut attendre pour agir que 
le tœnia ait donné de nouvelles preuves de sa présence. 

A l'occasion de celte leçon, déjà résumée dans VUnion 
médicale, M. le docteur Giquel nous adresse la lettre sui- 
vante : 

Dans une leçon faite récemment à la Charité sur le traite- 
ment des tœnia, M. le docteur Potain passe en revue les diffé- 
rents médicaments qui ont été essayés pour nous débarrasser 
de ces hôtes incommodes et parfois dangereux. Il y en a cin- 
quante, parmi lesquels un petit nombre seulement est destiné 
à rester dans la thérapeutique. 

Le mucenna est inerte lorsqu'il arrive en France. 

Le karoala réussit peu. 

Le kousso est nauséeux et tellement répugnant que beau- 
coup de malades ne peuvent le supporter. Toléré il ne donne 
guère plus d'un dixième de succès. 

L'extrait éthéré de fougère mâle est infidèle dans son action. 

La racine de grenadier est active à Tétat frais, mais lorsqu'elle 
a été conservée pendant quelque temps dans nos pharmacies, 
elle est une arme insuffisante pour expulser fennemi. 

Le sulfate de pelletiérine associé au tannin est d'un prix élevé 
et parait, dans certains cas, aussi dangereux pour l'homme que 
pour rhelminthe. 

tieste la graine de courge dont on fait une pâte qui, préparée 
la veille a fermenté pour le lendemain et a pris un goût de 
souris devant lequel yai vu reculer des hommes résolus. 

En face de ces inconvénients nombreux des tsenifuges admi- 
nistrés par les vieux procédés, et après avoir éprouvé plusieur*' 
insuccès, le praticien peut se trouver embarrassé. Quel médi- 



cament devra-t-il proposer à un malade ennuyé de tentatives 
infructueuses? Quelle forme donnerat-il à ce médicament? 
Devra-t-il attendre pour agir que le ver reformé laisse échapper 
des anneaux? L'observation suivante répond à ces question. 

A..., âgé de vingt-deux ans, est atteint depuis trois ans de 
tœnia médiocanellata dont il a vainement essayé de se déhar- 
rasser en employant plusieurs ttenifuges et en particulier le 
kousso et la graine ae courge. Désireux de chasser son hel- 
minthe et fatigué des drogues indigestes et des purgations qu'il 
avait prises jusqu'alors, il employa, d'après mes conseils, peu 
de temps après une tentative dont le résultat avait été rort 
incomplet, le procédé suivant : Chaque matin, on lui apportait 
du marché, des graines fraîches de citrouille ; il en roettail dans 
sa f)oche une poignée et fréquemment, dans la journée, il man- 
geait sans compter un certam nombre de ces graines préalable- 
ment décortiquées à l'aide de ses ongles. Pendant près de quinze 
jours il rendit à chaque selle des fragments plus ou moins longs 
de taenia et des cucuruitins isolés. Pendant la troisième semaine 
de son traitement, rien de suspect n'apparaissaul dans les 
garderobes, il s'en tint là. Plusieurs années ont passé depuis 
ce moment et la fi^uérisou est bien acquise. 

Le patient se loue beaucoup de ce mode de traitement qui 
a donné un résultat vainement recherché auparavant, san^ 
qu'il ait eu l'ennui de prendre de nouvelles purgations et d'in- 
terrompre le cours de ses occupations. Le seul inconvénient 
qu'il ait ressenti de cette absorption prolongée de la graine de 
courge a consisté en un peu de pesanteur d estomac lorsque la 
quantité prise en un jour a été trop considérable. 

De cette observation on peut conclure: 1<> Que la graine de 
courge est un médicament efficace autant qu'innolTensif; 

i2<' Qu'elle peut donner un résultat complet sans le secours 
des purgatifs ; 

3" Qu il n'est pas nécessaire d'attendre, pour l'adminislrer 
utilement, que le ver soit pourvu d'un ^rand nombre d'anneaux; 

4** Enfin, et c'est là le point le plus important, que lorsqu'on 
n'est pas parvenu à expulser un taenia avec des doses massives 
de médicament et pour ainsi dire par surprise, on peut avoir 
raison de Tentozoaire par un empoisonnement chronique. 

D' Giquel (de Vannes). 



Nous n'ajouterons que quelques mots à la lettre de notre 
honoré confrère. Dans une série d'articles publiés en 187G 
(Gaz. hebdomadaire^ p. 451 et suiv.) nous avons déjà indi- 
qué les avantages et les inconvénients des différents tœni- 
cides et montré tout à la fois et les dangers que présente 
souvent l'administration du kousso et les heureux effets que 
peuvent produire les graines de courge. Nous rappelions à 
ce sujet les observations d'Archambault et les recherches 
chimiques de Heckel et de Vigier. Hais, dans cet article, 
nous insistions surtout sur la nécessité de n'employer 
jamais que de bons médicaments. La recommandation 
paraît banale. El le a cependant son im portance . Si Ton échoue 
si souvent, en effet, avec l'extrait éthéré de fougère mâle 
où avec Técorce de racine de grenadier, c'est que Ton 
emploie trop souvent des produits anciens ou mal préparés. 
Il en est de ces médicaments spécifiques comme de la digi- 
tale et de l'aconit. Les résultats qu ils produisent sont en 
raison directe du soin que l'on a mis à récolter et à conserver 
la matière première, à préparer et à administrer le médica- 
ment composé. D'autre part, les différents helminthes 
nécessitent chacun une médication différente; c'est pourquoi 
il importe, comme Ta fait remarquer M. Potain, de préciser 
le diagnostic, avant d'agir et, pour agir efficacement, de se 
procurer des médicaments bien recueillis et bien préparés. 

L. L. 



a Février 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



N» 8 — 125 



SOCIÉTÉS SAVANTES 

Académie de« Selenccs. 

Nouvelles uecherches démontrant qie la toxicité 

DE L*AIR expiré NE DÉPEND PAS DE L* ACIDE CARBONIQUE, 

par MM. Brown-Séquard el d'Arsonval. — L'air qui sort 
du poumon de l*bommeou des mammifères domestiques est 
uQ air toxique. Le poison qu*il contient peut tuer les ani- 
maux douze ou vingt-quatre heures après son injection sous- 
cutanée, stomacale ou abdominale. La toxicité de Tair 
expiré n'est pas due à la présence de microbes. Soumis à 
une température de 100 degrés en vases clos, le liquide 
provenant do la condensation des vapeurs, sortant avec Tair 
aliuosphériquey est aussi meurtrier que lorsqu'on remploie 
sans avoir été chauffé. MM. Brown-Séquard et d'Arsonval, 
a^rès avoir vérifié à diverses reprises cette toxicité du poi- 
âoQ pulmonaire, se sont préoccupés de démontrer que 
/'acide carbonique n'est pour rien dans cette toxicité, ils 
oDt employé, dans ce but, un appareil spécial composé d'une 
série de vases métalliques ou étuve^ dans lesquels une 
trompe aspirante fait passer un courant d'air continu qui 
les parcourt successivement. Il en résulte qu'un animal 
placé dans l'étuve par laquelle entre l'air extérieur respire 
de l'air pur, alors que tous les autres animaux, soumis à 
l'expérience dans les autres étuves, respirent de l'air de 
plus en plus vicié. Il va sans dire que le dermer animal, 
c'est-à-dire celui dont l'étuve avoisine le plus la trompe 
aspirante, respire l'air ayant passé par les précédentes 
étuves et que celui de la deuxième étuve ne respire que 
Tair de la première. 

Les étuves sont faites de telle sorte que les excréments, 
tant solides que liquides, expulsés par les animaux, ne peu- 
vent y séjourner, non plus que les débris alimentaires. 
De jeunes lapins de cinq à sept semaines, mis dans 

; huit vases de cette sorte, y sont morts très rapidement, 

I excepté ceux qui étaient dans le premier et le second, en 
appelant premier le vase par lequel l'air entre dans l'appa- 
reil. La mort a eu lieu quelquefois pour le lapin des aeux 
derniers vases, et même pour celui du sixième, au bout de 
deux ou trois jours. Quelques lapins ont cependant résisté 
quatre, cinq ou six jours dans les deux dernières étuves. 
Bien qu'un peu plus tardive, en général, la mort a eu lieu 
en une semaine dans le quatrième vase, et à peine quelques 
jours plus tard dans le troisième. Les lapins des cages i 
el :î ont survécu très longtemps et ne sont morts que par 
!=:uite d'un accident, le second animal montrant cependant 

I que sa santé était alors très altérée. 

Lorsqu'on retirait un lapin mourant de l'une des cages 
3, 4, 5, 6, 7 ou 8, il revenait, en général, à la vie et mènie 
â la santé, mais après un temps assez long (de cinq à dix 

' ou douze jours). 

' La quantité d'acide carbonique, qui était très inférieure 
à I pour 100 dans la cage 2, n'a guère été au-dessus de 2 
ou 3 pour 100, en général, dans les étuves de à 8. Avec 
une plus grande vitesse du courant d'air, il y a eu parfois 
encore moins d'acide carbonique dans les dernières cages. 
Il fallait cependant démontrer que l'acide carbonique 
n'était pour rien dans ces intoxications successives. Or, bien 
que MM. Brown-Séquard et d'Arsonval aient déjà, à diverses 
reprises, démontré aue l'acide carbonique pur (non chargé 
de vapeurs d'acide cnlorhydrlque) peut être inhalé en pro- 
portion notable dans l'air atmosphérique par l'homme, le 
chien, le lapin et d'autres mammifères ; bien qu'ils aient 
pu respirer pendant plus d'une ou deux heures de l'air 
contenant 30 pour 100 de CO^sans en être incommodés 
d une façon man|uée, et surtout sans effet durable. Il leur 
fallait, pour prouver la toxicité du poison pulmonaire, 
donner des preuves plus acceptables par tout le monde* 



L'absorption de l'acide carbonique par un alcali n'était 
point applicable. Les alcalis absorbent, en effet, le poison 
pulmonaire et purifient l'air qui passe à travers leurs solu- 
tions. 

« Pour arriver à notre but, disent les auteurs, nous avons 
employé un moyen très simple, qui a consisté à ajouter à notre 
appareil deux autres étuves semblables aux précédentes, 
mais séparées des six premières par un large cylindre en 
verre rempli de perles en verre imprégnées d'acide sulfuri- 
que concentré. L'air sortant de la cage 6 passe dans l'inté- 
rieur de ce cylindre et, après avoir été soumis à l'influence 
de l'acide sulfurique, se rend dans l'une des cages addition- 
nelles et de là dans l'autre, d'où il sort attiré par la trompe 
aspirante. Or, l'acide sulfurique s'empare du poison pulmo- 
naire et des substances organiques (quelles qu'elles soient) 
qui proviennent des six premières cages, tandis que l'acide 
carbonique passe librement. L'air arrivant dans les deux 
nouvelles étuves est donc de l'air privé du poison pulmo- 
naire, mais chargé d'acide carbonique. Or, cet air ne lue 
ftas et nous avons par là, à la fois, une preuve nouvelle de 
'innocuité de l'acide carboni(|ue et de la toxicité du poison 
pulmonaire. 

« La mort, dans ces expériences, a lieu comme dans les 
cas d'injection de liquide pulmonaire dans le sang ou sous 
la peau. Les symptômes qu'on observe sont les suivants : la 
respiration est ralentie ; le cœur est activé ; la température 
s'abaisse lentement, mais, à la fin, considérablement; de 
la diarrhée survient très vite et dure tant que vit l'animal. 
La mort a lieu sans agonie ou tout au moins sans convul- 
sions. L'attitude du cadavre montre qu'il n'y a pas eu de 
lutte ; il repose sur ses pattes repliées et sur son ventre et 
son thorax, comme dans le sommeil. L'autopsie fait voir 
que l'animal est mort avec ce ({ue l'un de nous a appelé 
arrêt des échanges entre les tissus et le sang. Il y a du 
sang rougeàtre, au lieu du sang noir qu'on trouve dans les 
morts ordinaires, dans le ventricule droit; le sang, plus 
abondant que dans ces derniers cas dans le ventricule gau- 
che, y est rosé. L'aorte el la veine cave contiennent bien 
plus de sang qu'à l'ordinaire et la couleur de ce liquide est 
d'un rouge beaucoup moins noirâtre que dans la mort après 
agonie. La vessie et le rectum ne se sont pas vidés. Les 
poumons sont d'un rouge plus ou moins tendre. Ils contien- 
nent des ecchymoses et des foyers d'inflammation, comme 
chez les animaux tués par une injection da liquide pulmo- 
naire dans les bronches. Ils sont aussi emphysémateux. Le 
foie, les reins et les autres viscères abdominaux sont con- 
gestionnés. Il y a assez souvent des hémorragies dans l'in- 
testin, et quelquefois dans le péricarde. 

€ On se demandera si c'est bien à un poison venant des 
poumons qu'est due la mort des animaux dans ces expé- 
riences : la réponse est facile à donner. Les symptômes et 
l'état des organes qu'on observe après la mort se retrouvent 
dans les cas de ces individus comme dans ceux des animaux 
tués par une injection de poison pulmonaire dans le sang ou 
sous la peau. Qu'il y ait dans l'air confiné d'autres causes 
capables d'altérer la santé que le poison provenant des 
poumons, nous ne voulons pas le nier ; mais il nous sem- 
ble, par la raison que nous venons de donner, que c'est 
surtout, sinon exclusivement, à ce poison que la mort est 
due, dans notre expérience, après la respiration d'air con- 
finé, pendant quelques jours. » 

Des abcès spirillaires ; par MM. Ar, Verneuil et 
Clado, — Poursuivant une série de recherches entreprises 
dans le but de préciser le rôle des nombreux microbes que 
l'on peut rencontrer dans le pus des abcès, MM. Verneuil 
et Clado se sont préoccupés d'examiner au point de vue 
bactériologique le contenu des abcès en communication 
indirecte avec la cavité buccale ; il leur semblait possible, 
a priori^ que les microbes de la salive s'engageant dans les 



126 



N« 8 - 



GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 22 Février 1889 



vaisseaux lymphatiques pussent parvenir jusqu'aux gan- 
glions et se mélanger au pus des adénites cervicales. Or, ces 
prévisions se sont pleinement réalisées dans deux cas dont 
ils communiquent l'observation. 

La présence dans le pus des ganglions sous-maxillaîres 
de spirilles de la salive semble prouver que les microbes 
de la salive, et surtout les spirilles, possèdent à un 
très haut degré les propriétés phlogogène et pyrogène, sans 
compter la tendance à produire des phlegmons sepliques 
et gangreneux. Les adénites aiguës du triangle sous-clavi- 
culaire, de l'aisselle, du pli de l'aine sont, en effet, incom- 
parablement plus bénignes. Mais ce n'est point seulement 
dans le système lympalhique et dans lès ganglions que la 

fiénétration des fluides buccaux cause de grands désordres; 
e tissu conjonctifpeut être aussi gravement atteint. On 
peut observer des panaris et des phlegmons dus à Tauto- 
inoculation de produits extraits des dents cariées ou de leur 
voisinage. Tout porte à croire que ces accidents sont dus à 
des microbes pathogènes et très probablement à des spi- 
rilles. 



Académie de mèdeelne. 

SÉANCE DU 19 FÉVRIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. MAURICE PERRIN. 

M. le docteur Poncei (de Cluhy) se porte candidat au titre de correspon Jant 
national dans la division de chirurgie. 

M. le docteur Crouzat envoie un PU eacheti rcnrermant une note sur une 
sonde dilatatrice^ à double courant, pour injectiont inlra-utérinet. 

M. Moulé cnvoiâ une brochure sur let tarcoaporidiei. 

^la.FUury (à Bour|;es) et Founé (à AIbi) adressent des rapports sur leurs 
scrvicei départementaux des enfants assistes et de la protection des enfants du 
premier âg^e en 1887. 

M. le docteur J. Boeckel envoie un ouvrjge sur la résection du genou. 

MM. les docteurs Weill, médecin principal de 2* classe, et Cliquet, médecin- 
major de 2* classe, adressent une Note manuscrite sur une épidémie de fièvre 
typhoïde dans la garni«on de Reims. 

M. le docteur A^nau/, médecin-major de 2* classe, envoie le compte rendu des 
vaccinations et revaccinations qu'il a faites en 1888 au 5* chasseurs d'Afrique. 

M. Léon Colin présente le Traité des maladies des pays chauds, do MM. les 
docteurs Kelsch et Kiener, 

M. Goubaux dépose un Traité des maladies parasitaires non microbiennes des 
animaux domestiques, par M. Neumann (à l'oulouse). 

M. Riche présente une brochure de M. Zune sur l'analyse des eaux potables. 

M. Tarnier dépose des Leçons de gynécologie opératoire, par MM. les docteurs 
Vulliel et Lutaud. 

M. Hérard présente, au nom de M. le docteur Garcin, une Étude sur la valeur 
du traitement de la tuberculose pulmonaire par les inhalations d'acide fluor-- 
hydrique. 

M. Dujardin-Deaumetz dépose un nouveau modèle de siphon, imaginé par 
MM. Ferrand et Gœttl afin d'empêcher le liquide d'ctre en contact avec le 
méul et, de la part de M. Douliot, des échantillons de biscuit préparé avec de la 
fromentine. 

Mortalité militaire aux colonies. — M. Rochardy à 
ronos de la communication faite à la dernière séance par 
'. Lagneau, fait observer que le chiffre réel de la mortalité 
parmi les troupes de Tinfanlerie de marine est de 
44 pour 100. Il appuie les remarques faites par M. Lagneau 
en faveur des mesures propres à diminuer cette mortalité. 

Ablation d'une tumeur cérébrale dans un cas d'épi- 
LEPSiE, GuÉRisoN. — M. Péun, OU SOU nom et au nom de 
MM. les docteurs Gilbert Ballet et Gélineau, communique 
une observation d'épilepsie parlielle chez un homme de 
vingt-huit ans, qui paraissait due à Texistence d'une tumeur 
cérébrale siégeant au voisinage des centres moteurs du 
membre inférieur droit. Une couronne de trépan fut appli- 
quée, après avoir bien délimité la région ; la tumeur fut 
enlevée par morcellement et la plaie suturée, puis traitée 
antisepliquement. Les accidents ont disparu depuis celte 
époque, soit depuis deux mois et demi. 

Néphrorraphie. — A propos de deux cas dans lesquels il 
a pratiqué avec succès la néphrorraphie, M. Guyon fait 
connaître les raisons pour lesquelles il a fait choix de cette 



opération de préférence à la néphrectomie ; il insiste sur Tin- 
discutable utilité de la conservation d'un organe sain et la 
bénignité relative des néph recto mi es secondaires; d'ailleurs, 
dans la pyonéphrose, la mortalité de ces dernières est de 
30 pour 100, tandis que celle des néphrectomies primitives 
est de 40 pour lUO. L'ablation du rein ne doit être qu'une 
opération de nécessité; sa fixité est l'opération de choix; 
c'est à elle qu'il est rationnel de recourir tout d'abord dans 
les cas où la mobilité rénale détermine des accidents non 
justifiables du traitement médical ou des appareils. 

Il fiiut remarquer, d'autre part, que les succès durables 
appartiennent tous aux opérateurs qui ont suturé direclemenl 
le rein en passant à travers sa substance. Considérant le peu 
de résistance de sa capsule propre, la friabilité de son tissu, 
M. Guyon, dans les deux cas précités, a passé les fils pro- 
fondément et non sous la capsule, en ne comprenant qu'une 
même épaisseur de tissu rénal. Aucun accident n'en est 
résulté; les urines n'ont jamais été teintées ni diminuées 
dans leur quantité ; il n'y a eu aucune douleur. Il a cru 
également nécessaire de multiplier les points, de ri^partir 
les attaches nouvelles du rein sur les deux lèvres profondes 
de la plaie, de superposera la suture de fixation une sulure 
de soutien et pour que la soudure réno-pariétale se fit en toute 
sécurité, il a pensé que la suspension de l'organe à la der- 
nière côte était nécessaire. Ce sont là les conditions de la 
réussite. Il s'était enûn demandé s'il ne serait pas néces- 
saire d'aviver le rein pour assurer sa fixation ; il est mainte- 
nant disposé à croire qu'il suffit de mettre bien à nu la 
surface à fixer. 

Tétanos. — M. Trasbot ne croît pas qu'il soit possible 
d'invoquer l'action des instruments tranchants comme agents 
de production du tétanos; il signale de nombreux faits où 
il n a pu en être ainsi. Il admet l'incurabilité de celte affec- 
tion, mais il ne croit pas à son origine équine. 

M. Verneuil commence une communication sur ce sujet. 
Elle sera résumée lorsqu'elle sera achevée, à la prochaine 
séance. 

— L'ordre du jour de la séance du 26 février est ainsi 
fixé: 1° rapport de M. Cornil sur un travail de M. Babès; 
2° suite de la discussion sur le tétanos (inscrit : M. Verneuil^ 
3" lectures par M. Fort sur le traitement des rétrécisse- 
ments de 1 urèthre par l'électrolyse linéaire ; par M. le 
docteur Pinard sur la laparotomie dans un cas de grossesse 
extra-utérine; par M. Fredet sur les accidents à la suite des 
morsures de vipères. 



SoctéCë de chlrarf^le. 

SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. LE DENTU. 

Plaies pénétrantes de l'abdomen : M. Reclus. Discussion : BCM. Ter- 
rier, Klrmisaon, Perler. Berger. Lucas-Champlonnière. Trèlat 
— Résection totale de la clavicule : M. Després. Discussion : 
MM. Segond. Marchand, Polaillon. — Anomalie de l'annulaire : 
M. Tachard. 

M. Reclus fait une communication au sujet des plaies péné- 
trantes de l'abdomen par armes à feu. Il est une formule^qui 
résume son opinion : s'abstenir sous le couvert d'un traite- 
ment médical et n'intervenir que lorsque les phénomènes de 
péritonite éclatent. Entre l'abstention absolue et Tinterven- 
tion syslématicjue il y a place pour une pratique intermé- 
diaire. Tout l'intérêt de la discussion porte sur le problème 
suivant: l'oblitération spontanée de la plaie intestinale peut- 
elle se produire assez souvent pour que le chirurgien puisse 
faire fond sur elle ou bien est-ce une curiosité patholog^ique 
rare et sur laquelle il n'est pas permis décompter? D'abord 
M. Reclus admet que perforation de l'intestin et pénétra- 



a FÉVRIER 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N« 8 — 127 



(ion abdominales sont synonymes et coexistent toujours. 
Lorsqu'il y a hématémëse. melèna, issue de gaz ou de ma- 
tières par* la plaie, les adversaires de sa doctrine préten- 
dent que ces symptômes sont dus à des plaies de Testomac 
ou (lu gros intestin, lesquelles guérissent spontanément 
d'ordinaire, tandis que les plaies de Tintestin grêle ne 
guérissent pas. Il faudrait admettre, si l'on se base sur la 
situation de rorifice d'entrée du projectile, nue la balle ne 
dévie jamais et ensuite qu'il n'y a jamais qu un seul viscère 
allelnl. Or, dans l'immense majorité des cas, les plaies sont 
multiples et l'intestin grêle est presque toujours blessé. 
Dansées conditions, sur 114 cas de blessures de l'intestin 
par armes à feu relevés dans divers auteurs, il y eut 94 gué- 
risons et ^0 morts, soit une léthalité d'environ 20 pour 1()0. 
Dans sa statistique personnelle M. Relcus compte une gué- 
rison sur cinq cas. Enfin il cite un exemple de plaie de l'in- 
testin par coup de couteau, où trois perforations étaient 
déjà oblitérées par des adhérences agglutinatives. Ce sont 
^u^loQl les manipulations que l'on fait subir à l'intestin par 
la laparatomie qui aggravent le pronostic et donnent des 
résullals déplorables. 

M. Terrier ne peut pas admettre les propositions de 
H. Reclos. Une ouverture de la paroi abdominale n'en- 
iraine pas une ouverture intestinale. Quand celle-ci existe, 
quel que soit l'organe lésé, il faut intervenir et faire des 
«sutures, car une quantité infinitésimale de matière sufiit 
pour donner lieu à une péritonite septique. Si les insuccès 
sont si nombreux, cela tient à ce qu'on n'a rien de prêt 
dans les hôpitaux parisiens. On ne peut juger la question à 
riieure actuelle. 

M. Kirmisson. Etant donnée une plaie de Tépigastre ou 
des flancs on est en droit de supposer une plaie de l'esto- 
mac ou du gros intestin, tandis que dans toute plaie de la 
région périombilicale, fatalement l'intestin grêle est lésé. 

M. Périer a soigné un malade ayant reçu un coup de 
fOQteau dans le ventre et auquel il signa son exeat au bout 
de douze jours, persuadé qu'il n'avait pas eu de perforation 
intestinale. Quelque temps après il fut ramassé dans la rue 
et mourut de péritonite suraiguë en huit heures. M. Brouar- 
dti, qui fit l'autopsie, trouva deux anses perforées. 

M. Berger cite un cas d'un médecin russe, Constantin 
Koibin, où l'issue par la plaie de matière liquide jaunâtre 
ne permettait pas de douter d'une blessure de l'intestin 
grêle. Le malade refusa l'opération et guérit en cinquante 

jours. 

M. LucaS'Champiomiière ne peut accepter qu'il y ait 
plaie de l intestin toutes les fois qu'il y a un trou par coup 
de fea sur le ventre. 

M. TrélaU II n'est pas exact de dire que des matières 
liquides sortant par une plaie proviennent de l'intestin 
grêle: le cœcum en fournit de semblables. L'opinion uni- 
voque de tous les chirurgiens est que l'ouverture de l'intes- 
tin dans la cavité péritonéale met le blessé dans une situa- 
tion des plus graves. Enfin il n'y a pas que les conditions 
de matériel qui soient insuffisantes dans les hôpitaux; 
celles du personnel le sont également. 

M. Recltis. Le simple aperçu de la plaie de la paroi 
abdominale doit suffire comme indication aux laparato- 
inistes, puisque s'ils attendaient un autre signe de perlora- 
lioa ils opéreraient trop tard. Un bouchon septique n'in- 
fele pas fatalement tout le péritoine ; il peut faire naître 
des adhérences qui limitent l'envahissement et c'est pré- 
cisément parce qu'il y a un grand nombre de cas où la 
nature empêche cette affusion qu'il est préférable de s'ab- 
slenir. 

M. Terrier. M. Reclus croit que la laparatomie aggrave 



la situation; M. Terrier pense au contraire qu'il faut faire 
tous ses efforts pour fermer toutes les plaies. 

— M. Després présente une pièce résultant de l'ablation 
totale de la clavicule pour un ostéosarcome chez une jeune 
fille de quatorze ans. Il a employé le procédé de Chassai- 
gnac, qui consiste à scier l'os en son milieu et à détacher 
successivement chaque moitié. 

M. Segond a enlevé une clavicule passée pour ainsi dire 
tout entière à Télat d'ostéosarcome en faisant basculer l'os 
de dehors en dedans. La tumeur examinée au laboratoire 
de M. Trélat fut qualifiée de cancer de la clavicule. Le 
malade mourut au neuvième jour, guéri de sa plaie opéra- 
toire, mais avec un énorme cancer primitif du rein gauche. 

M. Marchand a enlevé la presque totalité de la clavicule 
pour une tumeur que l'histologie montra être du carcinome. 
Le malade guéri succomba par la suite à une hématémèse 
foudroyante dont un cancer de l'estomac devait être l'ori* 
gine. 

U.Polailloîi a publié dans les bulletins de la Société de 
chirurgie un cas d'ablation de la clavicule pour ostéosar* 
corne. Le malade mourut pour ostéosarcome du fémur. 

M. Després pense qu'il faut enlever la totalité de l'os et 
que l'opération est singulièrement facilitée par la section 
préalable en son milieu. 

— M. Tachard lit une observation d'anomalie congéni- 
tale de l'annulaire consistant en une simple hypertrophie 
graisseuse déformant le doigt et empêchant ses fonctions. 

Paul V1L1.EMIN. 



SoeléCé de fetoloi^le. 

SÉANCE DU 16 FÉVRIER 1889. — PRÉSIDENCE 
DE M. BROWN-SÉQUARD. 

Présentation d'ouvrage : M. Malassas. -^ Des variations de l'hémo- 
globine ohez les hystériques et les épileptiques : M. FérÂ. — De 
l'état mental aux approches de la mort : M. Féré. — Procédé 
d'étude pour les phénomènes vaso-moteurs : M. Gley. — Sur la 
sorUe des globules polaires de l'œuf : M. Oiard. — Troubles tro- 
phiques consécutifs à. la section du trijumeau : M. Laborde. -- 
De la présence dans le sang des substances vaccinantes : M. Char- 
rin. — Influence des hautes pressions sur les phénomènes de 
putréfaction : M. Regnard. 

M. Malassez présente, de la part de MM. Kelsch et Kiener^ 
un ouvrage intitulé : Traité des maladies des pays chauds. 

— M. Féré a étudié, au moyen des procédés hématoscopi- 
ques de M. Hénocque, la durée du temps de réduction de 
Toxvhémoglobine chez les hystériques et chez les épilep- 
tiques. Il a constaté l'existence chez les hystériques de dif- 
férences latérales notables : ainsi du côté aneslhésié le 
temps de réduction est plus long. Les excitations périphé- 
riques, les émotions, le sommeil font varier ce temps dans 
des limites assez étendues. Chez les épileptiques, il a vu à 
la suite des accès eu série diminuer 1 oxyhémoglobine. 

— M. FéJ'é rapporte quelques faits intéressants concer- 
nant l'ékat mental aux approches de la mort. 

— M. Gley décrit un procédé permettant la destruction 
complète de la moelle, sans hémorrhagie, chez les mam- 
mifères. Grâce à l'emploi de ce procédé, il a pu étudier dif- 
férents phénomènes vaso-moteurs indépendamment de 
toute influence nerveuse d'origine centrale : c'est ainsi 
que dans ces conditions la strophantine produit encore une 
vaso-constriction générale très nette. De cette façon il est 
donc facile de séparer dans la production des actions vaso- 
motrices ce qui revient au système nerveux bulbaire et aux 
centres médullaires des variations d'origine exclusivement 



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GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 22 Février 1889 



périphérique. M. Gley a entrepris également au moyen de 
ce procédé de vérifier sur les mammifères les expériences 
bien connues d'Huizinga sur la grenouille sur le rôle 
réflexe des ganglions sympathiques. 

— M. Giard étudie la signification du phénomène que 
Ton décrit sous le nom de sortie des globules polaires. Il 
s'attache à montrer que ce fait, auquel on a donné surtout 
jusqu ici une explication physiologique, peut recevoir une 
explication morphologique; il le considère comme repré- 
sentant chez tous les métazoaires, en vertu des rapports qui 
unissent Tontogénie à la pliylogénie, le stade de proto- 
zoaire. 

— M. Laborde présente un lapin chez lequel, à la suite 
de la section intra-crânienne du trijumeau, sont survenus 
des troubles trophi<iues de rœil qui ont manifestement 
débuté par la profondeur et un développement des plus 
exagérés des dents. 

— M. Charrin a trouvé dans le sang des lapins inoculés 
avec le bacille pyocyanique les substances vaccinantes 
contre la maladie elle-même; mais elles ne font sans doute 
que traverser ce milieu, car elles sont moins actives que 
les matières solubles sécrétées par les microbes, il en faut 
une bien plus grande quantité pour vacciner. Ainsi d'ailleurs 
le bacille lui-même séjourne peu dans le sang. 

— M. flegfWrtrd a soumis des morceaux de viande à une 
pression de 600 atmosphères et a vu que la putréfaction ne 
se produisait pas, même au bout de quarante jours. On ne 
peut cependant conclure de cette expérience que les corps 
qui tombent au fond de la mer ne se putréfient pas, car 
nous ne savons s'il n'existe pas dans les grands fonds des 
microbes qui, habitués a cette vie sous haute pression, ne 
peuvent produire la putréfaction. 



Société de thérapeutique. 

SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1889. — PRÉSIDENCE DE 
M. FERNET. 

Appareil pour lavage de la vessie sanv sonde : M. Duran (d'Am> 
boise) (Discussion: MM. G. Paul, Dujardin-Beaumets). — NouveUe 
préparation d'huile grise pour injections hypodermiques: M. P. 
Vigler (Discussion: MM. Mayet. Boymond). 

VL. Duran (d'Amboise) présente un appareil qu'il a inventé 
pour pratiquer le lavage de la vessie sans sonde ; c'est une 
sorte d'irrigateur donnant, sous une pression réglable à 
volonté, un jet mince de liquide à l'extrémité d'une canule 
uréthrale en gomme. Un robinet permet de suspendre ou 
de rétablir Técoulement. L'auteur en a obtenu sur lui-même 
d'excellents effets et a même pu déterminer des contrac- 
tions vésicales suffisantes pour amener Texpulsion de 
graviers. 

M. C Paul rappelle que M. BertoUe a cherche, il y a une 
vingtaine d'années, à pratiquer le lavage de la vessie sans 
sonde; depuis loi's, on a inventé dans ce but un certain 
nombre d'appareils qui ont tous été successivement délaissés. 
Il demande en quoi l'appareil de M. Duran (d'Amboise) est 
supérieur à l'irrigateur ordinaire. 

M. Duran répond que l'irrigateur est difficile à nettoyer 
et que, de plus, il développe une pression invariable qu'on 
ne peut réglera volonté, ce qui est un gros inconvénient en 
présence d'une tolérance vésicale absolument variable d'un 
sujet à l'autre. 

M. Dujardifi'Beaumetz rappelle, comme M. C. Paul, que 
des tentatives assez nombreuses dans cette voie se sont suc- 
cédé sans obtenir un grand succès. D'ailleurs M. Guyon et 
les autres chirurgiens s'occupant spécialement des voies 
urinaires paraissent avoir définitivement repoussé la mé- 



thode comme offrant des inconvénients graves, et en parti- 
culier celui de ne pas laisser apprécier la résistance de lu 
vessie dont on juge mieux avec la seringue adaptée à une 
sonde. On doit donc se montrer très circonspect en pareil 
cas, lorsque l'on voit les maîtres les plus compétents recou, 
rir à d'autres procédés. 

— M. P. Vigier fait connaître un nouveau mode de pré- 
paration de l'huile grise pour injections hypodermiques 
mercurielles. (Voy. le n° du 1'' février, p. 69.) 

M. M ajf et demdinAe s'il n'y a pas inconvénient pour des 
injections hypodermiques à employer de l'onguent mercu- 
riel qui présente toujours un certain degré de rancilé. 
puisque l'on se sert de graisse légèrement rance afin 
d'étemdre plus facilement le mercure. 

M. Viqier n'a rien à craindre de semblable car il 
n'emploie pas de graisse rance et se sert d'onguent mcrcu- 
riel très frais. On éteint rapidement le mercure dans la 
graisse fraîche en utilisant la teinture éthérée de benjoin. 

M. Boymond croit qu'on a proposé, en Allemagne, pour 
la préparation de l'huile grise, d'éteindie directement le 
mercure dans la vaseline au moyen de la teinture éthérée 
de benjoin. 

M. P. Vigier a essayé ce procédé, qui est de Neisser (de 
Breslau), mais il doit déclarer qu'il n'a pas réussi. 

— Congrès de thérapeutique. — M. Dujardin-Beaumelz 
annonce à la Société que le Congrès se réunira du T' au 
5 août. Les séances auront lieu le matin et le soir. Le> 
questions proposées sont : l*" antithermiques et analgési- 
ques ;!2° toniques du cœur; 3° parasiticides des microbes 
pathogènes ; 4° nouvelles drogues végétales. 

— La séance est levée à cinq heures et demie. 

André Petit. 



Soelété anatomlqae. 

SÉANCE DU 25 JANVIER 1889. -— PRÉSIDENCE 
DE M. CORNIL. 

M. Darier: Note sur un kyste épidermique de la paume 
du pouce. 

— M. Louis Wickham présente un anévrysme de ïaovle 
ayant perforé le sternum. 

— M. /. Reboul décrit une artropalhie tabétique du 
genou. Les lésions des nerfs sont nulles. 

— U.G.Poupinel présente une tumeur kystique maliyne 
de l ovaire où l'épithéliome s'associe au kyste dermoïde. 

— M. H. Delagènière communique un fiiit de cureradi^ 
cale d'une cystocèle inguinale. 

— M. Chipault fait voir une hernie para-inguinale 
étranglée. 

— M. Girode relate un fait i'adéno-épithéliome du rehh 
associé à de la néphrite interstitielle par arlério-sclérose. 



SÉANCE DU 1'' FÉVRIER 1889. — PRÉSIDENCE DE 
M. LETULLE. 

MM. Hartmann et Mordret : Note sur Vanatomie dn 
premier cunéiforme. 

— M. Buscarlet communique un cas de kyste muquenx 
intra-musculaire. 



ii Février 1889 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 



— N* 8 — 129 



— M. Lejars fait voir un kyste synovial du poignet 
en^aînanl l'artère radiale. 

— M. Terrillon fait une communication sur une salpingo- 
ovarite tuberculeuse ayant simulé ce qu'on appelle 
phlegmon du ligament large. 

— a, Chaput décvii une amputation intra-calcanéenne 

horizontale. 



SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1889. — PRÉSIDENCE DE M. GORNIL. 

M. Lyot montre une salpingite suppurée coïncidant avec 
QQ kyste de Tovaire. 

— M. Tissier fait voir une pièce de ramollissement du 
(cneau chez une femme atteinte dechorée sénile. 

— M. Chipault présente un lipome calcifié de la cuisse. 



REVUE DES JOURNAUX 

CHrnURGlE 

BécMiTett dn eaMeer, par M. KosNiG (de Gœttingue). — Dans 
Fêtât actuel de la science, il ne saurait être question d'assurer une 
rure radicale du cancer, si Ton prend le mot au pied de la lettre. 
' Mais on doit se trouver heureux si, à Taidc d'une opération qui 
n'est pas trop meurtrière, on oblient plusieurs années de survie 
sans récidive. Ainsi on doit se déclarer relativement satisfait par 
\ablaiion du sein avec curage de raissellc ; Kœnig obtient en- 
viron iO pour 100 de guérisons temporaires, datant de trois ans au 
moins. Mais Fimminence de la récidive est toujours à redouter. 
ùrli's, plus de la moitié des repullulations ont lieu avant la fin 
lia premier semestre, puis un tiers avant la fin de Tannée. Mais il 
va environ 15 pour 100 de récidives tardives, pouvant avoir lieu 
au bout de quatre ans ; une femme, restée indemne pendant dix: 
ans et demi, a été prise à ce moment d'une récidive ganglion- 
naire sus-claviculaire, à marche très rapide. Quelquefois il arrive 
des récidives tardives dans la cicatrice: au bout de cinq ans dans 
un cas des Kœnig. Dans un fait de Rosenbach, une femme a eu 
un noyau dans la cicatrice au bout de huit ans; extirpation; 
! mrme accident quatre ans après. Sans doute il s'agit de greffes 
I (faites pendant Topération), qui sommeillent plus ou moins 
longtemps. 

En est-on là pour le rectum? Kœnig ne le pense pas. Il con- 
lesle d'abord d'abord la bénignité des extirpations, malgré Bar- 
(ienheuer. En défalquant même les décès trop rapides où l'opé- 
ration n'est peut-être pasdirectement en cause (?), il reste à Kœnig 
^i,5pourlOO de mortalité ; et 16 pour 100 aumoins s'il s'en tient 
aux dix dernières années, avec une bonne antisepsie. D'autre 
part, les survivants ont pour la plupart une incontinence dégoù- 
^nle, sont exposés à une atrésie grave du nouvel anus. La coloto- 
mie est donc, la plupart du temps, préférable jusqu'à nouvel 
onlre. Elle permet aux malades de vivre quelquefois deux 
ans, deux ans et demi sans souffrir; la malpropreté de l'anus 
p^t moindre; les risques opératoires sont nuls. (Ueber die PfO' 
gnose der Carcinome nach chirurgischcn Eingriffen.mit be- 
pondérer Beriichsichtigung derCarcinoma recli in Arc^. f klin. 
C/iir.,1888, t. XXXVII,p. 461.) 

I lleère Ivbereuleux de U langue ; ablation ) mort le scp- 
Uème Jour do tubercnlofie nilllalre algnSy par M. F.-G. 

; ^HEPEARD(de Montréal). — L'opération a été faite sur le diagnostic 
erroné d'épilhélioraa. Erreur difficile à éviter sur un homme de 

I soixante-quatre ans, chez lequel les antécédents héréditaires et 
personnels étaient nuls, pour une ulcération à base dure, s'ac- 
compagnant d'engorgement des ganglions sous-maxillaires. 
1^'aulopsie seule a rectifié le diagnostic. {A case of excision 
^^ftongue^followed bydeath from acute miliary tuberculosis, 
iûAnn, of Surg.j 1888, t. VIII, p. 368.) 



Anévrypme de raxlllalre; llg;ature de la iions-claYlère, par 

M. G. -A. WniGHT. — Homme de quarante-neuf ans, syphilitique. 
Le résultat a d'abord été bon. Mais deux mois après le malade 
mourut de t maladie aortique >. L'autopsie n'a pu porter que sur 
la région thoracique. Le sac est plein de caillots solides et stra- 
tifiés à la périphérie, un peu moins au centre. Il adhère inti- 
mement aux nerfs du plexus brachial (point important si l'on se 
place au point de vue de Textirpation du sac). {Ligatur of sub- 
clavian artet^ for axillary aneurmis, in Afin, of Sutg., 1888, 
t. VIII, p. 362.) 

Corp« éCranserit artieulafrcs, par M. 0. VœlkeR (de Bruns- 
wick). — Observation d'un homme qui, dans un mouvement de 
maniement d'arme, reçut un choc violent sur le condyle interne 
du fémur gauche; douleur syncopale. La semaine suivante, gon- 
flement articulaire, hydarthrose. Soupçonnantun corps étranger, 
Vœlker fit Tarthrotoraie et ne trouva absolument rien jusqu'au 
moment où son ongle fut un peu arrêté par une légère rainure 
du condyle fémoral interne. Il fit un peu pénétrer son ongle, 
pour bien constater ce dont il s'agissait, et, à son grand étonne- 
ment, vit sauter de là le corps étrauger tant cherché, long de 
25 millimètres, large de 22, épais de 11. Lavage, suture, drai- 
nage. Guérison. C'est un cas indiscutable de corps étranger par 
traumatisme d'une articulation préalablement saine. Cela con- 
corde bien avec les expériences cadavériques de Kragelund 
(Copenhague, 1886); cet auteur, par des chocs intenses sur le 
condyle fémoral interne, parvient à en isoler des fragments sen- 
siblement biconvexes, qui ne sont pas, il est vrai, détachés 
complètement du corps, mais sont faciles à arracher ensuite 
au tire-fonds. Sur le vivant, l'isolement complet se fait 
ensuite par un processus d'ostéite raréfiante. Pour Kœnig 
{Deutsch, Zeitschr. f, Chir., t. XXVIl), le trauma se borne à 
causer des troubles nutritifs et de là une c osléo-chondrite dis- 
séquante 1, qui libère un fragment osseux. Vœlker ne le pense 
pas, et il admet même, allant plus loin que Kragelund, que h 
violence initiale peut à elle seule provoquer la séparation com- 
plète. {Beitrag zur Frage von der Enstehung der krorpelig-kno- 
chernen Gelebkmduse, in Arch. f.klin. Chir., 1888, t. XXX Vil, 
p. 782.) 

Greffes de maqneusea, par M. A. WdilLFLEU (de Graz). — - Si 
Ton veut parer aux rétrécissements cicatriciels, le seul moyeu 
radical consiste à remplacer la surface cicatricielle par une sur- 
face muqueuse. Pour cela la greffe est souvent le seul procédé 
possible. Mais elle n'a pas donné jusqu'à présent de bien bons 
résultats. Il y a seulement eu quelques expériences de Czerny, 
quelques faits heureux de Stellwag pour guérir le symblépharon. 
Wœlfier a d'abord cherché à éviter la récidive dans les rétrécis- 
sements de l'urètiire, où il faut extirper le périnée fistuleux. 11 a en 
premier lieu essayé de transplanter de petits morceaux de conjonc* 
tive de lapin et a échoué ; de môme avec des petits morceaux de 
muqueuse humaine ; mais il a réussi en taillant des lambeaux 
comme ceux que Thicrsch emploie pour les greffes épidermiques; 
ils sont constitués par des lanières minces, larges de 1 à 2 cen- 
timètres. Cela est facile à découper, avec un rasoir, à la surface 
d'un utérus en prolapsus. Ces lanières sont appliquées suri a sur- 
face granuleuse, mais ne sont pas suturées. Des essais heureux 
ont été faits en transplantant ainsi à la surface d'ulcères de 
jambe bien bourgeonnants des lambeaux de muqueuses diverses 
de lapin, de grenouille. Les observations cliniques portent sur 
trois excisions du périnée calleux et fistuleux; deux blépharo- 
plastics; une rhinoplastie ; une geno-plaslie. {Ueber die Technik 
und den Werlh von Schleimhautûbertragunyenf in Arch. f 
klin. Chir., 1888, t. XXXVII, p. 709.) 



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GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 22 Février 1889 



BIBLIOGRAPHIE 

Aoatomte des centres nerveux. — Leçons professées 

par M. le docteur Ludwig Edinger. Traduit de l'alle- 
manâ par M. Siraud, externe des hôpitaux de Lyon. 
Avec 122 figures intercalées dans le texte. Paris, 1889. 
J.-B. Baillière et fils. 

Nous sommes heureux d'avoir à signaler cet ouvrage, qui 
permettra au public médical français de prendre connais- 
sance des intéressantes leçons professées en Allemagne par 
Ëdinger, sur Tanatomie du système nerveux. Nous devons 
nous efforcer de nous tenir au courant des travaux parus à 
l'étranger, ne fût-ce que pour ne pas encourir le reproche 
si bien mérité par nos voisins de 1 autre côté du Rhin, qui 
professent un dédain affecté pour les publications du corps 
médical français. Aussi, devons-nous faire d*autant meil- 
leur accueil aux leçons d'Edinger que, sans parler de leur 
très réel mérite, elles font une juste mention tles recher- 
ches entreprises en France par Gratiolet, Luys, Charcot, 
Bouchard, Brissaud, Ballet, Ferré, etc. Le fait est assez 
rare pour mériter d'être signalé. 

Cet ouvrage renferme dix leçons, dont la première est 
consacrée à la description des méthodes aaoptées dans 
l'étude des centres nerveux : coupes minces en série, de 
Stilling; observation du développement de l'enveloppe 
médullaire, de Flechsig; examen histologique de coupes ou 
de dissociations. 

Dans la seconde leçon l'auteur étudie les formes et les rap- 

[lorts généraux du cerveau, prenant comme point de départ 
e développement de l'encéphale chez Temoryon. Procédé 
rationnel qu'il suit, d'ailleurs, dans les diverses parties de son 
ouvrage, mettant amplement à profit les notions précieuses 
fournies par l'embryogénie et l'anatomie comparée. Dans 
les leçons suivantes, il décrit avec un soin minutieux la 
constitution des différents centres gris de l'encéphale, et 
des multiples faisceaux blancs qui les relient entre eux, ou 
les rattachent à Taxe médullaire, indiquant chemin faisant 
les renseignements que Tanatomiste peut puiser dans la 
physiologie expérimentale et la pathologie. 

Enfin, les trois dernières leçons renferment la descrip- 
tion de la moalle allongée, du cordon médullaire, des 
racines des nerfs périphériques, et des ganglions spinaux. 

Nous ne pouvons évidemment résumer une semblable 
étude analomique; quil nous suffise de dire que, grâce à 
la précision du style et à la netteté des nombreuses figures, 
demi-schématiques pour la plupart, la lecture en est assez 
attachante pour compenser ce que le sujet peut offrir par 
lui-même d'aridité inévitable. 

Nous adressons au traducteur de sincères félicitations 
pour avoir su mènera bien une tache qui n'était pas sans 
difficultés : nous avons conscience qu'il a fait œuvre utile 
et nous pensons que tous ceux qui liront son livre seront de 
notre avis. 

André Petit. 



ÉiudcB CliérapeiaCiqnea et bactérlologlqars sur le 
faronele de rorellle, par M. Ic docteur LœwENBERG. — 

Parisj 1888. 

Dans celte nouvelle publication, notre distingué confrère 
confirme les résultats que lui avaient donné des recherches 
commencées il y a bientôt dix ans, sur le furoncle de 
l'oreille et la furonculose générale. Qu'il résulte de Fac- 
tion Anstaphylococcus albus, comme l'a trouvé Al* Lœtven- 
berg, du staphylococcus aureus, ainsi que l'admettent 
d'autres observateurs, le furoncle est une maladie micro- 



bienne, qui naît et se propage par contagion. On comprend 
ainsi l'apparition successive de clous dans le voisina^jc 
d'un premier, leur extension par inoculation, par grattage 
îi des parties éloignées. Peut-être, chez certaines personnes, 
une constitution spéciale des tissus, des humeurs, favorise 
leur multiplication. Bien qu'il en soit, c'est par les anti- 
septiques seuls qu'il faut les combattre, et la solution 
saturée ou mieux sursaturée d'acide borique dans l'alcool 
absolu, est le topique qui, au moins pour l'oreille, remplit 
je mieux ce but. Judicieusement employé, c'est-à-dire en 
bains auriculaires de dix à quinze minutes de durée, la télc 
inclinée latéralement pour rendre